Alain Borne
Alain Borne
Tout poème, chez Alain Borne, est l'équivalent d'un supplice déjoué. La vie devait lui infliger une souriante horreur, mais il le cachait. Il s'élevait au-dessus de ses pièges et c'était un enchantement de blanc et de froid qui, parfois, nous valut aussi des proses marquées de douleur et d'ineffable. Celui à qui Alain Borne s'adressait en écrivant, n'était pas celui à qui il parlait dans la vie. Il y avait dédoublement, mais la coupure était faite. Il restait là, stoïque dans le spectacle qui nous dévalue, feignant encore d'entrer dans le jeu quand le jeu se retirait de lui. Jusqu'au jour de la débandade. Tout d'un coup, Borne refusa nos présences. Sa chambre en apprivoisait d'autres. Inconsolé de ce que rien ne ressemblait à son rêve, il n'acceptait pas non plus de devenir l'épouvantail que font de nous l'alcool et l'âge. Un monde de poussière recouvrit Borne qui n'était plus fait pour le nôtre. A-t-il su qu'il quitterait les hommes à l'aube d'un pullulement et d'une robotisation grotesques ? Il avait dit : « Pour mon portrait de mort, ma pose est déjà prise ». Déjà il avait rejoint son pays d'exil, nous laissant le soin de pousser inutilement le rocher.
À la fin du siècle dernier, Ferdinand Cheval, homme-sagittaire, né dans la glaise d'une époque éprise d'obscurité, jette sa sacoche de facteur rural par-dessus les moulins des petits jardins tirés au cordeau, et se construit un palais selon son rêve, un château fou. Alain Borne, poète de l'amour et homme libre comme son modèle, rencontre un jour ce palais et, subjugué, ébloui, nous livre un texte lyrique et charnel.