Domaine français
Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Odilon Redon. Sous-titré "Journal 1867-1915, Notes sur la Vie, L'Art et les Artistes", ce recueil d'Odilon Redon se partage en éléments de journal intime, confidences d'artiste, extraits de correspondance et portraits de contemporains: peintres (Fantin-Latour, Millet, Ingres, Courbet, Delacroix, sans oublier le maître graveur Bresdin, mais aussi les impressionnistes) ou musiciens (Schumann et Berlioz). On y lit une lettre de l'auteur en forme d'autobiographie spirituelle et plastique, des souvenirs d'enfance et des évocations des grands maîtres qui l'ont influencé (Rembrandt, Dürer, Delacroix). S'y ajoutent des notes sur les aspects techniques de son oeuvre, en particulier la lithographie. Puis il retrace comment il en est venu à abandonner la sculpture et l'architecture pour la gravure. Il décrit aussi comment le faux succès qui annexe certains artistes sait exclure les autres: de Ingres, présenté comme un dessinateur académique à l'esprit stérile, il affirme ainsi qu'il n'est pas de son temps. De même dans son texte sur la "coterie" des impressionnistes, il parle de Berthe Morisot comme d'une "fleur qui a donné son parfum et qui se fane hélas". Quant à Degas, "le plus grand artiste de ce groupe", il est un "Daumier tenant sa palette". Corot, Millet, mais aussi Léonard de Vinci lui inspirent les plus grands éloges, en particulier pour avoir reconnu la part de l'ombre. Au fil des entrées du journal, des méditations sur l'âme ou sur la vérité en peinture, on devine un certain goût pour l'occultisme et le thème obsédant du Messie féminin. - "Les écrits de Redon sont indispensables pour la compréhension du peintre d'abord, mais aussi de cette grande époque de la peinture qui va du Salon des refusés de 1863 au triomphe de Cézanne." (J.-F. C., Le Monde).
Le 15 avril 2019, le monde entier a vu la toiture de Notre-Dame partir en fumée et la flèche érigée par Viollet-le-Duc s'abattre en crevant ses voûtes. Après une nuit éprouvante, on découvrit que la cathédrale avait survécu, comme si l'incendie ne l'avait purifiée que des interventions contestées du célèbre architecte. Car il existe un paradoxe Viollet-le-Duc, que le récit de son ultime voyage éclaire enfin : comment le plus moderne des architectes se retrouva-t-il à errer dans un Moyen Âge fantasmagorique ? Ou à hanter la vie d'Ancelin, un jeune tailleur de pierre qui a grandi, un siècle plus tard, dans un manoir imaginé pendant ce voyage... L'architecte de Notre-Dame nous plonge dans les derniers mystères de notre histoire, de la chute du Second Empire à l'apparition de l'État islamique, des chevaliers arthuriens aux complotistes fascisants, de l'univers atemporel des compagnons à celui des multinationales du BTP, de Hugo à Trump.
Un couple en crise, accablé de deux enfants, décide de partir en vacances à la montagne pour ressouder les liens. Dès leur arrivée au village de Rochebrune, une menace rôde. Xavier maintient son projet d'alpinisme au mépris des alertes météo. Isabelle flirte avec le voisin pendant que les enfants fêtent Halloween. Quand la pluie redouble, et qu'une à une les digues physiques et morales cèdent, chacun doit faire face à son destin. Avec Rochebrune, Sophie Divry signe un roman haletant et plein d'humour, entre thriller, fable écologique et satire sociale.
Matsuko et Atsushi sont mariés depuis bientôt quarante ans. Ils ont construit ensemble une existence complice, et un foyer paisible. Mais ils doivent désormais remédier à la faillite du grand magasin autrefois dirigé par Atsushi, d'autant plus que la santé de ce dernier se dégrade. Matsuko se retrouve alors, à soixante ans passés, contrainte de chercher un emploi. C'est ainsi que, par un heureux hasard, elle rencontre Matsuo, un homme passionné d'ornithologie, en qui elle et son mari se découvrent un compagnon des moments précieux ; un véritable ami.
Plongez dans Très brève théorie de l'enfer de Jérôme Ferrari, un roman percutant sur l'expatriation et les abîmes sociaux à Abu Dhabi. Une réflexion lucide et poétique sur notre rapport à l'autre, entre déracinement et illusion de la générosité.
Un été, alors que le souvenir d'un amour de jeunesse revient hanter son esprit, Mathias Enard se lance dans une descente en canoë de la Sèvre Niortaise, un fleuve modeste de l'Ouest de la France qui fut longtemps le territoire de son enfance poitevine. À chaque coup de pagaie remonte à la surface la trace des lieux qui l'ont transformé. La Sèvre, donc, où il lut pour la première fois "Les Mille et Une Nuits" ; la Seine, où il a découvert Proust ; l'Isonzo, célébré par Ungaretti ; le Danube de Magris ; le Bosphore de Nedim, comme un pont entre deux mondes. Chaque fleuve fait écho à une image, une rencontre, une blessure individuelle ou collective, dans cette région des Balkans qui porte les cicatrices des nombreuses guerres du XXe siècle. De l'Hôtel Balkan de Trieste aux ruines de Sarajevo - où il a croisé, trente ans plus tôt, le regard de Sara, au coeur de la tragédie yougoslave -, ce périple en solitaire prend des allures d'odyssée intime et politique. L'auteur y poursuit son cycle de la "Mélancolie des confins" avec une autobiographie fluviale érudite et sensible, véritable méditation sur les langues, la littérature, l'histoire et la géographie.
Fanny est une femme enflammée et combative. Elle transmet son goût de la littérature dans un collège avec la ferveur des croyants. Tout ce qu'elle a construit, elle le doit à une volonté farouche de vivre malgré l'adversité. Car Fanny porte en elle le lourd secret d'une enfance saccagée. Mariée depuis vingt ans, mère de deux grands enfants, elle a gagné sa part de bonheur en choisissant d'enfermer les souvenirs douloureux dans la cave de sa mémoire. C'est ainsi qu'elle tient, debout et droite, armée de sa colère et de ses convictions... du moins jusqu'à cet appel lui annonçant la mort de sa "mère", et qui va tout faire exploser. Roman du feu sous la peau, explorant les rouages du couple et de la maternité, Mordre l'orage est le portrait d'une femme à vif, qui vient sonder ce qui nous a été donné et ce que l'on transmet en retour.
Éden est un enfant du nouveau siècle. La vingtaine désenchantée, il erre dans Marseille et ne vit que pour la danse. Sa mère, géographe de renom, semble le délaisser : obsédée par le rêve de trouver une nouvelle terre, Amalia est partie vers l'océan Pacifique. Le puissant dirigeant d'une compagnie maritime propose à Éden de la rejoindre. Le jeune homme embarque à bord d'un porte- conteneurs et entame une traversée de la violence contemporaine telle qu'elle s'impose aux corps des marins, des migrants, des citoyens. La découverte du monde et de l'altérité transformera Éden et le mènera sur les rivages d'une vie nouvelle, libre, incarnée. Où peut-on vivre, et comment ? Faut-il chercher un refuge ou tout réinventer ? Miroir de nos rêves et de nos folies, Éden est un roman haletant, porté par l'espoir, l'amitié et l'élan d'une poignée de personnages aux destins inoubliables.
On fait partie d'une grande famille. On sait qu'on est privilégiés. On vit ensemble, dans notre immeuble au centre de Paris, on se retrouve l'été dans notre maison à la montagne. On trouve que c'est normal. C'est chez nous, c'est à nous, c'est pour nous. On se ressemble, on se compare, on se confronte, on ne se quitte pas, on se confond, on s'appartient. On ne sait pas comment dire je, on n'en a pas besoin, puisqu'on est nous. Nous les enfants, les frères et soeurs, les cousins, les cousines, on partage tout, nos écoles, nos chambres, nos habits, nos repas, nos jeux, nos bains, nos lits. On est les membres indissociables du grand corps familial. On n'a jamais vécu dehors. On ne sait pas ce que c'est. On n'en est pas capables. On n'en a même pas envie. Et tout aurait dû continuer ainsi, dans un même immuable recommencement. Le jour où la façade s'est fissurée, on n'a pas compris. Ça n'aurait pas dû se produire, pas dans notre famille. Ce n'était pas possible que ça nous arrive, à nous aussi.
Laurent Gaudé retrouve Zem Sparak et Salia Malberg dans l'univers dystopique de Magnapole et offre une suite addictive et politique à "Chien 51", roman français préféré des libraires 2022 (Palmarès Livres Hebdo) et récompensé par le prix des Écrivains du Sud. Dans ce second volet, il creuse plus loin encore dans le cynisme de nos sociétés post-modernes pour révéler le prix invisible du confort des uns au détriment des autres. Mais esquisse aussi, loin de la fureur des mégalopoles, l'éventualité d'un ailleurs, d'une terre refuge. Une possible résistance.
Lorsqu'elle se décide à réactiver la chaîne YouTube de son père, deux ans après sa mort, Iman ne se doute pas qu'elle va faire émerger un monde englouti. Sous ses yeux défilent des dizaines de vidéos, tournées pendant les années 1990 à Djibouti, le pays de son enfance. Des concerts et des clips dans lesquels elle découvre, incrédule, l'existence de Dinkara, un groupe mythique de pop djiboutienne dont la superstar se nomme Abdallah. La musique est électronique, l'ambition est immense... Et si celui qu'elle croyait avoir connu, ce père rapatrié en France après un accident cérébral, cet homme silencieux et ingénieux dans son appartement de Poitiers, avait quelque chose à voir avec cette folle épopée ?
Shôta est étudiant en littérature et rêve de devenir écrivain. Lorsqu'il apprend que sa famille, qui l'a toujours aidé, se heurte à des difficultés financières, il doit chercher une solution pour subvenir seul à ses besoins. Alors qu'il se résout à cumuler les emplois, se présente à lui la chance inespérée d'occuper une dépendance de la maison de campagne d'un couple marié. C'est là qu'il rencontre madame Oda, la propriétaire, musicienne troublante avec qui il va retrouver le goût du piano - une rencontre digne des plus beaux romans d'amour.
Plongez dans le voyage littéraire et photographique de Pierre Adrian sur les traces de Jack Kerouac en Bretagne. Un hommage vibrant à l'esprit libre et aux rêves inassouvis, entre quête identitaire et dérive poétique dans les bars de Brest.
Comme on sait qu'on aime au premier regard, je me suis sentie liée à Hilma af Klint à la seule lecture de son nom. Son oeuvre, féerie de sphères, de spirales, d'arabesques, de vortex, de pétales géants, m'inspira aussitôt une infinie tendresse. C'était abstrait, joyeux, généreux et énigmatique. Autour de moi, personne n'avait entendu parler de cette Suédoise née à Stockholm en 1862 et morte en 1944, la même année que Kandinsky et Mondrian. Au début du XXe siècle, à une époque où il était difficile d'être artiste professionnelle et femme, Hilma af Klint a ouvert une voie nouvelle. Bâtissant une oeuvre immense, elle a peint pour rendre tangible sa relation spirituelle avec l'invisible. Un siècle plus tard, son nom brille au firmament de l'art abstrait. V. L. N. Dans cette libre évocation où l'on sent battre le coeur d'Hilma af Klint, Véronique Le Normand retrace la trajectoire biographique et artistique de cette personnalité novatrice, venant éclairer et étoffer notre compréhension de l'oeuvre qui la nourrit.
Dans une ville côtière abandonnée, loin du climat insurrectionnel de la capitale, un fonctionnaire haïtien fait l'inventaire d'une bibliothèque léguée à l'État, une collection d'ouvrages célébrant les grands esprits qui ont marqué l'histoire. Écrivant à son oncle, politicien roublard qui lui a servi de père et de mentor, le jeune homme voit se mêler à sa lettre les récits de voix entrées par effraction. Celles de Macho, gérant de l'unique bar du bord de mer dépeuplé, de Manie, petite bossue au destin tragique, ou encore d'Ayan, condisciple de classe avide de vengeance. Tous réclament leur droit à ne pas être oubliés. Les vies des humbles ne sont-elles pas, elles aussi, dignes d'être racontées ? Dans une sarabande où se mêlent vivants et morts, anonymes et héros, la "belle langue" des élites et celle de la musique des rues, Lyonel Trouillot signe une puissante ode à la multitude et dresse la cartographie d'un pays aux franges de l'oubli.
Booktubeuse émergente réunissant, vidéo après vidéo, une petite communauté de passionnés sur sa chaîne YouTube, Luna se laisse convaincre par un agent d'abandonner les livres et de créer du contenu plus intime, plus "authentique". Rapidement, le succès est au rendez-vous : sa vie privée devient le matériau même de sa vie publique dans une étourdissante confusion des genres. Happée par les injonctions contradictoires de ses abonnés et de l'algorithme, Luna se retrouve embarquée à son corps défendant dans les affres d'une notoriété sans repos ni répit. Truman Show des temps modernes sur l'ascension et la solitude d'une égérie du numérique, le premier roman de Jules Fournier est un réquisitoire social qui dessine le portrait lucide et sensible d'une génération confrontée au vertige d'exister sous le regard constant des autres.
Elle est vive et franche, styliste célébrée, investie dans sa famille. Il est secret, caustique, célibataire et séduisant, chroniqueur de la vie artistique parisienne. A la faveur d'une interview, leur complicité est immédiate. Un deuxième rendez-vous, des coups de téléphone, bientôt Marianne et Cyril se parlent tous les jours. L'art, la littérature, leurs admirations, leurs inquiétudes, leurs enfances, leurs amours : la conversation est libre et intime. Dans le « tourbillon de la vie », chacun tour à tour écoute, réconforte, propose son aide, mais chacun n'a-t-il pas aussi son domaine réservé ? En quarante chapitres enlevés, qui sont autant de moments du lien, portant haut l'art du dialogue, Alice Ferney souligne les formes, la valeur et la fragilité de l'amitié entre homme et femme.
Bardo solo est l'une des composantes de Retour au goudron, l'ultime performance littéraire du post-exotisme. Bardo, parce que c'est ainsi que se nomme le monde flottant où le décédé chemine quarante-neuf jours avant de renaître, assailli par des visions, des souvenirs et des rêves. Solo, parce que cette longue marche s'effectue sans compagnon ni compagne. Ici, Infernus Iohannes choisit de mettre en scène cette déconcertante épreuve. Il imagine un spectateur assistant à quarante-neuf saynètes successives, parcourant une mort devenue théâtre, avec des comédiens et des comédiennes qui ne tiennent pas compte de lui, ou parfois s'adressent à lui sans attendre qu'il réponde. Retour au goudron est un objet inclassable, composé de 343 cahiers bardiques aux rubriques régulières, à l'intérieur desquels figurent mille et une photographies d'un lieu désormais fantôme - le port intérieur de Macau -, et aussi, naturellement, de nombreux textes inédits, qui aujourd'hui font l'objet d'une publication en onze volumes parus simultanément chez des éditeurs différents. Ainsi, sous la signature du collectif Infernus Iohannes, se clôt l'édifice du post-exotisme, dont Antoine Volodine a longtemps été le porte-parole.
Job débarque à la pointe de l'Afrique avec en tête une quête impossible et un fantôme au coeur. Il ne se doute pas qu'il sera bientôt rejoint par Rouslan, le géant d'Ukraine ; puis par un mystérieux Gabriel, flanqué de Madame, une mangouste ornée de parures princières. Ensemble, ils remontent vers le nord, glissant de fleuve en océan sur des embarcations de fortune, ou parcourant les pistes poussiéreuses dans un camion aux cargaisons infinies... De Durban au Kivu, d'Obock aux bords du Gange, commence alors un étrange périple qui durera trente ans, et que jalonnent lettres et carnets. Roman d'aventures et d'amour, roman-monde et chronique intime d'une disparition, l'odyssée funambule de Job s'impose comme une épopée contemporaine d'une rare ampleur, dont l'écriture magistrale adossée aux puissantes photographies de Jérôme Boutain possède le souffle des grands mythes.
Depuis une vingtaine d'années, des agences proposent d'améliorer votre vie. Trouver l'amour, des amis, booster sa carrière, construire une famille - il suffit de choisir les options. Alors, selon les tarifs, tout, vraiment tout, devient possible. C'est sécurisé, confidentiel, garanti. Tant qu'on paie son forfait et qu'on ne pose jamais de question. Un monde qui ressemble au nôtre, saturé d'abonnements, bâti sur l'abandon consenti de l'intimité, traversé par la peur de ne pas être à la hauteur, où l'humanité se divise désormais entre agents et clients. Et puis il y a ceux qui rêvent d'autre chose. Depuis New York, Lagos, Barcelone, Kaboul ou Belleville-sur-Saône, une génération qui n'a jamais connu un monde sans agences se mobilise. La résistance s'organise. Mais le ministère de la Fiction veille au grain, et fera tout pour protéger la reproduction perpétuelle des rôles et des assignations, digne de la plus productive des colonies d'abeilles. Dans une fresque véloce qui se dévore comme une série, Cédric Duroux signe avec Si la reine meurt en hiver un roman choral héritier de grandes sagas urbaines. Une lecture lucide et ludique de nos vies modernes, subtilement politique, qui donne chair à une époque et joue avec les nerfs et les neurones du lecteur.
Le petit polémiste est de retour ! Alain Conlang se retrouve condamné à une peine d'un an dans un "institut d'épanouissement" pour avoir tenu des propos sexistes en privé. Le chroniqueur adoré de son jeune public va devoir prouver qu'il a encore sa place dans une société de l'égalité parfaite, où le bonheur absolu est érigé en loi, ce qu'il honnit en secret. Déterminé à jouer les prisonniers modèles pour écourter son séjour, il se plie à une litanie d'activités débilitantes - thérapies de groupe, questionnaires de citoyenneté, séances de coaching en développement personnel, démontage chronométré d'appareils électroménagers... - et recrache avec une conviction feinte les préceptes enseignés. Au coeur de cette joyeuse débâcle, il va trouver le grand amour. Mais vaudra-t-il tous les sacrifices ? Rien ne sera jamais simple pour le petit polémiste. Poussant au plus haut le curseur de la dérision, de la fantaisie et de l'absurde, Ilan Duran Cohen poursuit les (més)aventures de son antihéros, dans une dystopie désopilante interrogeant la place de l'individu dans le collectif.
Vive est une enfant dont l'univers se déploie entre les arbres du jardin familial, les essences exotiques que son parfumeur de père rapporte de ses lointains voyages, et les mots nouveaux qu'elle consigne dans son carnet pour apprivoiser le monde qui l'entoure. Mais derrière la douceur apparente se cachent des blessures qui mettront beaucoup de temps à se refermer... "Le palmier" est le roman vrai d'une héroïne qui, comme l'autrice elle-même, fut très tôt confrontée à la beauté de la nature et à la brutalité de certains hommes. Tout à la fois récit initiatique, chronique familiale et fiction autobiographique, ce roman puzzle aux allures d'imagier est aussi une fascinante enquête, intime et poétique, sur les territoires de l'enfance, les pouvoirs de l'imaginaire et l'aventure de l'écriture.
En 1564, le bouillant condottière Sampiero d'Ornano, chef de mercenaires, débarque en Corse pour y rallumer les feux de la rébellion. Son rêve, dans une dernière chevauchée personnelle et rédemptrice, est de délivrer l'île de la domination génoise, quasi unanimement exécrée. Le jeune paysan Fioravante et l'indocile Catalina se voient ainsi entraînés, comme l'ensemble de l'île, dans une geste guerrière où se révéleront, bien loin des rêves de liberté et des nobles aspirations collectives, les pires atrocités et les plus viles trahisons dont est capable l'humanité. Réflexion universelle sur la naissance des nations, sur la langue comme fondement d'un peuple, sur la manière dont les mythes se construisent, Roman national creuse aussi, par sa langue sublime et son souffle prodigieux, la grande question du mal.
Sur Helliconia, une planète aux saisons de mille ans, Yull le chasseur découvre un monde en pleine révolution : le dégel du printemps libère les peuples de la glace et des légendes.
Dans "Les Indicibles", Nancy Huston livre un autoportrait sans concession en revenant sur les principales étapes de sa vie de femme et de son rapport à la sexualité. À la fois cru, dérangeant et radical, ce texte émaillé de références littéraires et scientifiques offre aussi une réflexion sur le féminin et le masculin, la prédation, les liens entre domination économique et sexuelle, sur la culture du viol, la brutalité de la guerre ou la crise écologique.
Le monde de Charlotte, comédienne et mère dévouée, s'effondre quand il se heurte à une vérité tragique : derrière l'apparence angélique de son fils, Gabriel, se cache un être envieux et un amant violent, meurtrier de sa jeune maîtresse. Écartelée entre aveuglement et effroyable vérité, c'est par l'expérience théâtrale que Charlotte va démêler le vrai du faux et affronter le mal dans sa double dimension : esthétique et séduisante sur scène ; éthique et insoutenable dans la réalité. Dans l'ombre, une autre mère endeuillée, emprisonnée pour avoir vengé sa fille, exorcise sa propre douleur en portant la mémoire et le repentir de toute l'histoire. Chacune incarne ce que signifie transmettre, perdre un enfant ou porter la faute, mais toutes deux affrontent la même blessure : comment aimer quand le mal surgit au coeur de l'amour ? Dans ce "stabat mater" poignant, tendu entre prière et cri, Cécile Ladjali explore une nouvelle fois le langage - entre théâtre, poésie et confession spirituelle - comme seul espace de salut face à l'inconcevable perte de l'enfant.
Plongez dans Inventaire des silences, un roman poignant où Sophie Pujas explore la résilience face au deuil et la puissance des mots pour transcender l’absence.
Chloé et Maxence se rencontrent au lycée. C'est le printemps, la fin des années 2000, il y a les après-midis étirées par la weed, ce corps de l'autre qu'on découvre. Les parents essaient, échouent, Maxence se débat avec les injonctions à devenir un homme, Chloé s'affame ou raconte dans ses carnets. Bientôt ils profiteront de leurs vingt ans, le chaos planétaire enflera cet été-là, certaines colères aussi - Internet aura rendu le monde assourdissant. Alors viendra la trentaine, ce sera l'automne, quelques rêves s'égratigneront au tranchant du réel. Déjà, on collectionnera les souvenirs. En trois temps, trois virgules à la langue fiévreuse, Joanne Richoux dépeint une génération étourdie de bruits et d'images, qui veut croire encore aux histoires d'amour, à une petite musique ou à un parfum familier, pour se consoler du reste.
Sur Helliconia, la montée des températures marque le début d’un été de cinq cents ans et le règne tumultueux de Jandol Anganol, roi aussi charismatique que fragile.
Des enseignements d'un thanatopracteur à Indiana Jones en passant par sa grand-mère et Frankenstein, Perrine Baron nous invite à explorer la mort avec une irrévérence irrésistible. De ses recherches sur les différentes pratiques mortuaires à travers les âges et les continents, elle rapporte des anecdotes historiques et anthropologiques qui se mêlent à des clins d'oeil plus personnels, autobiographiques et cinématographiques. Avec une verve admirable, un sens de la formule et beaucoup d'humour noir, l'autrice déroule un monologue cynique ponctué de références littéraires et de pop culture. Un récit en forme de one-woman show à l'oralité mordante et aux digressions jouissives.
Plongez dans Feu de Dieu, le bouleversant récit initiatique de Mohamed Kacimi El Hassani, où enfance soufie, quête de liberté et mémoire de l'Algérie s'entremêlent. Un chant d'amour et de révolte à découvrir en ebook.
Après le succès de "Trois femmes disparaissent" (Actes Sud, 2023) et du "Gaslighting" (L'Observatoire, 2024), Hélène Frappat déjoue les excès d'une réalité qui nous échappe en revenant à la fiction. La romancière nous entraîne dans le sillage dévastateur d'une dictatrice européenne en roue libre : Nerona, Lady Macbeth du XXIe siècle, manie le décret avec autant de doigté que le crime d'État. Au programme : trahison, romance souverainiste, astrologie, matricide, combats de migrants télévisés et bien d'autres réjouissances. Rions ensemble pendant qu'il est trop tard.