FeniXX réédition numérique (Barrault)
Une nuit, sur une île des Caraïbes, un bar. Au Bamboola Bamboche, se tient le gala de charité des danseuses nues. Il y a là une drôle de faune, que des affaires assez troubles lient aux danseuses. Un coup d'État se prépare, contre la dictature qui sévit sur une île voisine. Un journaliste regarde tout. Crapahute dans les mémoires, les langues, l'Histoire. Vertige d'un archipel où tout est possible, l'amour d'une femme, la mort d'un homme...
De tout temps, les humoristes ont provoqué deux attitudes contradictoires : l'hilarité chez les uns, l'incompréhension chez les autres. François de Volboc n'échappera pas à ce sort cruel. Pour savoir dans quelle catégorie vous vous placez, lisez attentivement les textes suivants : Février : Impressionnés. Impressionnés par la disparition chronique du 29 février, les hommes du Moyen Âge se terraient dans leurs foyers le lendemain du 28, car ils pensaient que toute personne surprise dehors ce jour-là disparaîtrait sans laisser de trace. (IMAGINAIRE) Décembre : Souffle. Le petit Jésus était un costaud : il fallait l'être pour ne pas mourir d'infection pulmonaire sous le souffle délétère de l'âne et du boeuf. (VRAI) Milliards. Selon la croix rouge internationale, 3 milliards d'hommes et de femmes vivraient encore sans calendrier. Si vous avez ri, vous aimerez ce livre, sinon, rassurez-vous : ce n'est pas grave, et de toute façon, ça ne se soigne pas.
« Allons Patrick, faisons la paix, voulez-vous ? J'ai tenu des propos outranciers, injurieux, imaginé des vengeances grotesques et mesquines - je le confesse -, sous le coup d'une colère dont je ne doute pas que les motifs vous inspirent plus de compassion que de mépris. Parce qu'enfin ces hurlements à peine retenus, nés sous ma plume, sont ceux de la louve solitaire injustement écartée du festin, privée du regard d'autrui. Tout écrivain est exhibitionniste, vous le savez : se cache-t-il, c'est pour mieux se montrer, le moment venu. Vous ne pouvez pas ne pas comprendre, pardonner la passion que je mets à vouloir être de la fête, de cette fête hebdomadaire dont vous êtes l'inventeur et le prestigieux ordonnateur... »
Marseille est incorrigible. Hochet des médias, elle paie son tribut séculaire aux échecs et aux rumeurs qui la secouent, grelots et crécelles d'une lépreuse au grand coeur. Qui peut vouloir régner sur une métropole saignée, sur une ville en crise d'identité depuis toujours ? Grand port du passé, cité du commerce international, Marseille « fatigue » face à la sape de l'Histoire. Un homme symbolise Marseille depuis la Seconde Guerre mondiale : Gaston Defferre. Qui est-il, que s'est-il passé entre la ville et lui ? Duel terrible et fascinant semblable à la lutte entre le serpent et l'épervier. Seigneur de guerre pour certains, parrain pour d'autres, Defferre a surtout été l'avocat de sa propre cause. Il a, paraît-il, toujours agi sans vergogne. Monstrueusement seul dans la cohorte des hommes publics, tout semble avoir été dit sur quelqu'un qui a été un grand fantôme de la vie politique des années cinquante-80 : manitou, baron, grand vizir. La nécessité d'esquisser une analyse, un décryptage d'une passion bridée entre une ville et un homme, l'histoire indéfectible de deux destins, est venue.
« Se tenir sous un arbre en hiver, dans quelque coin solitaire, quand l'air glacé, comme à vif de lucidité, absorbe le silence et, jeune homme assis dans la neige, méditer sur l'âme du tout serait un bonheur. » Ce premier roman lumineux est le livre de l'âme juste avant la chute, l'action de grâce d'un très jeune homme enchanté par la beauté des choses comme au premier jour, et qui s'émerveille du monde comme on aime une femme. C'est aussi, malgré la proximité de l'obscur et l'extrême douleur d'être là, une histoire qui finit bien : le héros annule son rendez-vous avec la mort. et opte pour la persévérance dans l'être.
« Plus jamais ça » restera à la génération des lycéens de 1986 ce que « Nous sommes tous des juifs allemands » fut à celle de 1968. À ceci près qu'en 86 il y a eu mort et mort violente. À ceci près que cette génération, qui semblait moins portée à la rébellion et aux défilés dans la rue que celle de ses parents, a été horrifiée par la violence et l'injustice de la mort de Malik Oussekine, le 5 décembre 1986, sous les coups sauvages de certains policiers (le PVM : peloton des voltigeurs motoportés). La mort de Malik a soulevé une vague d'indignation si forte que le gouvernement de l'époque a chancelé et a été obligé de renoncer à la réforme de l'enseignement supérieur qui avait fait descendre la jeunesse dans la rue. En 86, Nathalie Prévost avait 23 ans et finissait l'école de Journalisme. Étant l'amie d'une soeur de Malik, elle a suivi les événements dans toute leur horreur avec la famille Oussekine. Pour toutes ces raisons, Nathalie Prévost a voulu savoir. Elle a fait depuis cette date une véritable enquête de vraie journaliste. Elle a rencontré pas à pas tous les protagonistes mais aussi tous les gens concernés, de près ou de loin. Son enquête débouche sur ce terrible constat : depuis la mort de Malik, policiers, juges, médecins, députés, ministres, de quelque bord qu'ils soient, ont tout fait pour que cette affaire soit étouffée et pour que cette mort indigne soit ramenée à la tragique banalité d'un accident regrettable. À la lecture de ce calme réquisitoire, on peut se demander si les mêmes pesanteurs et le même silence régneraient si Malik avait été tué par une bande de « skinheads » ? Nathalie Prévost a 25 ans, l'âge qu'aurait Malik aujourd'hui. Elle est journaliste.
Ce livre n'est pas une bombe, c'est un livre. Une fiction inventée de toutes pièces, qui se déroule dans un lieu presque imaginaire, avec des personnages de pure fantaisie, il faut me croire. Il y est question d'un poète aujourd'hui disparu qui envisagea, sans méchanceté particulière, de faire sauter le Salon du livre. Un jeune étudiant en lettres, mine avenante et moeurs pacifiques, s'intéresse à son cas et tente de dissiper l'énigme de sa mort. Les mauvaises langues insinueront que sous couvert de raconter une histoire, j'instruis un procès. C'est faux. Je respecte trop mes confrères, les princes qui gouvernent la galaxie Gutenberg et, d'abord, le lecteur pour me livrer à ces douteuses algarades d'un autre âge. D'autres, moins prévenus, y liront un plaidoyer pour la littérature. C'est absurde. La seule façon de la défendre, de lui rendre justice est d'écrire un beau livre. « La vérité est que nous sommes victimes d'un mal que nous ne comprenons pas et que tous nos langages sont incapables de dire. Quelque part au loin des puissances nous guettent, un maléfice rôde, prêt à fondre sur nous : l'écrivain ne se résout pas à être broyé sans comprendre, il oppose à l'infâme machination la mélodie d'un chant inouï qui suspend un instant l'envoûtement néfaste, nous dérobe à la menace et laisse entrevoir des régions bleues de mai où tombe d'un ciel bienveillant une neige tiède et paisible. »
Vous allez rencontrer Armelle et sa servante, l'impayable Dagobert. Une servante pas comme les autres. Sous un air débonnaire et un physique de gendarme, elle cache un tempérament de fille perdue : son service n'en est pas moins impeccable. Sournoise, voleuse, amoureuse, elle voue une passion meurtrière à sa maîtresse Armelle. Et que dire de cette dernière ? S'imaginant détenir neuf vies comme les chats, elle chevauche les époques et les hommes, dévorée d'une passion inconsolable pour un guerrier d'un autre temps, collectionnant les amants les plus disparates, barons, banquiers, voyous. De plus mère indigne d'un homosexuel et d'une bécasse. Mais Dagobert possède le secret de mettre bon ordre dans toute cette petite famille : alignant sa folie sur celle de sa maîtresse, elle mène tambour battant une ronde infernale, qui fera d'elle une milliardaire.
On ne laisse pratiquement jamais les enfants choisir d'aller à l'école ou non. Certains cependant l'ont fait, persuadés que l'école obligatoire (même si elle ne l'est pas sur un plan juridique) ne peut constituer qu'un obstacle au goût d'apprendre. Catherine Baker a mené une enquête auprès des parents et des enfants qui ont choisi de vivre hors de l'institution scolaire. On découvre des adultes et des enfants qui s'interrogent et qui, très loin de se vouloir des militants de la non-scolarisation, ne se battent que pour une chose : que chacun sache bien pourquoi il choisit ou ne choisit pas l'école. Il ne s'agit à aucun moment de prôner une nouvelle théorie de l'enseignement ni de proposer des méthodes pédagogiques plus efficaces mais de comprendre que la liberté et la volonté individuelle ouvrent les seules voies d'accès à la connaissance. Un enfant est libre de décider si c'est dans le cadre scolaire, ou non, qu'il se sent le mieux à même d'apprendre ce qui lui est nécessaire. Personne ne peut échapper aux questions que posent dans ce livre les personnes interrogées par Catherine Baker : - Que fait-on de ses enfants ? - Que fait-on pour ses enfants ? - Que fait-on à ses enfants ? L'interrogation sous-jacente à ces pages apparaît capitale : oui ou non, l'enfant est-il un individu ? D'où une réflexion sur la trop fameuse « socialisation nécessaire des enfants ». Et si, au contraire, il convenait, pour mieux entrer en relation avec d'autres, d'apprendre à se « désocialiser » ?
« Autant je m'émouvais qu'elle devînt lointaine, autant je m'inquiétais qu'elle se fît distante. Je me demandais si, comme les nymphes changées en roc, en arbre ou en fontaine au moment d'être rejointes par le dieu qui les poursuit, une petite fille pouvait être changée en femme par l'amour qu'elle inspire. Mais elle, que savait-elle de ce qu'elle m'inspirait, et son âge importait-il donc plus qu'elle ? Aussi bien, plus âgée eût-elle été la même. Elle changeait pourtant, sans que mon sentiment s'en trouve modifié ».
Quand à 70 ans passés, vous vous retrouvez seule, battue, laminée par une existence morne et sans joie, que reste-t-il pour trouver la force de continuer à vivre ? « La haine » répond avec une indomptable énergie Madame Fournier qui travaille de toutes ses forces à plonger tous ceux qu'elle croise dans l'affliction, l'embarras ou le désespoir. Mais un destin entêté s'obstine à transformer toutes ses manigances en bonnes actions. Quoi qu'elle invente, quels que soient les ruses féroces, les manoeuvres démoniaques, les complots affreux qu'elle entreprend, ses victimes n'en tirent que joie, bénéfices et félicité.
On ne naît pas salaud on le devient ! On voit ce qu'une telle formule contient de pessimisme et d'optimisme à la fois. Nous sommes tous des salauds potentiels. Cela n'est pas réjouissant et demande vigilance mais si on ne naît pas salaud on peut tout aussi bien ne pas le devenir. Ce qu'il faut c'est traquer le salaud dans ce qui le rend possible, un peu comme on prend des mesures prophylactiques contre un cancer, qui en l'occurrence, ronge le monde.
« Français, vous êtes étranges ! Depuis un siècle, la question de l'école vous divisait en deux camps ennemis. Les uns et les autres, vous vous haïssiez cordialement. Fille aînée de l'Église contre hussards noirs de la République était une des références de votre histoire contemporaine. Chevènement vint et vous voilà réconciliés. Il doit être de bien grande sagesse, ce ministre qui a su si vite vous mettre tous d'accord. Il doit être de bien grande raison, ce magicien qui a su vous persuader, sans avoir à se donner la peine d'avoir à vous convaincre. Après le tintamarre digne des guerres picrocholines, pareille unisson a de quoi fasciner ! Ce n'est pas un succès, c'est un triomphe de Romain ! Et pourtant, vous avez tort. Vous avez tout faux ! Faux sur les méthodes, faux sur les démarches, faux sur la théorie. Français, sur le problème de l'école, vous êtes nuls ! Vous méritez... zéro ! »
Lorsque Laurence Picq, jeune institutrice française, épouse en 1967 l'étudiant cambodgien Sikoeun, elle sait qu'elle s'engage dans une aventure qui la conduira de l'autre côté de la terre, au coeur d'un autre continent, d'une autre civilisation, d'une autre culture, à la recherche d'un monde nouveau qu'il reste à inventer et à bâtir. Après cinq années de résidence forcée à Pékin, elle croit atteindre son but quand elle atterrit, en juin 1975, sur l'aéroport de Phnom Penh, dans ce Cambodge enfin libéré par les Khmers rouges. Insensible aux privations, à l'inconfort, à la méfiance et à l'hostilité que lui manifestent ses camarades et les cadres du parti, elle se bat pour cet avenir auquel elle croit de toutes ses forces. Peu à peu, le rêve se ternit, le quotidien devient insupportable, puis terrifiant. La peur naît. Et le désespoir. Pour l'amour de ses filles âgées de cinq et sept ans, Laurence Picq alors enceinte d'un bébé qui ne vivra que quelques mois, entame un combat insensé pour survivre. D'abord au sein même de l'univers kafkaîen des dirigeants khmers puis, après l'invasion de l'armée vietnamienne, au cours d'un exode hallucinant à travers le Cambodge dévasté. Grâce à son courage exceptionnel, à une volonté hors du commun, elle ira au-delà de la peur, au-delà de ses forces, au-delà de l'imaginable, au-delà de l'horreur. Dans ce livre sans concession et sans démagogie, Laurence Picq nous livre l'unique témoignage existant à ce jour sur la vie du Cambodge, avec les Khmers rouges de 1975 à 1980.
« Si Dieu me prête vie (à un taux raisonnable), dit-il, je voudrais étudier la tristesse et la joie, simplement en soulevant un peu le coin des journées. » Qui est John Jonathan Nevermore ? Un type qui a fait plusieurs jobs - détective, coursier de presse, prophète, orphelin professionnel -, en quête de Consolation. Avec, par ordre d'entrée en scène : l'Ardèche, Jérémie Mac Lynn, la Consolatrice, Dona Psychèse et quelques autres dont deux ou trois Indiens.
Imaginez une idée, une belle idée, une somptueuse idée : l'idée du grand départ, de la rupture définitive, du bond en avant qui vous arrachera au médiocre quotidien pour vous propulser dans un ailleurs délicieux. Imaginez cette idée vagabondant à Paris un matin de novembre à la recherche de la tête bien faite et bien pleine capable de l'accueillir, de la chérir, de la féconder et de la réaliser dans toutes ses glorieuses dimensions. Jean-Marie Gourio a suivi la malheureuse dans sa quête effrénée, son douloureux périple. De la ménagère au journaliste, de l'enfant au clochard, du chien au bossu, des piliers de bistrot au romancier, il ne nous laisse rien ignorer des pitoyables combats que les pauvres idées doivent mener pour trouver leur accomplissement dans les circonvolutions encombrées et boueuses de nos contemporains. Collaborateur du regretté Hara-Kiri, Jean-Marie Gourio a de l'humour, de la verve, une imagination féconde et ce franc désespoir dont savent se nourrir les véritables humoristes. Pour Jean-Marie Gourio, l'affaire est entendue : c'est bien parce que les idées ne changent pas les hommes que les hommes changent si souvent d'idées.
« ...Marc Dillon croise une jeune femme dans la rue. Il la suit. S'imagine une folle randonnée. Il (nous) révèle (apprenons) son nom : Chantal Méricourt. Il la voit disparaître dans le jardin du Luxembourg. Vision de sa chevelure au-dessus des marches. C'est la fin d'un samedi de février. Le lendemain - dimanche donc - alors qu'il se coupe les ongles, il apprend, par le petit écran, qu'une jeune inconnue a été trouvée assassinée au pied d'une statue du Luxembourg. Celle de Louise de Savoie, Régente (reine) de France. Dillon y va. Marche longtemps dans les allées ratissées. Rentre chez lui. On comprend son étonnement. Sa perplexité. Sa douleur ? Le lundi, comme chaque lundi, il regagne son bureau aux Archives Nationales. Son directeur est Armand Marcabrault. On parle de lui pour les palmes académiques. »
Le héros de cette histoire présente deux particularités : il aime les femmes, goût encore assez répandu ; il n'est plus de ce monde, fâcheux handicap pour un séducteur. Être à la fois défunt et libertin n'est pas un destin facile. De son vivant déjà, l'accablait cette sorte de lassitude gourmande qui s'attache aux babines des grands cavaleurs. Vous imaginez ce qu'il en est maintenant, dans l'exténuant libertinage d'outre-tombe qui est devenu son lot. Une petite fille, opportunément admise dans le cours du récit, fait son apparition. Elle possède un chat nommé Mozart et joue du violon. Plus dérangeant, voici qu'elle adresse la parole à son invisible admirateur...
« Sa mère leur avait offert ce cadeau, un morceau entier de vie sans aspérités, sans mémoire particulière, un ruissellement de petits faits glissant calmement les uns à la suite des autres le long des rigoles d'argile de leur maison africaine. À la place de ces souvenirs, quelques taches de couleur. Vêtement bleu de Stéphane, de ce bleu particulier dont il recherchait vainement à travers le monde la teinte exacte, car là-bas, même sa haine pour son père avait été douce. Yeux complètement marron de Bala, son ami nigérien, marron brûlant, disait-il, marron nègre, répliquait Bala qui lui enviait ses yeux clairs. Ocre profond de la brousse, jaune paille de la savane, eau grise, moirée du fleuve dans laquelle il plongeait ses doigts, comptait jusqu'à dix et s'étonnait chaque fois en ressortant sa main de la retrouver blanche et non pas zébrée de gris. »
- La caisse, fait Miguel. Il ne crie pas, la voix est plus dure. De mauvaise grâce, la brune groupe les coupures d'une main, elle les pose à côté du sac. - Mettez-les vous-même, dit-elle - Vous êtes brave. Si j'étais un truand, j't'en planterais une dans la tête. - Vous me faites pas peur. - Alors pourquoi t'as donné l'argent ? - Pauvre con ! Miguel ne la tue pas. Il ne sait pas, il aime cette fierté.
« ... Il faudrait aussi parler de leurs bouches rondes et lisses d'enfance, je le ferais si j'étais amoureux d'elles mais je ne suis qu'un observateur froid, à la recherche d'émotions humaines pour nourrir mon grand oeuvre. J'ajouterai que ces visages étaient posés sur trois longs corps à peu près de la même taille où pointaient des seins, des fesses ; corps très hauts et minces d'où sortaient des bras étirés et des jambes du même acabit, des corps de Lolitas montés en graine qui donnaient l'illusion d'appartenir à de jeunes femmes. »
Après le Rayon vert où l'héroïne tombait amoureuse dans une gare... Se retrouver dans une cour d'assises. Y rencontrer un homme qui osait dire : « Mesdames et Messieurs les jurés, vous ne feriez que huit jours de prison, seulement huit jours à être enfermés, fouillés, humiliés, vous ne seriez alors plus que pleurs et craintes, vous n'auriez plus confiance en vous-mêmes, les illusions avec lesquelles on vous demande de juger seraient anéanties au contact de la vérité. C'est cela l'honnêteté ! ». Mon entourage ne comprenait pas pourquoi, d'un seul coup, je m'investissais avec tant de conviction dans une affaire qui, il y a peu, m'était totalement étrangère. « Femme amoureuse. » Un raccourci pour mieux enlever le droit à la parole et ne pas déranger les bonnes consciences. Petite case où l'on essaie de ranger chacun, manière de me retirer ma réflexion, mon intelligence, ma capacité critique, mon droit à l'indignation. Pensez donc, elle est tombée amoureuse dans une cour d'assises ! Quel film, quel roman rose ! Tranquillement, sûre de moi, je réponds : non. Avant d'être amoureuse, j'ai découvert la machination judiciaire, l'acharnement policier, les déformations médiatiques, j'ai découvert un homme bafoué. Avant d'être amoureuse, j'ai été révoltée.
Saviez-vous, par exemple, que, dans moins de sept ans, plus de la moitié des Juges seront des femmes ? Qu'aujourd'hui 80 % des affaires de vol ne sont jamais élucidées ? Que plus du tiers du contentieux pénal est consacré à la circulation automobile ? Que 70 % des 7 millions d'affaires réellement traitées par les parquets sont classées sans suite ? Qu'un enfant de 10 ans peut être emprisonné ? Que le fait pour une femme de participer à des réunions politiques peut permettre à son mari d'obtenir le divorce ? Qu'on peut être licencié pour avoir ramassé une pièce de 10 francs sur son lieu de travail ? Qu'on peut être condamné à deux mois de prison ferme pour avoir été surpris faisant l'amour dans la nature ? etc., etc.
W.S. Burroughs voyait dans la musique rock « comme une tentative d'échapper à un univers mort et sans âme pour rétablir l'univers de la magie ». Rock City n'existe pas et pourtant ces chroniques sont peuplées de fantômes célèbres chevauchant des Stratocasters à manche en érable moucheté dans les prairies oniriques du blues électrique. Ballades-méditations. Texte rock. Humour rock. Des poèmes qui se liraient comme des polars. Et attention, le break. « Qu'est-ce qu'ils attendent au coin des rues ? » demanda Jerry Lee. « Ils attendent le salut, ils attendent la délivrance. Ils attendent une grande tournée mondiale et la résurrection du corps d'Elvis (avant son service militaire). » Jacques A. Bertrand
« Comme beaucoup d'Haïtiens, Jean-Claude Charles vit hors de son pays. Depuis, il bouge beaucoup, se balade beaucoup, regarde avec un oeil toujours neuf, jamais stéréotypé le va-et-vient de la diaspora noire dans le monde. New York, Paris, Londres... » Catherine Humblot (Le Monde) Avec « Manhattan Blues », Jean-Claude Charles s'impose comme un grand romancier. Ferdinand est noir et exilé. Il oscille entre Paris et New York. À Manhattan, il loge chez Jenny. (« Tu peux m'héberger une nuit ? Toute la vie ? Qu'est-ce que tu fais pour le restant de ta vie ? Elle me donne l'autre clé. Me dit qu'elle est à la bourre. À l'amour. Avec un nouveau mec. Il est beau ? Il est gentil ? Tu l'aimes ? Plus que moi ? Tu m'aimes ? »). Et puis dans un bar de Greenwich Village, il s'assied à une table. Pas très loin de celle de Fran. (« Elle avait les yeux pers, les cheveux d'un noir de jais, taillés en brosse, et de loin on voyait les yeux. Elle les lançait dans le demi-jour comme on lance un cerf-volant. Avec cette force sans violence, d'avance accordée à la force et à la direction du vent. Ça va vers le nord ou ça va vers le sud. Son regard, ça va doucement à hauteur d'homme, il suffit de jeter les yeux, alors elle les jette. Sur moi. ») Ferdinand est découragé, Fran est désespérée. Pendant trois jours, ils vont marcher, courir, parler, déambuler, flâner, s'aimer aux quatre coins de New York. Au rythme de l'écriture et de la musique de Jean-Claude Charles. Entre le swing et le blues, entre les larmes et le fou rire. Ferdinand balance entre Jenny et Fran. Souvent proche de la comédie américaine par la jubilation du ton et la vérité des sentiments.
« Une journée bien remplie. De l'amour, du sexe, du suspense, une trace de toi, des nouvelles inattendues de Lucas. Il me cherche, cet enfant, depuis qu'il est né c'est toujours la même rengaine. Que je l'aime, ce n'est pas encore assez, il faudrait que je me taillade les veines, que je lui offre des petits morceaux de mon corps, un plat de mes viscères pour le petit-déjeuner, ce qu'il veut, c'est la mère, le ventre qui l'a porté et autre chose d'indéfinissable, de meurtrier. Il me convoite dans ma totalité... »
Le 6 décembre 1981, Milena débarque à Varsovie. Dans une Pologne ébranlée par dix-huit mois de libertés, elle part en quête de l'homme qu'elle aime, Wojtek, militant de Solidarité. Hantée par le désir de revivre cette passion interrompue depuis cinq années, troublée par l'émotion qu'éveille en elle ce pays - son père est né en Lituanie, à quelques centaines de kilomètres à peine - Milena est entraînée dans le tourbillon des événements. Le vendredi 11, elle part pour Gdansk, où elle assiste aux séances de la Commission nationale réunie au chantier naval. C'est l'euphorie, on parle de prendre le pouvoir. Le 12 décembre à minuit, toutes les communications téléphoniques sont coupées. Milena, enfermée dans une chambre d'hôtel, attend Wojtek sans savoir que l'état de guerre est déjà proclamé. À l'instant où elle croit enfin réaliser son rêve, Wojtek lui annonce qu'il doit fuir. Quelques minutes plus tard, la milice l'arrête. Milena reste seule, livrée à elle-même, déchirée.
« Je suis un petit, chat sauvage qui se voit pas. Je me planque derrière un masque sur la figure. Tous les matins, je me fais belle et mignonne, je me colle une peau rouge sur le visage. Je marche vers l'école, mon visage rouge est magnifique. Il brille comme un bijou en or. Les gens sont tous jaloux de ma beauté. Ils devinent pas que c'est une ruse. Derrière, je cache un petit affreux avec des griffes pleines de sang, comme les ongles de la maîtresse. Je m'approche du premier qui m'embête, il me trouve belle et là, je lui déchire d'abord la peau, ensuite, je le tue définitivement... Je ne suis pas soûle, je raconte pas une fausse histoire. J'ai un masque de beauté sur le visage, c'est une ruse de guerre. »
Le 28 avril 1789, Flechter Christian s'empare du "Bounty" et jette le capitaine Bligh dans une chaloupe. "Adieu Capitaine, nous ne nous reverrons plus." "Au revoir, Monsieur Christian. Je vous reverrai mort." Bligh survivra et courra, de répression en répression, à la recherche du mutin. Christian échappera à son paradis perdu, et rejoindra sa famille en Angleterre. Ne peut-on imaginer qu'une si longue haine remette enfin les deux ennemis face à face ?