Les presses du réel
1774, une secte égalitaire défie l’ordre établi : les Shakers. Sorcières du design révèle comment Ann Lee et ses sœurs, armées de balais et de transes extatiques, ont détourné les objets du quotidien pour en faire des armes de liberté.
Ce manuel propose un état des connaissances actuelles sur le fonctionnement de la nature en milieu yrbain : son écologie. Les villes sont des structures complexes qui abritent une disparité de conditions de vie. Elles peuvent générer des viviers de biodiversité comme elles peuvent les détruire. Elles sont elles-mêmes des organismes qui se développent, mutent, périclitent. Ce manuel analyse ces phénomènes. Il affirme quelques principes afin de pallier la cécité écologique des citadins, et parer à l'agonie des écosystèmes urbains. Ce manuel entend provoquer une prise de conscience. Elle est nécessaire, insuffisante et pourtant indispensable. Chaque être vivant dépend des interactions entretenues avec les milieux et le vivant qui l'entourent, quels qu'ils soient. L'ouvrage souligne par là même les dimensions sociologiques, urbanistiques et politiques induites.
Découvrez comment la salle de bains, espace apparemment banal, reflète nos évolutions sociales et culturelles. La salle de bains de Jolanthe Kugler explore l’histoire et le design de cet espace intime, révélant son impact sur notre quotidien.
Un « abécédaire des arts en transition » qui se propose d'examiner le tournant écologique des arts, fruit d'une recherche collective au long cours autour des éléments fondamentaux qui traversent le monde de l'art et plus généralement l'univers esthétique et social dans la crise écologique actuelle. Réalisé par une cinquantaine d'artistes ou de chercheurs et de chercheures en arts (danse, cinéma, musique et arts sonores, arts plastiques, théâtre, arts numériques, littérature, photographie, performance), et coordonné par un collectif de l'Université Paris 8, ce livre souhaite contribuer au tournant écologique des arts. La notion d'écologie est ici entendue au sens large (dans une perspective guattarienne), et intègre à la perspective environnementale celles des écologies mentale et sociale : les pratiques artistiques se font écosophiques dès lors qu'elles interrogent la notion même d'esthétique, à la croisée de l'aisthétis (le sensible), de l'éthique et du politique. Respectueux de la multiplicité et de la complexité du monde, l'ouvrage est organisé sous la forme d'un abécédaire qui fait état du foisonnement des pratiques artistiques contemporaines en prise avec les enjeux écologiques. Sa forme en est également le reflet, chaque notice assumant sa singularité, du discours académique à des formes d'écritures engagées.
Une recherche d'ampleur sur la notion d'écologie acoustique et sonore (les sonorités du paysage : la sonosphère, le Soundscape) et sa transition vers une nouvelle écosophie sonore, intégrant la multidimensionalité de l'écoute pour proposer d'entendre (et donc à la fois d'écouter, de comprendre et de vouloir) autrement. Les sonorités du monde, voici la question dont il faut s'occuper aujourd'hui. Nous avons regardé, observé, théorisé... le monde, rarement nous l'avons écouté. Il est maintenant nécessaire de l'entendre. Il ne s'agit pas seulement de lutter contre les nuisances et les pollutions sonores qui envahissent les espaces du dehors et ceux de l'intériorité. La vraie question est celle d'écouter, comprendre et vouloir autrement. Un processus complexe qui nous met face à nous-mêmes et aux « Autres ». Terrestres parmi les terrestres, nous sommes ainsi appelés au dépassement de notre « vision » du monde pour imaginer et instituer des processus de subjectivation et de recomposition planétaire inédites. Face à la bifurcation qui s'annonce inévitable entre la poursuite des pratiques mortifères des pouvoirs en place et les transformations radicales qui s'imposent, un nouveau matérialisme esthétique (aisthésis), du sentir et de l'écoute, est nécessaire. Voici les vibrations complexes qui composent l'écosophie sonore et qui départagent l'écoute instrumentalisée de l'assujettissement de celle, affranchissante, de l'émancipation.
Un ensemble d'aperçus sur la culture de masse de la République de Weimar, et sur ses rituels de distraction, qui préfigurent notre présent. Le voyage et les danses exotiques, les revues de girls et les parades gymniques, la publicité, la mode et les compétitions sportives, la photographie de presse et le culte des stars de cinéma - autant de phénomènes qui apparentent les « feuilletons » de Siegfried Kracauer à des mythographies de la modernité. Dans ces essais et miniatures écrits pendant la République de Weimar pour la Frankfurter Zeitung, se croisent le regard du flâneur explorant la nouvelle vie urbaine et celui du critique de films qui fut un passeur entre sciences sociales, littérature et cinéma. Avec son ami Walter Benjamin, Kracauer a été l'un des premiers à saisir combien déchiffrer la culture de masse et ses nouveaux rituels de la distraction, c'était poser les conditions d'une critique de la fantasmagorie sociale et du mythe techniciste contemporain.
La Kulturwissenschaftliche Bibliothek Warburg fonctionna, dans les années 1920, comme un véritable laboratoire de recherche sur les formes de transmission des images depuis l'Antiquité. Si Aby Warburg (1866-1929), son fondateur, en est la figure centrale, cette bibliothèque pionnière fut imaginée comme une entreprise collective et aurait été impensable sans l'apport d'autres personnalités comme Fritz Saxl ou Gertrud Bing, dont l'importance commence enfin à être reconnue. Laboratoire à la croisée des disciplines, la KBW fut avant tout un espace de pensée intermédiale où se conjuguent des gestes techniques : photographier et collecter, cartographier et mettre en série, construire des voisinages, projeter et exposer. Seuls ces modes de visualisation peuvent éclairer toute la portée des concepts warburgiens connus (« formule de pathos », « vie posthume », « migration des images », etc.). C'est l'articulation dynamique de ces opérations, au coeur desquelles se trouve la reproduction photographique, qui distingue la Bibliothèque et sa collection d'images en tant que dispositif plurimédial de connaissance. Sa reconstruction détaillée explicite ici les modalités de l'« espace de pensée » ouvert par l'instrumentaire warburgien, la singularité de son anthropologie visuelle ainsi que son potentiel toujours critique.
Bien que Richter se soit exprimé à maintes reprises par la parole et l'écrit, jusqu'à présent il s'est toujours montré réservé quant à la publication de ses textes. Hormis de nombreuses interviews, seuls quelques fragments de textes isolés ont été publiés ici et là. Outre ses notes et extraits de journal écrits au fil des mots, trouvera-t-on des essais, des lettres, prises de positions et déclarations, manifestes, entretiens, conversations et dialogues. Les notes écrites de Richter accompagnent l'acte de peindre, elles le mettent en question et subissent même son correctif. Au lieu d'un texte anticipatoire et explicite, apparaissent une pensée synchrone et une réflexion ultérieure, raisonnée au sens le plus littéral du terme, où le réfléchir sur soi-même est le prolongement du doute. Comme nul autre artiste contemporain, Richter s'interroge sur le possible et l'impossible, sur la fonction et l'autonomie de l'art actuel.
Découvrez La cuisine de Jolanthe Kugler : une exploration passionnante de l'évolution historique et sociétale des objets emblématiques de la cuisine.
Résonner, réverbérer, paysager, cartographier, retentir : une réflexion philosophique sur le lieu du son, de l'esthétique musicale à l'habitat sonore, au croisement des études du son, de la musique et de la technique, et de la phénoménologie. Que signifie le fait que le son ait (un) lieu, à l'ère du son enregistré et donc délocalisé ? En cinq parties, l'ouvrage se propose de questionner le lieu du son (qui est aussi, mais pas seulement, celui de la musique), en se donnant pour point de départ l'émergence, au cours du XIXe siècle, des techniques de son enregistrement. Il faut mobiliser la physique (résonner), l'acoustique architecturale (réverbérer), l'écologie sonore (paysager) et le soundmapping (cartographier), mais aussi, in fine, la phénoménologie (retentir), pour savoir si le son a vraiment lieu, si son retentissement n'est pas bien plutôt l'éclatement de toute assignation possible à un lieu. Dans cette affaire, la philosophie du son est toujours aussi celle des techniques qui permettent de lui donner un lieu, tant une phénoménologie naturaliste doit, en l'espèce, être remplacée par une phénoménotechnique du son.
Partant d'une relecture audacieuse de Jacques Rancière, cet essai déploie une philosophie de l'expérimentation, à la croisée de la vie, de la politique et de l'esthétique, à la recherche de nouvelles manières d'imaginer, d'explorer et d'agencer les possibles. Expérimenter, c'est rendre le monde explorable, non pas en y cherchant des terres vierges, mais en y agençant des désajustements, court-circuitages, mystères, conflits et utopies. C'est remettre en jeu ce qui constitue nos communs, réinterroger nos pratiques, défricher nos imaginaires et réinventer qui nous sommes. C'est soumettre le réel aux coefficients sauvages du possible. Partant d'une relecture audacieuse de Jacques Rancière, cet essai explore des scènes d'expérimentation à la croisée de la vie, de la politique et de l'esthétique telles que l'histoire de Claudette Colvin au sein du mouvement des droits civiques, les expériences utopiques du Familistère de Guise, le journalisme de James Agee, la photographie anthropométrique d'Alphonse Bertillon et la table des fous dans Alice au Pays des merveilles. L'auteur conceptualise par là quatre registres de pratique expérimentale : identification policière, suridentification utopique, désidentification politique et anidentification démocratique. Formant ainsi le socle d'une cartographie du possible, la notion d'expérimentation se révèle comme profondément démocratique : multiplier les coordonnées de nos mondes communs, savoir les naviguer par des tâtonnements du possible et cultiver le goût pour l'inconnu et l'improvisé.
Alors que le primitivisme est devenu un jalon incontournable des manuels d'histoire de l'art, l'intérêt des écrivains d'avant-garde pour les cultures extra-occidentales a longtemps passé inaperçu. Ce livre s'attache à éclairer un faisceau de pratiques et de réflexions que les avant-gardes historiques ont associées aux cultures africaines dans les années 1901-1924. Le premier quart du xxe siècle est marqué en effet par la diffusion d'une culture coloniale en Europe, qui touche les écrivains autant que les artistes. De Guillaume Apollinaire à Tristan Tzara, en passant par Blaise Cendrars, Jean Cocteau ou Yvan Goll, nombreuses sont les avant-gardes à s'intéresser aux arts dits « nègres ». Aucune ne s'est rendue toutefois sur le continent africain. L'Afrique, dans leurs écrits, est une construction textuelle, fabriquée à partir de sources multiples. Cette enquête dégage les différentes strates de représentations convoquées puis transformées dans ce processus de resémantisation, et met en lumière la teneur discursive du primitivisme qui élabore une Afrique palimpseste. Par un examen historique précis et critique, elle révèle la présence d'un moment africain des avant-gardes littéraires francophones.
Au travers d'une nouvelle lecture minutieuse des Cahiers de Vaslav Nijinski, qu'on qualifia de « fou », et en les sortant de la réduction au diagnostic psychiatrique dont ils sont encore l'objet, Madeleine Abassade fait apparaître la révolte du danseur contre un ordre établi dont il fut l'instrument et dont il cherchera à s'émanciper en créant ses propres chorégraphies. Hiver 1919. Le célèbre danseur et chorégraphe russe Vaslav Nijinski écrit sans trêve jour et nuit, depuis la Suisse où il s'est réfugié deux ans plus tôt. Son épouse le fera interner de force à l'hôpital psychiatrique de Zurich, falsifiera ses manuscrits avant de les publier comme témoignage de l'écriture d'un schizophrène. Bien que traduit au plus près de son écriture originale à partir de 1995, le livre du chorégraphe de L'Après-midi d'un faune et du Sacre du printemps est toujours considéré aujourd'hui comme les signes de sa bascule dans la folie. Reprenant la lecture des Cahiers en menant une enquête minutieuse, Madeleine Abassade les débarrasse enfin de leur étiquette morbide. N'est-ce pas la pensée politique et spirituelle de Léon Tolstoï et peut-être celle du révolutionnaire insurgé Maxime Gorki que Nijinski interroge ? Au travers d'une remise en contextes historiques des secousses qui ébranlent l'artiste comme le monde et par l'examen de son écriture spiralée, répétitive, poétique, on découvre alors un Nijinski sensuel, sensible, passionné, non violent, dénonçant les inégalités sociales, pacifiste convaincu, insoumis, dont l'écriture dansante est engagée vers la quête d'une transformation. Là, Dieu n'est pas dans les icônes, mais bien dans les corps. Là, la vie comprend la mort et l'artiste danse l'imprévu. L'écriture de Nijinski est bien aussi radicale et révolutionnaire que l'était sa danse.
Le terme de « friche » est récemment venu au monde de l'art - lieu alternatif, espace intermédiaire, site abandonné où se produisent des formes artistiques nouvelles. C'est sur ce modèle quelque peu paradoxal (la friche tire sa vitalité des ruines) qu'il faut comprendre nos rapports avec l'art africain. De par son caractère auto-référentiel, l'art contemporain occidental serait dans une impasse. Face à ce délitement, le métissage, le recyclage, le mixage des cultures apporteraient la solution miracle et l'Afrique serait ainsi une source majeure de régénération de l'art occidental. Oui, mais de quelle Afrique parlons-nous ? Il s'agit moins ici de réfléchir aux qualités proprement esthétiques de l'art africain que de délimiter, à travers celui-ci, la place qu'occupe l'Afrique dans notre imaginaire. Art « premier » ? Art « classique » ? Art « contemporain » ? L'art africain apparaît comme ce lieu stratégique d'interlocution - y compris dans ses malentendus - entre l'Occident et l'Afrique.
La « recherche-création » monte en puissance en France. Erin Manning et Brian Massumi en sont parmi les plus radicaux théoriciens. Ils se demandent dans ce petit ouvrage quelle écologie de l'expérience mettre en place, entre recherche et création, pour nous aider à penser ensemble et à mettre la pensée en acte. En guise de réponses, ils tirent de leurs expériences vingt propositions décoiffantes et enjouées, qui donnent des envies plutôt que des leçons. Ils sèment ainsi des graines d'événements éminemment politiques, dont notre avenir a bien besoin.
Et si le design pouvait nous sauver ? We Will Survive explore comment les objets du quotidien et les stratégies de survie redéfinissent notre rapport à la résilience face aux crises. Une réflexion essentielle pour comprendre les enjeux de demain.
Antonin Artaud, penseur radical du corps et de la langue, revisité par Uno Kuniichi : une étude majeure qui éclaire l’œuvre d’un des plus grands révolutionnaires de la pensée et du théâtre.
Un essai-expérimentation d'anthropologie fictionnelle (« post-apocalyptique ») de la philosophie centré sur le motif de la dialectique du maître et esclave, lui-même appréhendé en tant que mythe. Le texte fait alterner le récit mythico-philosophique (raconté à la première personne par un pseudo-K, référence à Alexandre Kojève) avec des séries de variations (psychanalytiques, marxistes, féministes, antiracistes...) et des sections d'analyse structurale des transformations théoriques-politiques du mythe. « Dialectique du maître et de l'esclave », c'est à l'exposition de cette drôle de fiction philosophico-historique (narrée par un certain pseudo-K, disciple-faussaire du « sage » Hegel) et à l'examen de ses variations en tous genres (dites par leurs contemporain.es « psychanalytiques », « marxistes », « féministes », « antiracistes », entre autres) que se sont attelés les anthropologues de l'avenir rassemblés au sein du Laboratoire d'analyse des Mythologiques de la Modernité. Le dévoilement de ces archives voudrait inaugurer le projet d'une ethnologie de la pensée tordue de nos futurs-ancêtres, les Occidentaux, afin de comprendre peut-être, un jour, ce qui les a fait courir si volontiers à leur propre perte.
Un essai à la fois très personnel et constituant une introduction claire à la pensée de Gilles Deleuze à travers son rapport au cinéma, pensé comme champ d'expérimentation (existentielle, conceptuelle et esthétique) pour résister à la mort, au désastre et à la sidération produite par le « fait moderne ». Pour Deleuze, le cinéma, après la Seconde Guerre mondiale, a dû revenir d'entre les morts - revenir de la catastrophe, revenir de la compromission du cinéma classique avec les outils de soumission des masses. Mais revenir des morts est aussi un geste à sans cesse reprendre dans la création artistique ou conceptuelle afin de lutter contre toutes les formes de contrôle et de normalisation : mort du regard, mort de l'affect, mort du désir, mort de la révolte, mort devant la pensée-pour-le-marché. En se plongeant dans Cinéma 2. L'image-temps ainsi que dans des films de Capra, Truffaut et Resnais et dans les séries The Leftovers et Station Eleven, cet ouvrage cherche à cartographier quelques gestes de retour d'entre les morts. Comment empêcher nos vies d'être vampirisées par la catastrophe, par le désir d'apocalypse, par les circuits de la barbarie et les clichés du cerveau-monde ? Comment faire des morts que nous traversons et qui nous hantent non des dispositifs qui nous transforment en zombies, mais des forces d'affirmation pour la vie ? Une certaine politique des affects s'ébauche dans les oeuvres qui portent ces questions, à même les récits et les images.
Conçu par les philosophes et auteurs Michael Marder et Giovanbattista Tusa, Temps naissant présente les perspectives sur le XXIe siècle d'importants pionniers de la philosophie, de l'écologie et des études culturelles, ainsi que d'artistes du monde entier, dont Slavoj Zizek, Timothy Morton, Denise Ferreira Da Silva, Vandana Shiva, Claire Fontaine, Tomás Saraceno, et bien d'autres encore. Plutôt que de jeter un regard rétrospectif sur une actualité déjà consolidée qui attend d'être expliquée, Temps naissant interroge le présent, dont il espère intercepter les itinéraires possibles à mesure qu'ils se dessinent. Dans la tradition des glossaires, il recherche des mots, des acceptions, des sens qui semblent étrangers au lexique bien établi de la pensée actuelle, et encourage le développement d'un langage pour formuler l'événement qu'est le XXIe siècle.
Une théorie originale du pouvoir basée sur une analyse dense et éclairante des conséquences de la « guerre contre le terrorisme » et de l'État sécuritaire, jusqu'à l'imposition de la logique néolibérale et aux débordements des médias rendus viraux. Un mode de pouvoir qui fait vivre, au sens le plus fort : l'ontopouvoir plonge dans le champ d'émergence de la vie pour l'inciter, la susciter, en moduler la prise de forme. Ne prenant plus comme objet premier, ni le pouvoir de mettre à mort, ni celui de gouverner le vivant, se prolongeant au-delà de la discipline comme du biopouvoir, l'ontopouvoir exerce une puissance de genèse. En essor depuis le 11-Septembre, il se déploie autour d'une opérativité assez novatrice pour mériter un nouveau nom : la préemption. À la différence et de la dissuasion et de la prévention, la préemption vise non plus le danger clair et bien présent, mais plutôt la menace. Encore indéterminée quant à son heure et ses contours, la menace a une existence incertaine. Opérer sur la menace implique d'agir sur le futur dans le présent, selon une politique de l'affect, dont le registre dominant est la peur. Le livre trace les linéaments de l'ontopouvoir depuis son éclosion dans la « guerre contre le terrorisme », et l'État sécuritaire correspondant, jusqu'à l'imposition de la logique néolibérale et aux débordements des médias rendus viraux. Une contribution décisive à la généalogie du régime « post-vérité » qui caractérise notre ère.
Regards croisés d'une théoricienne du design (Alexandra Midal), d'un neuroscientifique (Albert Moukheiber), de deux designers (Antoine Foeglé et Emma Pflieger) et de deux commissaires d'exposition (Jolanthe Kugler et Scott Longfellow) sur les mécanismes à l'origine de la théorie de la Terre plate, et les moyens de diffusion des récits « alternatifs ». En dos de tortue, avec ou sans dôme : les formes multiples de la Terre plate agissent comme un mode de représentation cartographique de la dissidence, un ultime rempart à la modernité. Qu'est-ce que la théorie de la Terre plate ? Comment détourne-t-elle des événements politiques et scientifiques pour proposer un récit alternatif ? La théorie de la Terre plate apparaît au XIXe siècle à l'encontre de l'idée même de la modernité. Pourtant, du train à la vidéo YouTube en passant par la radio et la photographie, les platistes ont su habilement - et continuent de le faire - capitaliser sur les moyens de diffusion de l'information à leur disposition pour mettre en doute la sphéricité de la Terre et tenter de gagner des adeptes en s'opposant aux institutions scientifiques et politiques. Keep it flat. Petite histoire sur la Terre plate croise les regards d'une théoricienne du design (Alexandra Midal), d'un neuroscientifique (Albert Moukheiber), de deux designers (Antoine Foeglé et Emma Pflieger) et des commissaires de l'exposition Objectif Terre (Jolanthe Kugler et Scott Longfellow) pour tenter d'échapper à une vision manichéenne, généralement à l'oeuvre dans l'inconscient collectif, et comprendre les mécanismes sous-jacents qui fondent la théorie de la Terre plate.
Ce volume de la Petite Collection Arts-H2H est consacré au sociologue et critique musical britannique Simon Frith, pionnier des popular music studies l'un des initiateurs de l'Association Internationale pour l'Étude des Musiques Populaires (IASPM). Les deux articles qui composent ce volume, inédits en français, nous montrent comment Frith, selon sa propre expression, prend la musique populaire au sérieux. Qu'il s'agisse de la signification des paroles des chansons pop ou du poids de l'industrie musicale, Frith prend appui sur l'expérience des amateurs pour restituer les multiples sens que nous attribuons à la musique et la manière dont les technologies y contribuent. Attentif aux nombreux zigzags de l'histoire, aux continuités autant qu'aux ruptures, soulignant la diversité des protagonistes, il insiste sur l'importance des controverses, des désaccords et des imprévus, nous rappelant que la « lutte pour le plaisir » ne cesse jamais.
Le premier volume du recueil de textes de Nicolas Bourriaud, autour de la problématique du temps dans l'art, et de la manière dont le thème ou le motif du temps et de la durée traverse l'oeuvre de nombreux artistes, en relation avec la société, les publics et l'histoire. La critique d'art s'apparente plus que jamais à cette antique science qu'est la balistique. Dans un monde plus mouvant que jamais, elle calcule la trajectoire d'étranges objets catapultés dans la Cité, les oeuvres d'art. Elle explore leur parcours sinueux, cartographie les paysages qu'elles traversent. Elle est un discours trajectorial en son principe : à l'étude du mouvement décrit par l'oeuvre s'ajoute la description d'un itinéraire modèle, c'est-à-dire ce calque subjectif et conceptuel qui se surimpose, le temps d'un texte, aux formes de la production artistique : la théorie. Quelles que soient les circonstances qui président à l'écriture des préfaces et des articles que l'on dissémine ça et là, les mêmes traits surgissent pour former des figures similaires, comme la limaille de fer se reconfigure toujours en fonction du degré de puissance d'un aimant. Textes de commande ? Oui, si l'on considère que l'activité du critique consiste à répondre aux sollicitations. Autrement dit, comme le pensait Serge Daney, à renvoyer la balle après un service, au plus près possible d'une trajectoire gagnante - en tout cas ailleurs que dans les pieds de l'artiste. C'est déjà beau de renvoyer le projectile, à une époque où l'on se contente de faire du mur contre les images. Mais on ne doit pas toujours renvoyer de la même manière, il faut diversifier les coups, du lob au passing shot... Pour éveiller l'intérêt, il importe en premier lieu de surprendre l'envoyeur, de viser un coin du terrain où personne ne se trouve, chercher toujours l'angle imprenable. Ce premier tome regroupe des textes qui abordent la problématique du temps dans l'art. Tout d'abord en tant que thème central pour une génération d'artistes dont j'ai suivi le travail depuis mes débuts, à la toute fin des années 1980, puis comme un motif conceptuel, du temps réel de l'esthétique relationnelle aux bifurcations borgésiennes des artistes-archéologues, en passant par la grande synchronisation planétaire de ces dernières décennies. Le volume inclut des textes sur Charles Avery, Braco Dimitrijevic, Subodh Gupta, Bertrand Lavier, Pierre Huyghe, Melik Ohanian, Philippe Parreno, Matthew Ritchie, Franz West...
Le premier volume du recueil de textes de Nicolas Bourriaud, autour de la problématique du temps dans l'art, et de la manière dont le thème ou le motif du temps et de la durée traverse l'oeuvre de nombreux artistes, en relation avec la société, les publics et l'histoire. La critique d'art s'apparente plus que jamais à cette antique science qu'est la balistique. Dans un monde plus mouvant que jamais, elle calcule la trajectoire d'étranges objets catapultés dans la Cité, les oeuvres d'art. Elle explore leur parcours sinueux, cartographie les paysages qu'elles traversent. Elle est un discours trajectorial en son principe : à l'étude du mouvement décrit par l'oeuvre s'ajoute la description d'un itinéraire modèle, c'est-à-dire ce calque subjectif et conceptuel qui se surimpose, le temps d'un texte, aux formes de la production artistique : la théorie. Quelles que soient les circonstances qui président à l'écriture des préfaces et des articles que l'on dissémine ça et là, les mêmes traits surgissent pour former des figures similaires, comme la limaille de fer se reconfigure toujours en fonction du degré de puissance d'un aimant. Textes de commande ? Oui, si l'on considère que l'activité du critique consiste à répondre aux sollicitations. Autrement dit, comme le pensait Serge Daney, à renvoyer la balle après un service, au plus près possible d'une trajectoire gagnante - en tout cas ailleurs que dans les pieds de l'artiste. C'est déjà beau de renvoyer le projectile, à une époque où l'on se contente de faire du mur contre les images. Mais on ne doit pas toujours renvoyer de la même manière, il faut diversifier les coups, du lob au passing shot... Pour éveiller l'intérêt, il importe en premier lieu de surprendre l'envoyeur, de viser un coin du terrain où personne ne se trouve, chercher toujours l'angle imprenable. Ce premier tome regroupe des textes qui abordent la problématique du temps dans l'art. Tout d'abord en tant que thème central pour une génération d'artistes dont j'ai suivi le travail depuis mes débuts, à la toute fin des années 1980, puis comme un motif conceptuel, du temps réel de l'esthétique relationnelle aux bifurcations borgésiennes des artistes-archéologues, en passant par la grande synchronisation planétaire de ces dernières décennies. Le volume inclut des textes sur Charles Avery, Braco Dimitrijevic, Subodh Gupta, Bertrand Lavier, Pierre Huyghe, Melik Ohanian, Philippe Parreno, Matthew Ritchie, Franz West...
Une exploration fascinante des origines utopiques et des 130 ans d'histoire tumultueuse du légendaire Chelsea Hotel de New York, la plus grande et la plus ancienne communauté d'artistes et de musiciens au monde. Sherill Tippins nous raconte l'histoire et la biographie du Chelsea Hotel à travers le récit captivant des vies que le Chelsea a croisées : de ses premiers jours en tant que communauté coopérative, après sa fondation en 1884 par l'architecte français Philip Hubert, en passant par ses périodes pop, rock et punk. Le Chelsea n'a cessé d'évoluer à travers les événements et les personnes qu'il a rencontrés. Les deux récessions de 1893 et 1903 ont obligé les propriétaires à transformer l'immeuble d'appartements en hôtel. Des invités inattendus sont arrivés : des survivants du naufrage du Titanic en 1912, des marins et des soldats de la Première Guerre mondiale, des artistes du nouveau Fillmore East au début des années 1970. Même des policiers de la ville y sont passés, au moins deux fois : après la mort de Dylan Thomas en 1953 et le meurtre de Nancy Spungen, la petite amie de Sid Vicious, en 1978. Il est difficile de citer les noms de nombreux écrivains, poètes, peintres et artistes américains importants qui n'ont pas vécu ou séjourné au Chelsea à un moment donné. De Dylan Thomas à Bob Dylan, de Virgil Thomson à Leonard Cohen, de John Sloan à Christo, le Chelsea ne s'est pas contenté de les héberger, il les a également nourris et inspirés. Mais le Chelsea reste un mystère : pourquoi et comment cet hôtel est-il devenu la plus grande et la plus ancienne communauté connue d'artistes ? Dans le palais des rêves en est l'histoire intime et fascinante.
Une tentative conceptuelle pour penser autrement la liberté en ses actes. L'une des originalités de cet essai est de procéder par changements d'échelle, c'est un microscope philosophique. Sous la grande idée de liberté, il cerne d'imperceptibles appuis qui la font tenir debout. L'enjeu est donc de taille. Son développement prend la forme d'un parcours progressif par étapes, traversant des conceptions très différentes de la liberté et des domaines d'application divers. Il épouse ainsi les contours d'une mise en variation du concept d'appui, au point que celui-ci pourra être identifié chez certains philosophes alors qu'il y passait auparavant inaperçu. Il s'agit aussi de montrer de quels problèmes ce concept tire sa nécessité. Ces problèmes sont tout autant théoriques que pratiques, spirituels que corporels, tout autant moraux que politiques. Bien plus, en justifiant pourquoi un appui n'est pas un soutien, cet essai donne une certaine allure à la liberté : celle de la spirale, de l'hélice. Il montre que, sous de nouvelles manières d'agir ou de penser, peuvent pousser des spirales de la liberté.
Qu'apporte Bergson à l'histoire du concept de « structure » avant même l'avènement du structuralisme ? Pourquoi son approche continue-t-elle d'avoir une actualité ? Sébastien Miravete propose une relecture de la philosophie bergsonienne pour montrer comment elle esquisse une autre métaphysique structuraliste, capable d'inspirer toute pensée du XXIe siècle. Depuis plus d'un siècle, une partie du « bergsonisme » est considéré comme une impasse philosophique : il prétendrait pouvoir expliquer tout processus de formation par de continuelles variations créatrices ; mais comment rendre compte d'une genèse sans quantifier ? Plus généralement, comment la Nature pourrait-elle se comprendre sans relations invariantes, c'est-à-dire sans structures ? Bergson n'effectuerait pour ainsi dire que la moitié du travail : il rétablirait la temporalité dynamique de l'être au détriment de son ossature ; il effacerait à tort toute rigidité présente. Mais refuse-t-il vraiment de prêter aux existants des nombres et des structures ? Cette étude se veut avant tout un retour au texte. Son objectif est de montrer par une lecture patiente que Bergson invente un autre structuralisme fondé sur une autre géométrie. Les structures bergsoniennes connectent toutes les strates de la nature. La philosophie bergsonienne n'accomplit donc pas que la moitié du travail. Elle esquisse au contraire une autre métaphysique structuraliste capable d'inspirer toute pensée du XXIe siècle.
A partir de l'observation d'une société de singes capucins et d'expériences de pensée empruntées au théâtre, Zaven Paré tente de démonter les pièges de l'anthropomorphisation, dans une attention qui cherche à préserver le caractère irréductible d'une coprésence interspecifique. La description d'une vingtaine de singes capucins fréquentant la forêt du jardin botanique de Rio de Janeiro les place tels les personnages d'un spectacle de la nature. De sa position d'observateur, Zaven Paré ne retient que quelques scènes uniques ou qui se répètent dans cette société de singes : le comportement d'un jeune ; un banquet ; l'occasion où le groupe trouve des noix, ou l'achèvement d'une journée. Successivement, il s'agit d'une scène d'apprentissage, d'une scène de partage, de la répétition d'un geste ou de comportements de détachement. La valorisation morphologique dans une dynamique vivante des ébats de ces singes permet d'envisager la notion de construction de rapports de jeux. Ainsi, des singes en liberté jusqu'à la transposition de leurs comportements au théâtre, des analogies proposent une suite de comportements remis en question selon les interactions dans différents contextes. À travers des expériences de pensée empruntées à l'un des personnages de Coetzee et se référant aux didascalies de pièces de Beckett, cette étude tente de mettre en perspective l'analyse des comportements de primates. L'auteur interroge les biais d'interprétation des dispositifs d'expérimentation et de spectacle, pour poser le singe et le robot comme deux spécimens aux antipodes, dont le spectacle anthropomorphique serait susceptible d'être repensé. Spécialiste de théâtre et de robotique, Zaven Paré revient sur la pièce Au fond de la forêt du dramaturge Hirata Oriza, dont le récit se déroule parmi les bonobos et avec deux humanoïdes. Les humains y apparaissent piégés entre deux ébauches qui font apparaître de possibles convergences entre singes, acteurs et robots.
Trois perspectives croisées (lectures philosophique, sociologique et parole d'artiste) sur la signification de l'avant-garde, et ses rapports à la contre-culture. Considérer l'avant-garde et la contre-culture, lorsque règne une platitude généralisée permet d'approfondir la compréhension de phénomènes sans recourir uniquement à des discours idéologiques. Cependant compte tenu du sujet il s'avère impossible de le traiter sans prendre parti de façon passionnée. Sans prendre de risque, sans déranger l'existant, point d'avant-garde. Pour ces trois auteurs l'avant-garde est un état d'esprit, une attitude de vie. Cet ouvrage démontre qu'entre l'avant-garde et la contre-culture existent des similitudes, mais également des différences : les uns construisent en se projetant davantage dans un futur utopiste, tandis que les autres adoptent une attitude de résistance qui privilégie l'ici et le maintenant. Lectures philosophique, sociologique et parole d'artiste contribuent à dessiner une méthode. Celle-ci, en croisant ces trois points de vue, tente de répondre à une question primordiale : qu'est-ce qu'un changement dans l'expression artistique ? Méthode qui interroge à la fois sur le milieu artistique et ses acteurs, le contenu de leurs oeuvres et les ruptures que provoque leur imaginaire.
Sommes-nous encore maîtres de nos machines d'écriture ? Que se joue-t-il derrière la distinction entre le hardware et le software ? Dans les deux conférences Le logiciel n'existe pas (1991) et Mode protégé (1993), publiées ici pour la première fois en français, un des pères fondateurs de la théorie des médias allemande Friedrich Kittler (1943-2011), interroge la mainmise de l'industrie du logiciel sur nos usages des ordinateurs et nous invite à une stimulante relecture du matérialisme.
Première édition critique des écrits de Lucio Fontana (1899-1968), figure incontournable de l'art italien des années 1950 et 1960, fondateur du spatialisme et auteur des Concetti spaziali (Concepts spatiaux), cette anthologie inédite réunit les manifestes, textes et entretiens de l'artiste. Chaque écrit est contextualisé par une introduction et annoté afin de donner au lecteur des clefs de compréhension. Cette édition est précédée d'un essai qui s'attache à analyser et à relire l'oeuvre de Lucio Fontana en mettant en dialogue sa part textuelle et ses réalisations plastiques dans la perspective de saisir la diversité de ses modes d'expression (peinture, sculpture, céramique, environnement) dans le contexte de la création européenne et américaine de la seconde moitié du XXe siècle.