Sophie Pujas
Sophie Pujas
Né au cours des années 1960 et 1970, l'art urbain est devenu un phénomène artistique planétaire. Exercé au départ gratuitement et sans autorisation dans l'espace public, il agrège des pratiques et des formes aussi diverses que le graffiti, le muralisme ou le street art, et charrie des influences qui vont de la publicité aux cultures de masse en passant par le militantisme. Sans former un véritable mouvement, tous ces artistes n'en ont pas moins des points communs. Parmi eux, la capacité à oeuvrer dans la ville en toute liberté, avec une remarquable économie de moyens. Quatre auteurs reviennent sur les origines de l'art urbain, depuis l'émergence de pratiques contextuelles et du graffiti writing dans les années 1960 jusqu'à sa reconnaissance publique, institutionnelle, médiatique et même marchande. Quatre regards complémentaires, portés sur un mouvement hétérogène, car accessible à tous.
Plongez dans Inventaire des silences, un roman poignant où Sophie Pujas explore la résilience face au deuil et la puissance des mots pour transcender l’absence.
'Il ne s'y attendait pas. Et, à vrai dire, il n'y tenait pas. Toutes ces années à fuir, à se draper dans les brumes feutrées de Venise, dans des cathédrales vaporeuses, dans des femmes qui ressemblaient à des paysages. Et ils étaient là. Suppliciés, implacables. Un jour il avait pris son crayon et ils étaient là. Le trait s'était déployé, la mémoire avait repris le pouvoir, l'avait guidé, avait tenu sa main selon la logique impitoyable des cauchemars. Les visages grimaçant au-dessus de cordes de pendus, les corps décharnés, les presque squelettes, les déjà cadavres avaient surgi. Les fantômes avaient pris possession de son refuge, de son abri de papier blanc, et il y avait de quoi se mettre en colère. Mais il devait leur obéir. L'armée des ombres, des assassinés, des génocidés se levait sur le papier. Il retrouvait le coup de crayon halluciné de là-bas, cette possession, cette atroce fascination. La beauté inavouable de l'horreur. Là-bas, c'était aujourd'hui. Il n'avait pas le droit de retenir les fantômes qui tremblaient sous ses doigts.' Sophie Pujas.
'Il ne s'y attendait pas. Et, à vrai dire, il n'y tenait pas. Toutes ces années à fuir, à se draper dans les brumes feutrées de Venise, dans des cathédrales vaporeuses, dans des femmes qui ressemblaient à des paysages. Et ils étaient là. Suppliciés, implacables. Un jour il avait pris son crayon et ils étaient là. Le trait s'était déployé, la mémoire avait repris le pouvoir, l'avait guidé, avait tenu sa main selon la logique impitoyable des cauchemars. Les visages grimaçant au-dessus de cordes de pendus, les corps décharnés, les presque squelettes, les déjà cadavres avaient surgi. Les fantômes avaient pris possession de son refuge, de son abri de papier blanc, et il y avait de quoi se mettre en colère. Mais il devait leur obéir. L'armée des ombres, des assassinés, des génocidés se levait sur le papier. Il retrouvait le coup de crayon halluciné de là-bas, cette possession, cette atroce fascination. La beauté inavouable de l'horreur. Là-bas, c'était aujourd'hui. Il n'avait pas le droit de retenir les fantômes qui tremblaient sous ses doigts.' Sophie Pujas.
« Combien de temps fallait-il pour qu'un souvenir vous oublie enfin ? » Cet été-là aurait dû laisser l'empreinte habituelle des étés à Ouessant. Iris avait dix ans, elle était en vacances avec ses parents et son grand frère Sacha. C'était l'heure des balades à vélo, des bains glacés avec son frère qu'elle suivait partout. Tout promettait d'être parfait. Jusqu'à ce que sa mère disparaisse un matin. Comment continuer quand il manque quelqu'un ? Qu'est-ce qu'une petite fille peut se raconter dans le grand silence qu'est devenue sa vie ? Sait-elle déjà qu'il n'y aura plus jamais qu'un avant et un après ?
« Combien de temps fallait-il pour qu'un souvenir vous oublie enfin ? » Cet été-là aurait dû laisser l'empreinte habituelle des étés à Ouessant. Iris avait dix ans, elle était en vacances avec ses parents et son grand frère Sacha. C'était l'heure des balades à vélo, des bains glacés avec son frère qu'elle suivait partout. Tout promettait d'être parfait. Jusqu'à ce que sa mère disparaisse un matin. Comment continuer quand il manque quelqu'un ? Qu'est-ce qu'une petite fille peut se raconter dans le grand silence qu'est devenue sa vie ? Sait-elle déjà qu'il n'y aura plus jamais qu'un avant et un après ?
Maraudes explore Paris à travers les silhouettes qui la traversent, toutes porteuses d'histoires, comme autant de micro-fictions. Un sans-abri rue de l'Odéon, une jeune mère au parc Monceau, un contrôleur de bus rue Oberkampf, un bibliophile rue Brancion, un street artist rue de l'Équerre... Leurs états d'âme composent un paysage mouvant. Les lieux ont aussi leur mémoire : artistes potaches de la place du Tertre à l'aube du vingtième siècle, un aviateur tombé pont de Tolbiac au moment de la Libération, Kerouac rendant visite à la statue de Balzac dans les années soixante, autant de fantômes qui rôdent. Le portrait de la ville se construit par fragments, au fil des rues et des saisons.
Maraudes explore Paris à travers les silhouettes qui la traversent, toutes porteuses d'histoires, comme autant de micro-fictions. Un sans-abri rue de l'Odéon, une jeune mère au parc Monceau, un contrôleur de bus rue Oberkampf, un bibliophile rue Brancion, un street artist rue de l'Équerre... Leurs états d'âme composent un paysage mouvant. Les lieux ont aussi leur mémoire : artistes potaches de la place du Tertre à l'aube du vingtième siècle, un aviateur tombé pont de Tolbiac au moment de la Libération, Kerouac rendant visite à la statue de Balzac dans les années soixante, autant de fantômes qui rôdent. Le portrait de la ville se construit par fragments, au fil des rues et des saisons.
Elle fut une gosse de Brooklyn rêvant d'un destin grandiose dans les cinémas de quartier. Elle fut la première it girl, immense star du muet, à qui les fans envoyaient des lettres par milliers. Elle fut l'âme des années vingt, icône virevoltante de l'âge du jazz, adoubée par Francis Scott Fitzgerald. Elle fut une amoureuse ardente, aux bras de Gary Cooper ou de Victor Fleming. Elle fut une femme à qui on reprocha sa liberté, sans reculer devant les fables les plus sordides. Elle fut l'une des victimes inaugurales de cette machine à broyer les êtres : Hollywood. En 1933, la fulgurante carrière de Clara Bow s'achevait. Elle avait vingt-huit ans.
Elle fut une gosse de Brooklyn rêvant d'un destin grandiose dans les cinémas de quartier. Elle fut la première it girl, immense star du muet, à qui les fans envoyaient des lettres par milliers. Elle fut l'âme des années vingt, icône virevoltante de l'âge du jazz, adoubée par Francis Scott Fitzgerald. Elle fut une amoureuse ardente, aux bras de Gary Cooper ou de Victor Fleming. Elle fut une femme à qui on reprocha sa liberté, sans reculer devant les fables les plus sordides. Elle fut l'une des victimes inaugurales de cette machine à broyer les êtres : Hollywood. En 1933, la fulgurante carrière de Clara Bow s'achevait. Elle avait vingt-huit ans.