Histoire de l'Asie
Histoire de l'Asie
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1976, année de la mort de Mao. Images brisées rassemble les témoignages poignants de Chinois ordinaires, entre murmures de souffrance et éclats de révolte, révélant la réalité crue de la Chine populaire.
Que dit la langue de l'état d'un pays ? Dans cet ouvrage sans précédent ni équivalent, les expressions étudiées racontent une société en pleine mutation, complexe, traversée de contradictions et de tensions, et intensément connectée au reste du monde. Certaines sont produites par l'État-Parti et se diffusent verticalement du haut vers le bas, à la manière des mots de la propagande étudiés par Victor Klemperer. D'autres sont forgées par les citoyens ordinaires et apparaissent au sein de communautés sur internet avant de se diffuser largement parmi plus d'un milliard de locuteurs. C'est là la singularité de la Chine actuelle, dont ce livre brosse un portrait édifiant. Les trente-quatre néologismes choisis pour désigner une variété de réalités qui relèvent de l'organisation de l'économie et du travail, de la vie quotidienne des individus, des choix d'éducation, des pratiques culturelles, des identités sociales, de la santé publique, du contrôle politique, tant en ville qu'à la campagne, rendent compte, mieux que bon nombre d'études, de la réalité de la Chine et des Chinois. Car, malgré le renforcement de la surveillance et le poids croissant des impératifs idéologiques, la langue demeure en Chine un lieu de créativité et résistance. Et c'est bien là l'une des complexités à saisir pour comprendre la voie de ce pays hors norme. Fruit du travail inédit de 16 contributeurs de tous horizons, sociologues, anthropologues, historiens, géographes, politistes et linguistes, tous spécialistes de la Chine contemporaine, et dirigé par Gilles GUIHEUX, professeur, sociologue à l'Université Paris Cité et Lu SHI, professeure honoraire en études chinoises à l'Université de Lille, Quand la Chine parle dresse un atlas linguistique de la Chine actuelle.
Depuis l'Europe des Lumières, on s'est beaucoup occupé de « penser la Chine », quitte à fabriquer les représentations les plus contradictoires, entre la « Chine philosophique » et le « despotisme oriental », entre une Chine éternelle, esthétique et consensuelle, et une autre, imprévisible et inquiétante. Pour sortir de ces clichés tenaces, Anne Cheng nous propose d'exercer notre oreille à capter ce que les auteurs chinois nous donnent à entendre. La Chine ne serait-elle pas capable, après tout, de penser et de se penser par elle-même ?
Après la chute de la dynastie Han en 220, l'ancien territoire de l'empire entre dans une longue phase de transformation sociale, politique et intellectuelle. Pendant plus de trois siècles et dans l'ensemble de l'Est asiatique, la tendance sera à la fragmentation politique, aux frontières instables, aux rébellions, migrations et invasions. Cette période est marquée par la destruction et la violence, mais aussi par de multiples expérimentations sociales et politiques. Dans le Nord, des populations frontalières conquièrent le centre de l'ancien empire, en imposant leurs normes et leurs pratiques. Dans le Sud, des familles aristocratiques s'approprient les administrations et les façonnent à leur image. Au Nord comme au Sud, l'arrivée du bouddhisme et l'expansion du taoïsme s'accompagnent de nouvelles idées, de nouveaux acteurs et de nouvelles institutions. Époque d'intenses bouleversements, ce « haut Moyen Âge chinois » (220-589) interroge d'abord l'évolution de l'autorité sociale et politique. Comment certains groupes parviennent-ils à se faire une place, voire à s'imposer face à leurs rivaux? Quels moyens les anciennes élites se donnent-elles pour dominer des populations mobiles et changeantes, parfois devenues incompréhensibles à leurs yeux? Et face aux recompositions à l'oeuvre, qu'advient-il des manières traditionnelles d'expliquer, de justifier et de rationaliser le pouvoir? Dans ce monde médiéval aux allures parfois «modernes», dans ce mouvement fébrile d'idées, de populations et de frontières, s'ébauchent un certain nombre des trajectoires historiques qui marqueront durablement l'ensemble de la région jusqu'à cette Chine que nous connaissons aujourd'hui.
Si la civilisation chinoise de la table est réputée, elle est paradoxalement inconnue dans ses principes. Malgré la multiplication de l'offre alimentaire asiatique au-delà de la Grande Muraille, peu de mangeurs occidentaux imaginent le raffinement et la richesse de la palette des goûts mise en valeur par les cuisines de l'immense espace chinois. Au fil des pages, Françoise Sabban nous mène auprès des chefs, dans la chaleur de la flamme, pour suivre les faits et gestes de grands professionnels ; elle nous invite à comprendre la subtilité des saveurs, les habitudes des mangeurs, les rituels de la table et leur histoire. Mais surtout, elle réconcilie les pratiques avec les imaginaires, les pensées et les idées qui leur donnent sens et ont permis leur existence. Car, en Chine, la culture alimentaire a toujours été une affaire politique. En racontant la Chine par le menu, Françoise Sabban retrace les aléas idéologiques qui ont bouleversé la société depuis le début des années 1980 et comment, pour les Chinois, la conquête de la modernité a passé par une réforme de leur régime alimentaire.
Si brillante fût-elle, la dynastie des Song (960-1279), l'une des plus longues de la Chine impériale, ne régna que sur la seule Chine centrale et même sur la seule Chine du Sud à partir du XIIe siècle. Contraint en permanence par la puissance des empires des steppes, nés comme lui de la décomposition de l'immense empire des Tang, l'empire des Song dut traiter d'égal à égal avec les Khitan-Liao (907-1125) puis les Jurchen-Jin (1115-1234) au Nord, ou les Xi-Xia (1032-1227) au Nord-Ouest. La tension entre la vocation universelle de son entreprise impériale et l'incomplétude de sa souveraineté explique en partie le dynamisme économique, commercial et financier qui fit de la Chine des Song un carrefour terrestre et maritime, reliant l'Asie du Nord aux mers du Sud. Surtout, les innovations institutionnelles et techniques qui se multiplièrent entre le Xe et le XIIIe siècle, ainsi que la créativité intellectuelle stimulée entre autres facteurs par l'essor des examens, jetèrent les bases d'un régime bureaucratique nouveau, celui-là même qui devait dominer le gouvernement de la Chine jusqu'à la fin de l'empire en 1911. Le présent ouvrage offre une synthèse des travaux qui ont renouvelé l'histoire de la période depuis que les historiens chinois ont retrouvé toute leur place dans la communauté internationale, il y a une quarantaine d'années.
Samarcande, Boukhara, et combien encore d'oasis mythiques parsèment l'infini des steppes... Depuis l'Antiquité, l'Asie centrale est une terre de métissages et d'échanges au coeur de laquelle la route de la Soie a laissé une empreinte inaltérable. Là régna le terrible Tamerlan, qui se lança à la conquête du monde et jeta les bases d'un empire dont la Transoxiane devint le centre. Mais comment ce nouveau Gengis Khan et ses héritiers, les Timourides, ont-ils pu imprimer dans les mémoires le souvenir de progrès scientifiques majeurs, et même celui d'une véritable « renaissance » culturelle ?
Dans les médias, l'Afghanistan est systématiquement associé aux attentats, au terrorisme, aux catastrophes naturelles et à la violence de ses gouvernements. Il s'agit pourtant d'un pays riche d'une longue histoire, fort d'une grande diversité culturelle et très impliqué de-puis toujours dans les relations économiques et géopolitiques internationales. L'ouvrage d'Alain Coppolani fait la lumière sur les réalités de ce pays complexe et s'intéresse pour la toute première fois à de nombreux aspects passés totalement sous silence dans la littéra-ture francophone sur le sujet. S'appuyant sur des documents en français et en langues étrangères (notamment en dari et pachto, les deux langues officielles de l'Afghanistan) al-lant des travaux académiques internationaux aux sources scripturaires de l'islam et aux communiqués de presse du régime afghan, Si l'Afghanistan m'était conté constitue une source d'informations sans égale pour toute personne appelée à parler de l'Afghanistan ou à y intervenir : journaliste, diplomate, universitaire, humanitaire ou simple curieux souhaitant en savoir davantage sur ce pays. Constitué de sept grandes parties (histoire, territoire et société, système politique depuis 1919, religion, géopolitique, économie, culture), elles-mêmes divisées en brefs chapitres, agrémenté de plusieurs index, l'ouvrage se prête autant à la lecture en continu qu'à la recherche d'informations sur un sujet précis.
En 1912, avec la proclamation de la République, la Chine bascule dans une ère foncièrement nouvelle. La révolution de 1911-1912 n'a pas pour seule conséquence de renverser les Qing. Elle vient mettre fin à la succession des dynasties qui scandait l'histoire chinoise depuis plus de deux millénaires. Le modèle politique et intellectuel de l'empire, qu'une décennie de réformes radicales (les Nouvelles politiques) avait commencé à remettre en cause à partir de 1901, est définitivement enterré. En se fondant sur l'historiographie la plus récente, l'auteur réfute la grille de lecture d'une période républicaine dominée par l'épopée révolutionnaire du Parti communiste chinois. La victoire finale de ce dernier ne se dessine que très tardivement. Elle doit au moins autant à sa stratégie et sa faculté à organiser et mobiliser la population qu'à une série de concours de circonstances particulièrement favorables qui aboutissent à affaiblir son principal ennemi, le Guomindang.
Le Pays des neiges, dont le Ve dalaï-lama fut le premier à exercer les pouvoirs spirituel et temporel, a nourri les rêves les plus fantaisistes des Occidentaux. Ses hautes montagnes ont dissimulé une civilisation d'une richesse inouïe, longtemps demeurée méconnue. Le Tibet des XVIIe et XVIIIe siècles a engendré une activité intellectuelle et artistique foisonnante et transformé les institutions politiques, lui conférant un caractère unique qu'il a conservé jusqu'à l'invasion chinoise de 1950. C'est ce Tibet qu'évoque ce guide, un Tibet parfois déroutant, souvent attachant et toujours exceptionnel.
Pourquoi un régime qui semblait devenir une démocratie libérale depuis la fin du XIXe siècle a-t-il emprunté dans les années 1930 une voie qui l'a fait comparer aux fascismes européens ? Contrairement à l'Italie et à l'Allemagne, le Japon a basculé dans l'ultranationalisme sans qu'un parti fasciste ne prenne le pouvoir et sans qu'on puisse distinguer un moment plus décisif que les autres. Convaincu que la démocratie n'a pas d'avenir si l'on ne cherche pas à comprendre la dynamique profonde de cette évolution, Maruyama Masao s'attache à mettre en lumière les singularités du cas japonais. Abordant tour à tour l'idéologie officielle, le rôle des mouvements d'extrême droite et la psychologie des dirigeants, il nous explique comment le système hérité de l'ère Meiji (1868-1912) a fini par engendrer ce « fascisme atrophié » qui a conduit son pays à un désastre pourtant prévisible. Écrite et publiée au lendemain de la guerre, cette analyse fit date et reste aujourd'hui encore incontournable.
En 1949, bien qu'elle se proclame en rupture radicale vis-à-vis des régimes qui l'ont précédée, la République populaire de Chine reprend à son compte les objectifs formulés par les réformateurs et les révolutionnaires de la première moitié du XXe siècle. La différence tient aux moyens mobilisés pour y parvenir. Dans les faits, la pratique du totalitarisme par Mao Zedong n'entraînera pas les transformations annoncées. Il lègue une société affaiblie et fracturée. Il faut attendre le tournant des années 1980 pour que la promesse de modernisation soit enfin tenue. Les réformes engagent alors le pays dans des mutations plus rapides qu'aucune société humaine n'en a jamais connues. Industrialisation, urbanisation, bureaucratisation, globalisation, migrations ne sont pourtant pas des phénomènes propres à la Chine ; s'ils y prennent une proportion hors du commun, ils s'éclairent par le comparatisme. Pour conduire cette démonstration, l'ouvrage s'appuie sur les acquis les plus récents de la recherche en sciences sociales alors que l'enquête de terrain est désormais possible et les archives pour partie ouvertes.
Loyauté, honneur, courage, telles auraient été les vertus des samurais de la voie des guerriers (bushido) du Japon pré-moderne. Mais le présent essai explique pourquoi leur vie était plus souvent faite de mensonges, de trahisons et d'impostures. Peu de cultures ont porté aussi haut que celle du Japon l'exaltation de la « voie des guerriers » (bushido). Celle-ci prenait la forme de discours - des textes, des codes de représentations et des comportements ritualisés - qui changèrent profondément avec le temps et les circonstances politiques, économiques et sociales. Ce livre est consacré à celui qui se développa pendant l'époque Tokugawa (1603-1868). Ce discours entretint alors avec les réalités de la vie des guerriers (les bushi ou samurai) des rapports très différents de ceux caractéristiques des périodes précédentes. Certes, il avait toujours été, et il sera encore, fort loin de simplement refléter la réalité des comportements des guerriers, mais c'est au cours de l'époque Tokugawa que la dimension théâtrale du discours de la voie des guerriers avec les mensonges et les impostures dont il était saturé, acquit une dimension nouvelle. Ces guerriers qui n'en étaient plus, mais ne pouvaient le faire voir, devinrent des serviteurs qui sous le masque de la loyauté complotaient contre leurs maîtres, des truqueurs sans vergogne de généalogies imaginaires, des tricheurs et menteurs en série, des amateurs de confort douillet qui brandissaient des armes qui n'étaient plus que des symboles vides.
Qui d'autre que François Ponchaud, auteur de l'inoubliable Cambdoge année zéro (paru en 1977), pouvait à ce point « résumer » la très riche histoire d'un des pays les plus attachants de l'Asie du Sud-Est, depuis l'époque mythique des bâtisseurs d'Angkor, jusqu'à la difficile reconstruction après le drame des Khmers rouges ? Sans minimiser non plus les enjeux contemporains. Il faut dire que ce prêtre pas comme les autres vit sur place depuis 1965, et chaque jour qui passe est le témoin de ses multiples engagements aux côtés de la population... Il a lui-même appris le khmer pour mieux s'imprégner des subtilités de cette civilisation, et, accessoirement, traduire la Bible dans cette langue.
Angkor fascine : ce nom évoque une ville superbe aux temples impressionnants, enfouie au coeur d'une forêt dense, impénétrable, dévorée par la sylve et révélée à l'Occident au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. De nombreuses capitales se sont succédé là du IXe au XIIIe siècle. OEuvres royales par excellence, intrinsèquement liées à l'exercice du pouvoir, elles illustrent le prestige des souverains, artisans de la grandeur de l'empire khmer. Mais ces vestiges majestueux revêtus de leur gangue végétale, ornés des délicates sculptures des apsaras, gardiennes hiératiques des sanctuaires, conservent une grande part de leur mystère. Que sait-on de leurs bâtisseurs, rois et dignitaires, et de la vie qu'ils menaient dans les villes et les habitations édifiées autour de ces temples ? Comment se déroulaient les journées du roi ? Nous ignorons beaucoup de ses obligations, de ses divertissements. À quoi ressemblaient son palais, les objets du quotidien, les détails ordinaires de la vie courante ? Autant de questions auxquelles cet ouvrage apporte des réponses documentées au terme d'une longue et minutieuse enquête au cours de laquelle l'auteur a scruté les bas-reliefs, décortiqué les inscriptions et interrogé les monuments et les statues. Le roi, ses proches et son peuple reprennent vie et retrouvent désormais leur place à Angkor dans leur environnement familier.
L'actualité de l'Inde, fournie et complexe, ne cesse de nous interroger. Pays continent marqué par une diversité exceptionnelle, le géant indien voit son modèle de développement remis en cause par la crise du Covid. La plus grande démocratie du monde, fondée sur l'héritage laïque de Nehru et Gandhi, est remise en cause par le nationalisme hindou et, confrontée à une croissance économique fragile, elle doit à nouveau relever le défi de la pauvreté. En abordant successivement les aspects politiques, économiques, sociétaux et géopolitiques de l'Inde, cet ouvrage accessible et précis donne des clés de lecture pour aborder le pays, non seulement à travers sa profondeur historique mais aussi à travers ses paradoxes contemporains : quel projet politique ? Quelles perspectives économiques ? Quelles évolutions sociétales ? Quelle place pour les religions ? Quelles ambitions internationales ? Une douzaine de cartes et d'infographies viennent étayer le propos.
« Le Ciel, dit-on, ne crée aucun homme supérieur aux autres hommes ni aucun homme inférieur aux autres hommes. Cela signifie que, étant tous engendrés par le Ciel, les hommes sont égaux entre eux et qu'il n'existe pas, à la naissance, de distinctions de rang ou de classe. [...] Les différences qui existent entre les hommes proviennent uniquement des connaissances que les uns ont acquises par l'étude et que les autres n'ont pas. [...] La liberté et l'indépendance concernent par ailleurs tout autant les pays que les individus. [...] Que le pays soit humilié, et tous les Japonais sans exception devront en effet donner alors leur vie pour défendre son honneur et sa dignité. C'est en cela que consistent la liberté et l'indépendance d'un pays. » L'Appel à l'étude, publié entre 1872 et 1876, est l'ouvrage le plus important de l'ère Meiji (1868-1912). Son auteur, Fukuzawa Yukichi (1835-1901), s'y livre à un double exercice : penser la manière dont le Japon peut et doit « accéder à la civilisation » et convaincre ses compatriotes de le suivre dans cette voie, la seule à même selon lui d'éviter à son pays la colonisation par les puissances étrangères. Best-seller absolu de l'époque, ce livre, qui a joué un rôle capital dans la construction du Japon contemporain, offre de nombreuses clefs pour comprendre ce que fut vraiment la restauration de Meiji pour les Japonais. Le traducteur, Christian Galan, est professeur de langue et civilisation japonaises à l'université Toulouse-Jean Jaurès et chercheur au Centre d'études japonaises de l'Inalco.
Au Tadjikistan, le mariage définit le destin des femmes : de l’épouse soumise à la belle-mère respectée, chaque étape compte. Mais quand les hommes migrent et que les unions se brisent, comment éviter l’exclusion ?
La donation pieuse, à l'origine de l'immense majorité des stèles érigées dans les villages du Vietnam, a joué un rôle essentiel dans la vie économique, sociale et religieuse depuis le VIIe siècle. Loin d'être immobile, cette longue histoire de la charité commence avec des dons gracieux accordés aux sanctuaires par des grands personnages et des moines ; elle se poursuit avec d'innombrables cohortes de donateurs secondaires, issus de milieux sociaux plus ordinaires, qui vont peu à peu se distinguer par des dédicaces privées à l'attention des défunts de leurs familles, puis s'extraire des mouvements collectifs en isolant leur donation et leur histoire sur leurs propres stèles. Et soudain, vers 1630, apparaît la grande innovation : l'élévation des donateurs au rang d'Épigones du Bouddha ou de la Divinité tutélaire. Pourvus d'un titre religieux et de privilèges cultuels garantis par un contrat, honorés par les villageois à dates régulières, ils accèdent à la semi-divinité. La subtilité de cette procédure, qui explique son succès fulgurant, c'est qu'elle ajoutait au don gracieux, versé en numéraire, un don foncier dont le revenu régulier finançait le culte des Épigones « pour l'éternité ». C'était une fondation pieuse, mais ouverte aux femmes et à toutes les catégories sociales, depuis les grands mandarins et les princesses de la cour jusqu'aux odalisques, aux notables et aux paysannes.
L'histoire des hommes de la future Indonésie se déroule sur près d'un million d'années. Cet archipel, qui connaît bien avant l'Europe la Révolution néolithique, sera l'objet de la convoitise des Européens et progressivement colonisé. Libérée du colonialisme malgré l'opposition des puissances occidentales en 1945, l'Indonésie s'impose dans le concert des nations à la Conférence de Bandung en 1955 et se forge un avenir. Son histoire est enthousiasmante, mais aussi dramatique lorsque les partisans d'un « Ordre nouveau » plongent le pays dans 33 années de dictature après de terribles massacres. En 1998, la jeunesse n'hésite pas à braver la dictature et provoquer la chute du dictateur. Vingt années se sont écoulées depuis la chute de Suharto. Aujourd'hui les langues se délient, sans peur, ou presque, laissant aux historiens le soin de substituer à l'Histoire officielle, la véritable histoire des peuples d'Indonésie.
Comment expliquer les origines de l'impressionnant développement économique japonais au cours du XXe siècle ? Alors que les thèses habituellement avancées soulignent le rôle du pouvoir central (gouvernement et zaibatsu), Nakamura Naofumi nous fait parcourir le Japon de l'ère Meiji (1868-1912) dans toute son étendue, du nord au sud, à la découverte des fondations régionales de la « Révolution industrielle ». Analysant la mentalité des acteurs, leur capacité à l'échange d'informations, à l'activation de réseaux de proximité, à la mobilisation de capitaux, l'auteur décrit une pléthore d'entrepreneurs et d'agents publics locaux dynamiques. Engagés dans le lancement d'entreprises innovantes de dimension régionale, ils réalisèrent des aménagements industriels (filatures, charbonnages, chemin de fer ou secteur électrique) dans tout l'archipel entre les années 1880 et 1900. À l'heure où la désindustrialisation des régions s'accompagne d'une croissance économique en berne, la démonstration de Nakamura Naofumi n'apparaît que plus riche de sens.
« Ce qui arrive en Chine arrive dans le monde, et ce qui arrive dans le monde arrive en Chine ». Ce simple énoncé, aux faux airs de tropisme, assume en une phrase toute la radicalité d'Arif Dirlik. Ce sinologue américain d'origine turque est à l'écoute de ce que nous dit la Chine, sans jamais s'exempter de nous rappeler les complicités économiques, politiques, managériales ou académiques qui accompagnent son incroyable développement. Les origines du mot « Chine », l'importation des sciences sociales, l'influence de l'anarchisme sur les premiers marxistes chinois, la trahison des promesses de la révolution, la Chine postsocialiste et le postmodernisme, le renouveau nationaliste, la destruction massive de l'environnement et la croissance continue des inégalités... voici la liste non exhaustive des sujets abordés par Arif Dirlik dans cet ouvrage qui échappe aux pièges de la sentimentalité victimaire et des discours exceptionnaliste comme essentialiste de la supposée « altérité » chinoise qui ont marqué les esprits au tournant du xxie siècle. Ce premier choix de textes, fait avec leur auteur, permet de découvrir la logique imparable qui lie histoire, langage et théorie critique dans une longue et fructueuse carrière, achevée trop tôt en décembre 2017.
En 2002 se sont déroulées dans l'État du Gujarat les plus graves attaques contre des musulmans qu'a connues la République indienne depuis 1947. 2 000 d'entre eux ont péri au cours des violences qui ont duré près de six mois tandis que 150 000 autres ont été contraints de fuir définitivement leur logement, attaqués par des nationalistes hindous agissant avec la complicité des autorités locales. Charlotte Thomas propose la première exploration du ghetto musulman de Juhapura, qui s'est formé à la suite de ces pogroms. Elle analyse les stratégies de domination mises en oeuvre par les pouvoirs publics à l'encontre de cette minorité. Elle révèle la discrimination, la ségrégation économique et spatiale, le manque d'accès aux services publics de base que subissent les musulmans de Juhapura. Mais l'auteur dévoile aussi les tactiques de résistance qui répondent à ces stratégies de domination, ainsi que le développement socio-économique à l'oeuvre au sein du ghetto grâce aux initiatives de self-help élaborées par les résidents. Explorer le ghetto de Juhapura et la vie quotidienne de ses habitants, c'est découvrir « de l'intérieur » et en actes le projet politique nationaliste hindou porté par l'actuel Premier ministre, Narendra Modi, dont la responsabilité dans les pogroms de 2002 est directement mise en cause. Charlotte Thomas est docteure en science politique. Elle est actuellement en postdoc au CERI Sciences Po et dirige le programme Asie du Sud (SAProg) du collectif de chercheurs Noria. Préface de Howard Spodek
La foisonnante richesse de la civilisation du Tibet. Puisant dans les littératures tibétaine et chinoise, dans les récits des voyageurs et dans les travaux de nombreux chercheurs, Rolf Alfred Stein (1911-1999) présente ici la foisonnante richesse de la civilisation du Tibet sous ses différents aspects : habitat et populations, histoire, organisation sociale, religion et coutume, arts et lettres. Son propos est de donner, à travers un choix de sujets, de documents et de faits, une vue générale et significative qui permette au lecteur d'appréhender un univers où sacré et profane se mêlent en chaque geste, en chaque son, en chaque voyage. Découvrez un ouvrage qui constitue un livre de référence particulièrement précieux en une période où les Tibétains voient le maintien de leur mode de vie ancestral et de leurs particularités culturelles gravement menacé. EXTRAIT Les chants de mariage commencent par une allusion à la « parole de vérité », terme bouddhique qui a pris, dans le langage courant, le sens de formule de serment et de prise à témoin, chargée de puissance magique (formule d'imprécation : « aussi vrai que... » ou : « que je sois puni si ce que je dis n'est pas vrai ! »). Pour l'épopée, la récitation exacte est aussi importante qu'elle l'est dans le lamaïsme pour les formules magiques et les rites. L'épopée, les chants et les récits des courses, ainsi que les pièces de théâtre jouées au moment de la récolte réjouissent le dieu du pays (montagne sacrée) et créent une communion entre lui et le groupe qui participe à la fête. Pour authentifier le rite, il est essentiel de remonter dans chaque récit à l'origine de telle ou telle institution, et ce récit doit être authentique et véridique. C'est le cas même des rituels lamaïques qui rappellent toujours l'origine, le précédent mythique, qui justifie ce rite. Chose curieuse, ces récits des rituels ont toujours un caractère dramatique et se font remarquer par leur expression littéraire très soignée d'oeuvres poétiques. Dans l'épopée, de longs récits poétiques sont consacrés à l'origine et à l'explication symbolique du chapeau du barde, du cheval et de l'épée du héros. Les chants de mariage exaltent l'origine du mariage, du vêtement, du chapeau et du « mouton de bonne fortune », les hymnes des courses l'origine des courses et des clans qui y participent. Ces récits sont volontiers appelés gtam-dpe, expression dans laquelle le dernier mot signifie à la fois modèle, métaphore, dicton, conte et livre. Dans les palabres, on cite comme autorité les « dires » (dpe) des anciens. Dans l'exposé de la « religion des hommes », les différentes parties du corps du lion servent de modèle ou de métaphore (dpe) aux différents genres de traditions. En se conformant aux modèles et aux précédents des temps originels, on s'insère dans l'ordre du monde et on le maintient de ce fait. À PROPOS DE L'AUTEUR Rolf A. Stein (1911-1999), professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d'études du Monde chinois, institutions et concepts, de 1966 à 1981, est l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels L'Épopée tibétaine de Gesar dans sa version lamaïque de Ling (1956) et Le Monde en petit, jardins en miniatures et habitations dans la pensée religieuse d'Extrême-Orient (1987).
« La pensée d'après-guerre nous lègue une attitude critique à ne pas négliger. La situation politique aujourd'hui nous invite à cet exercice. Profitant du sentiment d'angoisse qui s'est installé après la catastrophe du 11 mars 2011, le gouvernement Abe cherche à liquider l'après-guerre, dont il fait une lecture simpliste. On est en train d'assister à une rupture radicale, qui fait écho à l'évolution du capitalisme dans le monde. Il est désormais nécessaire de réévaluer notre propre position dans cet après-guerre, de retrouver les réflexes critiques des intellectuels qui nous ont précédés, pour penser cette rupture et ses conséquences, et éventuellement, y résister. » (entretien avec Narita Ryûichi) Après Japon colonial 1880-1930. Les voix de la dissension (Les Belles Lettres, 2014), le Groupe de Genève présente ici la traduction commentée de quatre penseurs majeurs du Japon de l'après-guerre.
Un récit qui effleure l'histoire du Vietnam sur plus d'un siècle à travers le regard d'un homme et de son arrière-petite-fille. Un récit qui amène à s'interroger sur la faculté de l'être humain à dépasser ses peurs pour aller vers l'inconnu. Un récit qui fait voyager d'une autre façon. Sabine Goddet est en fauteuil roulant. Voyageuse dans l'âme, elle est juriste et l'auteur de récits de voyages. Son premier livre, Poussée par le vent, est paru chez Complicités en 2018. Le voyage de Sabine et de son compagnon de route Sébastien est une fenêtre ouverte sur les territoires du possible où le handicap finit par devenir un langage qu'on ne voit bien qu'avec le coeur. Comment revenir indemne d'un tel récit, c'est tout le risque qu'il y a à côtoyer le merveilleux et la profondeur des mots de cette aventurière des temps modernes. Patrick Segal
Cet ouvrage analyse l'expérience de la guerre, de la défaite et de l'exil des combattants - hommes et femmes - des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE), une organisation militaire qui a lutté pour l'indépendance de la minorité tamoule au Sri Lanka (1983-2009). Bien que les LTTE soient principalement connus pour leur violence, on sait peu de choses sur la vie et les expériences des combattants de cette organisation. À travers les témoignages des vétérans exilés en France, ce livre reconstruit le processus suivant lequel les LTTE ont créé des soldats qui incarnaient la volonté politique de l'organisation et, en second lieu, la manière dont les combattants ont internalisé l'idéologie et l'imaginaire des LTTE, par les représentations partagées, mais également par le corps et les émotions. En analysant des éléments clés des trajectoires de vie des combattants (l'entraînement militaire, le combat, la torture et l'emprisonnement, la mort des camarades, le vécu des femmes soldates, la défaite et l'exil), l'ouvrage examine comment ces expériences ont façonné leurs identités et leur manière d'interagir avec le monde.
Avec l'arrivée de Saint François Xavier au Japon au milieu du XVIe siècle, pour la première fois l'Occident chrétien découvrait un pays d'une civilisation égale à la sienne et une nouvelle religion, le bouddhisme. Les missionnaires jésuites ont raconté par le menu leurs découvertes, leur apprentissage et leurs premiers succès dans l'environnement périlleux du Japon féodal. À la suite de ces débuts prometteurs, les dirigeants japonais ont peu à peu trouvé cette influence étrangère néfaste et sont parvenus à l'extirper grâce à une persécution aussi bien pensée que cruellement appliquée. L'éradication n'a pourtant pas été totale puisque les missionnaires français venus pour la réouverture du pays au milieu du XIXe siècle ont retrouvé des communautés chrétiennes restées cachées pendant deux cent cinquante ans. Le récit vous conduira à travers une nouvelle vague de persécutions jusqu'à l'époque moderne et vous fournira des éléments pour juger si finalement christianisme et Japon sont ou non compatibles.
Située à la frontière du nord du Vietnam et dotée d'un relief accidenté, la province de Cao Bng, pays des Tày, a longtemps été considérée comme une zone reculée, barbare, insalubre et potentiellement dangereuse pour les Kinh venus du delta. Pour bien administrer cette zone frontalière, le souverain dût accepter les privilèges des chefs autochtones en maintenant ses propres prérogatives comme les éléments symboliques. Mais, à partir de 1820, en visant à intégrer cette région au système administratif officiel du pays, l'empereur Minh Mng (18201840) a réalisé une politique pour éliminer le pouvoir des gardiens de frontière. Cette réforme est considérée comme la première offensive, et d'ailleurs la plus violente, du pouvoir central à l'encontre des chefs autochtones en zone montagneuse. Cette monographie met en lumière la relation entre la monarchie et les pouvoirs locaux de Cao Bng des origines aux conséquences de la réforme de Minh Mng, y compris la rivalité politique entre des chefs locaux sur le plan local. Cette étude rétrospective offre un nouveau regard sur le processus d'intégration des marches frontières du nord du Vietnam et sur les difficultés rencontrées par la cour de Hué dans sa gestion des régions frontalières.
Au Japon, la Seconde Guerre mondiale et l'occupation américaine ont gardé aujourd'hui encore une forme d'actualité. Entre conviction profonde et instrumentalisation de la mémoire, la lecture de l'histoire des années 1940 détermine toujours de nombreuses positions sur la scène politique et culturelle de l'Archipel, qu'il s'agisse de la réforme de la Constitution, des relations avec la Chine et les États-Unis ou de la commémoration des héros de la nation. En ce sens, et peut-être plus qu'ailleurs, l'après-guerre y est une réalité du présent. Ce livre examine de façon précise et ordonnée les différentes modalités du rapport à la guerre. Pour mettre en relief l'ampleur et la complexité du thème, de nombreux domaines sont ici explorés, comme la politique, l'éducation, l'environnement, mais aussi les arts et la littérature. Les contributions réunies au sein de cet ouvrage ont été rédigées par certains des meilleurs spécialistes du Japon moderne et contemporain. En annexe, sont présentés et traduits plusieurs textes historiques de première importance, comme la déclaration impériale du 15 août 1945 ou le principal rapport américain sur les bombardements stratégiques.
La Chine fut à de multiples reprises dirigée par de grandes souveraines, aussi capables sinon davantage que leurs homologues masculins. L'une d'elles, la célèbre Wu Zetian, est même allée jusqu'à se proclamer empereur et à fonder sa propre dynastie, devenant ainsi l'égale des hommes, tâche ô combien difficile dans une société traditionnellement polygame, où les femmes étaient le plus souvent réduites au statut d'épouse ou de mère. L'Empire du Milieu a connu, lui aussi, son lot de Messaline, de Théodora et d'affaires de la tour de Nesle, et sa riche histoire a été marquée par nombre d'histoires d'amour et d'intrigues de palais, où se sont croisés épouses naïves, impératrices arrogantes, douairières toutes puissantes, eunuques maléfiques et empereurs dissolus. Keith McMahon, érudit sinologue, retrace ici l'histoire des impératrices, des concubines et des favorites qui se sont illustrées dans l'histoire de la Chine, et qui ont, pour certaines d'entre elles, inspiré pendant des siècles les poètes, les romanciers, les dramaturges et, plus récemment, les cinéastes.
Le Pakistan se trouve à la limite de deux mondes : le monde iranien et le monde indien. Cette frontière est marquée par l'Indus. Sur le plan historique, si le pays est de formation récente (1947), la terre a vu fleurir l'une des plus anciennes civilisations du monde. « Copyright Electre »