Époque contemporaine (depuis 1799)
Époque contemporaine (depuis 1799)
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Analyse de l'installation du nazisme dans les corps, les esprits et les institutions, ce livre fait la démonstration qu'au début des années 1930, il suffisait de savoir lire la presse pour comprendre, exemples à l'appuis, la décennie que les nazis avaient programmé et mettrons en pratique pour l'Allemagne. On n'y voit pas seulement la violence contre les Juifs, mais aussi le laisser-faire de ceux qui avaient la position sociale comme les moyens politiques et intellectuels de résister. Kraus convoque enfin la littérature et la poésie pour débusquer les responsabilités de ceux qui ont accepté et même demandé le sacrifice de l'intelligence au service de la propagande, préparant librement le terrain à l'ensevelissement de l'humanité. « On voit depuis longtemps déjà que tout ce qu'on mijote et expose n'est pas très appétissant : rien que l'action et la volonté, le sang et la terre ; chaque slogan est une grenade à main, tous ces regards d'auteurs qui ressemblent à leurs lecteurs, visages tous pareils, autant de succès de librairie. Entreprise d'une bureaumantocratie livrant des guerres de libération pour mieux asservir. Grouillement d'individus prêts à l'emploi : hommes de plume et hommes de main qu proposent de faire même de la philosophie une école préparatoire aux idées de Hitler. » Pour préparer la lecture de ce texte dense, l'avant-propos de Jacques Bouveresse donne toutes les références, les clés, les repères ; et il en dévoile toute l'actualité, celle de la trahison des élites culturelles.
Écrit en 1918 par l’un des plus grands esprits du XXe siècle, Le monde qui pourrait être explore sans détour les fondements du socialisme, de l’anarchisme et de l’anarcho-syndicalisme.
Depuis 1948, le conflit israélo-palestinien ne cesse de redessiner les équilibres mondiaux. *Israël-Palestine, une guerre sans limites ?
Le 12 juillet est devenu jour de commémoration nationale « pour Alfred Dreyfus, pour la victoire de la justice et de la vérité, contre la haine et l'antisémitisme ». Les mots sont forts, précis. Pour Dreyfus, du nom de ce grand citoyen patriote, alsacien de Mulhouse, juif transformé en coupable, officier d'un grand courage dans l'enfer du bagne de Guyane. Pour la victoire de la justice et de la vérité, le 12 juillet 1906, avec l'arrêt historique de la Cour de cassation réhabilitant l'officier français innocent de tout crime de trahison. Contre la haine et l'antisémitisme, une défaite infligée à ces terreurs menaçant la République, l'État de droit et la nation. Le 12 juillet de Dreyfus est un jour de gloire de la France et du monde libéral. Cette mémoire de l'affaire Dreyfus porte des horizons d'unité, de fraternité, de fierté pour les combats de justice. S'en souvenir en commémorant cette victoire, brève mais éclatante, fait aujourd'hui événement. L'histoire des 12 juillet se devait d'être écrite. Pour savoir que l'honneur de résister, le courage de la vérité dessinent l'avenir des sociétés démocratiques.
Et si le rythme de l’Histoire s’emballait sous nos yeux ? Écrit au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Essai sur l’accélération de l’histoire interroge cette accélération fulgurante des événements qui bouleverse les sociétés.
Et si la résistance au fascisme s’écrivait au présent ? L’antifascisme de Mark Bray retrace, à travers des témoignages inédits et une enquête rigoureuse, l’histoire transnationale d’un mouvement toujours en première ligne.
1942, Pacifique Sud : Chester Nez, jeune Navajo de 21 ans, invente avec ses camarades le seul code jamais percé par l’ennemi.
Derrière le rêve spatial se cache une réalité bien moins glorieuse : des origines nazies aux dérives de l’astrocapitalisme, découvrez la face cachée d’une épopée qui façonne encore notre monde.
1944 : un juriste polonais invente le mot génocide pour nommer l’innommable. Qu’est-ce qu’un génocide ? retrace la genèse de ce concept clé, né d’une enquête implacable sur les mécanismes nazis. Un livre fondateur, toujours actuel.
1984, Pays de Montbéliard. Un écrivain s’installe au cœur d’un bassin industriel en crise pour recueillir la parole des ouvriers et ouvrières avant que leurs voix ne s’éteignent.
1943-1945 : voici les échanges bruts, sans fard, entre Staline, Churchill et Roosevelt lors des conférences qui ont redessiné le monde.
Et si la musique pouvait devenir le dernier témoin des tragédies du XXe siècle ? L'Écho du temps explore comment les œuvres de Strauss, Schoenberg ou Britten portent en elles la mémoire de la Shoah et de la guerre.
Plongez dans L´Ère des extrêmes, l’analyse magistrale du court XXe siècle par Eric Hobsbawm. De 1914 à 1991, cet essai incontournable éclaire les révolutions, les guerres et les bouleversements qui ont façonné notre monde.
Octobre 1940, Los Angeles. Depuis son exil américain, Thomas Mann, prix Nobel et figure majeure de la résistance intellectuelle, lance 56 appels radiophoniques enflammés à ses compatriotes.
De façon inattendue, il n'existe pas d'histoire de la notion de norme. Et cette histoire, retracée, se révèle étrange. Le mot est ancien dans les langues européennes, mais rare. Son usage ne se répand, soudainement, qu'à la fin du XIXe siècle. Et tout en devenant omniprésent dans le champ des savoirs, il n'y est guère explicité. La norme se trouve au contraire confondue avec la règle édictée et devient l'un des noms du mal moderne. Se plaindre d'un monde excessivement encadré est pourtant un lieu commun ancien. Et la norme ne manifeste pas tant un pouvoir désireux de contrôler et de conformer que le fondement de la socialisation culturelle. Alors que nous dénonçons en elle des préjugés, des monotonies, des enfermements, des rapports autoritaires, la négation des singularités et la mise en coupe réglée du monde, la norme est avant tout ce qui, au coeur de notre humanité, structure du commun, inhibe des excès, et permet le lien social. En ce sens, loin d'être « asphyxiés par les normes », nous sommes aujourd'hui assujettis à un système productiviste, technologique et dirigiste qui fait régresser la vie normative. Il ne s'agit donc pas, dans cette enquête, d'une simple histoire de mots, ni même des idées, mais de cerner la confusion qui fait interpréter comme envahissement normatif le processus tout à la fois « sans normes » et programmatique qui se déchaîne. Notion bouc-émissaire de la modernité, la norme pourrait bien en vérité désigner ce que détruisent l'ambition absurde de dominer le réel et le projet morbide de recréer la vie qui s'intensifient dans ce nouveau siècle.
Publié pour la première fois en 1976, cet ouvrage retrace tambour battant l'histoire de l'anarchisme en Espagne depuis la fin du XIXe siècle jusqu'à la veille de la révolution sociale de 1936. Fondé sur une variété de sources et salué comme une pierre angulaire de l'historiographie de l'anarchisme, ce classique de l'écologiste libertaire Murray Bookchin est traduit en français pour la première fois. Non content de rendre accessibles au lectorat francophone les riches enseignements que l'anarchisme espagnol continue de nous apporter, ce livre permet de contester, preuves à l'appui, l'idée reçue voulant qu'une société libertaire soit une utopie irréalisable.
1835, New York : un journal annonce la découverte d’une vie extraterrestre sur la Lune par le célèbre John Herschel. Ce canular, premier du genre, va enflammer l’Europe et inspirer la science-fiction naissante.
Novembre 1917 : une lettre change le cours de l’histoire. Découvrez comment la Déclaration Balfour, signée en pleine Première Guerre mondiale, a posé les bases de la création d’Israël.
Chicago, 1886. Les conditions de vie des ouvriers, essentiellement d'origine immigrée, sont lamentables. Les tensions pour l'obtention de la journée de huit heures de travail sont à leur paroxysme. Un soir de mai, un événement tragique jette huit hommes dans la tourmente d'une parodie de justice dont l'issue sera qualifiée de « vendredi noir ». Les répercussions sont internationales et aboutissent à la célébration du 1er Mai, Journée internationale des travailleurs. Haymarket raconte le parcours de ces hommes dont les idées et le combat pour la dignité et la justice leur ont valu d'être persécutés par l'État et les puissants. Au fil de ce récit historique où l'auteur tente d'imaginer les sentiments qui les ont habités, depuis leur enfance jusqu'à leurs derniers jours, on plonge au coeur d'un jeune pays aux prises avec ses contradictions. Parce que les fragments du passé nous livrent parfois les clés du présent, ce livre s'adresse à tous les esprits curieux ainsi qu'à ceux qui croient encore qu'un autre monde est possible.
1939-1945 : revivez le quotidien des Français sous l'Occupation à travers 50 objets emblématiques, des cartes de rationnement aux faux papiers de la Résistance.
Ils avaient entre huit et quinze ans en mai 1945. Pour eux, la Libération n'était pas une fête. C'étaient des enfants juifs. Ils étaient destinés à périr dans les camps de la mort et ont été miraculeusement sauvés. Pour échapper au sort qui leur était promis - 11 400 enfants juifs déportés depuis la France ont été assassinés à Auschwitz -, ils ont été cachés. Certains doivent leur vie à un gendarme qui les a avertis d'une rafle, à une institutrice qui n'a pas révélé leur présence, à une voisine qui les a protégés. Enfants, ils ne l'étaient plus. Au lendemain de la guerre, il leur a fallu réapprendre à vivre. Ce récit restitue leur histoire. Une histoire de courage, d'apprentissage de la vie, d'affirmation de son identité dans un monde où ils avaient perdu leurs parents, leurs repères. À l'heure où nous quittent les derniers témoins de la Shoah, ce livre est une leçon d'espoir et de mémoire.
Pour lutter contre les racismes, mieux vaut savoir de quoi on parle lorsqu'on parle de « race ». Plutôt que de trancher entre origine sociale et origine biologique, plutôt il faut comprendre la « conception ordinaire de la race ». Une approche qui concerne aussi bien les racismes que leurs critiques. « Ce livre est un essai sur la métaphysique de la race. Il cherche à apporter une réponse philosophique à une seule et unique question fondamentale : qu'est-ce que la race chez les êtres humains, si tant est qu'elle existe ? En posant cette question, nous ne supposons pas que nous savons d'emblée si la race est biologique ou sociale. Nous ne supposons pas non plus que nous savons si les races existent ou n'existent pas, ou si la race est réelle ou irréelle. Nous ne supposons pas non plus que la race est une chose et une seule. » La question se veut totalement ouverte. » Pour y répondre, nous devons prêter une attention particulière aux différentes façons dont nous parlons de "race" et être conscients que nous sommes souvent confus et embrouillés à son propos. » S'attaquant au consensus sur la construction sociale des races, le philosophe afroaméricain Michael Hardimon propose un concept minimal de race n'impliquant que l'existence de différences phénotypiques observables (superficielles) entre les populations et correspondant aux différences d'ascendance géographique - différences souvent détournées par le discours raciste. Montrant que le concept minimal de race est essentiel pour notre conception ordinaire, cet ouvrage défend un réalisme « déflationniste » à son égard et va à contresens du consensus sur le racisme et sa critique. Avec rigueur et érudition, l'auteur veut faire progresser le débat au niveau populaire, philosophique et scientifique. Professeur de philosophie à l'University of California, San Diego, Michael O. Hardimon travaille sur les théories critiques de la race et sur la philosophie allemande du XIXe siècle. Repenser la race est son premier livre traduit en français.
« Ce matin-là, la flotte avait pris la mer. Il ne lui était pas possible de compter les navires, ni même d'en estimer le nombre... Wallace se tenait au sommet de la falaise, fasciné et exalté par ce spectacle grandiose que personne n'avait jamais vu auparavant et que personne, à coup sûr, ne reverrait jamais. »Dans cet ouvrage magistral, David Howarth reconstitue le parcours détaillé d'une trentaine de témoins oculaires, soldats, marins, aviateurs ou civils, britanniques, américains, allemands ou français, et livre un récit évocateur du plus grand débarquement de l'Histoire. Il ne se concentre pas uniquement sur les anecdotes célèbres, mais sur l'ensemble des expériences vécues le jour J, relatant les combats entre les parachutistes et les Allemands dans la campagne normande, le tourment de se trouver sous le feu pour la première fois, le supplice sur les plages de débarquement, la stupeur des défenseurs allemands et toute la confusion, l'exaltation et l'horreur de la bataille.Il se penche aussi sur des rôles moins connus de l'offensive, tel que les équipages de chars DD (blindés amphibies) ou de Hobart's Funnies (blindés du génie modifiés par le major general Sir Percy Hobart pour accomplir des tâches spécifiques), mais encore les unités nécessaires à créer les routes et à faire la circulation sur les plages, composées de soldats qui ont dû opérer dans des conditions parfois dantesques pour éviter ou fluidifier les inévitables embouteillages d'hommes et de matériel jetés par milliers sur quelques kilomètres de plage plus habituées à l'indolence des vacanciers qu'à la fureur des combats...
Le Consulat de Bonaparte issu du coup d'État du 18 brumaire est davantage qu'un régime transitoire, prélude au Ier Empire : c'est la période où se mettent en place les structures de l'État contemporain, et beaucoup d'institutions aujourd'hui familières (le Code civil, la Légion d'honneur, les préfets, les lycées...). La centralisation administrative du pays prend sa source dans la dictature de Bonaparte, laquelle s'appuie sur la surveillance policière et la censure. La démocratie est confisquée dans les mains d'un pouvoir exécutif omnipotent. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen disparaît, incompatible avec le pouvoir des propriétaires et l'ordre social promu par le régime. À l'extérieur, le Consulat est marqué par la construction d'une hégémonie autoritaire sur les peuples européens, par une réaction coloniale sanglante et le rétablissement de l'esclavage en 1802. Bonaparte s'est prétendu le continuateur de la Révolution mais son Consulat brise pour de bon l'élan émancipateur de 1789 en inscrivant dans les rouages de la machine étatique la dépolitisation de la nation. Un héritage dont la Ve République - elle-même issue d'un coup d'État militaire - porte les stigmates.
Dès 1917, spontanément, les paysans russes se soulèvent contre le tsarisme. Ils vont ainsi contribuer à la victoire des bolcheviks. Mais si les paysans espéraient ainsi jouir enfin librement des terres confisquées aux grands propriétaires, les bolcheviks, eux, rêvaient de les collectiviser, de contrôler les campagnes dont dépendaient le ravitaillement des villes et le salut de la révolution. Ce « malentendu » historique s'accompagne d'une incompréhension mutuelle. Dans un monde rural réfractaire au changement, déshérité, isolé, s'est développée une civilisation paysanne originale et autonome. Elle va de l'art de construire une isba à une conception du droit de propriété et à une pratique du christianisme tout à fait particulières. Pour les bolcheviks, cette civilisation n'est que barbarie et crétinisme. Ils lancent contre elle des « croisades culturelles », des missionnaires athées, de jeunes communistes qui « liquideront » l'analphabétisme et célèbreront dans les villages le 1er mai, la « Trinité prolétarienne ». Pour briser les résistances, le régime finira par procéder à la collectivisation forcée des campagnes. Ce grand tournant dans la vie paysanne allait être fatal à la civilisation rurale traditionnelle. Pendant deux décennies - 1920-1940 - l'Ancien et le Nouveau s'affrontent et coexistent. La fin de la Russie paysanne et les débuts de la Russie communiste, telle est la trame de ce Communisme au village. Vie quotidienne des paysans russes de la Révolution à la Collectivisation.
Qui se souviendra des Arméniens ? Aux confins du Caucase, 120 000 Arméniens sont affamés dans leur enclave indépendante du Haut-Karabagh qu'aucun pays ne reconnaît sinon la République d'Arménie, abandonnée de presque toute la communauté internationale et elle-même menacée. Le génocide des Arméniens est sur le point de connaître sa dernière phase et les génocidaires de gagner leur guerre d'extermination - une guerre de plus de cent ans - anéantissant tout ce que le monde a pu préserver de lois d'humanité et de conscience publique. Est-ce ce monde des génocides sans fin que nous voulons ?
« Les Mémoires de Serge, plus que le récit minutieux et détaillé de sa vie - qu'il ne fait d'ailleurs pas -, sont l'exposé critique des événements historiques et sociaux auxquels les hommes de ce temps ont dû s'affronter, et dont il convient de tirer des leçons pour que, plus avertie et donc plus assurée, la marche vers un objectif ou un idéal sans doute jamais assuré se poursuive. Il s'agit de rendre compte et, ce faisant, de se rendre compte. » - Jean Rière
Dans le semestre d'hiver 1964 - 1965, Adorno consacre vingt-huit cours à la philosophie de l'histoire et à la doctrine de la liberté, qui viennent par avance éclairer deux des dernières séquences de la Dialectique négative (1966), intitulées « Esprit du monde et histoire naturelle. Digression sur Hegel » et « Liberté. Pour une métacritique de la raison pratique ». Loin toutefois de se réduire à un laboratoire de la Dialectique négative, ces cours ont l'ampleur d'un livre autonome où Adorno s'explique de la manière la plus profonde avec les philosophies de l'histoire de Hegel et de Benjamin. Contre Hegel, le philosophe de Francfort tient que la postulation d'un sens de l'histoire est devenue péremptoire et intenable après la catastrophe de la Seconde Guerre Mondiale. Contre Benjamin, il refuse d'abandonner l'histoire à la discontinuité. « Affirmer qu'un plan universel, dirigé vers le mieux, se manifeste dans l'histoire et lui donne sa cohérence, serait cynique après les catastrophes passées et celles qui sont à venir. Mais il ne faut pas pour autant renier l'unité qui soude ensemble les moments et les phases de l'histoire dans leur discontinuité et leur éparpillement chaotique » énoncera la Dialectique négative. Aussi les Leçons sur l'histoire et sur la liberté se présentent-elles comme une grande leçon de « dialectique négative », objectée à la fois à Hegel (dont la dialectique spéculative resterait trop rivée à l'identité) et à Benjamin (dont la conception discontinuiste de l'histoire resterait, au contraire, trop rivée à la non-identité). Par cette double « explication » avec Hegel et Benjamin, Adorno fraye la voie d'une « histoire universelle négative » où devient possible non plus la lecture d'un sens de l'histoire, mais celle de « tendances objectives » à l'oeuvre dans l'histoire. Ces « tendances objectives » régies par des causalités multiples et hétérogènes permettent à Adorno de donner congé à l'idée de nécessité et de rouvrir l'histoire à la contingence pour y introduire les pratiques de la liberté.
L'IRA n'existerait pas sans la politique britannique, faite de manipulations, de répressions et de ruptures. Ce livre allie un traitement exhaustif et compréhensif des sources, et l'auteur soumet son sujet à la distance de l'objectivité. Axée sur la relation entre activité politique et guérilla, entre tradition républicaine et socialisme et sur les mouvements politiques qui se sont constitués autour de l'IRA, l'analyse offre un point de vue original, riche en témoignages et en analyses, qui éclaire des décennies sombres et foisonnantes. l'Irlande du Nord a été le théâtre d'une guerre sans batailles, ni sièges, ni bombardements. Les pertes peuvent sembler assez peu élevées. Mais rapportées à la population, elles représentent la moitié des victimes britanniques de la Seconde Guerre mondiale. Et ce conflit dévastateur s'est déroulé sur un territoire d'Europe occidentale riche et réputé pour sa stabilité politique. Ce livre revient sur la longue durée de l'histoire du républicanisme, et sur les questions auxquelles il eut à répondre : la lutte pour l'indépendance se confond-elle avec la lutte pour le socialisme ? Les ouvriers et ouvrières protestants sont-ils des frères et des soeurs prolétaires ou des colons ? Ces questions ont conservé beaucoup de leur pertinence. L'histoire de l'Irlande n'était et n'est toujours pas écrite d'avance. De la genèse des « Troubles » à l'histoire récente de l'Irlande, du mouvement des droits civiques et l'influence des thèses marxistes sur le Sinn Féin à la montée des violences et la scission du mouvement, de l'administration londonienne et les alternatives à la lutte armée aux premiers pourparlers de paix, l'auteur ne laisse rien de côté pour fonder sa démonstration. À travers son récit, on saisit l'évolution des mentalités, profondément bouleversée par une guerre interminable à laquelle manquait une histoire. Un manque désormais comblé. Que l'oppresseur fabrique une figure repoussoir pour justifier son oppression et créer une cible, c'est chose courante. Que l'opprimé ait le malheur de s'y conformer, avec une efficacité parfois remarquable, demande que la rigueur intellectuelle prenne le relai, pour traiter le sujet avec toute la délicatesse nécessaire.
Le 28 novembre 1936 à Paris, s'exprimant devant la Société française de philosophie, le philosophe et historien Élie Halévy bouleverse la compréhension de l'histoire. L'Europe est entrée dans « l'ère des tyrannies ». De Rome à Berlin et Moscou, des régimes inconnus s'érigent dans la terreur de l'État, la révolution armée et le fanatisme de nationalité. Par son analyse qu'aucun penseur n'a jusque-là formulée, Élie Halévy avertit les démocraties de la menace mortelle de ces régimes au pouvoir absolu. Les définir, c'est se mettre en situation intellectuelle de les combattre. Cet effort sans équivalent pour penser une histoire fatale est un acte philosophique par excellence, ramenant l'histoire vers la liberté, inaugurant un temps de résistance au totalitarisme avant que n'éclate la Seconde Guerre mondiale. Dans la nuit du 20 août 1937, décède Élie Halévy. Un an plus tard, l'année de Munich, L'Ère des tyrannies devient un livre, par la volonté de ses amis dont Raymond Aron, Célestin Bouglé, Étienne Mantoux, et sa femme Florence. L'édition présente réédite cette conférence majeure de 1936 et celle de 1929 qui la précède, accompagnées de textes inédits et d'un choix de correspondances. La lutte passée et présente contre les tyrannies s'éclaire ici d'une oeuvre de toute importance.
Dans un récit alerte où la vie de Jaurès est scandée par une série ininterrompue de luttes ardentes et souvent risquées, l'auteur s'emploie à rappeler les résultats tangibles auxquels Jaurès a puissamment contribué. C'est d'abord la protection des mineurs (dès son élection en 1885), puis la défense de l'école laïque (1889 et 1910), la réhabilitation de Dreyfus (1898- 1906), la séparation des Églises et de l'État (1905), la solution de la crise viticole du Midi (1907), les retraites ouvrières et paysannes (1910), l'impôt progressif sur le revenu (1914). Il commente enfin les domaines où Jaurès fut précurseur sans obtenir autre chose qu'une mobilisation insuffisante : droits des femmes, abolition de la peine de mort, arrêt de la colonisation brutale, pression de l'Internationale sur les gouvernements européens pour qu'ils dépassent les alliances mortifères, une réforme militaire d'ampleur, l'Armée nouvelle, et enfin la mise en place d'une structure internationale d'arbitrage des conflits pour préserver la paix. Il annonce d'emblée sa volonté de se placer dans une perspective militante. En 1989, la production mémorielle avait débouché sur une recension des « Bastilles à prendre », marquant ainsi que deux siècles n'avaient pas suffi à réaliser les trois éléments de la devise républicaine, Liberté, Égalité, Fraternité. Loin de se limiter à la piété ou la louange, ce Jaurès 2024 consiste plutôt à exhumer le grand homme du temple national, pour, en lui restituant la vie, en reprendre les acquis et expliquer la nécessité de continuer ses combats.