Méditerranée
Au temps du sultanat, dans un bourg d'Anatolie, le jeune Ahmet Gedikoglou décide de partir à la recherche d'une rose « couleur de mer », c'est-à-dire d'une rose bleue, qu'avant de mourir son vieux Maître, Nedim Suleyman, avait vantée dans un de ses poèmes. Mais cette rose ne fleurit qu'à Büyükada, la plus grande île de l'archipel des Princes en mer de Marmara, à l'entrée du Bosphore, une île plantée de pins et de rosiers. D'Istanbul, Ahmet fait la traversée à bord d'un bac dont le patron, un colosse nommé Meydani, est grand bâfreur, franc buveur, joyeux trousseur de filles et fougueux pourfendeur de janissaires. Dès l'appareillage, ce couple que forment Ahmet le rêveur et cette superbe brute de Meydani s'engage dans une navigation tourmentée et une suite d'aventures violentes qui donnent au jeune Ahmet l'occasion de connaître la peur, la mort et aussi l'amour, celui de la délicieuse Leyla. Mais, au terme de toutes ces péripéties, a-t-il vraiment trouvé la fleur de ses rêves ? Tout autre que Clément Lépidis aurait sans doute tiré de cette Quête du Graal à la mode orientale un sage récit dans la tradition des vieux contes. Mais l'auteur de « La Fontaine de Skopelos » et de « La Main rouge » sait intimement allier la fantaisie et le pathétique et donner ainsi, à sa narration, un rythme, une force et une truculence qui subjuguent le lecteur. Ce roman, en 1964, a obtenu le Prix des Deux-Magots.
Ahmed Sefrioui. Il est né à Fès vers 1915, de parents d'origine berbère, très arabisés. Le père, vieux baroudeur avant l'installation du Protectorat, s'établit artisan meunier à Fès aux environs de 1910. L'enfant fréquenta l'école coranique dès l'âge de cinq ans. Avec la complicité d'un de ses oncles il se fit inscrire à l'école franco-marocaine de son quartier. Ses études secondaires l'amenèrent au collège Moulay Idriss. Après le diplôme de fin d'études secondaires, la situation de ses parents l'obligea à chercher du travail. Il débuta comme interprète, garçon de bureau chez un avocat. Puis il passa le concours d'admission du Service des Métiers et Arts marocains. Il est maintenant sous-directeur du Musée de Batha à Fès. Son premier livre, Le chapelet d'Ambre, recueil de contes qui reçut le Grand Prix Littéraire du Maroc et le Prix du Président de l'Union française, fit dire à René Lalou, dans Les Nouvelles Littéraires : "Nous nous réjouissons de saluer, dans le premier écrivain marocain de langue française, un subtil musicien de notre prose".
L'enfer que nous présente Catherine Lerouvre, c'est celui de Sauveur. A Alger, dans sa maison de Notre-Dame d'Afrique, sur les hauts de Bab-el-Oued, Sauveur vit avec son épouse, la belle et capiteuse Concepcion que dévore le démon de la jalousie. Sans motifs réels, il est soupçonné de mener hors du foyer conjugal, une vie d'impénitent séducteur. Et il apprend à ses dépens qu'un homme doit toujours veiller aux apparences. Vif, coloré, plein d'humour, ce récit nous livre une vision amusée et sympathique du petit peuple des faubourgs d'Alger. Et l'on rit tout au long de ces pages qui forment une excellente introduction à la connaissance de ces Français - si peu connus - d'outre Méditerranée.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
À la mort de son propriétaire, un yacht de luxe est légué à l'État grec qui l'affecte au service de la Maison royale. Comme personne ne sait manoeuvrer ce bateau qui comporte des dispositifs de navigation ultramodernes, on arrache à son village le maître-mécanicien de marine Panos Gavrilis à l'heure même où le pope célèbre son mariage avec Sophie. Panos dépanne le yacht mais cette réussite va rester à l'origine de toutes ses vicissitudes. En effet, il est aussitôt requis en qualité de chef-mécanicien et participe aux croisières - et aux jeux - de son souverain jusqu'au jour où éclate le coup d'État des Colonels. Transformé en vedette armée, le yacht est destiné au transport des condamnés politiques vers les îles-bagnes de l'Archipel. Alors Panos se révolte... C'est en premier lieu cette belle figure de marin qui nous retient tant l'auteur a su la décrire avec tendresse et vérité. Mais, à travers Panos et ses aventures, c'est tout le peuple grec qui est évoqué, si noble, si fidèle à lui-même en dépit de cette nuit qui le recouvre.
Découvrez Les gens de bien, un roman percutant où Santa Paz, aristocrate espagnol désabusé, affronte les conventions d’une société qu’il a toujours méprisée.
Débarqués de Turquie, de Grèce, de Tunisie, d'Espagne, d'Algérie ou de quelque région plus lointaine d'Afrique, les personnages de ces récits ont en commun cet espoir qui les a poussés vers la France, soit pour y trouver un refuge, soit pour y réaliser un rêve, soit plus simplement pour y gagner leur pain. Si au bout du voyage les attendent bien souvent la déception, l'échec, l'éclatement du mirage, il arrive aussi qu'ils puisent dans l'exil une force nouvelle, comme pour cet Espagnol qui retourne dans son pays décidé à s'engager dans la résistance. Mais quelle épreuve pour le Grec, arrivé sans ressources à Paris, qui tous les jours attend vainement, devant les usines Renault, le cousin perdu dans la foule des ouvriers et dont il espérait le secours ! Et quel mauvais tour du destin pour Mamadou le Noir qui, assidu à son travail et à l'écart des événements, se voit pris, un jour de Mai 68, par des jeunes gens qui le sacrent roi des Immigrés, jusqu'à ce qu'il tombe sous les matraques de la police ! Ce monde de l'exil et de la solitude, Clément Lépidis nous le restitue dans toute sa cruauté mais avec ces qualités d'émotion et de générosité que l'on avait déjà reconnues à son beau roman « L'Arménien ». À propos de « L'Arménien » : "Bon dieu, le bon roman" Yvan Audouard, Le Canard enchaîné. "Habile dans le mélange du primesaut et du quotidien, souriant dans l'accent faubourien, délicat dans la nostalgie orientale..." Jean-Pierre Amette, Le Point. "Un sens étonnant du récit et de l'économie des moyens..." Tristan Renaud, La Quinzaine littéraire.
"Retour ! Retour ! suppliait la voix." Malgré l'opposition de tous les membres de sa famille, un jeune Grec de Paris décide de se rendre dans un village d'Anatolie, près de Smyrne, à la recherche des souvenirs familiaux ; il découvre alors que ce lieu qui l'obsède depuis toujours a connu, 20 ans plus tôt, le massacre par les Turcs de ses colonies grecques. Et, au bout de son voyage, une découverte décisive l'attend...
Schistes calvinistes et républicains des Cévennes, granits ultramontains de Margeride : un même système d'héritage inégalitaire multiplie, sur les hautes terres, à chaque génération, des cadets qui composent, dans les maisons, une dynastie secondaire, décalée, d'oncles à neveux. Les cadets font l'Histoire, ou tout au moins fournissent l'essentiel de leurs troupes au Refuge huguenot après 1685, et surtout à l'Église catholique. C'est la part de Dieu chère aux recruteurs congréganistes. D'où la floraison de terres de prêtres, où se préparent, aux côtés des pasteurs et des hussards noirs de la République, les frères, missionnaires et religieuses, bientôt répandus à la surface du globe et, plus particulièrement, sur les rivages méditerranéens. Ce livre raconte les formations, dynastiques et scolaires, et les cheminements de ces cadets de Dieu et clercs migrants issus de l'ancien Gévaudan, de la fin du XVIIe siècle à nos jours.
La compagnie du capitaine Pargha et du sergent Kos, unité de choc, a reçu l'ordre d'attaquer l'ennemi installé au-delà d'un fleuve, ce qui implique le franchissement à découvert de celui-ci. Alors commencent les souffrances des soldats engagés dans un combat aussi meurtrier que vain car, en dépit de leur conviction et de leur courage, aucun d'entre eux n'atteindra jamais l'autre rive. Dans cette agonie, pleine de fulgurances et de sang, c'est toujours vers Maria la Blanche, la femme aimée, que le sergent Kos tourne son esprit, comme vers la plus belle évocation de la paix et du bonheur en ce monde. Le réalisme n'exclut pas la poésie et l'appel au fantastique, ce qui fait de ce récit une oeuvre singulière et forte, l'une des plus attachantes que l'auteur de L'Arménien et de La main rouge nous ait données à ce jour.
Né de mère arabe et de père juif, Mohammed Cohen grandit sous le soleil de la Tunisie. Fou de littérature française, de musique arabe et de cuisine juive, il ne cesse de s'interroger sur sa déconcertante identité. Son problème se complique encore quand sa famille émigre en Israël à la veille de l'indépendance de la Tunisie. Il ne parvient pas, en effet, à s'adapter à ce nouveau pays dont il ignore et la langue et la culture. Ressentant au plus profond de sa chair les coups portés aux Juifs et aux Arabes, il est en outre écartelé par le conflit qui déchire la région. Mohammed Cohen finira par s'installer en Suède où, plus dépaysé, plus dévisagé que jamais, il continuera de se considérer comme cent pour cent juif et arabe. Par bonheur, il tombera amoureux de Mona-Lisa... Après quinze ans de séparation, il retrouvera Hassan, l'ami arabe de son enfance, son frère siamois. Mais l'Histoire, entre-temps, a exigé son tribut de sang et de souffrance. Rien pourtant de moins tragique que ce roman : grâce à la verve chaleureuse et cocasse de Claude Kayat, le rire est au rendez-vous de presque toutes les pages.
Dans une petite ville tranquille de Macédoine, Stamatis, épicier de père en fils, coulait des jours heureux. Survient de Smyrne un riche marchand de tapis, Praxitèle, qui se lie d'amitié avec lui, sous prétexte que ses olives sont d'une saveur à nulle autre pareille. L'amateur d'olives en vient à proposer à notre épicier un étrange contrat. La vie du village en sera bouleversée. Une cascade de folles aventures s'ensuivra. Le père de Stamatis, pourtant mort et enterré depuis belle lurette, aura lui aussi son mot à dire. Il est vrai que dans cet Orient, les morts ne le sont jamais tout à fait, que les ânes pètent pour se rebeller contre l'homme et que les bateaux n'hésitent pas à voler. Aventure picaresque ou histoire vraie ? Peu importe. Ses personnages semblent sortis tout droit du théâtre d'ombres que les Grecs d'Anatolie ont rapporté dans leurs bagages après le désastre de Smyrne. Clément Lépidis, enfant, a baigné dans cette atmosphère d'imagerie populaire et c'est pour en préserver l'esprit qu'il a écrit cette fantaisie débridée.
Le monde qui nous est décrit dans ce livre est celui, assez peu connu, de la grande bourgeoisie musulmane en Algérie. Monde clos, replié sur ses richesses, et qui vit en marge de toute véritable influence française, comme en marge des courants qui agitent les masses populaires surtout depuis la deuxième guerre mondiale. Dans sa trop riche famille, la jeune Zoubeïda connaît la contrepartie de certains privilèges. Elle apprend à ses dépens le poids de traditions d'un autre âge, comme elle découvre la misère effroyable qui vient gémir jusque sous les murs de la belle maison qui l'enferme. Sa révolte est celle d'une âme généreuse et ardente, qui aspire à s'épanouir au lieu de céder aux préjugés d'une société anachronique et de sombrer dans sa mortelle léthargie.
Les quatorze récits qui forment les grains de ce « Chapelet » ne doivent rien au folklore mais ils en ont toute la saveur et le charme C'est qu'ils sont nés d'une imagination qui transfigure le monde. Ici, la réalité la plus proche se fond toujours dans un jeu d'illusions et de miroirs. Ahmed Séfrioui s'est inspiré de tout le petit peuple de Fès, la vieille ville fabuleuse où se côtoient les étudiants et les âniers, les vagabonds et les pèlerins, les artisans et les boutiquiers : babouchiers, encenseurs, tisserands, tanneurs, potiers, marchands de soie ou de menthe... De ce merveilleux conteur, Robert Kemp a pu écrire qu'il est aussi « un très pur écrivant en français ». Il ajoutait : « Son oeil voit bien, sa plume a la souplesse d'un pinceau et la pointe aiguë d'un crayon ». « Le Chapelet d'ambre » a obtenu en 1949 le Grand Prix littéraire du Maroc.
Aujourd'hui est un grand jour. A seize ans à peine, il se rend pour la première fois au bordel. Il attend, seul, nu, l'arrivée de celle qui fera de lui un homme. Il est si nerveux que ses pensées se brouillent : est-il en train de rêver ? Il ouvre les yeux : c'est fini. Bien des années plus tard, et bien loin d'Istanbul, le souvenir de sa naïveté revient frapper la mémoire du narrateur...
Romancier méditerranéen par excellence, né au Caire, mais écrivain grec, l'auteur du très célèbre Cités à la dérive a choisi de situer les cinq nouvelles qui composent ce recueil en Egypte, pays où il vécut près de cinquante ans. La politique, l'espace, la mort. Et le temps, pris entre la mer (Alexandrie), le sable (la guerre dans le désert de l'ouest) et la ville (la révolution nassérienne). Un peu, en somme, de la vie, de la très vieille vie, de la terre égyptienne.
A Naples, au début de 1944, Serge Longereau, officier du Corps expéditionnaire français en Italie, bénéficie d'une permission de convalescence. Il s'éprend d'une jeune fille italienne qui longtemps lui résiste puis devient sa maîtresse. Or, cette Sylvia si réservée se révèle passionnée, éprise de bonheur absolu. Elle s'enferme aveuglément dans cet amour qui efface à ses yeux la ville affamée, terrorisée par les bombardements, le front tout proche, Cassino où se succèdent des batailles meurtrières, la terre entière livrée à la violence et au malheur. Quelques jours avant le départ de son amant pour les premières lignes, elle l'incite à déserter. Cependant, les laves ardentes vont s'éteindre, ne laisser que scories et cendres. C'est qu'à travers Serge et Sylvia, deux conceptions de la vie et du bonheur s'opposent et se détruisent. Emmanuel Roblès "On sait gré à Roblès de croire, finalement, à une victoire possible pour ceux qui, quoi qu'il advienne, se refusent à toute tricherie et à toute ruse et savent, cependant, se reconnaître entre eux. L'espoir vient de cette foi même, de cette part inaliénable qu'il faut préserver et qui reste susceptible de vaincre tant de conjurations monstrueuses." G.-A. Astre, France-Observateur
Tlemcen, 1939. À travers les yeux d’Omar, enfant des rues, découvrez le quotidien d’une famille algérienne luttant contre la misère et l’injustice coloniale.
Dans les montagnes apparemment paisibles de la région de Tlemcen, l'incendie fait des ravages, dans les gourbis agricoles et dans le cœur des hommes. En vacances dans sa famille, le petit Omar, effaré, assiste à cet embrasement. Les fellahs s'insurgent, se révoltent et décrètent la grève pour protester contre leur condition misérable. Pour les colons, ils deviennent des " incendiaires " tout désignés. Les arrestations commencent... Né en Algérie, Mohammed Dib (1920-2003) a été instituteur, puis journaliste avant de se consacrer à sa carrière littéraire. Il a obtenu le Grand Prix de la Francophonie (1994). Ses ouvrages, dont La Grande Maison, Le Métier à tisser, Un été africain, sont disponibles en Points. " L'audace de Mohammed Dib, c'est d'avoir entrepris comme si tout était résolu, l'aventure du roman national de l'Algérie. " Louis Aragon
Affamé et malmené, le jeune Omar fait l'apprentissage de la vie dans un atelier de tisserands en Algérie. Faute de jouir d'une liberté absolue et de la lumière du soleil, il écoute les interminables discussions de ses collègues, toujours à l'affût de la moindre amélioration. Comme les siens, Omar souffre de sa condition misérable, mais peut-on vraiment lui interdire d'espérer ? Né en Algérie (1920-2003), Mohammed Dib a été instituteur, puis journaliste, avant de se consacrer à l'écriture de poèmes et de romans. Son également disponibles en Points : Cours sur la rive sauvage, La Grande Maisons, L'Incendie, Le Maître de chasse et Un été africain. " Cet homme d'un pays qui n'a rien à voir avec les arbres de ma fenêtre parle avec les mots de Villon et de Péguy ". Louis Aragon " Mohammed Dib n'élève pas la voix. Sa révolte n'en est pas moins profonde, sa sensibilité à l'humiliation et à la misère humaine demeurent constantes. " Le Monde