FeniXX réédition numérique (Aleï)
Quinze nouvelles insolites, quinze regards acérés sur le quotidien : Après dissipation des brumes matinales vous invite à découvrir la France à travers les yeux d’un collectif d’auteurs aussi drôles que percutants.
Un lieu d'abord. Un lieu magique : la bastide protégée du mistral par sa barrière odorante, un espace clos, se possédant. Plus que mystérieux ; utopique. Eux ensuite. Elle est encore jeune. Il est déjà mûr. Cela commence comme un roman à l'eau de rose. Mais « ce qui devait arriver » n'arrive pas. Ils s'observent, s'estiment. Pourquoi ne lui a-t-elle pas dit tout de suite le métier qui est le sien ? Pourquoi, de son côté, refuse-t-il obstinément de dire de quoi il vit, ce qu'il fait dans la vie ? Elle s'amuse à le voir mentir au début du moins-car elle aussi vit du mensonge. C'est même son gagne-pain. Et puis, il commet la faute. Exactement ce qu'il ne fallait pas faire. Et simplement, comme au ralenti, inexorablement, tout bascule...
Un soir d'été, chaud et musical : sur une place, Mélinne vient assister à un concert, en compagnie de l'homme qu'elle aime. L'air est doux, elle apprécie la vedette, mais ne peut se débarrasser d'une légère nausée, liée à l'impression de détachement, presque d'indifférence, de son compagnon. Quelques étages au-dessus, dans un appartement, Dimion participe à une fête, dont les invités se pressent pour apercevoir le musicien, sur la place : le hasard et la bousculade le plaquent contre une jeune femme, créant sur le balcon une troublante intimité. Alors commence à s'ouvrir, sous leurs pieds, une petite fissure dans le balcon...
Un professeur opportunément désoeuvré, par un après-midi d'octobre, se retrouve au Musée des Beaux-Arts - Visiteur de hasard ? Tour à tour narrateur et personnage, il nous entraîne dans les salles, les recoins, les émois de chacune de ses visites antérieures. Et le musée fonctionne comme en écho : installé dans les murs d'un ancien palais ducal, lui aussi en a vu d'autres, et donne à sa manière une leçon à notre professeur ; chaque salle, chaque toile devient évocatrice du temps, d'autres temps, rappelle qu'elle fut témoin, un témoin d'autant plus implacable qu'il est silencieux. Et les choses ne se répètent-elles pas ? Cet étudiant vaguement barbu qui prend des notes, cette jeune fille en imperméable couleur de muraille, ne ressemblent-ils pas curieusement à des souvenirs décalés ? Ne viennent-ils pas suggérer au visiteur : « Le roman d'amour se fait vieux » ? Par cet après-midi de grisaille, où le temps est un reflet d'automnes indistincts, voici que nombre de toiles se mettent à regarder notre professeur, à le montrer du doigt. Et ainsi le musée se révèle « le lieu où toutes les amours passées trouvent à l'avance leur justification et le répertoire de leurs formes, désignées dans le miroitement indéfini, la prolifération des lignes, des flambées chromatiques, des irrécusables violences du monde » Comme dans « La musique et l'hiver » (Balland, 1985), Jean Libis illustre ici le thème de l'art comme miroir du monde, où l'individu se repère, bien peu différencié, mais se retrouve au bord d'une cassure, d'un précipice, en grand danger de se perdre. Qu'importent alors les péripéties : le lieu à maints égards clos où il nous transporte, protégé mais reflet du monde est une clef offerte au lecteur, une clef ouvragée et polie ; tour à tour elle nous plaque au sol en une prise imparable, nous rappelle que nous ne sommes qu'une petite pierre de la voûte immobile, mais qu'elle peut ouvrir, si nous le voulons, les portes que nous croyions verrouillées. À cet égard, roman sur le roman, sur celui qu'un auteur toujours porte en soi, « La dormeuse d'ombres » est une étape, un instant privilégié dans le cheminement d'une réflexion acerbe, parfois désabusée, toujours lucide et tendre, que Jean Libis invite à partager. Jean-Michel Lecomte
Il est des moments où tout peut arriver, des moments limites, où la vie se retourne, où le doute s'installe, où les choses mêmes se font incertaines. Alors, il suffit d'un rien, d'un coup de pouce, d'un clin d'oeil du destin, ou bien de... Alors, « le vent brise le temps », et cet homme, d'abord libéré, se trouve confronté à des transformations, peu à peu cerné, attiré, menacé. L'improbable, l'inconnu, vient heurter le passé enfoui, les anciens troubles, et ouvrir un abîme fascinant devant l'être. Un instant d'abîme : Le médium nous fait connaître cette sensation d'un vide total. Le jury du concours permanent de nouvelles d'alei a été sensible à ce vertige, et a couronné cette nouvelle de Guy Martin.
Un matin printanier, la vie d’André, quadragénaire routinier, bascule dans l’étrange. Entre crise existentielle et irruption du surnaturel, L’escalier aux embruns invite à une lecture à double sens, où chaque détail compte.
« Récréation » sonne comme un écho : autour d'un jardin du Luxembourg hors du temps, un certain écrivain, à deux siècles de nous, fait son possible pour nous convaincre que son interlocuteur encombrant (le neveu d'un musicien) n'est rien d'autre qu'un vaurien. Au gré de la dispute, le doute perce peu à peu, et le questionnement sur la création se déplace dans le temps, jusqu'à devenir bien actuel...
Au fond, Laura est encore une petite fille. Bien sûr, l'adolescence est source de quelques troubles, mais ne met pas en cause une vie partagée entre la classe, le jeu et la famille. Ici, c'est certain, la chaleur engendre des habitudes spécifiques, les paysages en sont marqués. Mais les rêves sont les mêmes qu'ailleurs. Et les cauchemars aussi. Surtout lorsqu'ils prennent un aspect prémonitoire : cela peut être la source d'un incident, en somme bien banal, puisque tout peut s'expliquer. Tout ? Pas forcément. Il y a des cas où on ne peut pas s'expliquer, simplement : Laura l'apprendra, par l'entremise d'un tapis à prières. Ce n'est qu'une histoire, semble nous suggérer Annick Georgette en guise de conclusion à Un tapis à prières. Chacun des contes des mille et une nuits est aussi une histoire... Au-delà, de son écriture légère et concise où l'impression se dégage de l'anecdote, c'est la chaleur des pierres et du ciel, l'ocre de la terre, et le regard de cet autre, voisin et si lointain, qu'elle nous donne à voir ici. Donner à voir : Annick Georgette, membre du jury du concours permanent de nouvelles d'aleï, illustre sans doute ici une option de ce jury...
Un journaliste, choisi par une sorte de hasard, se retrouve, du côté de Papeete, intégré à une équipe chargée d'une expérimentation nucléaire bien particulière. Et puis, brusquement, ce qui était une simple aventure prend un tout autre sens. Qu'est-ce que l'homme sans l'humanité, et l'humanité sans la terre ? Ce Dernier vol nous emmène dans un véritable cauchemar...
Famille, familles, est le premier recueil publié par Lucette Desvignes, dont on connaît bien les romans. Ces six nouvelles dont certaines sont assez longues ont pour thème commun les relations familiales, et leur lot de silences, de rancoeur, de haine familière, au milieu desquels surgit is, comme pour racheter la bassesse, un éclair de tendresse. Il est particulièrment inattendu entre la grand-mère et la petite-fille de « Pousse-café », que la misère sépare avant d'opposer silencieusement ! Il ne saurait venir que de l'extérieur parmi ces soeurs célibataires vieillissant ensemble dans l'aigreur et les rétorsions s'abattant sur l'une d'entre elles dans leurs « Affaires de famille ». Mais il arrive que le protagoniste y reste sourd, comme cette mère ruminant la pensée de son fils enfui, dans « L'écluse », ou cette famille relèguant progressivement la grand-mère paralysée en marge de la vie, dans « La scolopendre ». Le pessimisme constant de la peinture des petitesses familiales n'exclut cependant ni la truculence dans « Le privilège », mais c'est alors pour accentuer le malaise du fils soumis au stratagème du père pour sauvegarder le privilège de bouilleur de cru, ni le cocasse par une utilisation bien particulière des techniques de la génétique moderne, mais pour une « Consultalion » qui illustre de façon grinçante une certaine médiocrité paysanne.
La bonhommie condescendante de Schallir est d'abord fraîchement accueillie : qu'a-t-il donc derrière la tête, l'étranger, à vouloir ainsi recruter des bûcherons ? On commence à le faire parler, au café-restaurant, à l'épicerie. Et on parle, aussi... Même l'ermite du Val des Choues se met de la partie, et Schallir va connaître une bien curieuse expérience, dont les sabots-De-Vénus seront pour lui le signe et le souvenir. Par-delà l'aspect initiatique de l'aventure, c'est la restitution d'une antique légende que nous offre Cécile Goguey - Kerner dans Les sabots-De-Vénus. Le jury du concours permanent d'aleï a primé cette nouvelle pour l'adroite liaison de ces deux intrigues bien menées.
À l'heure du concert, la chaleur pèse sur le cloître, conférant au lieu et aux gens une soudaine torpeur. Et la renommée de l'artiste, la qualité de son chant n'opèrent pas le charme attendu, l'assistance reste de marbre. Confronté à l'indifférence, désemparé, doutant de tout et de lui, il laisse l'initiative à sa pianiste, et d'interruption en interruption, de changement de programme en recours au répertoire facile, c'est avec des airs légers et humoristiques qu'il emportera l'enthousiasme. Le résultat est là, mais à quel prix ?
Florentines, ces impressions diffuses de la ville, qui ne se livre que furtivement, et à qui sait regarder les variations de l'air au petit matin. Florentines, ces silhouettes mystérieuses, l'une parue dans le rêve d'un narrateur-touriste, l'autre aperçue - de dos - dans le marché aux fleurs, par l'intermédiaire d'un spectateur médusé. Florentines, ces femmes offertes, la nudité en lianes de l'amie vite rencontrée, la nudité pleine et douce de cette autre femme. Un parcours initiatique au travers des apparences, où le rêve est plus tangible que la réalité, au point que l'on. ne sait plus très bien, finalement, ce qu'il en est de ces Florentines.
Dans les années 1600, la France connaît une des périodes les plus originales et les plus pacifiques de son histoire : le roi Henri IV, après six conversions, a pu apaiser les antagonismes religieux, et veille à améliorer la prospérité de ses sujets. Les privilèges accordés aux Flamands permettent le développement des activités de tapisserie aux Gobelins, où Isoline de Comans découvre à quinze ans les charmes de la vie et de l'amour. Elle en apprend aussi la désillusion, qui la conduira à se retirer parmi les Hospitalières du célèbre Hôtel-Dieu de Beaune, où sont recueillis et soignés tous les malheureux, même s'ils sont protestants. Mais la vie de recluse et les durs travaux des nonnes s'éclairent pour Isoline de la présence du Maître, le médecin italien Évrard Mazzoli, dont la science acquise de Malte à l'Orient ne cache nullement un charme troublant... C'est le début d'une aventure ou Isoline connaîtra des fortunes diverses et des situations exceptionnelles...
Décryptez Le Roi des Aulnes de Michel Tournier à travers une analyse percutante : Jacques Poirier explore la dévoration comme adoration, où l’amour vampirique pour l’Allemagne nazie devient le cœur d’une œuvre majeure.
« Vaincre la solitude consistant pour lui à d'abord l'accroître, l'Anglais restera à jamais comme l'homme des enclos, de la place fortifiée, de l'espace miné. Pour se défendre, le moi a fait autour de lui le vide - et s'y est anéanti. La véritable solitude de Robinson n'est donc pas dans la distance qui le sépare des côtes chiliennes, mais dans l'infinie distance qui le sépare de lui-même. »
Décryptez Mort à crédit de Céline à travers une analyse percutante : comment le langage, entre puissance et mensonge, façonne l’existence même.
Décryptez les symboles cachés de Un Roi sans divertissement : comment Giono transforme le sang sur la neige et le hêtre en personnages à part entière.
Et si la paresse était la clé d'une vie plus sage ? Découvrez ce témoignage drôle et décalé d'un authentique feignant, qui transforme l'art de ne rien faire en philosophie de vie.
Maurice Digoy, né en 1921, a passé sa vie à observer la nature et les gens dans son Morvan natal. La terre fut son métier et, le dernier, il l'a labourée avec son cheval, le Kléber. Les gens, il écoutait leurs histoires, et les contait. Et, à 65 ans, au moment de profiter de la retraite, alerte : cancer de l'intestin. Hôpital, opération, rayons, souffrances. Alors, il se met à écrire. Pour donner espoir aux malades, il raconte son odyssée étape par étape, avec ses émois, ses rêves et ses souvenirs, simplement, en digne représentant d'une époque, où tout se transmettait par la parole des hommes ordinaires. Écoutez-le : « J'écris ce modeste journal par reconnaissance à tous ceux qui, dans l'ombre, viennent au secours de gens comme moi. Les histoires seront comme des feuilles mortes, qui voleront à l'automne, dans la forêt morvandelle, disant à ceux qui sont comme moi, la guérison sera possible d'ici peu... Mes amis, la vie est belle, quand près du terme, les yeux se ferment, âme ardente, palpitante, ouvrons une main fraternelle. La vie est belle, belle toujours ». Maurice Digoy cède ses droits sur ce livre, au profit de la Ligue contre le cancer de Bourgogne.
Enseignante en Lettres à Dijon, Hélène Rabaté a collaboré avec le Théâtre de l'Espoir depuis 1982, en adaptant avec Pierre Lambert le roman de Michel Tournier « Vendredi ou les limbes du Pacifique » pour le spectacle intitulé « Les Métamorphoses de Robinson ». Elle a ensuite adapté pour le Théâtre de la Gargouille « La vie de Lazarillo de Tormes ». C'est à nouveau pour le Théâtre de l'Espoir qu'elle a écrit cette « Princesse Turandot », inspirée des Mille et Une Nuits, de Gozzi, de Schiller, de Puccini et destinée à tous les publics.