Science ouverte
Démocratie : chacun croit savoir de quoi il s'agit. Discours du plus illustre des chefs d'Etat ou du plus obscur conseiller municipal, elle s'y trouve encensée, affirmée ou proclamée. « Copyright Electre »
Les langages formels et les grammaires génératives fournissent des exemples de théories qui s'expriment autrement qu'en énonçant des lois. On peut transposer cette méthode aux autres sciences si l'on fait appel à la notion de codage. Construire par des transformations successives un signal final qui sera, dans un code, le représentant du phénomène, tel est le but que peuvent se proposer les théories scientifiques de l'avenir. Mais que penser alors de notre science actuelle, de ses lois, de sa causalité, de sa logique ? André Regnier a dressé ici un bilan féroce de nos habitudes scientifiques. Il a aussi donné, sur l'origine de la logique, quelques idées qui permettent de mieux comprendre l'évolution en cours.
La propriété la plus troublante de la vie est sans doute le renouvellement continu de ses formes. Son caractère d'innovation permanente est au coeur des problèmes scientifiques, philosophiques et moraux, que pose la biologie moderne. C'est dire l'importance d'une réflexion générale sur les mécanismes de cette innovation. Innovation dans les structures biologiques elles-mêmes d'abord. Innovation, bientôt, par la sexualité qui transforme les comportements et l'organisation sociale des espèces ; à travers l'histoire naturelle de la sexualité, souvent pittoresque, qui nous est contée ici, se présente une véritable "évolution buissonnière". Innovation, enfin, dans les sociétés humaines, sur la base de mécanismes nouveaux de stockage et de réemploi de l'information. A ce niveau, son analyse conduit l'auteur à nous présenter sa propre position dans le grand débat d'aujourd'hui, sur l'importance des contraintes biologiques dans les comportements humains. Dans un style vif et allègre, se trouvent ici liées indissolublement information scientifique et réflexion philosophique.
Et si les névroses animales éclairaient celles des humains ? Les névroses expérimentales interroge les liens entre psychologie animale et pathologie humaine, offrant une plongée fascinante dans les origines du comportement.
Et si la science n’était pas ce savoir pur et neutre qu’on nous présente ? Les savoirs ventriloques de Pierre Thuillier révèle comment la culture, les croyances et les intérêts terrestres façonnent nos connaissances scientifiques.
Le franc-parler scientifique se fait rare, mais il existe encore. Ce livre voudrait le prouver. Montevideo, 1985 : un pays sort de la dictature ; les scientifiques respirent, prennent en main leur avenir, renouent avec l'Occident. Mille questions les traversent : que s'est-il passé d'important, que faire quand on est libre mais désargenté, comment jouer maintenant sa vie d'homme de science, comment provoquer la découverte ? Jacques Ninio, chercheur biologiste, invité en Uruguay, est soumis au feu roulant des questions formulées par un auditoire assoiffé de savoir, confiant dans le progrès, et soucieux d'y jouer un rôle moteur. Il y répond avec le souci de faire passer un maximum de concepts importants, et son goût très particulier de l'argument insolite ; il tempère aussi leur enthousiasme en croquant avec espièglerie les travers de la biologie contemporaine. Quelques années plus tard, Jacques Ninio revit avec nous cet épisode singulier. Dans son livre, qui se présente comme une relation de voyage où sont enchâssés les quatre entretiens originaux, il montre aussi comment les questions se posent en France en cette fin de millénaire, et dresse un portrait sans fard de la biologie actuelle, ses percées et ses dérives, dans l'esprit sincère et frondeur qui avait animé les entretiens.
« On n'arrête pas le progrès », disait-on jadis. Mais peut-être s'arrête-t-il tout seul ! L'origine de la crise profonde que subit l'Occident aujourd'hui ne serait-elle pas à chercher dans l'épuisement de l'innovation technologique ? Quand on compare la situation actuelle aux prédictions enthousiastes des futurologues des années 60, et que l'on fait un bilan objectif du développement technique jusque dans ses domaines « de pointe » (l'informatique, l'espace, la santé), un constat d'échec s'impose. Si le déclin technologique n'est pas encore évident, c'est paradoxalement grâce aux techniques anciennes qui donnent un second souffle à nos industries : le train (TGV) et les tramways, la céramique et la brique, la fonte et le fer, le coton et la laine - autant de secteurs parmi les plus modernes et les plus productifs aujourd'hui. La mise en évidence du potentiel de ces « techniques d'hier pour demain », voilà le second thème de ce livre. Mais ce plateau technologique sera provisoire, et nous abordons un tournant historique décisif - la fin de la civilisation industrielle occidentale. Bien qu'exceptionnelle, notre civilisation n'a aucune raison d'évoluer autrement que celles qui l'ont précédée. Toutes ont cru échapper à la décadence, aucune n'y est parvenu. L'inéluctable loi des cycles historiques joue désormais contre nous. Seule notre ignorance des mécanismes de l'évolution technique peut nous laisser croire le contraire. Nourri d'exemples détaillés empruntés à tous les domaines de la technique, appuyé sur une vision historique à long terme, cette analyse lucide de notre avenir est peut-être la seule qui puisse nous en donner une relative maîtrise.
A travers cinq siècles de cultures, l'unité des questions nouées dans les discours sur l'infini, discours mathématiques ou cosmologique, discours philosophique et discours théologique. « Copyright Electre »
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Les découvertes de la biologie moderne débouchent sur des techniques de manipulations génétiques qui offrent à l'homme le pouvoir d'intervenir dans l'évolution naturelle et de modifier les mécanismes de l'hérédité. Mais est-ce Prométhée ou Pandore qui s'avance vers nous ? La controverse a fait rage dans les milieux scientifiques eux-mêmes sur les risques de création et de dissémination, au cours de telles expériences, de dangereuses espèces microbiennes inconnues. Mais, par-delà ces dangers réels, se pose la question du rôle social que l'on veut faire jouer à la biologie. Fournit-elle vraiment le meilleur moyen de lutter contre la faim et la maladie dans le monde ? Le remède ne sera-t-il pas pire que le mal ? Comme la physique, jadis avec l'énergie nucléaire, la biologie, avec les manipulations génétiques, perd son innocence. La science est affaire trop sérieuse pour être laissée aux seuls scientifiques. Voici les éléments techniques et politiques, de l'indispensable débat public.
La biologie paraît bien être, actuellement, la science-reine. Découvertes fondamentales et applications, médicales entre autres, lui confèrent un prestige certain. Au carrefour de la pensée théorique et des techniques thérapeutiques, la biologie joue donc un rôle social majeur. C'est pourquoi elle sert de référence à tant de domaines de réflexion et d'action. C'est à explorer ses multiples insertions qu'est consacré ce livre. Les auteurs ont, tour à tour, examiné les extrapolations philosophiques de biologistes renommés (Monod, Jacob), les discours de disciplines mixtes, telles que l'éthologie (Lorenz) et la théorie de l'apprentissage (Skinner), les pratiques de la médecine, de l'économie, de l'écologie. Toujours ils ont retrouvé la biologie comme caution scientifique, c'est-à-dire comme fondement idéologique. Ils ont alors dû mettre en question une pensée totalisante qui risque de renouveler les vieilles conceptions naturalistes du monde, tel qu'il est comme seul monde possible.
Nous ne vivons plus dans les fers. Pourtant, nous le constatons, nous ne sommes pas vraiment libres ; nous nous prenons de plus en plus souvent aux rets du numérique dont nous devenons captifs. Les flux de données – textes, images, sons – qui attestent, trahissent, influencent nos vies affectives, personnelles et professionnelles, sont manipulés à notre insu par les techniques de l’intelligence artificielle. Il en résulte une évolution majeure de la condition humaine, qui rend nécessaire et urgente une réflexion sur les conséquences politiques, sociales et même morales des technologies de l’information et de la communication. Cet essai vif, original et engagé vise à faire le point sur ces questions. Passant au crible la vulgate « éthique » usuelle, Jean-Gabriel Ganascia en dévoile les limites. Car, pour louables que nous apparaissent les principes invoqués, les avis rendus par les comités de régulation n’aboutissent le plus souvent qu’à des recommandations vaines qui nous laissent impuissants face au monde qui se fait jour sous nos yeux ; pire, elles font souvent écho à des craintes caduques, tout en éludant les risques patents. Nous invitant à ne pas nous reposer sur des doctrines morales convenues, l’auteur nous offre un marteau pour heurter les principes éthiques qui les fondent, les écouter résonner et entendre leur plénitude, ou leur éventuelle vacuité. Jean-Gabriel Ganascia est professeur à Sorbonne Université, où il mène des recherches sur l’intelligence artificielle au LIP6. Il a présidé le Comité d’éthique du CNRS et a déjà publié divers ouvrages au Seuil, dont le précurseur L’Âme machine (1990) et Le Mythe de la Singularité (2017), qui a connu un réel succès et reçu le prix Roberval.
« Ce livre est une invitation a regarder le monde comme un lieu ou s'exerce une formidable volonte de vivre, un lieu fecond ou ca veut, ca peut, ca evolue, ca coute, ca donne et ca risque. J'ai ajouté des images à ces propos : une sorte de diaporama de nos origines. L'exercice recommandé consiste à les contempler longuement pour bien les percevoir. Parce qu'elles touchent non seulement nos idées mais aussi nos émotions. Vous voila tous, lectrices et lecteurs, convies a ce spectacle. Mon seul but est d'alimenter les reflexions autour du grand et tragique mystere de notre existence. » H. R. Un livre aussi concis que profond, qui allie la vulgarisation la plus accessible à la méditation la plus haute, et dont le texte est amplifié par le contrepoint de fascinantes images de notre monde.
Hubert Reeves, astrophysicien, a enseigné la cosmologie à Montréal et à Paris. Il a publié au Seuil de nombreux ouvrages dont Patience dans l'azur, Poussières d'étoiles, Je n'aurai pas le temps, L'Univers expliqué à mes petits-enfants, J'ai vu une fleur sauvage qui ont rencontré la faveur d'un très large public. Il est président d'honneur de l'association Humanité et Biodiversité et de la nouvelle Agence française pour la biodiversité. Près de l'étang de Malicorne, face au grand saule pleureur qui se reflète dans l'eau calme, se trouve un banc de bois : "Le banc du temps qui passe". Je m'y assois pour tenter de sentir ce mince filet du temps qui nous porte tout au long de notre existence. Après un moment de silence, me viennent à l'esprit des pensées qui prolongent ma constante interrogation sur le monde. Méditer sur ce monde qui m'émerveille, me fascine et m'inquiète à la fois, c'est aussi chercher à me rassurer. Ce livre est destiné à tous ceux qui se posent des questions sur le grand mystère de la réalité dans laquelle nous sommes projetés pour un temps. Je veux partager ici mes réflexions sur des thèmes qui me tiennent à cœur. Je cherche à exprimer ce qui se dégage de mes expériences de vie et de mon métier d'astrophysicien, pour livrer à ceux qui me font l'honneur de s'y intéresser mes convictions intimes, celles qui jouent pour chacun un rôle majeur quand nous avons à juger d'une situation ou à prendre une décision concrète. Mais rien de ces pages n'est définitif. Tout y est provisoire et à remettre à jour - indéfiniment. H. R.
Découvrez la beauté méconnue des fleurs sauvages à travers le regard passionné d'Hubert Reeves, qui vous invite à une balade poétique et scientifique dans son jardin de Malicorne.
Combien y a-t-il de sexes ? " Deux ! ", répond l'opinion. " Deux ! ", répond la science. Heureuse concordance : c'est donc que l'opinion a raison, conclura-t-on. Mais est-on si certain que l'opinion et la science disent, sur la question du sexe, la même chose ? Quand l'opinion affirme qu'il y a deux sexes, elle soutient qu'il existe, dans chaque espèce, deux types d'individus et seulement deux. Il y aurait alors le masculin et le féminin comme il y a le Soleil et la Lune ou Mars et Vénus. Mais quand la science avance qu'il y a deux sexes, que vise-t-elle ? Quelle est, pour un biologiste, la signification des termes " mâle " et " femelle " ? En tentant de compter les sexes, on doit bientôt se risquer à distinguer le normal du pathologique. Offrant un riche panorama des connaissances biologiques sur le sexe, Thierry Hoquet barre la route à toute récupération hâtive visant à transposer aux humains ce que l'on pense savoir de la " nature ". Croisant des outils empruntés à l'épistémologie, à l'histoire des sciences et au féminisme, cet essai brise le cercle des questions : le genre précède-t-il le sexe, ou le sexe précède-t-il le genre ? Thierry Hoquet est professeur de philosophie à l'université Jean-Moulin Lyon 3, spécialiste de l'histoire et de la philosophie de la biologie. Il est l'auteur notamment de Darwin contre Darwin (Seuil, 2009), Cyborg philosophie (Seuil, 2011) et Sexus nullus, ou l'égalité (iXe, 2015). Il a dirigé l'ouvrage collectif, Le Sexe biologique. Anthologie historique et critique, en 3 volumes (Hermann, 2013) et traduit plusieurs essais.
Croissance économique, classements des lycées, publicités sur le web : de plus en plus, nos activités sont mises en chiffres, en équations, pour aiguiller ou prédire nos comportements. Les big data, ces abondantes traces numériques que nous produisons constamment, nous permettront-elles de créer une nouvelle science de la société, aussi performante que les sciences de la nature ? Peut-on s'inspirer des techniques de modélisation mathématique et de simulation informatique élaborées dans les sciences naturelles pour comprendre enfin la société et l'améliorer ? Une analyse de cette perspective s'avère urgente à l'aube de la révolution numérique. Grâce à sa double compétence de chercheur en physique et en sciences sociales, l'auteur décortique de nombreux cas concrets de quantification de nos activités, en les comparant aux mathématisations réussies de la physique. Il peut alors replacer ces exemples dans une perspective théorique générale, en expliquant les réussites, les échecs et les conséquences politiques d'une mise en équations du monde. Pablo Jensen (@pablojensenlyon) est directeur de recherche au CNRS, membre du laboratoire de physique de l'École normale supérieure de Lyon. Après avoir modélisé la matière, il se consacre à l'étude des systèmes sociaux, en collaboration avec des informaticiens et des chercheurs en sciences sociales. Il est le fondateur des cafés des sciences et l'auteur de Des atomes dans mon café crème (Seuil, 2001).
La nature à l'aube des Lumières n'est plus un livre à déchiffrer, mais un champ à travailler. Comètes, marées, tremblements de terre, cessent d'être considérés comme les prodiges d'un univers immuable et transcendant. Aux XVIIIe et XIXe siècles, l'avènement du capitalisme industriel et son développement mondial jouent un rôle fondamental dans la constitution des sciences modernes. La nature devenue chantier peut être explorée, contrôlée et instrumentalisée. Dans les observatoires et laboratoires, cours et académies, théâtres et manufactures, les Newton, Lavoisier, Kant, Lord Kelvin, mais aussi des artisans, des médecins, des jésuites, des hommes de spectacles s'attèlent à une nouvelle forme à la fois de connaissance et de gouvernement de la nature : les sciences expérimentales. Bien au-delà d'une simple généalogie progressiste, Simon Schaffer met en œuvre une véritable archéologie des sciences modernes, cherchant leurs racines et suivant leurs multiples ramifications sociales et culturelles, des capitales européennes jusqu'aux mondes lointains. Il éclaire les micro-pouvoirs et les dispositifs qui organisent les sciences comme technologies disciplinaires et agencement de l'information. Ces processus multiples permettent de comprendre comment ces sciences finissent par façonner un monde naturel et social à leur mesure. Simon Schaffer, historien et philosophe des sciences réputé, enseigne à l'université de Cambridge. Il est l'auteur, avec Steven Shapin, d'un ouvrage qui a fait date en histoire des sciences, Léviathan et la pompe à air : Hobbes et Boyle entre science et politique, La Découverte, 1993. Traduit de l'anglais par Frédérique Aït-Touati, Loïc Marcou, Stéphane Van Damme
Un savant disparu réapparaît dans un kibboutz pour être aussitôt assassiné. Qui était-il et qui l'a tué ? C'est le thème d'une courte fiction découverte dans les archives de Norbert Wiener (et publiée ici). À partir de cette fiction, Pierre Cassou-Noguès tente de reconstituer le parcours et les dilemmes de ce savant singulier. Voyageur infatigable, penseur versatile, mathématicien autant que romancier, Norbert Wiener invente à la fin de la Seconde Guerre mondiale, sous le terme de cybernétique, une nouvelle façon de conjuguer l'humain et la machine. Tantôt séduit par ses propres créatures, comme Pygmalion, tantôt effrayé par elles, comme le Dr Frankenstein, le savant hésite et se cache derrière d'innombrables écrans. L'enquête nous mène du cabinet de Freud jusque dans le cerveau des usines automatiques et certains cauchemars d'E. A. Poe. On y rencontre des détectives, des robots, des savants fous et d'autres qui ne le sont pas du tout, des sorciers, des machines qui travaillent et d'autres qui dansent et jouent, un corbeau, des cyborgs, des posthumains. La question, finalement, est de savoir si l'humain survit dans cet avenir incertain qui est maintenant le nôtre. Ou bien l'humain a-t-il été éliminé ? Et si c'est le cas, est-ce mal ? Et par qui a-t-il éliminé ? Les savants, leurs machines ou une idéologie du travail qui sous-tend le capitalisme aussi bien qu'un certain marxisme ? Pierre Cassou-Noguès est professeur de philosophie à l'université Paris 8. Il a notamment publié Les Démons de Gödel (Seuil, 2007 et Points Sciences, 2012), Mon zombie et moi (Seuil, 2010), Lire le cerveau (Seuil, 2012) et La Mélodie du tic-tac (Flammarion, 2013).
Comment sommes-nous devenus humains ? Si la question de l'origine de l'Homme fascine le grand public, et souvent les chercheurs eux-mêmes, celle de l'évolution humaine et de ses processus est méconnue. Mais aussi cruciale pour la connaissance de notre espèce que l'apparition des « premiers Hommes » est la longue histoire du développement des traits qui nous caractérisent, la culture et le langage au premier chef. Comment les « arbres » de l'évolution humaine sont-ils construits ? Comment les nombreuses espèces d'Hominines connues sont-elles définies et situées sur leurs rameaux ? Comment la génétique des populations et la biologie moléculaire s'accordent-elles avec les conclusions tirées de l'étude des fossiles ? Comment penser l'articulation de l'évolution biologique et du devenir culturel ? Les transformations du cerveau éclairent-elles l'émergence de la cognition humaine, et celle du langage ? Quelle place les « scénarios d'hominisation » donnent-ils à la femme dans l'histoire du devenir humain ? Comment, enfin, concevoir l'« exception humaine » dans l'histoire du vivant ? Ce livre s'attache à dévoiler les concepts, les présupposés et les implications des sciences de l'évolution humaine aujourd'hui. Il éclaire ainsi la question - qui résume toutes les interrogations philosophiques : qu'est-ce que l'Homme ?
Une interprétation expéditive du darwinisme a fait trop souvent de la " survie du plus apte " l'argument des manifestations ordinaires de la loi du plus fort : élitisme social, domination de race, de classe ou de sexe, esclavagisme, élimination des faibles. Patrick Tort, spécialiste de l'œuvre de Darwin, montre qu'en réalité la civilisation, née de la sélection naturelle des instincts sociaux et de l'intelligence, promeut au contraire la protection des faibles à travers l'émergence – elle-même sélectionnée – des sentiments affectifs, du droit et de la morale. Pour emblème de cet " effet réversif " de l'évolution, l'auteur choisit la bande de Möbius, dont la face unique résulte d'un retournement continu. Un essai pour en finir avec la tentation toujours présente d'utiliser Darwin pour justifier l'injustifiable. Patrick Tort, philosophe, historien et théoricien des sciences, est le fondateur de l'Institut Charles Darwin International (www.darwinisme.org). Professeur détaché au Muséum, il est l'auteur de nombreux ouvrages et le directeur du Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution (PUF).
La biodiversité est aujourd'hui l'un des maîtres-mots de tout discours environnemental. Après une trentaine d'années de diffusion du terme, un examen attentif fait pourtant apparaître que son succès médiatique s'est accompagné d'un affaiblissement de sa validité scientifique. Ont surgi nombre d'arguments qui s'éloignent des faits avérés ou des analyses sérieuses, conduisant ainsi à un catastrophisme ambiant mal fondé. Alain Pavé, dont la compétence scientifique dans le domaine est incontestée, propose une analyse critique novatrice et bienvenue, riche d'exemples concrets souvent surprenants, de l'escargot de Quimper à l'ours pas toujours blanc. Loin de prendre le simple contre-pied des idées reçues et d'ouvrir la voie à un quelconque écoscepticisme, l'auteur montre que la prise en compte des réelles menaces qui pèsent sur le vivant demande une compréhension beaucoup plus fine de sa diversité et des mécanismes, évolutifs en particulier, qui la gouvernent et où l'aléatoire joue un rôle déterminant. Il s'agit ici rien moins que de proposer une refondation du concept de biodiversité, à la mesure de son importance et de l'intérêt qu'on doit y porter. La pensée écologique ne pourra que profiter de ce changement de perspective. Alain Pavé Professeur émérite de l'université de Lyon, Alain Pavé est un biométricien et un spécialiste reconnu des sciences de l'environnement. Il a notamment publié aux éditions EDP Sciences La Nécessité du hasard (2007), La Course de la gazelle (2011) et Les Cailloux du Petit Poucet. (2015).
Si le lien entre désir de connaître ( libido sciendi ) et désir érotique ( libido sentiendi ) se trouve déjà suggéré dans les Écritures, il devient explicite à partir de la Renaissance et joue un rôle crucial dans la configuration de la science moderne. Il s'agit ici de conter l'histoire de cette relation entre le savant, être désirant, et la femme, image de la Nature – en suivant son évolution dans la littérature, mais aussi dans l'art et le cinéma. C'est toujours le désir qui pousse le savant à vouloir connaître, qu'il soit inventeur de machines amoureuses, eunuque de la science régnant sur un harem de Vénus anatomiques, ou homme au scalpel en quête de cobayes consentantes. Désir érotique, désir de pouvoir aussi, car la femme reste indésirée dans ce cercle du savoir. À une époque où la Nature fait plus que jamais les frais de notre mode de vie et où le silicone injectable a la part belle, cet essai montre à l'évidence que la recherche scientifique n'a pas pour seule source le projet de connaissance rationnelle : elle a partie liée avec une histoire du désir et du sentiment. Caroline De Mulder, chargée de cours à l'université de Namur, étudie les rapports entre sciences et littérature. Elle a publié de nombreux articles ainsi qu'une monographie Leconte de Lisle, entre utopie et république aux éditions Rodopi et une traduction Uranium, de Tom Zoellner, aux éditions du Seuil.
La médecine moderne a indubitablement accompli de grands progrès. Mais nous sommes entrés dans un dangereux processus de surmédicalisation, entraînant une dérive des capacités prédictives vers des soins injustifiés et parfois délétères. Cet ouvrage propose ainsi le nouveau concept de « non-maladie » pour désigner les situations où la médecine détermine une anomalie sans que le patient n’en ressente le moindre symptôme. Sa vie, cependant, peut être profondément affectée par ce type de diagnostic. C’est le cas de nombreuses anomalies génétiques, de certains cancers ou des écarts à des normes biologiques ou morphologiques arbitraires. Ce sont aussi, inversement, les multiples plaintes que les citoyens viennent déposer à la porte des cabinets médicaux, alors que l’intervention médicale y sera probablement inefficace ou nuisible. Or ces non-maladies prennent une place de plus en plus grande dans l’agenda des médecins, les programmes de recherche et le budget de la solidarité. Compte-tenu des contraintes de temps et d’argent, la prise en charge des malades se dégrade au point de menacer le niveau général de santé physique et mentale. Il s’agit là d’un excès de pouvoir biomédical, largement favorisé par les forces du marché et la mainmise des industries sanitaires sur les nouvelles formes d’évaluation de l’état de santé des individus. Distinguer les maladies des non-maladies devient donc un impératif pour notre avenir social et sanitaire.
À l'heure où prospèrent sur les réseaux sociaux les attaques les plus diverses et les plus régressives contre la théorie de l'évolution, voici un bref vade-mecum de défense et illustration de cette théorie, trop souvent mal comprise. En une trentaine de questions-réponses concises sont discutés et réfutés les arguments critiques les plus couramment développés : " Si l'Homme descend du Singe, pourquoi reste-t-il des singes ? " ; " Ce n'est qu'une théorie ! Cela veut dire que personne n'a de certitude " ; " La nature est trop bien faite pour être le fruit du hasard " ; " La probabilité de formation spontanée d'une molécule biologique est infime ", etc. Une indispensable contribution à la salubrité intellectuelle collective ! Thomas C. Durand est docteur en biologie végétale. Il a écrit quelques romans et pièces de théâtre, et a créé une chaîne très suivie sur YouTube, La Tronche en Biais. Il a déjà publié au Seuil un essai remarqué, L'Ironie de l'évolution (" Science Ouverte", 2018), qui a obtenu le prix La Science se livre 2019.
" Qu'est-ce que la vie ? ", se demandent depuis des siècles naturalistes, biologistes et philosophes. Et si, pour tenter d'y répondre, on renonçait à donner du monde vivant une définition figée, pour mieux prendre en compte sa nature dynamique et ses échanges permanents avec le reste de l'univers ? De fait, la nature et maintenant les laboratoires recèlent un incroyable bestiaire d'infravies, des entités qui défient la classification binaire entre vivant et non-vivant. Plus surprenant encore, il ne s'agit pas d'exceptions mais, au contraire, des éléments mêmes sur lesquels repose l'existence du monde vivant. Ce livre révèle ces infravies et les accueille dans une nouvelle perspective théorique. Il propose une caractérisation scientifique inédite du vivant, qui exige d'abandonner certaines des métaphores les plus puissantes de notre temps, comme celle du vivant-machine. Cette épistémologie renouvelée, amenant à concevoir une vie sans frontières, a des répercussions majeures sur le regard éthique que nous posons sur les vivants. Un ouvrage d'une puissante originalité. Thomas Heams est maître de conférences en génomique animale à AgroParisTech, et chercheur à l'INRA. Il enseigne les biotechnologies et l'histoire des idées scientifiques. Il est aussi l'auteur d'un roman, Cent seize chinois et quelques, publié avec succès au Seuil (2010).
La théorie de l'évolution met en jeu un stimulant paradoxe : c'est justement l'évolution (de notre cerveau) qui explique les résistances à cette idée. Ainsi, les difficultés que nous éprouvons à " croire " la théorie darwinienne de l'évolution s'expliquent elles-mêmes par ladite théorie, et en constituent finalement une éclatante illustration. De fait, et plus généralement, la résistance aux théories scientifiques qui, par essence, vont à l'encontre de la pensée commune, a de profondes racines dans l'évolution même de notre psychisme. Comme l'écrit l'auteur : " Il existe des forces qui dévoient notre sens critique, qui gondolent notre objectivité, qui écaillent le beau vernis de notre cognition quand il est question des principes darwiniens. Ces forces ne sont pas à chercher dans une quelconque cabale, elles n'appartiennent à aucune coterie ni société secrète, elles sont dans notre tête, implantées là pour la simple raison que des milliers de générations en ont tiré avantage pour survivre. Ces fossiles de l'histoire de notre psyché, ce sont les biais cognitifs. Ils sont nos ennemis les plus redoutables dans la compréhension de la nature, mais ils représentent aussi la trace la plus intime, la plus troublante, des mécanismes de l'évolution de notre lignée. " Cette défense et illustration de la théorie de l'évolution, rédigée en termes très simples et directs, agrémentée par des illustrations humoristiques, et mettant à profit les sciences humaines, offre une critique systématique et radicale des arguments antiévolutionnistes. Thomas C. Durand est docteur en biologie végétale. Il a écrit quelques romans et pièces de théâtre. Il a créé et anime un programme très suivi de vulgarisation sur le web, La Tronche en biais (www.youtube.com/user/TroncheEnBiais).
La recherche en psychologie a engendré bien des histoires fascinantes qui ont séduit l'imagination des profanes. Beaucoup se sont révélées sans fondement, mais gardent encore leur validité pour le grand public. Ce livre fait le bilan de certains de ces mythes, voire de ces mystifications, qui ont marqué les annales de la psychologie scientifique. On y trouvera entre autres la fameuse affaire des enfants-loups indiens, les " découvertes " de James Vicary à propos de la publicité subliminale, l'hypothèse de Sapir-Whorf selon laquelle la langue détermine nos perceptions, la prétendue preuve de l'héritabilité de l'intelligence, les capacités langagières présumées des singes, la transmission alimentaire de la mémoire chez les planaires. Que ces histoires trouvent leur origine dans des recherches de bonne foi mais mal orientées, ou résultent de véritables fraudes scientifiques, elles ont été propagées et amplifiées par des médias avides de sensationnel. Leur démystification, à quoi les auteurs s'emploient avec verve, est une œuvre de salubrité publique, qui devrait permettre aux connaissances scientifiques apportées par la psychologie d'être mieux comprises. Kotaro Suzuki est professeur de psychologie expérimentale à l'université de Niigata, Japon. Il est auteur et traducteur de plus de vingt livres en japonais dont Le Monde merveilleux des illusions, Comment les animaux voient-ils le monde ?, et L'Évolution de l'esprit humain. Jacques Vauclair est professeur de psychologie du développement et de psychologie comparée à l'université d'Aix-Marseille. Il est notamment l'auteur de L'Intelligence de l'animal, L'Homme et le Singe : psychologie comparée et développement du jeune enfant.
L'histoire des théories scientifiques sur les origines du monde est aussi passionnante que ces théories mêmes. Les noms de Descartes, Buffon, Kant, Laplace, Darwin (fils) jalonnent un âpre débat entre explications évolutionnistes et catastrophistes, avant que les développements modernes ne confortent les premières. Concentrée sur la cosmogonie du système solaire, cette étude sans précédent, qui traverse les civilisations et les siècles, montre la richesse des échanges entre les découvertes scientifiques et leur contexte culturel. Au moment où se multiplient les découvertes d'exoplanètes qui constituent de nombreux autres systèmes stellaires, l'histoire à la fois représentative et singulière du nôtre prend une importance essentielle. Jean-Pierre Verdet, après une carrière d'astronome à l'Observatoire de Paris, s'est consacré à l'histoire de l'astronomie ancienne et classique, sur laquelle il a écrit plusieurs ouvrages, tant spécialisés que destinés à un large public, dont Une histoire de l'astronomie, au Seuil.
" L'impression est pour l'écrivain ce qu'est l'expérimentation pour le savant. " Marcel Proust, Le Temps retrouvé Pourquoi avons-nous parfois le sentiment d'avoir déjà vécu le même moment dans le passé ? Pourquoi trouvons-nous beaux certains visages ? Pourquoi le vieillissement affecte-t-il la mémoire ? La psychologie cognitive éclaire nos mécanismes mentaux essentiels : mémoire, apprentissage, attention, sentiment d'être soi. Les découvertes récentes de cette discipline en plein essor sont ici présentées en s'appuyant sur l'une des œuvres littéraires majeures du XXe siècle, celle de Marcel Proust. Puisant dans La Recherche des passages qui illustrent, voire préfigurent, certains apports de la recherche moderne en psychologie, André Didierjean parvient à féconder la science par la fiction, alliant l'écriture romanesque la plus haute et l'objectivité scientifique la plus stricte. Cet ouvrage novateur jette un pont audacieux entre science et littérature. André Didierjean est professeur de Psychologie cognitive à l'université de Franche-Comté (Besançon) et membre de l'Institut universitaire de France.
Les grands vins puisent leurs arômes dans le sol des vignobles. Le chablis sent l'iode de ses huîtres fossiles, le pouilly fumé la pierre à fusil, le savennières le schiste chaud. C'est toute la terre de France que l'on goûte en buvant ! Une trentaine de vignobles, choisis tant pour la qualité de leur vin que pour l'originalité de leur terroir, retracent l'histoire géologique de la France, depuis la construction de l'Hexagone il y a 500 millions d'années, qui se lit dans les ardoises de l'Anjou, jusqu'à l'apparition des hommes de Neandertal et de Cro-Magnon sous la roche de Solutré, futur terroir du pouilly-fuissé. Chacun de ces vins permet de plonger dans un sous-sol mystérieux et d'y découvrir un épisode marquant de l'histoire de notre pays. Au gré d'une bouteille que l'on débouche ou d'un vignoble que l'on visite, on découvrira, avec l'histoire géologique du site, le terroir et les particularités d'un cru, ce qu'en disent les œnologues et quels plats proposent les chefs pour les accompagner. Cartes et itinéraires, renseignements utiles et bonnes adresses font de ce livre un parfait compagnon pour des voyages tout à la fois géographiques et géologiques, œnologiques et gastronomiques. Charles Frankel, géologue et spécialiste du Système solaire, enseigne en France et aux États-Unis. Il communique sa passion des sciences de la Terre à travers des reportages pour la télévision et dans des livres pour le grand public, parmi lesquels La Mort des dinosaures en 1999, Terre de France, une histoire de 500 millions d'années en 2007.