Robles Emmanuel
Robles Emmanuel
À Oran, en 1927, une jeune veuve travaille durement pour élever son fils de treize ans. Ce dernier vénère la mémoire de ce père qu'il n'a pas connu mais qui a laissé à ses amis un vivant souvenir. Lorsque la mère parle de se remarier, le garçon se révolte et refuse un projet qui, à ses yeux, est une trahison envers le disparu. Commence alors entre ces deux êtres un conflit marqué cependant par le sourire de la jolie Véronique et les ardeurs d'un violent soleil d'été.
Une petite ville de Sardaigne, un climat propice aux feux de toutes les passions. Au moment où son épouse revient d'une longue absence, Valério, un jeune médecin, découvre qu'il aime une autre femme. Les bonheurs sont toujours difficiles. Parce qu'il décide de soustraire un assassin aux recherches de la police, Valério est amené à se poser des questions qui sont autant de pièges. L'ordre voudrait qu'il livre le meurtrier, l'ordre voudrait qu'il brise tout lien qui l'écarte de sa femme. Mais qu'est-ce que l'ordre ? A qui faut-il obéir ? A ceux qui dictent les lois ou à nous-mêmes ? L'écrivain Emmanuel Roblès nous interpelle et nous répond dans ce très beau roman qui fut porté à l'écran par Luis Buñuel. Il a été traduit en treize langues.
Au moment où Hélène Morel atterrit sur l'aérodrome de Venise, elle croit avoir rompu avec un passé qui l'a profondément bouleversée. Dans cette Venise d'hiver, silencieuse, recueillie, le présent prend alors pour la jeune femme le visage de l'amour. Elle vient en effet de rencontrer Lassner qui, en qualité de reporter-photographe, a mené une existence aventureuse dans de nombreux « points chauds » de la planète. Mais, de Paris, André Merrest, l'amant délaissé, rejoint Hélène et se montre plus autoritaire, plus dur que jamais, tout en négligeant Yvonne, sa propre femme, qu'il a désespérée. Ce conflit entre deux êtres si opposés, Hélène et André, trouvera son dénouement lorsque Lassner, dans cette Italie d'aujourd'hui, en proie aux convulsions sociales et aux attentats terroristes, sera dangereusement menacé. Ainsi ce roman témoigne-t-il à la fois de la précarité du bonheur et du déchaînement de la violence dans le monde actuel. Histoire imaginaire, certes, mais liée à la vérité de notre époque, si exaltante et si tragique.
Née en 1937, l'amitié entre Albert Camus et Emmanuel Roblès est demeurée ininterrompue jusqu'aux deux dernières lettres écrites par Camus à Roblès de Lourmarin, peu de jours avant l'accident de Villeblevin en janvier 1960. Des pages de cet ouvrage se dégage, au long des anecdotes et des lettres choisies dans un lot important, un portrait de Camus en ami, familier, généreux, rayonnant. Le livre est nourri aussi de la profonde connaissance de l'ouvre camusienne et de sa résonance dans le monde entier, acquise par l'auteur à l'occasion des conférences qu'il a prononcé es dans de nombreux pays d'Europe, d'Asie et des deux Amériques.
Extrait : "Après la sortie de la gare et tandis que, sa valise à la main il se dirigeait vers le port, Georges aperçut au balcon d'un premier étage une femme se peignait, assise dans une pose gracieuse, le buste rond et droit, la tête inclinée, ses cheveux pendant en crinière sur le côté. Elle les tenait d'une main et semblait de l'autre voluptueusement et ce geste prit pour Georges une signification érotique qui le troubla. A peine eut-il cependant dépassé l'inconnue qu'il découvrit qu'il s'agissait d'une femme âgée, aux lèvres mangées, aux yeux fardés de noir jusqu'aux joues selon la mode qui prévalait au début du siècle. De surprise, Georges s'arrêta au milieu du trottoir, visage levé, ce qui attira sur lui l'attention de la vieille."
Inspiré par un séjour de l'auteur au Japon, L'homme d'avril, le récit qui ouvre ce recueil, a d'abord paru en traduction à Tokyo. Pour certains critiques japonais, il demeure avant tout "une illustration romantique d'un thème qui a déjà retenu Roblès : celui du bonheur difficile dans un monde incompréhensible et menacé". D'autres commentateurs ont mis l'accent sur la qualité de l'observation et aussi sur le portrait de l'héroïne japonaise, libérée des contraintes ancestrales. Ainsi, un écrivain des 25 ans, Mlle Sawako Ariyoshi, a pu affirmer dans le quotidien "Maïnichi" de Tokyo : "L'auteur voit le Japon avec la même sensibilité que la nôtre, celle de la génération la plus jeune. Je trouve chez lui la même volupté de considérer notre pays avec un regard neuf, détourné des défroques de la tradition." Emmanuel Roblès, pied noir d'Oran et d'origine espagnole, a publié l'essentiel de son œuvre au Seuil. Il a connu pour ses romans un succès international et de nombreux prix (dont le Femina). On joue encore ses pièces de théâtre. Il a écrit Les Hauteurs de la ville, juste après la seconde guerre mondiale.
Orphelin, Rafaël a été recueilli par sa tante et son oncle Padilla. Il travaille dans leur magasin de meubles, où il s'ennuie à mourir. Il décide de partir et s'engage comme ouvrier sur un barrage. On est en Espagne, entre Malaga et Linares. Rude apprentissage pour ce jeune homme qui a le sang chaud mais ne connaît rien à la vie. " Le barrage, lui dit son ami le Basque, regarde-le Rafaël... Travail d'homme. C'est quand je vois des machines comme ça que je fais malgré tout confiance aux hommes. " Mais l'exaltation joyeuse des premiers temps ne va pas durer. Affrontements, jalousies, violence, éléments déchaînés vont apprendre à Rafaël que la vraie vie est plus rude encore que c e qu'il croyait. Ce roman obtint en 1943 le grand Prix littéraire de l'Algérie et, en 1945, le Prix Populiste. Bien qu'absent d'Alger (il se soignait au Chambon), Albert Camus continuait à être le directeur littéraire des Éditions charlot, où le livre parut. A ce titre, il avait rédigé en 1942, le " prière d'insérer " : " Des départs, des révoltes, l'amitié libre et forte, la vérité au flanc des montagnes, ce sont des thèmes privilégiés et exaltants. Ils font de ce roman une réussite exceptionnelle dans la littérature d'aujourd'hui et apparentent Emmanuel Roblès à quelques-uns des grands romanciers américains. "
Comme tous les écrivains authentiques, Emmanuel Roblès dans ses pièces de théâtre comme dans ses œuvres romanesques explore toujours les mêmes thèmes majeurs : l'amour d'une part, cet amour où le cœur et la chair ont partie liée, où le désir, la tendresse, le respect unissent la femme et l'homme, et d'autre part la guerre ou, plus exactement, la violence de l'histoire à laquelle nul n'échappe, que chacun d'entre nous doit, à un moment ou à un autre, affronter. On trouvera, dans les trois romans courts et dans les deux nouvelles qui composent ce volume, ces thèmes déclinés dans des histoires envoûtantes et fortes, incarnées par des personnages campés avec une telle perspicacité et une telle originalité qu'on pourrait les croire vivants. On trouvera aussi dans Erica un autre motif aussi attachant et plus sourd : celui de la solitude. Le talent et la grandeur de Roblès c'est d'âtre toujours à hauteur d'homme, attentif à ce qu'il a de meilleur, mais sans pour autant gommer les ombres.
A Naples, au début de 1944, Serge Longereau, officier du Corps expéditionnaire français en Italie, bénéficie d'une permission de convalescence. Il s'éprend d'une jeune fille italienne qui longtemps lui résiste puis devient sa maîtresse. Or, cette Sylvia si réservée se révèle passionnée, éprise de bonheur absolu. Elle s'enferme aveuglément dans cet amour qui efface à ses yeux la ville affamée, terrorisée par les bombardements, le front tout proche, Cassino où se succèdent des batailles meurtrières, la terre entière livrée à la violence et au malheur. Quelques jours avant le départ de son amant pour les premières lignes, elle l'incite à déserter. Cependant, les laves ardentes vont s'éteindre, ne laisser que scories et cendres. C'est qu'à travers Serge et Sylvia, deux conceptions de la vie et du bonheur s'opposent et se détruisent. Emmanuel Roblès "On sait gré à Roblès de croire, finalement, à une victoire possible pour ceux qui, quoi qu'il advienne, se refusent à toute tricherie et à toute ruse et savent, cependant, se reconnaître entre eux. L'espoir vient de cette foi même, de cette part inaliénable qu'il faut préserver et qui reste susceptible de vaincre tant de conjurations monstrueuses." G.-A. Astre, France-Observateur
L'action de ce roman se situe dans un Etat du Mexique à l'époque où celui-ci sortait à peine d'une longue période de convulsions révolutionnaires. Dans certains territoires, des dirigeants locaux, profitant du désordre, avaient réussi à s'affranchir de l'autorité centrale et à créer leur propre gouvernement. Ce fut le cas précis de Thomas Garrido qui régna par la terreur dans sa capitale de Villahermosa, et dont Graham Greene s'est inspiré pour son roman la Puissance et la Gloire. Le Français Pierre Mayen, installé là-bas après la guerre, s'est épris d'Elena Montalvo et veut l'épouser pour fuir ensuite, avec elle, ce climat de violence où, en dépit de tout, hommes et femmes poursuivent le jeu éternel de l'orgueil et de l'amour. Mais Elena est attirée par un autre homme, et tous les éléments sont alors réunis pour que les passions s'aiguisent, se croisent et tuent comme des couteaux. Emmanuel Roblès, pied noir d'Oran et d'origine espagnole, a publié l'essentiel de son œuvre au Seuil. Il a connu pour ses romans un succès international et de nombreux prix (dont le Femina). On joue encore ses pièces de théâtre. Il a écrit Les Hauteurs de la ville, juste après la seconde guerre mondiale.
Astone, un ancien marin qui a bourlingué à travers le monde, devient chauffeur dans une entreprise de transport automobile à Alger. On est vers la fin des années 30. Scandalisé par les dures conditions de travail des ouvriers et par leurs maigres salaires, Astone crée un syndicat et lance une grève dure, avec occupation des garages. Un jeune Arabe, Hadj, l'aide ainsi que Rose, l'épouse du comptable, que son mari maltraite. Au cours d'entretiens non publiés, Emmanuel Roblès déclarait dans les années 80 : " Dans L'Action, le sujet réel est la révolte ouvrière de 1936. Astone dans mon livre est un type de personnage que j'ai repris plus tard. Convaincu que toute vie est une aventure absurde puisqu'elle doit un jour sombrer à jamais, il domine cependant son désarroi et se bat à la fois pour sa dignité et – solidairement – pour celle des autres. Cette aspiration à la dignité humaine, surtout dans une colonie où elle se trouvait bafouée, correspondait à quelque chose de très profond en moi tant mon ardeur à vivre se révoltait contre l'injustice sociale. Ce livre de mon adolescence, au-delà de toutes ses imperfections, est celui que j'estime le plus dans mon œuvre. "