Poètes contemporains
Plongez dans Toutes les plumes du rituel, un recueil poétique d’Henri Rode où chaque mot devient un rituel de l’âme.
Découvrez l’univers poétique et méconnu de Pascal Bonetti à travers les regards croisés d’Henriette Charasson, Jean Camp et Jacques Carton.
Entre mémoire et mystère, Bocage pour les allusions à Brève déploie une poésie où l’amour et l’absence se mêlent à l’ombre de René Char. Christian Gali y explore la quête d’une rencontre inachevée, entre lyrisme et fulgurance.
Au cœur de la nuit poétique, Au sommet de la nuit de Gérard Bayo invite à une méditation intense sur l'absence, la mémoire et la lumière qui perce l'obscurité.
À l’aube du solstice, Dépasser le solstice ? interroge l’amour et la poésie face à la violence du monde. Françoise Hàn y mêle lyrisme et lucidité, offrant une méditation intense sur la fraternité et la résistance par l’écriture.
J'ai voulu ici être fidèle aux instants d'un personnage habité par mille personnages, d'un langage habité par mille langages. Nous ne nous arrêtons jamais de recueillir en nous une foule d'impressions, auxquelles les mots donnent forme. Mais, lorsque nous écrivons, nous nous imaginons qu'il faut privilégier certains thèmes aux dépens des autres. Tour à tour anxieux, joviaux, voire grossiers, brutaux, sournois, révoltés, abattus, craintifs, amoureux, nous empruntons - au fonds commun du langage - ce qui, à la seconde même, nous paraît le plus expressif. La prose, par exemple, dans une sorte de narration balbutiée, remplit nos espaces, qu'élargit d'un coup l'irruption verbale poétique. Si l'on tient à restituer le flux ininterrompu des sensations pensées, on se nomme chef d'un orchestre où chaque instrument n'a en tête que de jouer une partition personnelle, pourtant incapable de se soustraire aux lois d'un orchestre encore plus grand. Il m'a semblé pouvoir recréer cette cacophonie essentielle, en courant de la plume sur des proses cassées par des pages où le poème ressuscite les thèmes, étant bien entendu que ces thèmes se juxtaposent et s'entrecroisent.
"Nous ne dormirons plus jamais au mitan du monde", par poèmes en prose et poèmes libres, essaie, plus profondément qu'auparavant dans cette oeuvre, de dire au plus près, au plus juste, les illusions, les contradictions de notre identité, le peu de réalité de celle-ci devant l'énigme. Souvent « carnet de voyageur », ces pages auscultent nos tentatives de liberté, d'envol, notre refus du « festin mystique », les étapes de l'errance, les distances, la géologie de l'origine. Il y a là de remarquables réflexions sur l'art poétique, toujours lettre ouverte à l'autre. « Le dire ouvre la frontière au-delà de laquelle se tient l'autre ». À cause des soubresauts de l'amour, le poète est installé dans une haute solitude : « La page déchirée que je ne cesse pas d'écrire ». Thèmes : le temps et le couple (remarquables réflexions), l'espace et la matière, l'être et l'avoir (le rêve de la « dépossession de tout », mais acceptée comme un bonheur), la lucidité et le jeu, notre opacité à éclairer. Les jardins des villes ou des campagnes, la nature en fragments, les saisons sont là, témoins muets. Notre passé n'est qu'un peu de terre. Admirables formules çà et là, d'un matérialisme exalté : « L'absolu n'existe pas » - « Le vide est mon élan ». Discipline de soi : s'exprime ici « un coeur sans larmes pour soi-même » et, en effet, la confidence n'apparaît pas dans ce journal de vie, qui magnifie l'artiste apatride, (comme toujours chez F.H.) la haine de la guerre, salue la Commune et nous invite à la modestie dans la décantation. Certes, il faudrait inventer « une autre tendresse » ! Ouvrage remarquable, d'une écriture parfaite, plein de légèreté et d'intelligence.
À propos de "Corps du jour" (éditions Saint-Germain-des-Prés), Jean Paris a écrit : « Cette écriture si dépouillée, si riche, nous enseignait à multiplier nos horizons, nos chemins perceptuels par mise en mots du corps entier : bouche, oreille, bras, mains, coeur. Par l'imagerie la plus somptueusement sensuelle. Mais jamais, semble-t-il, le lieu pluriel de ces rencontres n'avait fait l'objet d'aussi subtils approfondissements... La poésie d'André Miguel nous dit exactement notre ouverture à l'univers... Immersion du langage dans l'ordre extérieur, ces poèmes sont également intrusion en nous du dehors. Et c'est pourquoi ils nous forcent, dans l'esprit de la littérature « absolument moderne », à choisir nos enjeux, à décider de nos lectures. D'un mot, à exercer nos privilèges de liberté... » (Le journal des poètes, 8-1975). Ce présent volume contient "Onoo", des poèmes parus en 1954 aux éditions de la revue lô, et des textes écrits en 1975, "Ovales naturels", où André Miguel reprend - en des rythmes différents - certains thèmes de Onoo. Ainsi, se fait tout un jeu de répercussions et de métamorphoses du dedans au dehors, de « l'oeil immense » naturel au moi androgyne. Vingt-cinq ans après avoir été écrits, les poèmes de Onoo rayonnent un « laisser être » qui est, selon Jacques Sojcher, « leçon de rigueur, rêve travaillé de la langue et de l'oeil, puissance de circulation (de circularité), de chaleur ». (La démarche poétique, collection 10:18).
Le texte des Passes est lié à trois autres, publiés en 1969, sous les titres de "La mission", "La demeure", "La roue" : ils ont en commun des lieux, des personnages, des motifs. Respectant à la fois la logique narrative et le mètre poétique, ce texte essaie de renouveler la forme du poème narratif et s'oppose aux anti-romans qui, brisant la narration, tournent au poème en prose. De ce point de vue, comme les trois autres textes, Les Passes est un anti-anti-roman. Les chapitres au présent, qui développent un voyage de quelques heures, alternent avec des chapitres au passé : événements récents ou lointains. Le personnage surnommé le joueur - ou l'ailier - s'en va jouer la première partie de la saison. N'étant guère qu'un mobile porteur de perspective, il a sans doute, en tant que personnage, moins de poids que Dorine, qui demeure à l'horizon, visée en somme à l'infini. Le football et le cyclisme fournissent les thèmes principaux. D'un côté, ligne droite de la percée, lignes brisées des passes en ciseaux ; de l'autre, cercles des roues et de la piste ; ces thèmes peuvent ainsi se répercuter dans la forme du texte. La narration va droit ou crochète ; la poésie se plaît aux retours de mesures, de mots et d'alliances de mots. Lieux et moments se relaient, se passent la balle.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Une heure à perdre dans une réception, lors d'une exposition internationale ; une heure comme d'autres, présent percé d'ailleurs, d'avenir et de passé, sinon que, dans l'esprit du personnage surnommé "l'ingénieur", qui participe à une machination, cette heure doit être la dernière, et pas pour lui seul.
Jean Joubert est chez lui au milieu de la nature, et naturel dans la neige du rêve. Une attente nous encercle, le doute nous engourdit. La nuit, réduisant souvent à néant les espoirs du jour, détient des signes que l'on scrute. Malgré les menaces - qu'il désarme peut-être en les féminisant - Joubert sait encore la nuit promesse d'aube. Et c'est la ronde incessante du désir et de la mort, de l'amour et de l'amertume, du lieu d'ici et de l'espace, du feu et de l'ennui. Ces Campagnes secrètes, où déferle une vague de rêves d'une totale et pudique sensualité, on y retrouve le trouble et la fraîcheur chers au poète, dans une écriture qui refuse tout laisser-aller. Le Chasseur de Sylans réunit des poèmes inédits offrant des particularités identiques, outre une présence plus active ou plus baroque de Jean Joubert à des sollicitations contemporaines.
Godeau travaille au flash, par séries, en noir et blanc, lèvres serrées : des reportages sans lyrisme ni bavardage. Il s'occupe de la vraie vie, la quotidienne, l'ordinaire, celle que ne voient pas les gens grimpés sur les hauteurs : penseurs brevetés, nantis, distraits. Il dénonce naturellement une société qui en prend trop à son aise avec l'idée de justice. Mais on dirait aussi, parfois, qu'il jubile, quand « la fête de la vie bat son plein ». Godeau ne commente guère : gestes et chiffres en main, soucis visibles, paroles en l'air, il réunit un simple dossier d'enquêtes. Voici ce que nous subissons, donc ce que nous sommes. Les images de Georges-L. Godeau sont celles d'une prose à la Jules Renard, métaphores sans complication, phrases courtes. Ce pourrait être de la carte-postale, c'est un inventaire complet, actuel, de notre joie de vivre plus ou moins amère, écartelée entre les mécanismes de l'aliénation et les sursauts d'un coeur fier.
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Tout poème, chez Alain Borne, est l'équivalent d'un supplice déjoué. La vie devait lui infliger une souriante horreur, mais il le cachait. Il s'élevait au-dessus de ses pièges et c'était un enchantement de blanc et de froid qui, parfois, nous valut aussi des proses marquées de douleur et d'ineffable. Celui à qui Alain Borne s'adressait en écrivant, n'était pas celui à qui il parlait dans la vie. Il y avait dédoublement, mais la coupure était faite. Il restait là, stoïque dans le spectacle qui nous dévalue, feignant encore d'entrer dans le jeu quand le jeu se retirait de lui. Jusqu'au jour de la débandade. Tout d'un coup, Borne refusa nos présences. Sa chambre en apprivoisait d'autres. Inconsolé de ce que rien ne ressemblait à son rêve, il n'acceptait pas non plus de devenir l'épouvantail que font de nous l'alcool et l'âge. Un monde de poussière recouvrit Borne qui n'était plus fait pour le nôtre. A-t-il su qu'il quitterait les hommes à l'aube d'un pullulement et d'une robotisation grotesques ? Il avait dit : « Pour mon portrait de mort, ma pose est déjà prise ». Déjà il avait rejoint son pays d'exil, nous laissant le soin de pousser inutilement le rocher.
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Auteur d'une douzaine de pièces de théâtre et de dramatiques, Gabriel Cousin est joué, traduit, étudié un peu partout. Plusieurs thèses de Doctorat ont été soutenues sur son travail (Washington, Londres, Prague). Mais le succès de cette oeuvre dramatique ne doit pas nous faire oublier Gabriel Cousin poète. Ouvrier métallurgiste dès l'âge de 13 ans, athlète, professeur d'éducation physique et sportive, conseiller technique et pédagogique pour l'art dramatique, auteur d'un processus pédagogique d'éveil à la créativité, animateur pour l'expression et la communication, il vit maintenant sur une colline du Lauragais. Cousin a su écrire des poèmes engagés du côté de la fraternité. En 1958, son recueil "L'ordinaire amour" prouvait qu'il était possible - en même temps que les grands thèmes - de nommer les choses simples de la vie, sans banalité. Georges Mounin put alors parler de « cette tranquillité dans les grands sujets, chez un de nos meilleurs poètes contemporains », Adamov saluer « quelque chose de neuf, de vaste et de sûr ». Au milieu du fleuve est la suite et l'accomplissement de "L'ordinaire amour". « Je lirai désormais tout ce que je verrai de ce poète ! » lançait Supervielle. Et Claude Roy écrit que « Cousin démontre qu'il y a aussi des sentiments, des émotions modernes qui attendaient que la poésie s'en empare et que le poète les dise. » Et Jean-Claude Brisville « qu'il transmue en or la plus humble réalité ». Aujourd'hui, Pierre Emmanuel commence sa lettre-préface d'Au milieu du fleuve par ces mots : "Vous avez toujours été, vous êtes de plus en plus un poète de l'amour."
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Guy Bellay dit toujours des choses simples : l'enfance, l'adolescence, ses fugues et sa « fureur », les êtres qui ont compté, les gosses de son école, les marques de la guerre, la femme et l'amour, l'amitié, le souvenir d'un voyage, d'un meeting, d'un aîné majeur. Mais un arrière-pays de plus en plus fécond se déploie derrière ces évocations de première nécessité. Si l'écriture reste familière et brève, avec de rares et hautes images, ce n'est jamais au détriment d'un certain mystère (qui fonde la poésie), voire d'un ton un peu ésotérique, parfois. Proche de Daniel Biga, de Gabriel Cousin, de Pierre Tilman, de Franck Venaille et du groupe de la revue Chorus des années 1962 1970, de Pierre della Faille, de Georges Godeau, Guy Bellay tente de porter à l'ébullition l'humain quotidien, d'en faire une trace pour tous, qui nous brûle. Le critique Georges Mounin termine ainsi sa préface de La liberté, c'est dehors : « Pour Guy Bellay, tout peut être dit. Tout peut être dit parce que ce n'est pas écrire qui est désespérant, c'est le vide entre deux émotions. Et c'est vrai pour le lecteur aussi. Les poèmes de Guy Bellay sont comme un miroir où le poète et le lecteur, côte à côte, communiquent parce qu'ils se regardent, et qu'ils regardent ensemble dans ce miroir ce que le poète a su voir, la vie, tout entière. » Jean Breton
Marges du Temps, c'est l'histoire d'un temps intime qui échappe à toute horloge. Traqué, le poète s'est réveillé loin des paradis perdus ou retrouvés de l'inconstante éternité... Loin de demander un secours extérieur dont il connaît la vérité, il cherche la signification, le sens de l'écoulement de la vie. Soumis à son courant, il tente, avec les moyens du bord, avec le monde qui l'entoure, ses ressources naturelles (le poète se doit de forger ses propres armes pour son combat), de cerner son amont, sa source et, en fin d'expérience, bouclant la boucle dans un retour aux origines, de se sauver, en s'acceptant dans sa disparition, dans l'incarnation du lieu. J'aime ces poèmes sobres et nus. Ils fabriquent leurs propres lumières. Jean Malrieu
À l'assaut de son propre « Donjon » - si loin de lui-même -, Yves Gasc rencontre la solitude. Il ne s'habitue pas à cette machine debout, hésitante, parfois lâche, toute bourrée d'organes. Occasion pour vanter les charmes de la mémoire secrète, presque toujours dans des décors de ville. Mais le livre évoque aussi la Nuit comme la seule patrie libre, celle du sommeil et des songes, et les nuits des « corps sans noms » où « caresser les fruits de fortune », ou l'être élu par le solitaire. Cela va jusqu'au rêve de fusion totale dans l'ultime étreinte. Ici, la quête d'amour se corse d'une aventure intérieure - que le poète le veuille ou non, -, d'une recherche de sa propre identité, d'une série de questions posées à « l'autre », avec un peu de cette terreur qu'on met à se reconnaître. En même temps le plaisir fait fête, agite et insulte en exhibitionniste le funèbre : désir d'être nu « devant la mort promise ». Amertume domptée, canalisée, devenue finalement vibrante : il reste un espoir pour Yves Gasc. Le devenir d'un homme nouveau, débarrassé du meurtre, de la guerre, de la torture, c'est dit nettement, même si cet infini convoité reste solidement laïc. Les moyens mis en oeuvre par le poète sont attachants en ce sens qu'Yves Gasc reste en arrière-fond une sorte de classique épuré. En fait, pour lui, le « moderne » n'est pas lié à une mode langagière, mais à une qualité de secret qu'on laisse entrevoir. Cette vibration de cristal que rend un coeur authentique résonne ici. Jean Breton
Guy Bellay, révélé par Poésie I, n° 12, dans le choix anthologique rassemblé par Georges Mounin, nous propose ici un troisième recueil très attendu. Il a une préférence pour le poème en prose. Mais en prose ou en vers libres, son poème est tantôt récit lacunaire - pour qu'à l'anecdote laissée béante soit substituée une chute fantastique, une sentence naïve ou sauvage, une simple gerbe d'images qui déportent nos habitudes mentales ; tantôt simple constat ; tantôt mise en scène onirique fidèlement restituée. Guy Bellay a le sens de la formule prise dans l'envolée du geste, dans le tissu des actes quotidiens, dans une exigence morale. C'est un conteur bref d'histoires vraies. C'est un poète de l'homme ordinaire, mais chez qui aussitôt l'ordinaire vie a tendance à monter au mythe. S'il veut que son lecteur médite, Bellay ne songe qu'à le rendre davantage responsable. Même dans ses textes « engagés » (« La Loire en hiver »), il sait faire appel à la loi du silence.
Ces poèmes où tout flamboie sont dédiés à un ami espagnol mort, comme Lorca, à 37 ans. Il y a là des interrogations crépitantes, un sens approfondi de l'amour, un agrandissement du réel. La nature est appréhendée comme un décor cosmique. Avec simplicité et finesse, l'auteur nous arrose de lumière et de musique. Un rythme délicat nous relie au charnel essentiel. À noter aussi une nonchalance lyrique qui est parfois à la limite du moqueur ou de l'absurde. La tendresse douloureuse tisse la laine du difficile bonheur de vivre.
« De chair et d'os » se divise en trois parties : la première laisse apparaître l'angoisse comme viscérale que Marcel Migozzi avait toujours masquée, et que l'idée de la mort relance. La seconde partie du livre photographie le réel ambiant, ses objets familiers, les cieux aimés, la haie, un fer à cheval, comme un exercice à la fois de sympathie et de thérapie. La troisième partie réunit les textes engagés d'un « communiste fidèle » : l'Espagne, le Chili, les travailleurs émigrés, les nombreuses rancunes contre le capital. Tout est précis, original, sans folklore, passé au filtre d'une émotion et d'un art personnels.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
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On pourrait classer Claire Laffay aussi bien parmi les auteurs cosmiques, bucoliques ou mystiques puisque ce poète chante la Nature terrestre et céleste comme se sentant la partie d'un Tout. Son Dieu, s'il n'est pas pesant, brille à travers ce qui le manifeste, dans un don de plénitude, dont rayonnent les poèmes qui composent ce recueil. « L'arbre fleuve » est un beau livre simple, original et tout pétillant d'une sérénité de l'âme que la littérature ne pourrait inventer. Claire Laffay, mariée aux paraboles, y vit la nature par tous les bouts, en gardant la tête tournée vers le haut, afin, sans doute, un jour de « boire aérienne l'origine ». Ce mimétisme au végétal, à l'écorce, à la sève agglutinant « l'alchimie terre et ciel », le poète se pose, en croyante discrète, le problème du bien et du mal, du bonheur, et ajoute parfois une dimension de fantastique à cette sorte d'offrande du monde au Créateur.
Christian Dif fut l'élève du lycée Marceau à Chartres (1965-1972), puis étudiant en droit à Paris. Il décida de quitter la vie à 23 ans, en 1977. « Suicide philosophique », dit son grand-père, Edouard Delbos, qui nous a fait parvenir ce manuscrit, fut le confident de Christian et, à ce titre, accepta de faire la préface de ce livre. Ce recueil présente l'essentiel des poèmes et des aphorismes écrits par le jeune homme entre 14 et 21 ans. On trouva un monceau de papiers brûlés, inutilisables, dans la cheminée de sa chambre, après sa mort volontaire. Découvrant ses poèmes dans le Poésie I consacré aux « Nouveaux Poètes maudits », André Pieyre de Mandiargues a pu écrire : « Du strict point de vue de la poésie, celui par le langage duquel je suis le plus émerveillé, est Christian Dif. Mystique si l'on veut, magique si l'on préfère, son chant prend des accents qui conviendraient à une opération de transfiguration de la mort. Ainsi je ne peux faire moins que citer ces trois vers : Horizon, qu'illumine dans une mêlée d'astres l'oiseau de l'origine en sa veillée de feu, l'acte de mourir grandit et prend un sens. »
Gabriel Cousin traite le thème de l'amour avec une simplicité grave, une émouvante humanité, un accent fervent et généreux. Cette poésie directe, ouverte à tous, nullement hermétique (ce qui n'exclut pas les plus subtiles recherches) captivera plus d'un amoureux : il y entendra la musique de son coeur. La réédition, aujourd'hui, de L'Ordinaire Amour version 1958, augmentée du double de textes : L'Ordinaire Amour, version 1981, poursuit le chant de ce que Gabriel Cousin nomme « la région connue mais inexplorée du couple ». « Il s'agit vraiment d'un tout, comme l'avoue d'ailleurs le titre : la rencontre, la naissance du désir, l'amour du couple, les grossesses, le travail et les fatigues dans le rapport au couple, les maladies, la mort, les enfants qui grandissent, la puberté, la fuite des enfants du foyer. Puis les parents vieillissant. Un face-à-face émouvant, vrai, avec les coups de pioche du temps, de rares brouilles, un autre désir pernicieux parfois, aussi. Mais il faut voir la discipline imposée, la puissance de la bonté, l'imaginaire si bien partagé à deux, fait rarissime. Cousin est l'interprète du couple dans sa vérité. La préface précise de Georges Mounin dit bien ce qu'il apporte à la poésie contemporaine. On n'a jamais parlé du désir respectueux, voire violent, entre époux ainsi, ni vu les enfants ainsi racontés par le père. Un beau livre, d'une rare unité. » Jean Breton.
Avec Chair et soleil, Jean Breton rédigeait le carnet de bord d'un adolescent émerveillé par la vie et, en même temps, profondément navré par elle. L'Eté des corps, renouant non sans jubilation avec le vécu bouillonnant et le poème à long souffle, chantait les désirs et les déboires du citadin appâté par les néons des crédits, des promesses, et se retrouvant « coincé entre son salaire, sa sueur et ses interdits ». Jean Breton avançait dans la confession, selon Yves Martin, jusqu'aux limites du possible. La violence du constat s'interdisait la caution de la poésie engagée. Je dis toujours adieu, et je reste, mettant une sourdine à l'effervescence érotique, filmait des tableaux de la campagne, comme pour imposer à l'écriture une cure d'objectivité et de fraîcheur. Vacarme au secret tentait de concilier liberté de ton, érotisme vainqueur et ironiste et maîtrise de l'image « délivrée », avec un certain laconisme, non sans accepter une part inévitable de mystère. L'Equilibre en flammes essaie d'accorder, avec quelque distanciation, les thèmes habituels de l'oeuvre et un autre appel, peut être venu de haut, de l'obscur, de l'infra, mais revu et corrigé par le désir. Le recueil, qui ne renonce pas à la quête de l'amour, propose des rencontres avec des peintres, ouvre les pages d'un premier retour en Provence et s'exprime en détails sur un art poétique.
Chez ce poète très jeune nous surprend sans cesse la profondeur, cérébrale et comme viscérale, de l'inspiration. L'être humain - l'homme - dans sa sexualité, sa bisexualité, ses désirs, ses aspirations les plus enfouies, nous est révélé. Il y a là un exhibitionnisme qui est vérité. Guy Authier va au fond de toutes les sources de la physiologie, de la pensée, des mobiles. Il veut être de niveau avec le désordre des Seres. Ses visions, ce qu'il note, ébranlent la transe la plus significative de l'humain, ses régions les plus « monstrueusement magnétiques ». Il y a du rituel dans son exposition des festins sexuels. On a l'impression d'une quête, d'un itinéraire, hallucinés. Mais tout cela est contrôlé parce que Guy Authier sait ce qu'il veut, ce qu'il veut dire, sans fausse honte. C'est un révélateur, un démystificateur, et ce nouveau recueil propose une mystique du corps, de son pouvoir réflexe et de ses abîmes. Univers effrayant mais salubre parce qu'il se montre sous une totale lumière, sans économie ni mesure. Il faut prendre cet étonnant témoignage tel qu'il est, comme on le fait, par ailleurs, de la poésie « beat. »
J'aurai déposé près du lit ma chemise de laine et mes chaussures brunes j'emprunterai le passage de la veille au sommeil familier de ce pont trouvé en tâtonnant puis je pourrai mourir du corps ou revenir et me nourrir de peu j'aurai fréquenté les choses sensibles