Collection Histoire
Avec Hérétiques, Moore bouleverse toute l'histoire des hérésies telle qu'elle était pensée depuis le XIXe siècle en montrant comment l'Église médiévale a criminalisé les nombreuses oppositions à une époque où s'est affirmée une « monarchie pontificale » absolue et centralisée, théocratique, fondée sur la séparation radicale des clercs et des laïcs et sur la soumission des seconds aux premiers. Les dissidences qui furent persécutées sous le nom d'hérésie étaient en réalité suscitées par des lectures intransigeantes des Évangiles et par le rejet des privilèges comme du pouvoir des clercs. Il s'agissait non pas de mouvements extérieurs au christianisme (par exemple liés au manichéisme, comme on l'a longtemps soutenu dans le cas des prétendus « cathares »), mais de contestations évangélistes et anti-cléricales, toujours liées à des tensions politiques et sociales. Dans le livre, abondamment commenté depuis sa sortie en 2012, Moore examine tous les épisodes d'hérésies survenus entre l'an mil et les premiers temps de l'Inquisition (v. 1250). Comme le contexte général de chaque épisode est examiné en profondeur dans toutes ses dimensions, il en ressort une relecture de l'histoire générale du Moyen Âge central en Occident.
L'Europe découvre l'islam lors de la conquête de l'Espagne au VIIIe siècle, mais c'est avec les croisades du XIIe siècle que s'améliore la connaissance de la culture arabe. Des moines et des clercs recherchent la science grecque dans le monde musulman, apprennent la langue arabe et procèdent aux premières traductions du Coran, que l'on appelle à l'époque l'Alcoran. Le commerce et la diplomatie en Méditerranée exigent de comprendre l'adversaire dans sa langue pour mieux échanger. Des Européens polyglottes se rendent en Orient. Malgré les préjugés, la connaissance du Coran se répand, enrichissant les réflexions des savants de la Renaissance et des Lumières. L'arabe entre dans la culture classique européenne, jusqu'à susciter une véritable fascination au XIXe siècle, à travers l'orientalisme. Comment les Européens ont-ils appris l'existence du Coran et ont-ils pu se le procurer ? Comment traduisait-on ce texte dont la religion paraissait si étrangère ? Qui parlait l'arabe en Europe avant le XXe siècle ? Riche de 21 cartes, d'un lexique et d'illustrations, l'ouvrage retrace quatorze siècles d'étude de la langue arabe et du Coran en Europe, montre comment la civilisation occidentale a construit son rapport à l'islam, et pourquoi la dimension culturelle l'emporte souvent sur la différence religieuse.
En 1534, Jacques Cartier entreprend une série de trois voyages d'exploration et de colonisation au Canada. À sa suite, les Français investissent dans la pêche à la morue et commercent avec les populations autochtones : ils troquent des chaudrons de cuivre, des haches, des couteaux ou de simples perles de verre contre de précieuses peaux de castor, de loutre et de martre. Avant de pouvoir se parler, Français et Amérindiens échangent des biens qui ont pour eux le charme de la nouveauté et de l'exotisme. C'est en retraçant la circulation de ces objets que Laurier Turgeon, historien et ethnologue, nous fait découvrir l'histoire des premiers contacts franco-amérindiens. En nous racontant la pêche à la morue, le commerce des fourrures ou l'usage du cuivre et de la verroterie en Amérique du Nord, il nous offre un récit entièrement renouvelé de la naissance de la Nouvelle-France. D'une grande originalité, ce livre repose sur un vaste ensemble de sources - imprimées, manuscrites et archéologiques - largement inédites.
Durant plus de 130 ans de présence française, de 1830 à 1962, colons et Algériens se sont côtoyés, croisés, affrontés, haïs, aimés... Durant plus de 130 ans, ils ont vécu sur la même terre et été les acteurs volontaires ou désignés de la domination coloniale. Draria, aujourd'hui faubourg d'Alger, a été l'une des premières implantations françaises. En une dizaine d'années à peine, ce hameau agricole s'est peuplé de familles de paysans et d'artisans venus de France ou d'Europe. Les nouveaux arrivants ont pris possession des lieux et établi les règles d'une coexistence qui s'est achevée avec la guerre d'indépendance de l'Algérie. Colette Zytnicki se penche sur un siècle de vies partagées dans le village de Draria. Elle suit, génération après génération, l'histoire quotidienne des familles de colons et d'« indigènes ». Elle révèle les bouleversements les plus profonds et les histoires banales ou hors du commun qui dessinent les contours de la vie d'un village à l'heure coloniale.
1880, Hautes-Alpes : sous les planchers d’un château, un menuisier laisse un message pour l’avenir. Le plancher de Joachim restitue la vie secrète d’un village à l’aube de la République, entre progrès, tabous et confessions interdites.
Le Front populaire est une « embellie » porteuse de congés payés, de mixité, de démocratisation des loisirs et de diminution du temps de travail. Les femmes y tiennent une place inédite, au sein du gouvernement, dans les grèves ouvrières, les occupations d'usines mais aussi sur la route des vacances et dans les auberges de jeunesse. Un vent de liberté semble souffler sur leur histoire. Pour la première fois, Léon Blum nomme des femmes sous-secrétaires d'État, alors même qu'elles n'ont pas acquis les droits de vote et d'éligibilité. Ces droits, le Front populaire ne les leur accordera pas. Les conventions collectives comme les accords salariaux entérinent les inégalités entre hommes et femmes, favorisant seulement les droits liés à la maternité et à la famille. Malgré des promotions par l'enseignement ou le barreau et la suppression de l'incapacité juridique des épouses, la déception des féministes est grande. Louis-Pascal Jacquemond dresse un panorama vivant des femmes de toutes conditions sous le Front populaire. Il montre un bilan immédiat mitigé mais aussi, et surtout, l'apparition d'une nouvelle génération dont l'engagement se prolongera, quelques années plus tard, dans la Résistance.
Comment les chrétiens en sont-ils venus à concevoir l'au-delà ? Pourquoi en ont-ils ressenti la nécessité ? C'est la question que Peter Brown pose ici. Dans l'Antiquité tardive, les chrétiens formaient une masse de fidèles imparfaits, pour lesquels il fallait bien imaginer un avenir différent de celui des martyrs, grands héros du passé. Ces croyants ordinaires sollicitèrent sans cesse évêques et intellectuels, les assaillant de questions sur ce qui les attendait après la mort. Ainsi furent-ils les acteurs et non les simples spectateurs de cette révolution conceptuelle. L'argent prit une importance particulière dans l'évolution de cet imaginaire religieux : le salut avait un prix, les âmes devaient s'acquitter d'une rançon, une redemptio. En insistant sur ce point, Peter Brown révèle une dynamique sociale, une logique économique et une profonde mutation culturelle. On retrouve, dans cet ouvrage limpide et enlevé, l'une des plus belles plumes de notre époque, un auteur qui s'adresse aux lecteurs avec le talent du conteur et la rigueur du spécialiste. Il est bien « l'un des plus grands et subtils historiens de notre temps » (Paul Veyne).
Futile ou lourde de sens, aimée ou décriée, la mode vestimentaire marque les esprits, transforme les corps, dicte les choix économiques et culturels, en somme elle fabrique le désir. Outil de séduction et marqueur social, la parure est le lieu des consommations les moins raisonnées. Du port de la ceinture à Athènes aux accessoires de luxe, de la sandale antique à la chaussure médiévale, de la garde-robe de Catherine d'Aragon à l'utopie esthétique nazie, Audrey Millet propose une histoire globale de la mode, entre enjeux économiques, esthétiques, sociaux ou culturels. Loin de la seule description, cette histoire de la mode et du luxe explique pour quelles raisons l'habillement, adulé ou décrié, neuf ou de seconde main, occupe une place aussi importante dans les imaginaires.
Il y a tout juste 250 ans, l'Endeavour, avec James Cook à son bord, se lançait dans l'exploration du Pacifique. Moins d'une décennie plus tard, débutaient les expéditions polaires. De ces voyages, qui allaient du Grand Océan aux sources du Nil, aventuriers, naturalistes et marins ne rapportèrent ni or ni pierres précieuses. Leurs trésors, bientôt exposés dans les collections privées ou les premiers musées publics, étaient d'un genre nouveau?: vêtements, objets du quotidien, planches en couleurs révélant l'extraordinaire richesse d'une faune et d'une flore jusque-là inconnues, récits de premiers contacts avec des populations «?autochtones?». Ces explorateurs ramenèrent aussi à la vie les civilisations les plus anciennes, collectionnant les antiquités et s'attachant à déchiffrer des langues perdues. Expéditions et collections fascinèrent les hommes et les femmes du XVIIIe siècle bien au-delà des salons philosophiques et mondains. À travers leur émerveillement, Pierre-Yves Beaurepaire touche l'essentiel de cet élargissement du monde qui ébranla la pensée occidentale et ses certitudes.
Née dans une famille de la bourgeoisie juive de Saint-Pétersbourg, Raïssa Bloch embrasse en 1917 les idéaux intellectuels et artistiques de la Révolution russe. Membre de la Maison des Arts de Petrograd, elle est brièvement emprisonnée par le régime bolchevique puis envoyée en mission scientifique en Allemagne. Á Berlin, elle rejoint l'Institut des Monumenta Germaniae historica et publie son premier recueil poétique. Avec le jeune Michel Gorlin, de onze ans son cadet, elle crée le Club des poètes russes auquel participent Vladimir Nabokov et Vladimir Korvin-Piotrovski. Mais la prise de pouvoir d'Hitler la pousse à un second exil, cette fois dans une France qui s'annonce accueillante - pour un temps au moins. Plus que jamais ensemble, Raïssa et Michel Gorlin s'intègrent rapidement à la vie scientifique et littéraire parisienne. Avec la guerre, puis l'arrestation de Michel, les rafles, Raïssa doit fuir encore, disparaître. Avant les camps, Raïssa connaîtra le deuil, mais aussi l'entraide des réseaux de la Résistance française. Plusieurs fois son destin a failli changer de route. Cette histoire n'est pas un roman. C'est le parcours véridique d'une jeune femme face aux tumultes de l'histoire. Défense de trépasser ! lui avait intimé Michel depuis le camp d'internement de Drancy, prélude d'Auschwitz. Ce récit est celui de la lutte pour la vie et pour l'art d'une jeune femme du XXe siècle.
Depuis quarante ans, le récit national hante la France. Il s'est imposé dans les débats politiques et médiatiques, parallèlement aux questions relatives à l'identité. Comment en est-on arrivé là?? C'est en historien que répond ici Sébastien Ledoux. Ce qui implique de revenir sur la façon dont notre passé se transmet à l'école, dans la mémoire collective et, bien sûr, dans les livres. Ces bouleversements sont présentés dans le contexte de la fin de l'empire colonial?: des évolutions sociétales des années 1970, marquées par une individualisation du rapport à l'histoire, à la montée des populismes au début du XXIe siècle, symbolisée par la défense d'un prétendu âge d'or d'un peuple français originel. La fabrique du récit national est aussi analysée plus largement d'après des critères essentiels, comme celui du progrès et de la nostalgie, de la dette morale et du ressentiment, de l'inclusion et de l'exclusion. Voici la fresque détonante de cinquante années de chaos et de fracas mémoriels qui ont fragmenté la société française.
La Corse, bien que loin des lignes de front, est l'un des départements les plus touchés par la Grande Guerre : pour près de 52 800 soldats mobilisés, le nombre de morts atteint 11 000 hommes. L'île connaît l'un des premiers taux de « morts pour la France ». Comment les soldats corses ont-ils vécu la mobilisation en masse de l'été 1914 ? Comment ont-ils concilié l'attachement à leur « petite patrie » et leur engagement dans la guerre ? Jean-Paul Pellegrinetti, historien de la Corse contemporaine, propose, pour la première fois, une analyse aussi précise que vivace des sentiments et du quotidien des soldats. À rebours d'une histoire surplombante, il se place au plus proche de ces hommes. Son ouvrage repose sur une collection de près de 10 000 documents privés, constituée des correspondances de plus de 120 poilus insulaires de toutes conditions.
Et si la vérité n’était qu’une construction ? Propagande : La manipulation de masse dans le monde contemporain révèle comment, de la Révolution française aux fake news, les techniques de persuasion ont façonné nos sociétés.
Mai 1798. Bonaparte lance l'une des aventures militaires les plus fortes de l'épopée napoléonienne : la campagne d'Égypte. L'égyptomanie fait alors fureur en France et l'expédition éveille l'intérêt pour tous les mythes de l'Égypte ancienne, celle des Pharaons, d'Alexandre et de Cléopâtre. La participation de près de 170 savants, dont beaucoup rentrent chargés de trésors, contribue à la renommée d'une expérience qui apparaît d'emblée comme un choc entre deux civilisations. Mais il s'agit d'abord et avant tout d'une campagne militaire de grande envergure, qui mobilise une flotte de plusieurs centaines de navires pour acheminer près de 40 000 hommes de l'autre côté de la Méditerranée. Loin de l'Europe, les troupes du général Bonaparte découvrent un pays qui leur est inconnu et une autre façon de faire la guerre. Les soldats répondent à la violence de leurs opposants par une violence sans doute jamais atteinte dont pâtissent surtout les populations civiles. La colonisation de l'Égypte par les Français, au-delà des réformes imposées au nom de l'exportation des principes de 1789, s'est traduite par une politique de répression systématique du peuple égyptien. Jacques-Olivier Boudon raconte l'histoire de cette campagne et le destin de ceux qui y ont pris part. Il retrace, en reprenant les témoignages des acteurs et des victimes de cet épisode, l'histoire d'un échec militaire entré au panthéon des hauts faits de l'empereur.
Les "Printemps arabes" ont pris l'Occident par surprise. Pourtant, face aux États autoritaires nés après les indépendances, des hommes et de femmes se sont toujours levés. Ce sont à proprement parler des dissidents politiques, comme en connut l'Europe de l'Est à l'époque soviétique. Mais, à la différence des régimes autoritaires du passé, l'autoritarisme contemporain ne peut pas s'abstraire de son siècle : tous les habitants et tous les dirigeants savent qu'il existe un monde libre, quelque part, et que dans de nombreux Etats, y compris souvent les plus proches culturellement et géographiquement, les libertés politiques, publiques et privées sont en vigueur. Au Maghreb, cette conviction est d'autant plus forte qu'il existe un espace de circulation à la fois physique (15 millions de Maghrébins avec leurs descendants vivent en Europe au début du XXIe siècle), linguistique et culturel avec l'Europe, et en particulier avec la France. Deux grands spécialistes du Maghreb, l'historien Pierre Vermeren et la politiste Khadija Finan, écrivent une histoire méconnue du Maghreb. Des militants ont combattu au sein d'organisations nationales de droits de l'Homme (contre les brutalités policières et judiciaires), en faveur de revendications culturelles (droit à la langue berbère), de la liberté d'expression (droit à une presse et à des syndicats libres), de genre (droit à l'égalité des femmes) ou de respect des droits des travailleurs. L'aventure politique des Printemps arabes a tourné à la tragédie en Syrie et seule la Tunisie est parvenue à établir un compromis mais il demeure un point clef : un autre Maghreb est possible.
Femme engagée, socialiste, pacifiste, féministe et très active sur le plan professionnel, Marguerite Thibert (1886-1982) a traversé une bonne part du XXe siècle. Docteure ès lettres en 1926, elle devient fonctionnaire au Bureau international du travail, en charge du travail des femmes et des enfants, puis experte envoyée en mission dans les pays émergents, avant d'être en France une figure centrale du Comité du travail féminin. Pour raconter la vie de cette femme exceptionnelle, Françoise Thébaud une démarche originale : elle propose une biographie impersonnelle et collective, qui aborde des pistes multiples. Avec Marguerite Thibert, nous comprenons l'histoire des communautés scientifiques de l'après-Grande Guerre et de la première génération de femmes diplômées, celle des organisations internationales, de leurs politiques de genre et de leurs programmes d'assistance technique après 1945, celle des féminismes dans leurs dimensions nationales et internationales, celle des configurations successives des socialismes et des pacifismes, celle des mutations sociales et politiques de la France d'après-Seconde Guerre mondiale, celle enfin du monde global, dont la protagoniste se sentait solidaire. Un parcours et un ouvrage fascinants à tous égards.
Les villes françaises, au lendemain d'un xvie siècle marqué par la Réforme et les guerres de religions, se couvrent d'un « blanc manteau » de couvents et de monastères. Paris, nouvelle Rome, est exceptionnelle et exemplaire : capitale politique et culturelle, la ville porte une dynamique religieuse rayonnante. Les fondations nouvelles, suscitées par la réforme catholique, se multiplient à côté des anciennes abbayes médiévales qui exercent leurs droits seigneuriaux sur une grande partie du territoire urbain. Congrégations et ordres religieux sont des acteurs essentiels de la vie de la cité. Au coeur de la spéculation immobilière, leurs terrains sont l'objet de convoitises et chacun de leurs établissements représente un potentiel de production, de consommation, d'emploi et d'assistance. Les réguliers participent aux cérémonies civiques et portent les prières de la cité. Protégés des rois et des grands, conscients de leur pouvoir et de leur influence, ils contribuent pourtant à l'insurrection de la Ligue et prennent une part décisive à la dynamique de la réforme catholique par le biais de leurs prédicateurs et confesseurs. Avec eux, les Parisiens, et les Parisiennes, atteignent un taux d'alphabétisation très supérieur à la moyenne nationale. Paris doit également à leurs bibliothèques et à leurs savants une bonne part de son rayonnement dans la République des Lettres. Grâce à Bernard Hours, nous comprenons mieux comment ces femmes et ces hommes, qui ont voulu vivre hors du monde, ont aussi été des acteurs incontournables de la vie culturelle, économique et sociale de la cité.
Durant deux millénaires, les Celtes ont été oubliés mais, depuis quelques décennies, ils occupent le devant de la scène historique, effaçant du même coup Gaulois et Germains. Qui étaient-ils en réalité?? Et ont-ils même existé?? Pour répondre à ces questions, l'auteur se livre à une vaste enquête, l'obligeant à remonter aux sources écrites les plus anciennes. Il apparaît ainsi que, depuis leur rencontre avec les voyageurs grecs, les Celtes n'ont cessé d'être l'objet des mythes les plus divers, des plus poétiques aux plus idéologiques, voire raciaux. Parce qu'ils ont toujours paru indéfinissables, généalogie, histoire, linguistique, archéologie et comparatisme se sont emparé d'eux comme des exemples ou des modèles malléables à merci. Chacun peut s'imaginer ces hommes à sa manière et les utiliser dans des théories qui souvent ont peu à voir avec l'histoire objective. Il est temps aujourd'hui de rendre les Celtes à leur réalité et, dans les récits qui ont été donnés de leur histoire, de faire la part de l'invention.
Alésia, 52 avant J.-C. La Gaule n'est pas encore entièrement conquise mais deux ennemis, que tout oppose, se livrent un combat à mort : Jules César, proconsul, et Vercingétorix, à la tête de la révolte gauloise. La défaite du chef arverne signe la victoire du futur empereur romain. César ne s'y trompera pas, humiliant le chef vaincu en l'exhibant dans les rues de Rome. Mais sait-on qu'avant de se livrer une guerre totale, le conquérant romain et le jeune gaulois ont été amis ? En neuf mois d'actions de guérilla menées de main de maître, ce face-à-face aura marqué le cours de l'histoire de l'Empire. Cependant, de vaincu, Ver-cingétorix est peu à peu passé au statut de héros national, transformant sa défaite et celle de la Gaule en une victoire morale. Laurent Olivier mène une véritable enquête criminelle, reprenant le témoignage des historiens romains et faisant appel aux dernières découvertes de l'archéologie, il apporte des révélations stupéfiantes. Après sa mort, Vercingétorix a connu bien d'autres vies.
11 novembre 1918. L'Allemagne conclut un armistice sans que son armée ait perdu une bataille clairement décisive. Qui, se demanda-t-on alors, était responsable de la défaite ? Le traité de Versailles fut une source de « honte » nationale, contraignant les Allemands à endosser toute la responsabilité de la guerre et à en payer les lourdes pertes. La République de Weimar (1919-1933) ne sut au fond jamais s'affranchir du traumatisme de la défaite. L'issue de la Grande Guerre fut à l'origine de clivages politiques majeurs et d'une profonde amertume qui s'exprima dès la fin des années 1920. Le désir de surmonter le traumatisme se frayait peu à peu un chemin parmi les populations ; Hitler était là pour répondre au souhait des Allemands d'« en finir avec Versailles ». Dans cet ouvrage magistral, Gerd Krumeich analyse avec une acuité inédite l'impact de l'expérience de guerre et du traité de Versailles en Allemagne. Nourri d'années de recherches, il entend répondre à cette question cruciale : la défaite de 1918 est-elle à l'origine de l'histoire chaotique de l'Allemagne et du funeste destin de la République de Weimar ? « Un livre intelligent qui nous fait voir combien il peut être utile qu'un vrai érudit jette un regard neuf sur la République de Weimar. » (Wolfram Pyta, Frankfurter Allgemeine Zeitung) « Gerd Krumeich a trouvé une perspective neuve pour montrer combien la guerre et ses dévastations mentales se sont imprimées dans l'Allemagne de l'après-guerre [...]. Un livre dont la lecture sera sans aucun doute d'un grand profit. » (Süddeutsche Zeitung)
Mai 1942. Pour la première fois depuis la défaite de juin 1940, une bataille oppose des forces françaises aux troupes allemandes. En plein désert lybien, durant quinze jours, la Brigade française libre du général Koenig résiste aux assauts des Italiens et de l'Afrika Korps du général Rommel. Elle est composée d'hommes venant de tous les territoires de l'Empire colonial français, de Tahiti à l'Afrique équatoriale française. Leur résistance, saluée par l'ensemble du camp allié, marque le retour de la France dans la guerre. Elle apporte, selon la formule de Malraux, « la preuve que la France n'était pas morte », et permet à de Gaulle d'apparaître comme un allié à part entière. Cette résistance acharnée contre un ennemi dix fois supérieur en nombre (3 700 contre 35 000 soldats) demeure comme un très haut fait d'armes et change le cours de l'histoire de la région : les Britanniques profitent de l'immobilisation des troupes de Rommel pour préparer leur victoire à El-Alamein et bloquer l'Afrika Korps dans son avancée vers le canal de Suez. Durant près de 50 ans, François Broche, fils du lieutenant-colonel Broche, tué à Bir Hakeim, a étudié cette bataille et accumulé les témoignages et les confidences de nombreux combattants. Il nous livre un récit au jour le jour centré sur l'expérience des combattants, qui - à l'exception des cadres appartenant à l'armée d'active - étaient des volontaires sans aucune expérience de la guerre.
« Alea jacta est ». L'expression est désormais entrée dans le langage courant pour évoquer une décision irrévocable : celle que César prit en 49 av. J. C. lorsque, bravant un ultimatum du Sénat, il franchit en armes le Rubicon. César et Pompée briguaient l'un et l'autre la charge de consul. César aurait dû se présenter dans l'Urbs, en tant que citoyen privé, après avoir congédié ses légions. Mais, César prononçant la phrase fatidique (alea jacta est - les dés sont jetés), il décida de marcher sur Rome. Comment en est-il arrivé à ce coup de force ? Que se passa-t-il pour que finalement Rome capitule ? Quel moment clé le passage du Rubicon représente-t-il dans l'histoire de Rome ? Luca Fezzi reconstitue les événements et nous les expose avec souffle et intelligence. Il découvre pour nous les incertitudes de César, ses craintes, ses inquiétudes personnelles, mêlant sans cesse « privé » et « public ». L'auteur offre ainsi une enquête historique inédite et moderne sur l'un des épisodes les plus célèbres de l'histoire de l'Antiquité.
Près d'un siècle après sa mort, Eugénie de Guzman, dernière souveraine des Français, reste largement une inconnue. Fille d'un officier espagnol rallié au Premier empire, élevée au rang d'impératrice des Français par le voeu de Louis-Napoléon Bonaparte, celle dont chacun loua en son temps la grâce autant que le fort caractère mérite mieux que le portrait réducteur, hostile par principe ou exagérément flatteur, qu'ont tracé d'elle ses nombreux adversaires ou ses rares partisans. Soucieuse de bien jouer son rôle d'impératrice, elle ambitionna comme souveraine de se hisser au niveau de Blanche de Castille et d'Anne d'Autriche. Mais en véritable héroïne de théâtre, elle ne put échapper à une destinée fatale marquée par l'effondrement du Second Empire, puis par la disparition de son mari et de son fils. Femme de courage et femme d'honneur, elle s'affirma alors dans le malheur et l'oubli autant qu'elle l'avait fait dans le bonheur et la lumière. Ultime représentante d'un passé révolu de fastes et de grandeurs, elle incarne encore la majesté tragique.
Depuis 1981, la peine de mort est abolie en France ; la dernière exécution a eu lieu en 1977. En outre, depuis 1939, les exécutions n'étaient plus publiques et se déroulaient dans l'enceinte des prisons devant quelques témoins. Il nous est donc difficile d'imaginer aujourd'hui ce que ces exécutions ont été. Au mieux, l'image que l'on en a renvoie aux exécutions parisiennes du début du XXe siècle et de leur rituel bien rodé, que les journaux rappellent inlassablement : le réveil, la toilette, le verre de rhum, les quelques pas dans la lumière de l'aube. L'objectif de ce livre est d'abord d'effacer cette distance ; de replacer l'exécution à hauteur d'homme, dans le flot tumultueux du temps vécu, des sensations du corps ; de donner à sentir sa violence, de lui restituer, en somme, sa dimension sensible. Ce livre est en second lieu une tentative pour replacer le condamné au centre du récit et lui restituer une place d'acteur à part entière dans le déroulement de son châtiment. Il s'agit enfin de comprendre comment les dispositifs qui ont rendu l'exécution possible pour des hommes ordinaires a fonctionné, puis évolué. Peut-être faut-il penser que c'est le caractère insupportable de la mise en oeuvre de l'exécution, autant que son spectacle, qui a conduit à la réformer, puis à l'abolir.
Rares sont les périodes de l'histoire contemporaine qui ont suscité autant d'idées reçues que les huit premiers mois de la Seconde Guerre mondiale en France. L'expression « drôle de guerre », qui s'est répandue parmi les soldats dès l'automne 1939, s'est imposée pour qualifier ces quelques mois qui séparent la déclaration de guerre à l'Allemagne, le 3?septembre 1939, de l'entrée des troupes de la Wehrmacht sur le territoire français, le 10?mai 1940. L'absence d'offensives d'envergure singularise cette période au regard de la Première Guerre mondiale, qui est alors la guerre de référence, mais le pays est bien en état de guerre avec des familles déchirées par la mobilisation, les craintes d'attaques aériennes soudaines, les déplacements de populations, les premiers sacrifices de l'arrière. Cette période, souvent perçue comme faite d'insouciance avant la plongée dans les « années noires », a bien été vécue comme une entrée en guerre par la population française. En se fondant sur les sources diplomatiques, la presse, les correspondances mais aussi les abondantes archives de police et des Renseignements généraux, Fabrice Grenard décrit avec précision la situation militaire et politique de la France de la drôle de guerre mais aussi le comportement et l'état d'esprit des Français durant les premiers mois du conflit.
Rosalie Jullien, née le 9 septembre 1745 dans une famille de la bourgeoisie marchande, est une femme de culture et de convictions. Épouse d'un député de la Drôme à la Convention, Marc-Antoine Jullien, elle observe, s'informe, lit et écrit des lettres si nombreuses, élégantes et longues qu'elles finissent par constituer un journal de la Révolution française. Femme des Lumières, inspirée par le souffle révolutionnaire, elle ose cette phrase, le 10 août 1792, jour de la prise des Tuileries par les Parisiens : « Jour de sang, jour de carnage, et pourtant jour de victoire qui est arrosé de nos larmes. Écoutez et frémissez. » Témoin, auteure et citoyenne engagée, elle constate que «l'exaspération est un des plus énormes péchés dans la Révolution. Fougue n'est pas force. Il faut de la sagesse, puis de la sagesse, et encore de la sagesse » et forme le voeu, le 1er janvier 1800, « que le XIXe siècle répare les crimes et les sottises du XVIIIe. »
Une ville moyenne, Dantzig, telle est la cause sinon le prétexte de la Seconde Guerre mondiale. Hitler la revendique, le Royaume-Uni et la France s'opposent à lui. En 1940, la Wehrmacht semble un Goliath invincible. Dans une Grande-Bretagne provisoirement battue, émerge un chef qui refuse toute politique d'apaisement avec l'Allemagne nazie, Winston Churchill. Deux personnalités hors normes s'affrontent : Churchill, aristocrate conservateur et démocrate, Hitler, dictateur prolétarien engagé dans une dérive conquérante. Chefs de guerre, ils s'imposent ou s'opposent à leurs généraux. Des eaux glacées de l'Atlantique aux déserts d'Afrique, en passant par le ciel gris d'Angleterre, ils imaginent les stratégies les plus originales pour se vaincre. Hitler a-t-il réellement l'espoir de battre l'Empire britannique ? Les deux ennemis ont-ils une stratégie à long terme ? Pourquoi l'Allemagne perd-t-elle finalement la guerre ? En retraçant l'histoire de la guerre à l'Ouest, Philippe Richardot dresse le portrait renouvelé de deux hommes et nous plonge dans la vie tourmentée de leurs états-majors, de 1939 à la chute du IIIe Reich.