Zaven Paré
Zaven Paré
Les Japonais ne cessent de donner forme et vie à des croyances et à des récits qui leur sont propres. Les poupées, les automates puis les robots se sont tour à tour inscrits dans cette longue filiation d'histoires proprement japonaises, mais ces derniers semblent aujourd'hui également destinés à participer à la construction d'un nouveau grand récit. La paradoxale cohabitation de la nature et des « traditions » avec une automatisation présente partout tient sans doute aussi dans la réelle filiation qui, dans l'archipel, existe entre le vivant et l'artificiel ou dans l'absence de contradiction que l'on y rencontre entre « conservation » et « progrès ». Dans cet ouvrage, l'auteur décrit et questionne la manière dont, au cours des premières années du XXIe siècle, un surprenant mouvement de curiosité étayé par des progrès techniques et technologiques importants a permis d'accélérer le développement et la fabrication de robots souvent surprenants, parfois inquiétants, mais, pour la plupart, surtout vecteurs d'enchantement. Cette décennie, véritable âge d'or de la robotique au Japon, a vu l'autonomie des robots être réellement envisagée sur le plan technique et les recherches et les expérimentations sortir des laboratoires de robotique pour gagner tous les champs disciplinaires, des diverses branches de l'ingénierie à la fabrication des objets du quotidien, en même temps que les robots devenaient partout visibles, dans les médias comme dans la réflexion philosophique ou encore dans les arts, comme par exemple au théâtre. Zaven Paré est un artiste roboticien. Il est à l'origine des premières marionnettes électroniques utilisées au théâtre. Il fut lauréat de la bourse de la Japan Society for Promotion of Science (JSPS/CNRS), en tant que collaborateur du Robot Actors Project, dès sa création, au sein des laboratoires du professeur Ishiguro Hiroshi à l'université d'Ôsaka et à l'Institut international de recherches avancées en télécommunications (ATR) de Kyôto. Ses robots figurent notamment dans les collections du Ballard Institute dans le Connecticut, du Museo internazionale delle marionette de Palerme et dans les collections du Musée des marionnettes du monde de Lyon.
A partir de l'observation d'une société de singes capucins et d'expériences de pensée empruntées au théâtre, Zaven Paré tente de démonter les pièges de l'anthropomorphisation, dans une attention qui cherche à préserver le caractère irréductible d'une coprésence interspecifique. La description d'une vingtaine de singes capucins fréquentant la forêt du jardin botanique de Rio de Janeiro les place tels les personnages d'un spectacle de la nature. De sa position d'observateur, Zaven Paré ne retient que quelques scènes uniques ou qui se répètent dans cette société de singes : le comportement d'un jeune ; un banquet ; l'occasion où le groupe trouve des noix, ou l'achèvement d'une journée. Successivement, il s'agit d'une scène d'apprentissage, d'une scène de partage, de la répétition d'un geste ou de comportements de détachement. La valorisation morphologique dans une dynamique vivante des ébats de ces singes permet d'envisager la notion de construction de rapports de jeux. Ainsi, des singes en liberté jusqu'à la transposition de leurs comportements au théâtre, des analogies proposent une suite de comportements remis en question selon les interactions dans différents contextes. À travers des expériences de pensée empruntées à l'un des personnages de Coetzee et se référant aux didascalies de pièces de Beckett, cette étude tente de mettre en perspective l'analyse des comportements de primates. L'auteur interroge les biais d'interprétation des dispositifs d'expérimentation et de spectacle, pour poser le singe et le robot comme deux spécimens aux antipodes, dont le spectacle anthropomorphique serait susceptible d'être repensé. Spécialiste de théâtre et de robotique, Zaven Paré revient sur la pièce Au fond de la forêt du dramaturge Hirata Oriza, dont le récit se déroule parmi les bonobos et avec deux humanoïdes. Les humains y apparaissent piégés entre deux ébauches qui font apparaître de possibles convergences entre singes, acteurs et robots.