Jean-Pierre Faye
Jean-Pierre Faye
Tous les enfants, y compris les « potentiels décrocheurs scolaires ou relationnels » sont de « potentiels créatifs » susceptibles de contribuer à l'émergence des « cerveaux créateurs » dont la société a besoin pour relever les défis du 21e siècle. Face aux réseaux « dits sociaux » qui, avec leur flot d'informations aussi envoûtantes qu'inutiles, éloignent les enfants de « l'envie d'apprendre », la mise en synergie du sport et de la culture, en amont du temps scolaire, et en symbiose avec l'école, est devenue une nécessité. Une mise en synergie, dont la destruction de quelques certitudes éducatives au moment du Covid a permis l'émergence, au sein d'une démarche de « Déconstruction-Utopie-Reconstruction ».
Yumi, fragile figure féminine, qui accueille l'art et l'éthique de la civilisation japonaise, est le personnage central de ce livre : son visage caméra. Yumi, dont la mémoire n'existe pas ou ne veut pas s'éveiller, parcourt l'espace du Japon. Durant l'année 1940, un empereur, Kommei, a été fait dieu, alors qu'en Europe des millions d'hommes, de femmes et d'enfants allaient être exterminés dans les Camps de la mort. Interpellée par les déclarations du Professeur Fauston, qui nie l'existence du génocide, Yumi entreprendra un long et lent voyage de l'Orient à l'Occident, entre ces deux pôles de la douleur humaine : la bombe atomique, les Camps de concentration. Un voyage contre l'oubli, en quête d'une mémoire qui fait défaut. Yumi s'imprégnera, durant son parcours, des narrations tragiques qui jalonnent le paysage humain, corps séduisants et cassures mortelles, nées à l'époque proche et lointaine, où l'Histoire décidait d'offrir la mort comme unique projet.
Le lecteur sera, ici, dans la situation même du porteur de Narration : il aborde un espace qui est tendu, à distance, par l'entrecroisement d'autres récits. Agissant par leur absence à chaque moment. La Cité est encerclée par l'étendue - l'histoire - qui assiège les villes du monde. Sur ce fond, celui qui parle tire avec lui un arbre sans fin de narrations muettes, d'écritures perdues. Reflétées et répercutées entre trois noms de femme, entre deux corps féminins. Jusqu'à la grande vague suspendue : montée insurrectionnelle. Et, dans cet espace de guerre, jusqu'au point de mort. Entre les Troyens et cinq autres livres se dessine un hexagramme mouvant : réseau de récits que l'on peut aborder par n'importe quelle entrée - qui peut se lire « littéralement et dans tous les sens ». Et la ville des Troyens est ce lieu ironique de la « tissure ».
Voici un livre qui se développe, dirait-on, à partir de trois récits préalables et distincts, qui ont déjà eu lieu (et qui sont aussi, en effet, les trois romans jusque-là écrits par l'auteur : Entre les rues, La Cassure, Battement). Mais il n'est nul besoin de les connaître puisque, à leur intersection, ils vont à nouveau commencer dans une sorte de récit par surcroît. Ce quatrième point de vue, qui n'est autre que leur produit, et comme leur table de multiplication - ou leur table d'orientation, si l'on aime mieux - est le témoin de relations déjà présentes mais inaperçues entre des personnages que le lecteur est libre de reconnaître : Verdier, Simon et Vanini, ou Mona, El et Guiza. Relations impliquées, mais masquées - par les omissions de toute prise de vue. Gravitant autour de ce réseau de récits à l'état naissant, on peut donc dire qu'une sorte de satellite, capable de percevoir, vient tout à coup multiplier les vues. Et découvrir en même temps que son objet n'est pas ce visible, mais l'action presque simultanée du proche et du lointain - les analogies qui ouvrent et ferment de l'intérieur un espace romanesque évident dans ses superpositions rapides.
Jean Pierre Faye Munich, 1960. Dans une chambre d'hôtel-pension, un Français, V. Dans la chambre à côté, une jeune fille, Hal, qu'entourent des nationalistes du Moyen-Orient. Quelque part dans la ville, Mérie, qui fut un instant la fiancée de V. Quelque part en France, El., la femme de V., et qui le croit à la recherche de Mérie. Derrière une fenêtre rouge (rouge comme la "Main"), surplombant la chambre de V. qu'ils ne cessent de surveiller, un Corse au teint olivâtre et son compagnon, vêtu en paysan bavarois. Le réseau est ainsi mis en place des forces qui vont jouer, tourner, se resserrer autour de V. D'un livre à l'autre, Jean Pierre Faye suit le même fil : il perçoit comme un effet de résonance entre une société déchirée et un héros désintégré. Entre les rues était l'Amérique du maccarthysme ; la Cassure, le Paris du 13 mai ; Battement est l'Allemagne de la "Main rouge". Verdier vivait étrangement dans une absence éparpillée, portant la blessure indolore de la lobotomie ; Guiza, à chaque instant, écartait l'imminence d'un vide ; pour V., la frontière de la douleur (visible même du dehors) vient traverser avec exactitude chaque journée. Ainsi la géographie des villes est-elle doublée par une autre topographie. Ou plutôt : toutes deux coïncident, et cette coïncidence est le piège où vient s'abîmer l'action. Et ce n'est point artifice si, au terme de cette trilogie, les pages écrites à la troisième personne et au présent alternent avec les pages écrites à la première personne et au passé : il y a "battement" entre le jeu des présences qui pèsent sur le héros et l'éloignement de leur reflet dans sa conscience.
Le rapport entre Heidegger et le nazisme a été souvent traité. Mais la relation qui implique sa philosophie reste étrangement négligée. On omet l'essentiel : son effort pour intervenir de l'intérieur du national-socialisme. La « guerre des recteurs » en 1934 commence comme un meurtre policier. Mais elle débouche sur la « seconde philosophie » de Heidegger : criminaliser comme « nihilisme », à la façon nazie, la philosophie entière depuis les Grecs. Telle est la « déconstruction », terme fatal du Heidegger d'après-guerre, glorifiant la Mobilisation totale de Jünger. Heidegger maintient ses vues les plus fanatiques, au prix d'un retournement de définitions trop habile. Démonter ce piège, c'est ouvrir une voie inexplorée entre narration et philosophie : dans leur interaction. Il faut, avec Hlderlin, déchirer le piège.
Je commence un pays qui est sans contour/et qui est sans limite ni description/et n'admet ni parenté ni cause/simplement tendu sur la relation. « Copyright Electre »
Ce travail poétique est mis au service d'un engagement social : dire et réagir sur la guerre en ex-Yougoslavie, et, à travers elle, sur toutes les guerres. « Copyright Electre »
Je passe ma vie à errer près de ma tombe... Je me vois, membres raidis dans la salle blanche où la Mort pue l'excrément et la chair charogne. Je ne puis rien faire avec jadis. Me souvenir, à ce jour me répugne : toute nostalgie est l'ennui du présent. En écrivant ce passage, Pierre Dalle Nogare se savait condamné. Il espérait avoir le temps de relire les épreuves de son livre. Il nous a quittés, le 16 novembre 1984. Il reste le plus grand poète du désespoir au sein de sa génération.
Les villes se touchent, ici - elles voisinent ou s'éloignent - dans la pulsation des voix. On entre par la parole dans ce qui, à chaque instant, se narre entre chacun et tous. Trame noire du vif des récits. Qui marque le temps. La parole, en s'écrivant, devient griffe.
Jean-Pierre Faye : l'effet dictionnaire, dans notre histoire, le mesure-t-on ? Il y eut pourtant le Dictionnaire philosophique portatif d'un certain Voltaire. Après le Dictionnaire critique de Bayle. Mais aussi, car c'était son nom, le Dictionnaire raisonné de Diderot, sous-titré Encyclopédie. Voici un dictionnaire portatif de philosophie politique, qui n'est ni de Voltaire ni de Diderot. Il ouvre sur une critique : non pas seulement celle de la raison ni celle de l'économie politique, mais une troisième critique, celle du langage en ses effets. C'est, en même temps, une critique de l'action même, quand les langages précisément contribuent à la rendre d'avance acceptable. Y compris dans les formes monstrueuses de l'histoire. Dans les replis de la violence d'État. Un dictionnaire portatif, certes. Puisqu'il est limité à cinq mots. Mais chacun d'eux est un foyer exploratoire. À suivre dans le réel.
Poème est action de poésie et ce qui se marque sur horizon, ou sur le proche, le toucher, et le non visible touché au fond, le goût même dans la douleur, et son histoire, il est marqué de temps et instantané, il demande à ce qui écoute, il est cette histoire même.
Un petit groupe de touristes, quelque peu "altermondialistes", part visiter les ruines du Mausolée, à Halicarnasse. Ils y découvrent un message de mesure et de philosophie de la nature. Nos "pèlerins" sont ressaisis par les interrogations essentielles de l'Humanité : existe-t-il une Harmonie que nous enseignerait la Nature ? La critique des religions dispense-t-elle de chercher un sens mystique à cet étrange phénomène que nous appelons l'Univers ? Un autre monde est-il possible si les peuples ne s'accordent pas d'abord sur la dimension spirituelle de l'aventure humaine.
Après les Langages totalitaires, qui étudiaient comment la venue au pouvoir de Hitler avait été rendue acceptable, Jean-Pierre Faye analyse comment la Révolution française a pu engendrer tout à la fois les droits de l'homme et la "Terreur". Il s'agit de répondre aux généalogies trompeuses qui incriminent 1789 et les Lumières à propos du national-socialisme et du stalinisme. Publié pour la première fois au moment où la peine de mort fut abolie en France, Terreur, tolérance, violence donne à penser les révolutions sans justifier la violence qui les accompagne, mais défend également la liberté d'expression sans rien céder aux discours négationnistes. Vérifiant le postulat selon lequel la narration change l'action, la méthode de Jean-Pierre Faye se caractérise par son extrême attention à la circulation des mots dans la formation des idéologies. Cet essai, devenu un classique de la sociologie des langages, de l'histoire et de la philosophie politique, a ouvert la voie à plusieurs générations de chercheurs travaillant sur les discours de la Révolution française et ceux de la "révolution conservatrice" allemande.
Après les Langages totalitaires, qui étudiaient comment la venue au pouvoir de Hitler avait été rendue acceptable, Jean-Pierre Faye analyse comment la Révolution française a pu engendrer tout à la fois les droits de l'homme et la "Terreur". Il s'agit de répondre aux généalogies trompeuses qui incriminent 1789 et les Lumières à propos du national-socialisme et du stalinisme. Publié pour la première fois au moment où la peine de mort fut abolie en France, Terreur, tolérance, violence donne à penser les révolutions sans justifier la violence qui les accompagne, mais défend également la liberté d'expression sans rien céder aux discours négationnistes. Vérifiant le postulat selon lequel la narration change l'action, la méthode de Jean-Pierre Faye se caractérise par son extrême attention à la circulation des mots dans la formation des idéologies. Cet essai, devenu un classique de la sociologie des langages, de l'histoire et de la philosophie politique, a ouvert la voie à plusieurs générations de chercheurs travaillant sur les discours de la Révolution française et ceux de la "révolution conservatrice" allemande.
Le « Rapport bleu » est le texte fondateur du Collège international de philosophie. Commandité par Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la Recherche et de l'Industrie, et remis en septembre 1982 par ses quatre cosignataires, François Châtelet, Jacques Derrida, Jean-Pierre Faye et Dominique Lecourt, il a jeté les bases du Collège international de philosophie fondé en 1983. Composé d'une partie collective et d'une contribution en nom propre de chacun de ses auteurs, il est non seulement un document historique mais également un texte philosophique qui a fait date. Le Collège international de philosophie est une institution singulière et pionnière qui reconnaît à chacun et chacune un droit à la philosophie. Local et international, il est un lieu d'enseignement, d'expérimentation, de création, ouvert à tous et toutes, où la philosophie s'expose à la réalité du monde et s'ouvre aux pratiques et aux théories en provenance d'autres champs pour transmettre des savoirs, penser et transformer le contemporain.
Les morts, les mots, les appareils d'État Des ouvriers sont tués dans un incendie, sur les chantiers de Dunkerque. Qui est responsable ? La direction des chantiers ? Mais, dans les jours qui suivent, un singulier « spectacle » est monté, qui aura pour effet de déplacer la responsabilité, en guise de boucs émissaires, sur un groupe d'extrême gauche. Au terme d'une escalade qui gagnera une grande partie de la presse et de l'opinion, ce groupe - la « G.P. » - va être frappé d'interdiction. Des accidents du travail ayant pour cause, affirme la CGT, la course aveugle à la productivité. Une propagation aveugle et paradoxale du langage idéologique. Un mécanisme précis de répression politique. Sur ces trois niveaux se déploient les luttes de classes à Dunkerque - et en France. La critique du langage et de son économie va être décisive, sur ce terrain, à l'intérieur de la théorie et de la pratique révolutionnaire.
À travers 8 méditations, le philosophe Rudolf Steiner propose ici un nouveau chemin vers la Connaissance de Soi....un chemin vers la Liberté.
Z comme don Diego, dont Fabcaro et Fabrice Erre présentent le 1re tome, est une parodie à mourir de rire de Zorro. Don Diego de la Vega, alias Zorro, c'est un peu comme Clark Kent, alias Superman : pour mieux jouer les super-justiciers masqués, ils s'abritent, dans la vie de tous les jours, derrière une personnalité aussi neutre et insignifiante que possible. Et comme on le découvre dans ce 1er épisode de Z comme don Diego, ce n'est pas toujours simple ! Don Diego a bien du mal à garder secrète sa véritable identité, surtout lorsque son père, don Alexandro, ivre mort, hurle à qui veut l'entendre que son fils est le célèbre Zorro ! Don Diego lui-même serait bien tenté de révéler sa double personnalité lorsqu'il courtise la séduisante Señorita Sexoualidad... Tous les protagonistes de Zorro, de Bernardo au sergent Garcia en passant par Tornado, se succèdent, pas forcément sous leur meilleur jour, dans Z comme don Diego, une adaptation loufoque et délirante de la mythique série.
À la question socratique, celle qui, face à l'avocat de la violence, fait surgir la philosophie en contrechamp, ne s'agirait-il pas désormais de répondre en termes plus ironiques encore ? Se tenir au plus près de ce mot inventé dans le champ magnétique de la mer Égée - philosophie - est en effet une tâche qui s'oriente au plus loin. « C'est au temps du grand danger qu'apparaissent les philosophes », énonçait Nietzsche, renouant avec Héraclite l'Éphésien : autant il est vrai que la prise de Milet fut le premier défi adressé par l'histoire à la pensée, autant il s'impose, face au péril de notre aujourd'hui, de penser les bords d'une nouvelle révolution copernicienne. Pour demain. Jusqu'ici les philosophes n'ont fait que mettre en examen les récits à la lumière du concept et de sa raison. Il est temps d'examiner cette « raison » sous le regard de la puissance narrative qui en dessine le littoral : là où elle aborde. Il revient à la tentative philosophique, et à elle seule sans doute, d'opérer cette traversée dans le multiple des langues et langages que nous attendons et sans laquelle plus une tour ne restera debout. Tel doit être son discours - se mêlant au mouvement même de son archive - sous peine de définitif oubli d'elle-même. La philosophie, désormais ? L'apprentissage des mouvements qui rendent possibles toutes transformations - dangereuses ou secourables, et nécessaires.Jean Pierre FAYE développe une oeuvre dont le corps philosophique prend ses figures dans Langages totalitaires. La Raison narrative, La Déraison antisémite et son langage, Le Vrai Nietzsche, Le Siècle des idéologies. S'y découvre par approches successives l'analyse du concept de transfomat, esquissé dans Qu'est-ce que la philosophie ? dont ce livre est une reprise « transformatiste » redessinée et approfondie.
"Lou, cher coeur, je sens en vous tous les élans de l'âme plus haute". La lettre de Nietzsche à Lou Salomé de novembre 1882 se prolonge dans sa volonté de maîtriser "ressentiment et vengeance". Vers novembre 1887 il appellera pour l'Europe "le parti de la paix, le parti des opprimés... Contre les sentiments de vengeance et de ressentiment". Cette perspective souveraine, qui découvre les porte-parole de la vie dans "les classes mal famées", nous le futur, dans ce qu'il faut bien appeler le principe de Salomé. Telle est la transformation nietzschéenne. Jean-Pierre Faye est philosophe et romancier. Il a publié entre autres ouvrages : Langages totalitaires, Le Siècle des idéologies et La Déraison antisémite et son langage.