FeniXX réédition numérique (Lieu Commun)
L'auteur, Camerounais, est un réaliste délirant, convaincu que l'imaginaire est affaire d'illusion. « Copyright Electre »
Lillois parmi les Lillois, Pierre Mauroy a, pour sa ville, une passion. Une passion doublée d'une vision et d'une ambition. Dans la région Nord-Pas-de-Calais frappée par la terrible crise de ses industries, la capitale aurait pu mourir avec son passé. C'est à tout autre chose que l'on assiste. Lille est redevenue belle et active. Dans son centre, s'anime le plus grand chantier du monde. Lille est devenue synonyme de vitesse, avec le TGV qui mène vers le Nord européen, et d'ouverture avec la proximité du tunnel sous la Manche. Elle se place au premier rang des villes françaises les mieux préparées pour l'an 2000, à tel point que certains observateurs ont même pu qualifier cette évolution de « miracle lillois ». Pour Pierre Mauroy, il n'existe pas de fatalité du déclin, à condition d'avoir une volonté politique et de se donner les moyens de parier sur l'avenir, de développer des secteurs porteurs d'activités, d'entraîner - solidairement - habitants, décideurs, innovateurs, urbanistes. L'artisan du renouveau de Lille nous entraîne dans une visite historique, sociologique, touristique, culturelle de sa ville. Il nous la raconte vivre, souffrir, se développer, changer, espérer. Retraçant son métier de maire, entrepreneur, gestionnaire, assistante sociale, Pierre Mauroy montre ce que représente - pour un élu - un engagement au quotidien, un militantisme de solidarité, une conception de la ville vibrante et accueillante à tous. Lillois parmi les Lillois, il sait les traditions, les habitudes, les quartiers, les fêtes et il dresse, au fil des pages et de mille anecdotes, un bel hommage aux femmes et aux hommes du Nord, travailleurs, courageux, chaleureux, partageux et joyeux. Un portrait plein de tendresse et de complicité de ces citoyens, qui font de leur ville une métropole avec laquelle il faudra compter demain.
Yumi, fragile figure féminine, qui accueille l'art et l'éthique de la civilisation japonaise, est le personnage central de ce livre : son visage caméra. Yumi, dont la mémoire n'existe pas ou ne veut pas s'éveiller, parcourt l'espace du Japon. Durant l'année 1940, un empereur, Kommei, a été fait dieu, alors qu'en Europe des millions d'hommes, de femmes et d'enfants allaient être exterminés dans les Camps de la mort. Interpellée par les déclarations du Professeur Fauston, qui nie l'existence du génocide, Yumi entreprendra un long et lent voyage de l'Orient à l'Occident, entre ces deux pôles de la douleur humaine : la bombe atomique, les Camps de concentration. Un voyage contre l'oubli, en quête d'une mémoire qui fait défaut. Yumi s'imprégnera, durant son parcours, des narrations tragiques qui jalonnent le paysage humain, corps séduisants et cassures mortelles, nées à l'époque proche et lointaine, où l'Histoire décidait d'offrir la mort comme unique projet.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Il y a crise. Crise politique, crise culturelle, crise économique, crise d'identité. Et pourtant, la majorité des Français ont désiré l'arrivée de la gauche au pouvoir. Que pensent aujourd'hui ceux qui ont voté Mitterrand ? Monsieur le Président, il faut que je vous dise... Dans 12 lettres, Jean Paul Dollé soulève toutes les questions brûlantes que se posent ceux qui ont espéré le changement. Et il réfléchit : « Si j'avance des hypothèses et qu'elles vous convainquent, peut-être comprendrons-nous, tous les deux, Monsieur le Président, l'énigme de votre élection, l'éventualité de votre échec et les moyens de le conjurer. » Il ne s'agit nullement d'une énième lamentation sur les déconvenues de la gauche au pouvoir. Inspiré par l'expérience de mai 1968, ce texte est avant tout une interrogation sur l'histoire de la modernité, la crise de la pensée de gauche et les différents phénomènes totalitaires qui obstruent la renaissance de l'imagination. Monsieur le Président, il faut que je vous dise... est un livre flamboyant, violent parfois, toujours tendre, comme l'est toute véritable intelligence.
Voici un roman peu ordinaire : l'héroïne est une pompe à eau ! À moins que ce ne soit l'histoire de son inventeur ? Ou celle de ses constructeurs, des forgerons villageois d'un pays imaginaire d'une Afrique bien réelle. Ou encore celle d'une notion - le développement - relatée à travers mille et une mésaventures plus truculentes les unes que les autres. Ou bien alors, une poignante histoire d'amour entre un coopérant - très caustique sur le milieu de l'aide technique - et une Africaine à l'imagination inépuisable. Ou bien celle du narrateur qui se perd dans des élucubrations invraisemblables où il est question de caïmans, d'éléphants, et... de pompe à eau. Allez savoir de quoi il retourne quand l'écrivain lui-même complique la présentation : ils sont deux. Un de France et un du Burkina-Faso. Alors, est-ce bien un roman ? Oui, mais en forme de fable. Avec une morale. En tout cas, par précaution, précisons que toute ressemblance avec des personnes, des pays, des États, des situations, n'est que le fruit de la plus parfaite coïncidence...
Plongez dans le récit poignant d’un père et sa fille traqués à travers le monde, entre cavale médiatique et questionnement sur la garde des enfants. Histoire d’une enfant volée interroge les limites de la justice et de l’amour parental.
À la veille des dernières élections municipales, une petite ville du nord de la France, grouillante de passions et de secrets, pas toujours honorables... Ici, comme ailleurs, les politiciens en mal de pouvoir ont plus d'un tour pendable dans leur sac à malice. Les électeurs, eux, ont peur : des voyous, des loubards, des violeurs, des voleurs et des agresseurs de tout poil. Pour rassurer les vieux gogols qui montrent les dents, on déclenche une machine infernale, dont les éclats vont labourer toute la vallée du Lyseron. Un ex-commissaire corse, un président de club sportif bombardé chef de la milice d'autodéfense, des employés « toutes mains », des vieilles femmes qu'on bouscule ou qu'on assassine animent le décor, saupoudré de magie noire, des cités ouvrières encore parcourues par les tracteurs des fermiers. L'action avance au son de la matraque. Et c'est toute une population - celle des faits divers de nos journaux - qui joue les grognards de cet étrange empire...
« Un peu avant minuit, Marine franchit les limites d'un paysage qu'elle était seule à pouvoir contempler. Elle n'eut qu'à tourner son regard vers l'intérieur de sa tête. C'était un décor de ravines et de châtaigneraies ; même s'ils n'étaient qu'un infime bourdonnement derrière la montagne, des essaims d'abeilles approchaient. L'infirmière fit encore une ronde et trouva Marine qui parlait à l'oreiller. » Le père de Marine, Léonard Kieffer, reconstruit l'histoire en alignant les instantanés de sa mémoire. Qui est l'auteur de l'accident ? À qui la faute, ressassée, de cet enfant prostrée qui joue à cache-cache avec les insectes ? Marianne ? La compagne des virées soixante-huitardes, qui tente d'oublier avec un amant de rencontre le corps perpétuellement raidi auquel elle a donné le jour ? La mère de Léonard, la femme à la jupe plissée, qui se laisse trousser, obscène, dans la cabine du camion de Nizard, le chti ? Ou bien l'Allemand, dont elle était tombée amoureuse pendant l'Occupation ? Qui peut répondre ? Le vieux Kieffer, le cocu, l'agriculteur, agonise, inconscient. Les autres ? Témoins muets, indifférents : infirmières, voisins, gendarmes, piliers de bistrot, dont l'existence se dévide à force de mots gommés, d'échanges ratés. Roman de la culpabilité et de l'oubli, le piège se referme sur le lecteur : ses personnages vivent en nous comme les doubles insistants de nos fautes, de nos fantasmes, de nos trahisons, inventaire tragique d'un album de famille peuplé d'ennemis silencieux, hormis la fille folle, l'enfant-rêve, l'enfant aux abeilles. Yves Cabrol s'affirme comme l'observateur impitoyable de la France des « gens ».
Dix monarchies européennes résistent au temps et fascinent toujours. Stéphane Bern nous ouvre les portes de leurs palais, révélant comment ces souverains, entre prestige et pouvoir, façonnent encore l’Europe d’aujourd’hui.
Dans cette suite de nouvelles, apparemment distinctes les unes des autres, court le même frémissement de la sensibilité, la même interrogation, la même quête. Qu'ils revêtent les oripeaux du Diable, d'un maton et d'un poisson rouge, de jouets à l'abandon dans la remise d'un magasin d'outre Oural, de deux rats dénommés Torque et Mada, les personnages de l'auteur laissent percer une autre histoire, tragique celle-là. Celle de la « solution finale » qui voulut clore, contre le butoir de deux rails, au bout d'un quai en rase campagne, l'irréductible questionnement du peuple martyr. Rien là, pourtant, de doloriste ou de revendicatif : s'égrène la mélodie hassidique, tendre et obsédante, s'agitent les merveilleux fous de Dieu dont les silhouettes noires et légères ont déserté les vieilles bourgades. Au ciel, Dieu sourit aux anges. « La tristesse est un péché », dit l'antique dicton juif. Dieu ne peut pas pécher contre Lui-même...
Lézard fétiche, idoles du petit écran, architecte visionnaire, ambassadeurs héroïques, île-cuirassé, bonbons empoisonnés, sanctuaire en forme de casque militaire, hôtels bonsaïs, cafés et boutiques aux noms évocateurs - « Udon de café », « Cage des femmes » - sont autant de personnages et d'objets composant le profil d'un archipel convulsé dont Bertrand Raison a recueilli les images et les signes. De ce voyage, à mi-chemin de l'interprétation et de la fiction, émerge le portrait survolté d'un japon des années quatre-vingt.
Ce livre est un témoignage, celui d'une descente aux enfers et d'un retour à la vie quasi miraculeux. Le lieu : Paris ; l'époque : les années quatre-vingt ; le milieu : la riche bourgeoisie du XVIe arrondissement. Les personnages : Hubert, P.-D.G. d'une importante société, homme politique influent ; sa femme, F.B., qui réussit brillamment dans les affaires ; ses trois enfants. Un jour, F.B. est prise de malaises. C'est le début d'un long calvaire qui, à travers une terrifiante dégradation physique et mentale, va la conduire aux portes de la mort. Car la vérité doit être regardée en face : F.B. est droguée, F.B. est empoisonnée. Par qui ? Comment ? Pourquoi ? C'est ce que raconte ce récit saisissant, une histoire authentique dans laquelle, de Paris au sud de l'Alsace en passant par Lourdes et la Suisse, le. diable - sous la forme de J., de la secte des A... - et Dieu - par la Foi que lui porte F.B. - se disputent sa vie dans un dramatique combat.
Il suffit parfois d'un rien pour décider de tout. Pour faire d'une femme intelligente et belle une épouse rebelle. Pour décider que dix ans de mariage avec un mari prévisible comme l'ennui, ça se fête en s'offrant un cadeau anti-monotonie : un amant. Une Consolation, pense Franca en chavirant dans les bras de Philippe Valdieu comme aux accents de la musique de Franz Liszt. Ce sera beaucoup plus. Pour elle, surtout. Une symphonie en passion majeure, bien tempérée, toutefois, par le regard lucide et volontiers narquois que Franca porte sur Philippe, prototype de l'égoïsme masculin, infidèle à son épouse mais fidèle, au fond, à son mariage. Et qui, en bon financier, sait parfaitement équilibrer la balance de ses comptes amoureux. C'est oublier qu'en amour comme en musique, le destin frappe toujours trois fois...
Jacques Vergès, avocat des causes extrêmes : comment un homme de loi peut-il défendre à la fois des nazis et des terroristes ?
Six hommes. Six ombres pathétiques et furieuses découpent leurs silhouettes sur cette première moitié du XXe siècle déchirée par le nazisme et le stalinisme. Rien ne les prédispose à mêler leurs destins avant ce voyage fatal à bord d'un avion transatlantique où leur passé les rattrape à la hauteur du 40e méridien, en cette nuit du 29 décembre 1949. À leur insu, un fil ténu et invisible les relie. Chacun d'eux, apparatchik, trafiquant collaborateur, chef de camp de concentration, nationaliste letton, officier britannique, pilote de l'US Air Force, victime de sa propre idéologie ou de ses préjugés, a connu et persécuté un enfant juif : Micha. Des prairies d'Ukraine à la taïga sibérienne, des pays baltes en Suède, puis en France occupée, en Bavière, en Suisse, à Chypre et enfin en Israël, l'enfant, devenu adolescent, suivra le parcours initiatique auquel son étoile comme sa mémoire le vouaient de toute éternité. Le Méridien des Ombres est le roman des convulsions du siècle qu'on lit comme une véritable fresque historique pleine de bruit et de fureur. Charles Benfredj
La petite enfance constitue la base de la personnalité. Si la famille joue le rôle essentiel dans la formation de l'enfant, l'école vient aussitôt au second rang. De nos jours, personne ne songe à contester l'intérêt d'une scolarisation précoce. Il n'empêche que les parents éprouvent une anxiété bien compréhensible à l'approche de la première séparation. Ce livre contribuera à les tranquilliser. Paul Gac invite ses lecteurs à pénétrer dans le petit monde de la maternelle. Et elle tient à en faire une peinture vivante et sincère : les bambins sont attendrissants mais souvent turbulents, les maîtresses ne sont pas des saintes, les parents sont parfois irritants... Mais, en fin de compte, les petits problèmes se résolvent dans la bonne humeur. L'auteur a essayé de se mettre à la place des parents, elle a voulu répondre à toutes les questions qu'ils peuvent se poser : pédagogie, psychologie... bien sûr, mais aussi vie pratique, formalités, renseignements divers. Cet ouvrage fera usage de véritable guide pour les parents des nouveaux écoliers ; quant aux parents des plus grands, ils auront plaisir à y retrouver les portraits au naturel de leurs petits chéris... Et même, qui sait ? un reflet de leur propre enfance...
Cet ensemble de textes, documents de littérature rurale écrite ou orale, se fait l'écho d'une mémoire paysanne habituellement enfouie. « Copyright Electre »
1977, Buenos Aires. Tomas, 19 ans, est arraché à sa famille par des civils armés pour avoir milité au lycée. Dans l’enfer des camps clandestins, une seule obsession le maintient debout : s’évader.
Derrière la porte close d’un cabinet d’analyste, une femme brise le silence. Mon analyste et moi : journal révèle sans fard les dérives d’une relation où le pouvoir corrompt, et où la souffrance se transforme en témoignage brut et nécessaire.
À l'ombre du Théâtre Mogador, du Cirque de Moscou ou des spectacles de Robert Hossein, un petit homme malicieux fascine ceux qui l'approchent. Prince des coulisses, Fernand Lumbroso est l'un des hommes clefs du spectacle parisien : du lancement d'Édith Piaf à la dernière mise en scène de Jérôme Savary, il figure en bonne place dans le Gotha du succès. Mais rares sont ceux qui connaissent les arrière-cours de sa vie vagabonde. Ils découvriront son amitié pour Adamov et Roger Vailland, ses nuits avec Daumal, ses années de guerre en Amérique du Sud avec Ray Ventura, ses tournées au Moyen-Orient avec Cocteau et Jean Marais, ses voyages pionniers en URSS et en Chine, ses démêlés avec la DST, ses films avec Melville, ses coups de pouce à Planchon et Chéreau, ses relations avec Erlanger ou sa grande amitié avec le philosophe Jean Beaufret... Voici la vie de Fernand Lumbroso racontée par lui-même.
Le peuple des corons, sa verve, son humour, une section du Parti communiste, un colonel à la retraite qui a passé sa vie à naviguer entre la légitimité et l'action secrète, quelques anciens adjudants nostalgiques de l'O.A.S., une pulpeuse secrétaire qui fait du gringue à M. le Maire, un quartier insalubre qu'on décide de rayer de la carte à la veille des élections municipales de 1983, des rasoirs aiguisés, de la bière et des loubards : voilà les ingrédients réunis pour réussir dans une petite ville du Nord un cocktail explosif où la vie politique locale, les moeurs du prolétariat, les amours et les querelles d'ennemis de toujours dressent un tableau saisissant de la vie quotidienne dans un coin de la France profonde. Quartier Vorace est aussi un polar truculent et burlesque où des meurtres en série éclaboussent le paysage d'une bourgade qui fut jadis tranquille.
Et si la majorité avait aussi ses complexes ? Réflexions sur la question goy renverse les perspectives avec humour et audace, offrant une lecture libératrice à tous ceux qui ne sont pas juifs.
«... Il mit au courant Zheng Guo, qui renseigna Sang Hyen. Puis il vida définitivement l'abcès dans les oreilles de Weng Wu, qui, tout en pédalant et en actionnant le timbre de sa bicyclette, transmit le viatique à JiaQing ; lequel, un matin, à la séance de gymnastique obligatoire, le déposa dans le conduit auditif de Zhen Hua, ce qui eut pour effet de réveiller ce dernier. La rumeur courut dans les allées, gagna le réfectoire. On la retrouva le soir dans les bosquets, autour du stade, où elle était au centre des conversations des amoureux. Elle eut bientôt de multiples ramifications qui quadrillèrent le champ clos de l'université ; elle était devenue, désormais, une grande et belle rumeur. Et quand elle vint froisser les tympans de Li Chou, l'amoureux éconduit de Li Ping, celui-ci demeura bizarrement insensible autant à sa menace contre-révolutionnaire qu'à sa dimension mythique. Il n'en retint qu'un aspect bassement prosaïque : puisque Li Ping ne voulait pas de lui, c'était peut-être parce qu'elle allait rendre trop souvent visite à ce Milan, l'expert français, à qui elle ne refusait sans doute rien... »
L'analyse est un voyage, et le monde analytique un drôle de monde... Fiction ou réalité ? On ne sait. François Perrier retrace ici trente ans de psychanalyse, avec ses petites et ses grandes histoires, dans une Translacanie inconnue des atlas, où règne un homme-orchestre de génie. Lacan ne joue pas une ritournelle, mais une valse funèbre et funeste pour qui y est entré. On y perd ses amis, ses amours, ses jambes... Car la libido freudienne, telle la lave volcanique, doit être maniée avec précaution. Surtout pour qui voudrait, dans l'analyse, « faire triompher les forces de l'amour contre les forces de haine et de mort ». « On ne flirte pas avec la psychanalyse, on la baise pour être baisé par elle. » L'inconscient freudien existe bel et bien. Le voyageur aventureux, sans peur ni reproches, y risque sa peau et ses os... Dans une approche lucide, mais avec humour et amitié, François Perrier, un des piliers de la dissidence lacanienne et des dissidents du lacanisme, raconte... et ne manque pas de soulever les lièvres de la théorie.
Ce diable de Beaumarchais ! En cette douce soirée d'avril 1784, cet homme de tous les expédients jette à la face poudrée de l'élégante assistance du Théâtre-Français son Mariage de Figaro, cette pièce qui, l'air de rien, ébrèche les privilèges aristocratiques mieux que ces libelles qui commencent à pulluler... C'est que la France du bon Louis XVI n'en finit pas de frémir : les salons brocardent les ministres ; les nobles s'entichent d'idées nouvelles et audacieuses ; le peuple des faubourgs grogne dans ses ateliers ; et l'on sait désormais que cette fin de règne était grosse d'une révolution. L'auteur braque ses feux sur un milieu privilégié, celui des libraires-imprimeurs, qui alimente en ouvrages séditieux des colporteurs qui vont répandre, à travers le royaume, la « mauvaise parole » de l'égalité, de la liberté, de la fraternité. Il ne fait pas toujours bon publier cette littérature en France : une lettre de cachet a tôt fait d'embastiller les pamphlétaires récalcitrants... Mais les Pays-Bas, depuis plus d'un siècle, offrent un havre de tolérance à qui veut simplement affirmer son droit à la parole. Aussi Nicolas Maillard, dépêché par l'imprimeur Janin qui tient boutique au Palais Royal, franchira-t-il les frontières pour ramener à Paris un lot de livres, de « l'encens pour le peuple », au contenu rebelle... Mais la censure royale veille. Alors Maillard empruntera les chemins de France pour « écouler » ce chargement dangereux, se mêlant à la fièvre populaire, rédigeant ici un cahier de doléances, jetant là son brandon dans le bouillonnement qui aboutira aux États-Généraux. Le Passeur de la liberté est un roman à la fois picaresque et historique, une fresque à la gloire de la Révolution française, à ses premiers balbutiements, alors même qu'elle ne sait pas encore qu'elle va bouleverser l'humanité.
« Little Boy » : c'est le nom de la première bombe atomique que les Américains lancèrent sur Hiroshima, le 6 août 1945. C'est aussi à un « Little boy » que le général Groves, à la tête du projet Manhattan qui déboucha sur la mise au point de la bombe, comparait le président des États-Unis, Harry S. Truman : « Il est comme un petit garçon sur un toboggan... » pressé par ses conseillers civils et militaires, impuissant à stopper la machine infernale. Un homme, le Major Robert Butin, tentera cependant d'éviter l'Apocalypse. Pilote de bombardier, fait prisonnier et détenu dans une île au large d'Hiroshima, partagé entre son devoir d'homme et celui que l'armée lui a inculqué, il essaie d'interrompre l'inexorable mécanisme, à l'instar de cet officier américain dont le rapport de la « Pacific War Research Society » a conservé le témoignage : « Il ne cessait de murmurer : « Effrayant... Effrayant... »Quand on lui demanda ce qui l'effrayait tellement, il répondit : « Pas d'être prisonnier, non. Mais bientôt, une terrible bombe va être lancée sur Hiroshima, et la ville entière disparaîtra. Et je disparaîtrai moi aussi. Voilà ce qui m'effraie... »»
1976 : Romilly-sur-Seine (Aube). Béatrice Saubin, 16 ans, est déclarée bonne pour la vie active par le conseil des professeurs de son lycée. pour le coup, elle va s'activer. Voyager. Avec une copine, elle part pour l'Italie. Joyeuse et libre Béatrice. Madame Michelot, sa grand-mère, chez qui elle vit depuis toujours, a eu la nuit du départ de sa petite-fille un pressentiment. Quelque chose de maudit s'est agrippé au wagon de Béatrice, qui ne la lâchera plus. 1980 : Penang, Malaisie. Béatrice, 20 ans, est arrêtée pour trafic de drogue. Au terme d'un procès retentissant, accrochée aux bras de Soeur Nicole Cardon, elle s'entend signifier, avant de s'écrouler, sa condamnation à mort par pendaison. Elle entre dans le quartier des condamnées à mort. 1982 : Cour Fédérale de Kuala Lumpur, Malaisie. Paul Lombard, l'un des plus grands avocats français, réussit, en quelques heures d'un suspense hallucinant, à sauver Béatrice de la corde. Sa peine est commuée en détention à perpétuité. 1984 : Roissy. Didier Decoin s'envole pour la Malaisie. Depuis des mois, il poursuit son enquête sur Béatrice Saubin. Il a rencontré sa grand-mère, sa mère, ses amis. Il a reconstitué l'itinéraire de la jeune fille depuis son départ de Romilly. Il lui reste maintenant à découvrir le théâtre du drame et à la rencontrer - elle. Il revient avec une intime conviction : Béatrice est innocente. Aujourd'hui, la vie de Béatrice Saubin cesse d'être une aventure vertigineuse pour devenir l'Affaire Saubin. Ce livre, cette histoire vraie, pour tout dire. Et la sauver.
Son nom est Serge Coutel. Il est l'homme de l'évasion en hélicoptère de Fleury-Mérogis. Le 27 février 1981, à 10 h 50, l'Écureuil de la société Hélicap plonge sur la prison la mieux gardée de France. L'appareil se pose au milieu de la cour de promenade. Les gardiens, stupéfaits, n'ont pas le temps de réagir. Tous les détenus s'écartent, sauf deux hommes qui se précipitent sous les pales de l'hélicoptère et sautent dans la cabine. Quelques secondes plus tard, c'est le décollage. À l'intérieur de l'appareil, Serge retrouve son ami Gérard. On fête les retrouvailles. L'opération a réussi. L'évasion s'est déroulée sans violence. Pourtant, si l'affaire a amusé l'opinion, elle a attiré sur les acteurs de cette spectaculaire « cavale » les foudres de la police et de la justice. Tous ont été repris dans les six mois qui ont suivi. Serge Coutel a été jugé, le 30 juin 1984, et condamné à dix ans de réclusion criminelle. Aujourd'hui, de sa cellule de la prison de la Santé, il a, dit-il, « un point de vue imprenable sur le monde »...
Les cinq millions de Français qui se rendent chaque année aux sports d'hiver ont sans doute le sentiment d'évoluer dans un décor naturel. Or, dans la montagne d'aujourd'hui, tout a été aménagé par l'homme : l'immobilier, les remontées mécaniques, mais aussi les pistes, voire la neige. Au terme de trente années « glorieuses », au cours desquelles s'est construite la civilisation de l'or blanc, le monde du ski doit bien constater que la France entre dans une période difficile, alors même qu'elle est chargée d'organiser les Jeux olympiques d'hiver de 1992 à Albertville. Jacques Mouriquand a choisi de retracer cette histoire de nos stations qui a vu s'enrichir de vieux villages, pousser des villes à la montagne, qui a donné naissance à la puissante industrie du matériel de ski, et, d'une population traditionnelle de ruraux, a fait émerger un milieu de businessmen de l'or blanc. Pour que l'épopée des hommes de la montagne ne se brise pas sur des choix erronés, Jacques Mouriquand nous convie à une visite guidée du système des sports d'hiver.
« Le chambardement de la France paysanne est, à mes yeux, le spectacle qui l'emporte sur tous les autres, dans la France d'hier et, plus encore, d'aujourd'hui, écrivait Fernand Braudel. [...] La population a lâché pied, laissant tout en place, comme on évacue en temps de guerre une position que l'on ne peut plus tenir. » En 1990, 12 millions d'hectares seront libérés par des agriculteurs en partance qui ne seront pas remplacés. Le « gel des terres » annonce une banquise brune, à mesure que disparaissent les paysans. Pendant qu'une France se resserre dans ses citadelles urbaines, une autre se vide. Voilà la France en deux morceaux. Dépeuplées, les campagnes redeviennent hostiles, engendrant des maux qui, de l'insécurité à la pollution, illustrent la pathologie des villes. Comment en est-on arrivé là ? Qui sont les acteurs de ce désastre ? Ces questions affectent chacun de nous, ruraux et citadins, qui « consommons » la nature à travers notre travail, nos loisirs et notre alimentation quotidienne.
« Jean-Yves Goëau-Brissonnière, jeune avocat, SFIO bon teint (...), raconte par le menu et non sans panache comment il fut dépêché à Tunis en juillet 1957, après l'échec d'autres contacts secrets sous Guy Mollet l'année précédente, pour tâter des syndicalistes algériens et des éminences provisoires du FLN sur les chances de pourparlers de paix. (...) Le voici rappelé, brusquement, à Paris et tombant dans un guet-apens sans doute tendu par la DST ! (...) L'incident dévoila le pot aux roses, la presse s'activa, des ministres flageolèrent, les adversaires de Bourgès-Maunoury saisirent l'occasion pour le renverser : la IVe République, divisée contre elle-même, avait une fois encore montré son impuissance à maîtriser le dossier algérien. » Jean-Pierre Rioux, Le Monde