Inculte-Dernière Marge
Une jeune femme en rupture avec sa famille et la société s'installe chez un couple d'anciens croque-morts pour y apprendre la taxidermie. Derrière leurs airs angéliques, la narratrice et la vieille madame Martin empoisonnent leur prochain - animal ou humain - pour parfaire leur pratique. Leur but : effectuer, chacune à sa manière, une sortie en beauté. Un roman macabre à l'humour grinçant.
Tomi Motz, un ingénieur de 50 ans, est mandaté par son entreprise pour contrôler les installations du barrage de Seyvoz. L'histoire tragique de ce barrage - dans les années cinquante son édification a provoqué l'engloutissement d'un village de montagne et la dispersion d'une communauté - remonte à la surface, et Tomi voit sa mission empêchée par une série de dérèglements sensoriels et psychiques. Autour de lui tout tangue, les paysages et les comportements, l'environnement et sa raison vacillent.
Dans une ville du nord, un homme se découvre un imaginaire exotique en plongeant dans la piscine à vagues artificielles d'un parc tropical. Lorsqu'il accepte de livrer un colis à Madrid pour une cliente énigmatique, il poursuit une illusion de dépaysement dont il perd rapidement le contrôle - mais l'a-t-il jamais eu ? «Un corps tropical» est l'histoire d'un candide contemporain, lancé malgré lui dans le tourbillon du monde. Une épopée absurde, désopilante, et qui porte un regard décapant sur les mirages peuplant nos imaginaires.
Une fiction conçue comme un musée vivant, qui nous raconte enfin Marilyn Monroe à travers ses photos et ses photographes, révélant un être de chair et de sang et non un fantasme de papier glacé.
C'est dans les villes que naissent les révolutions, qu'elles s'épanouissent, qu'elles s'ancrent. La révolution libanaise encore en cours aujourd'hui ne fait pas exception. Pour écrire Octobre Liban, Camille Ammoun a arpenté Beyrouth en révolte usant de sa double identité d'urbaniste et d'acteur de ce mouvement qui est en train de modifier profondément le Liban. Dans sa déambulation, l'auteur nous décrit les places où fleurissent les tribunes improvisées, les lieux de vie alternatifs où la révolte s'est installée, où la parole circule, où les idées s'agitent, mais pointe aussi les signes qui ont menés à ce mouvement. Comme des stigmates, la corruption, l'abus de pouvoir, les prébendes et petits arrangements ont laissé des traces, des blessures sur les murs, les édifices. Octobre Liban dépeint une révolution en cours, une ville entre agonie et espoir fou.
Une histoire d'amour hors du commun, entre une écrivaine et un immeuble : Le Signal. L'histoire d'un rêve immobilier ayant viré au cauchemar, du fait de l'érosion marine. Comment habiter un lieu abandonné, comment l'aimer, que retenir de sa dégradation : une enquête menée par Sophie Poirier, alliant sociologie et poésie.
Mordew est le premier volume d'une trilogie (Cities of the Weft) pouvant s'apparenter, à première vue, à de la « dark fantasy ». Ce roman ambitieux narre les aventures d'un jeune garçon, Nathan Treeves, né dans les bas-fonds de l'énigmatique Mordew, qui se découvre d'étranges pouvoirs (dont celui de la Foudre, sorte d'étincelle qui jaillit de lui quand il sort de ses gonds et peut réduire en cendres tout ce qui s'interpose). Sorte d'anti-Harry Potter, le jeune Nathan, qui au début du roman, tente de sauver son père souffrant d'une horrible maladie, va se lier d'amitié avec une bande de jeunes voleurs planquant dans les égouts avant de retourner - apparemment - sa veste et de conclure un accord avec « le Maître », sorte de démiurge faussement philanthrope qui règne sans partage sur Mordew.
Sur les routes d'Espagne et du Portugal, un poète roumain roule à bord d'une voiture volée et cherche un sens à sa vie, ballotté entre deux obsessions, l'une pour les grands écrivains suicidés, l'autre pour une femme, la mystérieuse Iris, dans l'espoir d'arriver à écrire en une nuit le livre ultime.
Au fin fond de la forêt russe, alors que Staline accélère les déportations dans les camps, un vieil aiguilleur chargé de l'entretien des rails voit rejaillir un passé et un amour que rien ne saurait étouffer et se lance dans une dernière quête, à la fois folle et salvatrice.
Nous sommes entrés dans le troisième âge de la ruine. Après le temps des ruines antiques, puis celui des ruines modernes, voici l'ère de la ruine instantanée, de la ruine du présent lui-même qui, née de l'urgence et vaincue par elle, ne dure plus, mais s'efface au moment même de son édification. Dans cet essai inédit, Bruce Bégout continue son travail unique et indispensable de dissection du contemporain, au terme d'un long processus d'écriture qui l'a amené à visiter des ruines du monde entier.
" Et si une ville était la somme de toutes les villes qu'elle a été depuis sa fondation, avec en prime, errant parmi ses ruelles, cachés sous les porches de ses églises, ivres morts ou défoncés derrière ses bars, les spectres inquiets ayant pris part à sa chute et son déclin ? Il semblerait que toute une humanité déchue se soit donné rendez-vous dans le monumental roman d'Alan Moore, dont le titre - Jérusalem - devrait suffire à convaincre le lecteur qu'il a pour décor un Northampton plus grand et moins quotidien que celui où vit l'auteur. Partant du principe que chaque vie est une entité immortelle, chaque instant humain, aussi humble soit-il, une partie vitale de l'existence, et chaque communauté une cité éternelle, Alan Moore a conçu un récit-monde où le moindre geste, la moindre pensée, laissent une trace vivante, une empreinte mobile que chacun peut percevoir à mesure que les temps semblent se convulser. Il transforme la ville de Northampton en creuset originel, dans lequel il plonge les brûlants destins de ses nombreux personnages. Qu'il s'agisse d'une artiste peintre sujette aux visions, de son frère par deux fois mort et ressuscité, d'un peintre de cathédrale qui voit les fresques s'animer et lui délivrer un puissant message, d'une métisse défoncée au crack qui parle à la braise de sa cigarette comme à un démon, d'un moine du IXe siècle chargé d'apporter une relique au « centre du monde », d'un sans-abri errant dans les limbes de la ville, d'un esclave affranchi en quête de sainteté, d'un poète tari et dipsomane, tous sentent que sous la fine et fragile pellicule des choses, qui déjà se fissure, tremblent et se lèvent des foules d'entités. Des anges ? Des démons ? Roman de la démesure et du cruellement humain, Jérusalem est une expérience chamanique au coeur de nos mémoires et de nos aspirations. Entre la gloire et la boue coule une voix protéiforme, celle du barde Moore, au plus haut de son art." Claro
Une jeune journaliste phobique découvre qu'il existe une tribu perdue quelque part en Malaisie au sein de laquelle la peur est la vertu cardinale, où le courage passe pour de l'idiotie. Une autre jeune femme se demande si la nouvelle compagne de son frère ne feint pas son daltonisme. Le père d'une jeune fille se suicide en se pendant dans le garage le jour où elle s'apprête à faire un exposé sur l'Égypte en classe. Dans ces trois nouvelles initialement parues en anglais dans le New Yorker et traduites par elle-même, Camille Bordas déploie encore une fois son talent pour la demi-teinte, sa sensibilité, son goût pour les outsiders, pas vraiment perdants mais jamais gagnants. Avec Faits extraordinaires à propos de la vision des couleurs, et ces trois étranges points de départ, l'autrice d'Isidore et les autres avance en funambule sur la mince ligne de crête qui sépare le doux de l'amer, l'humour de la tristesse. Trois textes aussi poignants que drôles.
Mitka est géomètre, il procède à des relevés topographiques, mesure l'espace, s'intéresse à la mythologie des endroits qu'il arpente. Un jour en Picardie, un autre à Séville, il ne se sépare jamais de ses instruments et d'autre chose, aussi : une haine sourde, un désir constant de vengeance. On le suit dans ses errances, on le voit aborder des hommes, des femmes, lier de brèves amitiés. Et à chaque fois, sur son parcours : des morts.
«S'en aller» conte le récit d'une émancipation féminine au cours de la première partie du 20ème siècle. De la Mer du Nord à l'île de Java, de son engagement dans la Résistance jusqu'à ses derniers jours de femme âgée, les épisodes de la vie de Carmen sont autant de jalons sur les chemins de la liberté. Roman d'apprentissage, hymne à l'amitié, «S'en aller »montre subtilement comment les luttes des femmes d'aujourd'hui font écho à celles de leurs aînées. Carmen est l'une d'entre elles.
Difficile à onze ans de trouver sa place dans une famille de surdoués, surtout lorsqu'on se contente d'être « normal ». Entouré de cinq frères et soeurs qui dissertent à table des mérites comparés de Deleuze et Aristote, Isidore recherche d'abord l'affection de son meilleur ami, monument de douceur : son canapé. Dans sa famille, seul Isidore est capable d'exprimer des émotions, de poser les questions que les autres n'osent pas formuler. Et lorsqu'un drame survient, il est le seul capable d'écouter et réconforter son prochain. A moins que, épris d'ailleurs, il ne réussisse enfin une énième fugue qui lui ouvrirait un monde de liberté et de légèreté. Dans Isidore et les autres, écrit initialement en anglais par l'auteure, Camille Bordas brosse avec humour le portrait sensible d'un jeune garçon qui s'affranchit de son enfance sous le regard d'adultes encore plus désorientés que lui. Une fresque familiale tendre et émouvante, un portrait d'adolescent plein de finesse, une voix littéraire qui s'affirme plus que jamais.
Je suis un homme qui a fini. Ainsi commence l'étonnant roman de Serge Airoldi, qui met en scène un personnage ayant bel et bien existé, portant en outre son nom, voué à l'échec permanent mais doté d'une volonté et d'une pugnacité hors pair. Il faut dire que la spécialité de Carlo Airoldi, c'est d'accomplir des marathons... pour aller participer à un marathon! Par le prisme de ce coureur invétéré, l'auteur revisite le monde de l'effort et dresse en arrière-plan le portrait d'une Europe au bord du gouffre. Un récit picaresque, souvent drôle, parfois poignant, par l'auteur de Rose Hanoï et Si maintenant j'oublie mon île, qui montre une fois de plus qu'on peut habiter d'autres vies, même brisées, et leur offrir un... second souffle.
Pierre-Marie Ziegler est peintre, absolument. Pour lui, la peinture et la vie se confondent en une aventure unique. Histoire d'une vocation artistique, P.m. Ziegler, peintre est surtout un grand roman d'amour. À double titre : parce qu'il raconte une histoire d'amour, et parce que l'écriture y est un geste d'amour.
Sur les terres agricoles qui se trouvaient au sud de Rennes est née dans les années 60 une « ville nouvelle » : le quartier du Blosne. D'abord promesse de confort ou d'ascension sociale, l'ensemble a vieilli au fil des décennies, et les espérances se sont érodées. Au tournant des années 2010, un grand projet de rénovation est initié. Mais contrairement à ce qui se fait ailleurs, celui-ci va donner lieu à une vaste consultation appelant les habitants à associer leurs voix aux décisions de la mairie. Mieux : ils seront écoutés sincèrement. Youcef Bouras dirige une agence d'urbanisme impliquée dans le chantier. Pour lui aussi ce processus de concertation est une nouveauté, qui lui fait vite l'effet d'un caillou dans sa chaussure. Doit-il accepter de remballer une partie de l'expertise dont il est fier, lui qui a grandi dans une autre cité ? Les pratiques des usagers contredisent-elles les principes qu'il a mis en oeuvre dans d'autres circonstances ? L'intelligence qu'ils démontrent va-t-elle l'empêcher d'être le démiurge de ce chantier ? Pendant quatre ans, sur de longues périodes, les trois auteurs de ce roman ont résidé au Blosne. S'écartant des représentations habituelles de la « banlieue », ils racontent ici un quartier pluriel, où se cristallisent les transformations récentes de la société française. Dans la tension entre l'idéal et le réel, entre les volontés de domestication et la créativité concrète des habitants, c'est toute notre vie démocratique qui trouve à s'incarner.
Au cours de l'année 2015, Belt Magnet, 38 ans, entreprend d'écrire ses mémoires. Auteur d'un seul roman, il vit chez son père d'une pension d'invalidité accordée après qu'un curieux trouble mental lui a été diagnostiqué. Belt est convaincu, depuis l'âge de 12 ans, qu'il peut communiquer avec les objets, les inans comme il les appelle. En guise de thérapie, Belt s'est vu octroyer une innovation technologique : un des premiers Curio, un robot animal de chair et d'os capable d'empathie, de mimétisme, d'interaction avec l'humain. Ces petits animaux manufacturés sont si mignons qu'ils provoquent parfois la pulsion de les dévorer. Quelques années plus tard, les Curio se sont généralisés et focalisent toute l'attention. C'est dans cet environnement de légère uchronie que Bubblegum va suivre la vie de Belt Magnet, la mort prématurée de sa mère, ses amitiés adolescentes, ses questions permanentes sur le sens de la vie, le monde ou la société. Avec un humour féroce, Bubblegum nous parle d'une Amérique étrange, d'un jeune homme tout à fait aussi bizarre qu'attachant, d'un monde qui est le nôtre sans l'être tout à fait. Il y a du Salinger et du Philip Roth dans ce livre, mais il y a surtout du Adam Levin, écrivain à l'imagination débridée, au style virevoltant, à la verve irrésistible.
Dans la « Maison noire », Gretch Gravey rassemble des adolescents mâles, dont il fait des disciples consentants, prêts à l'aider à accomplir son grand dessein : Darrel, la voix qui parle en et par Gravey, veut que toute la population américaine disparaisse, et ainsi il pourra advenir. Les garçons l'aident à kidnapper des femmes du voisinage qu'ils tuent et enterrent au sous-sol. Butler nous livre un roman d'horreur fantasmagorique d'une exceptionnelle brutalité. Le livre annonce immédiatement son ambition puisqu'il peut être comparé au 2666 de Roberto Bolaño. Mais d'autres influences sont notables : les adolescents tueurs de Dennis Cooper, l'absurde Reggie Ledoux de True Detective ou encore les portraits de freaks d'Harmony Korine. 300 Millions choque, stupéfie et dérange.
Une catastrophe, un séisme, un tsunami, une explosion ne déchirent pas seulement l'air, la terre et la mer et toutes les dimensions de l'atmosphère : ils ouvrent surtout en nous une fêlure immense.
A la faveur d'une mystérieuse disparition, un homme devenu grand-père découvre qu'il ne comprend plus rien à la jeunesse. Ses efforts pour rattraper le temps perdu vont l'entraîner au bord de l'abîme, mais peut-être aussi non loin de la rédemption.
A la suite d'un drame personnel, Rook Rope cède son poste d'analyste à la FEMA (Federal Emergency Management Agency) à un certain Mat Check. C'est à lui que revient désormais la lourde tâche de se rendre sur des lieux où la nature s'est déchaînée, et de décider si le gouvernement doit décréter ou non l'état de catastrophe naturelle. Sans le rencontrer jamais, Rope continue de superviser le travail de son successeur. Il relit les rapports que Check envoie à son administration et, peu à peu, il est envahi par un curieux sentiment : les photographies des catastrophes sont prises de trop près, les témoignages concordent étrangement avec ceux que l'on trouve dans la presse. Check ne se serait-il jamais rendu sur les lieux dont il parle ? Pourtant, Rope ne fait pas part de ses doutes à la FEMA. Car Check connaît le terrible secret de Rope. Autour de la trame acérée de ce roman à suspense vient s'enrouler un second récit, celui-ci autofictionnel. L'auteur, Olivier Bodart, décide d'aller visiter les lieux de cette histoire qu'il n'est jamais parvenu à achever d'écrire. Il se rend sur les vestiges des drames véritables qui ont inspiré son texte. Il s'interroge, s'immerge, parcourt les lieux que son personnage n'a pas parcourus, mène une enquête que son personnage n'a jamais menée, plongé dans ce qui n'était jusque-là qu'un décor de fiction pour lui et pour Mat Check.
Dans un pays de marais, au début des années 60, un docteur rend visite à ses patients en flottant sur sa « plate ». De maison en maison, d'îlot en îlot, il sillonne ce paysage d'eau et de limon. Ses tournées le mènent à la rencontre d'une population miséreuse et isolée, réduite à quelques poignées de familles, auprès desquelles il fait office de vigie autant que de guérisseur. Passionné de photographie, il a aussi l'étrange manie de faire poser les habitants pour lui, comme s'il cherchait à ausculter à la fois l'intérieur et l'extérieur des êtres. Il devient ainsi le témoin de leurs vies, l'archiviste de leurs traces, le gardien de leur mémoire - et le révélateur des troubles qui circulent entre les corps. Mais lorsque Pacot, l'un de ceux des marais, disparaît mystérieusement, son absence perturbe le cours immuable de ce microcosme.
Tout le monde ou presque a entendu parler de Colombey-les-deux-Eglises, où De Gaulle habitait, dans une demeure qui se visite encore aujourd'hui: La Boisserie. Mais ce qu'on sait moins, c'est que cette belle demeure fut habitée avant le Général, dans les années 20, par un couple d'Américains, Eugene et Maria Jolas, qui fondèrent alors une revue littéraire internationale, transition, dont ils s'occupèrent depuis leur fief champenois, revue qui publia tout ce qui comptait dans l'avant-garde littéraire française et américaine - dans laquelle ils publièrent d'ailleurs, en feuilleton, le Finnegans Wake de James Joyce. C'est l'histoire de cette revue et l'aventure de ce couple que raconte Aurélie Chenot dans cet ouvrage passionnant: Colombey est une fête.
Julian West géo-paléontologue octogénaire, auteur d'un best-seller en 2020, Zones de divergence, en écrit la suite 30 ans plus tard. Le monde est tel qu'il l'avait prédit : le réchauffement climatique, la montée des nationalismes, la propagation du terrorisme islamique ont détruit l'idée même de nation, l'Union européenne saturée de réfugiés s'est effondrée ; le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine se sont disloqués ; et Washington a disparu, détruit par l'ouragan Donald en 2022. Au fond de son lit, mourant, West parcourt le monde sous la forme d'un avatar numérique pour rendre visite une dernière fois à sa femme et ses enfants. Dystopie glaçante et terriblement réaliste, Zones de divergence anticipe les bouleversements dont l'élection de Donald Trump, la catastrophe de Fukushima et l'avènement de l'état islamique ne sont que les prémices. « John Feffer est le Jack London du 21ème siècle et à l'instar du Talon de fer, Zones de divergence est un avertissement saisissant et haletant sur l'ultime incompatibilité entre le capitalisme et la survie humaine » Mike Davis
De son séjour à Jérusalem, Emmanuel Ruben rapporte un texte qui interroge les cartes, met au jour les frontières, les limites, les murs qui sillonnent aussi bien la géographie d'une région aux contours flous que celle, intime, de ses habitants.
Dans ce texte écrit à quatre mains, Jérôme Ferrari et Oliver Rohe livrent une réflexion commune sur un thème essentiel de leurs oeuvres respectives : la représentation de la guerre.
« Pas touche au Prophète. Pas touche à la Nation. Pas touche au Christ en croix. Pas touche à la famille. Pas touche aux marques. Pas touche au cache-sexe. Pas touche à la mémoire sanctifiée. Ceci n'est pas un blasphème est né d'un mélange d'incompréhension et de colère. Du sentiment d'un reflux, comme si la société répondait à la vague de libertés du net, à l'évolution des moeurs et aux prouesses médicales de la technoscience par une marée réactionnaire plus ou moins avouée, diffuse, et à la longue très pesante ». Ceci n'est pas un blasphème interroge le blasphème sous toutes ses coutures, de ses dimensions historiques à sa réalité contemporaine, de la religion aux marques en passant par la science. Il est né d'un dialogue entre un artiste qui a été lui-même censuré à de multiples reprises, Mounir Fatmi, et un essayiste hérétique ayant beaucoup réfléchi sur notre nouveau monde numérique, Ariel Kyrou. Se croisent dans ce livre sous forme de dialogue Dieudonné et les acteurs de la Manif Pour Tous, mais aussi Charlie Hebdo, Mahomet, Le Caravage, ORLAN, Nike, Michel-Ange, Bosch, les Pussy Riot, Brian Eno, Sainte Julie de Corse, les alévis, Apple, Oliviero Toscani, Thierry Meyssan, les frères du Libre-Esprit, Theo Van Gogh, le Coran, l'eau bénite, Larry Clark, les Yes Men, Baruch Goldstein, George Grosz, la lapine fluo Alba, Alain Soral, la procréation médicale assistée, Marcel Duchamp, Andres Serrano et bien d'autres.
Que mon père ne soit pas mon père ne fut non seulement un secret pour personne, mais une aubaine pour qui, plusieurs cantons à la ronde, était en panne de médisances, de racontars, de supputations venimeuses.
Etats-Unis, année trente. L'industrie automobile fait la pluie et le beau temps de l'économie américaine. Le pays, gigantesque, s'offre à des routes rectilignes qui en traversent chaque état. Les citoyens s'équipent en nouveaux modèles, le crédit marche à flot, les autoroutes fleurissent, les stations-services éclosent. Afin d'encourager ces trajets qui enrichissent géants du pétrole et adeptes du fordisme automobile, on offre à tour de bras des cartes autoroutières aux conducteurs. Et pour s'assurer qu'elles ne sont pas copiées par des concurrents, on y place des fausses villes en guise de signature invisible, des villes de papier. Desmond Crothers, jeune cartographe, conçoit une telle carte de l'état du Maine pour Esso. Mais sa ville aura un tout autre destin : elle existera vraiment, une fois qu'un commerçant obstiné décidera de la fonder quelques années plus tard, comme pour valider cette ville imaginaire. Autour de ce monde qui prend forme, on croise des cartographes, une violoniste au destin tragique, Stephen King, des acteurs venus pour y tourner un épisode de Twilight Zone, des amoureux qui n'ont que ce territoire pour s'épancher.
En 1666, un vieil astronome prédit qu'une éclipse solaire totale va plonger l'Europe dans les ténèbres pendant quatre secondes. Non seulement il est le seul dans la communauté scientifique de son époque à oser une telle prédiction, mais en plus il est parfaitement aveugle - on lui a arraché les yeux dans des circonstances mystérieuses. Intrigué par cette rumeur, le jeune Leibniz, encore étudiant mais déjà chantre de la raison, décide d'aller passer les trois heures qui précèdent la prétendue éclipse en compagnie de cet étrange vieillard. Dans l'attente du phénomène, l'astronome dévoile peu à peu au futur philosophe les arcanes de son passé... et voilà le lecteur embarqué dans une histoire pleine de chausse-trapes et de circonvolutions, où, un peu à la manière du Manuscrit trouvé à Saragosse de Potocki, les récits s'enchâssent de façon diabolique, chaque digression relançant le suspense qui précède l'éclipse.