Passages
Une révolution sociale en Canaan, présentée de manière poétique dans l'Exode. Un dieu, celui de Moïse, qui marque la naissance d'une " contre-religion ". Un dispositif d'émancipation. Tel est le récit que dessinent en creux les dernières découvertes. Qui était Moïse ? L'histoire de la sortie d'Égypte n'est-elle qu'une légende ? Pourquoi la Bible le présente-t-elle comme un lépreux né d'un inceste dans une tribu maudite ? Grâce aux découvertes les plus récentes des historiens et des archéologues, il est possible d'explorer le noyau de vérité du récit de l'Exode. Un soulèvement a eu lieu en Canaan dans l'Antiquité. Il a donné naissance à une société sans roi et sans État, dont les lois sont hospitalières aux étrangers, favorables aux asservis, aux exclus. Cette insurrection n'aurait pas été possible si un homme surnommé Moïse n'avait pas introduit un dieu étranger, un dieu qui ne sanctifie pas le pouvoir des rois, mais soutient les opprimés dans leur combat pour la justice. L'enquête se centre alors sur le dieu de Moïse afin d'élucider la genèse du monothéisme. Ce n'est pas seulement l'histoire de l'Exode qui est interprétée ici de façon originale, mais aussi le sacrifice d'Abraham, l'Alliance, le bouc émissaire, le messie. On en vient alors à se demander si le monde de Moïse, un monde affecté par une crise dévastatrice, ne ressemble pas étrangement au nôtre et si la promesse d'émancipation portée par ce récit ne nous est pas aussi adressée.
« Il n'y a pas de faits, seulement des interprétations », tel est le cri de ralliement des postmodernes. Or Maurizio Ferraris y voit un « sophisme transcendantal » potentiellement ruineux pour notre sens des réalités. Connu en France pour ses travaux sur des objets sociaux tels que le web ou le smartphone, le philosophe italien semble avoir pressenti, bien avant que nous n'entrions dans notre époque de faits alternatifs et de fake news, l'urgence morale qu'il y a, pour la pensée, à redécouvrir le monde qui se tient farouchement au-dehors : un monde, une réalité que la pensée n'a pas construits mais dont elle doit tenir compte dans ses raisonnements et ses analyses. La perception nous met aux prises avec cette part inconstructible du réel. Pour l'illustrer, l'auteur en appelle aux expériences marquées par la surprise ou les illusions d'optique : deux manières, pour le monde, de nous rappeler qu'il a ses lois propres et sait les faire respecter. Cet ouvrage passionnant vise donc à mettre au jour ce « sol rocailleux » du monde sur lequel Wittgenstein tordait la bêche du langage, dans un style inimitable où la rigueur conceptuelle et la clarté argumentative le disputent à une irrésistible loufoquerie. Philosophe italien, Maurizio Ferraris enseigne à l'Université de Turin. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont certains ont été traduits en français, tels Âme et iPad, Manifeste du nouveau réalisme, L'imbécillité est une chose sérieuse ou encore, au Cerf, Documentalité.
On assimile souvent les westerns hollywoodiens à de simples divertissements commerciaux véhiculant les clichés les plus éculés de la modernité américaine. N'est-ce pas réducteur ? Certains westerns ne sont-ils pas d'authentiques « formes de pensée » portant un regard distancié, démystificateur et ironique sur la fondation épique du « Nouveau Monde » ? Dans ce livre captivant, Robert Pippin s'interroge sur l'apport des grands westerns à la philosophie politique. Ceux-ci mettent en scène le grand mythe américain de la conquête de l'Ouest, le passage de la « Frontière » à une vie civilisée régie par l'État de droit. Ils donnent à voir les tensions de la modernité sous l'angle de la psychologie politique et proposent un traitement nuancé et critique des grands thèmes de l'imaginaire américain : la vie démocratique, les rapports entre les races, les sexes et les classes sociales dans une communauté nationale, le passage de la domination violente à un gouvernement rationnel et partagé. Par la prise en compte des coûts psychologiques de la transition vers la modernité capitaliste, ils nous invitent à réfléchir aux ambiguïtés du mythe américain. Né en 1948, Robert B. Pippin est professeur de philosophie à l'université de Chicago. Auteur d'une vingtaine d'ouvrages, il est mondialement reconnu comme un penseur majeur des enjeux éthiques et politiques de la philosophie et de l'art modernes, en particulier du cinéma.
Nos pensées auraient-elles le pouvoir de viser le monde ? Dans ce livre, Pierre Steiner mobilise les ressources du pragmatisme et de la philosophie des techniques pour développer l'idée que nos pensées ne visent pas le monde mais y sont inscrites. Un ouvrage qui fera date. Un citron, La Joconde et le Père Noël. Aucun de ces trois objets ne se trouve dans notre esprit, pourtant, nous parvenons à les concevoir. Comment ? Mobilisant les ressources du pragmatisme et de la philosophie des techniques, Pierre Steiner développe l'idée que nos pensées ne visent pas le monde mais y sont inscrites. Les principales traditions philosophiques ont en commun le présupposé que l'esprit serait comme un archer qui aurait le pouvoir, par la pensée, de " viser le monde ", ce que l'on nomme " intentionnalité ", et l'idée que les techniques ne sont que des applications de celle-ci. Contre ces présupposés, l'auteur propose une relecture critique de l'histoire de la philosophie ainsi qu'une reconsidération de la nature technique de notre intelligence. Une pensée est un acte qui nous engage dans une situation et les concepts ne sont pas des représentations mais des techniques d'usage de signes. En dialoguant rigoureusement avec la phénoménologie et la philosophie analytique du langage et de l'esprit, mais aussi avec les sciences cognitives, Pierre Steiner combine dans cet ouvrage archéologie historique et discussion critique. Il aboutit à un positionnement radicalement nouveau. Par son ambition, son originalité et l'ampleur des auteurs convoqués, un livre qui fera date.
Nuit et miroir. Deux images pour lire de façon inédite la philosophie de Hegel et, en particulier, mieux saisir la naissance de l'Esprit. Dans la nuit la plus noire, un miroir, à force de réfléchir le néant, suscite incompréhensiblement la lumière. Tout le secret de Hegel est ici : le spéculatif à venir est un mode de pensée qui interroge l'émergence de la lumière à partir de ce qui ne devrait pas l'autoriser, la nuit. Si, dans sa seconde partie, l'auteur propose une lecture historique de l'après-Hegel, soit des façons de sortir de son système - Schelling, Marx, Nietzsche et Rosenzweig - des miroirs dans la nuit du négatif et leur nocturne conspiration spéculative, il lit la philosophie de l'Esprit de Hegel comme une histoire faustienne, comme on lirait un roman, un texte littéraire, ou une longue épopée poétique.Une façon inédite d'approcher et de comprendre Hegel en son style propre qui bouleverse nos habitudes herméneutiques et nos modes académiques.Philosophe, professeur émérite à l'université de Strasbourg, Gérard Bensussan est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages. Il a enseigné dans le monde entier et un ouvrage collectif, Contre toute attente. Autour de Gérard Bensussan a été récemment consacré à son oeuvre.
Penser les normes, ou l'absence de normes, penser le besoin de normes et la nécessité de s'en défaire à travers l'oeuvre de Lacan et la critique de Foucault, tel est le dessein de cet ouvrage qui entend renouveler tant notre connaissance que nos interrogations sur ces questions.À l'heure de l'empowerment des minorités, la norme devient une préoccupation essentielle, et la psychanalyse, praxis radicalement hors normes, vient s'extraire du binaire du normal et du pathologique propre à la médecine et transposé au social. Forte d'une double qualification, à la fois psychanalyste et universitaire, Aurélie Pfauwadel questionne le processus de normalisation sociale, l'inventivité des sujets et la régulation qu'elle permet au prisme des critiques foucaldiennes adressées à l'encontre de la psychanalyse.Voici, pour la première fois avec une telle ampleur et une telle exhaustivité, la confrontation décisive entre les pensées de Michel Foucault et du dernier Jacques Lacan. Donnant naissance à un véritable aggiornamento de la pratique lacanienne, ce livre s'érige aussi contre les préjugés environnant la psychanalyse, qui ont beau jeu de la reléguer à une pratique réactionnaire.Exceptionnel d'intelligence et d'écriture. Agrégée, docteur en philosophie, maître de conférences à l'université Paris-8 Saint-Denis, Aurélie Pfauwadel est psychanalyste, membre de l'École de la cause freudienne.
L'image vaudrait-elle moins que le concept ? La peinture, si matérielle, serait-elle inférieure à la philosophie, si abstraite ? Un tableau ne servirait-il au mieux qu'à illustrer une thèse ? Et si c'était en fait tout l'inverse ? Si c'était, à l'opposé, le façonnage de l'idée qui constituait la matière du travail pictural ? Et si, au contraire, c'était le tableau, non pas la thèse, qui contribuait le plus directement à modifier notre perception du monde, notre relation au monde ? Décryptant une dizaine d'oeuvres magistrales qui couvrent du début de la Renaissance à la fin du Baroque, Marc de Launay nous entraîne dans une fantastique redécouverte, inattendue et exaltante, du lien intrinsèque entre la vue et la pensée. Et nous montre, de manière lumineuse, pourquoi et comment l'émotion esthétique n'engage pas simplement le goût, elle intervient dans la discussion philosophique. Faisant de Dürer, Rubens, Rembrandt, nos contemporains d'étude et nos compagnons d'éveil, voici un livre de philosophie pour tous intensément jubilatoire. Une leçon sur l'art de regarder. Philosophe, chercheur au CNRS, enseignant à l'ENS-Ulm, traducteur des philosophes et poètes allemands, d'Emmanuel Kant à Rainer Maria Rilke et d'Edmund Husserl à Peter Handke, Marc de Launay dirige l'édition des oeuvres de Nietzsche dans « La Bibliothèque de La Pléiade ».
Pendant trop longtemps, la philosophie nous a raconté une histoire déprimante. Il y aurait un Moi qui, à traversle langage et la pensée, construirait le monde, les autres moi et, si absurde que cela puisse paraître, le passélui-même. Cette histoire est triste parce que cette position, qui se prétend révolutionnaire, est de fait profondément conservatrice : c'est la réaction pure, c'est la négation de tout événement. Elle nous enseigne que rien de nouveau ne pourra jamais nous frapper, au titre de menace ou de promesse, et cela parce que le monde est tout entier à l'intérieur de nous.Avec un langage créatif et des arguments aussi ironiques que contraignants, Ferraris nous raconte une autre histoire. La réalité et la pensée qui la connaît proviennent du monde, à travers des processus et des explosions, des chocs, des interactions, des résistances et des altérités qui ne cessent de nous surprendre. Du Big Bang aux termites, du web à la responsabilité morale, ce que le monde nous donne (c'est-à-dire tout ce qui existe) émerge indépendamment du moi et de ses claustrophobies.Maurizio Ferraris est professeur de philosophie à l'université de Turin. Éditorialiste pour La Repubblica, il est directeur de la Rivista di Estetica et co-directeur de Critique. Il a écrit plus de cinquante ouvrages, traduits en plusieurs langues, dont T'es où ? Ontologie du téléphone mobile (2005) et Mobilisation totale (2015).Traduit de l'italien par Sabine Plaud
Voici le chef-d'oeuvre de Nishitani. Il décrit comment une nouvelle religiosité, par-delà l'opposition entre matérialisme scientifique et religion traditionnelle, peut répondre aux apories de notre époque, liées à la montée du nihilisme.L'inspiration est conjointement existentialiste (Sartre et Heidegger) et bouddhique (surtout le zen de Dôgen), etcherche à déployer une progression qui part du niveau de l'être, traverse le plan du nihil et l'angoisse deperdre tout fondement stable, pour atteindre le champ de la vacuité - l'ainsité du soi et des choses dans uneinterdépendance et une empathie universelles. Les références philosophiques de l'Europe et de l'Extrême-Orient y prennent une concrétude inédite.Les plus beaux fruits de la rencontre entre l'Orient et l'Occident.Traduit du japonais par Bernard StevensReprésentant majeur de l'École de Kyôto, le mouvement philosophique japonais le plus célèbre du xxe siècle, Keiji Nishitani (1900-1990) a voulu construire une pensée qui soit à la jonction de l'Orient et de l'Occident, et capable de répondre aux défis de l'âge moderne. Sa pensée témoigne d'une inspiration existentialiste et bouddhique.
Ce livre veut reprendre les réflexions de sociologie de la littérature au point où curieusement elles s'arrêtent : avant une réelle explication sociologique. En 1992, dans les Règles de l'art, Pierre Bourdieu rendait compte de la constitution d'un « champ littéraire » organisé dans la seconde moitié du XIXe siècle autour d'une norme, celle de « l'art pour l'art » ou de la littérature pure. Quelques oracles choisis - Gautier, Baudelaire, Flaubert ou encore Mallarmé - auraient réussi à imposer au champ une autonomie de la chose littéraire contre les compromissions de l'art bourgeois mais aussi contre les vertiges de l'art social, de l'art engagé. Comment ? On ne le sait pas. Sartre, avant Bourdieu, avait pourtant apporté une réponse à cette question : dans une société de classes, l'écrivain ne pouvait se réinventer qu'en s'intégrant à une aristocratie fictive, idéalisée. Voici l'histoire de cette métamorphose.
Comment s'est inventé le bord de mer ? Avec quelles figures historiques, quels rituels sociaux, quelle littérature ? Quel est le sens de cette construction ? Et comment la décrire ? Car les concepts usuels de la métaphysique sont essentiellement terrestres et sont inadéquats pour traduire le mouvant, le fluctuant, le sans sol. Il faut les y faire jouer à contre-emploi ou les détourner pour les rattacher à ce milieu particulier qu'est la plage. Aussi le bord de mer semble appeler une autre métaphysique, qui reste à élaborer. Un livre polyphonique, construit par fragments, où chacun peut entrer comme il veut, à la saison de son choix, en fonction de son humeur ou de ses goûts, comme on peut passer un week-end à la mer en hiver, ou y rester tout un mois l'été. S'entrecroisent des récits, des scènes de plage, des souvenirs d'enfance ou le portrait de personnages singuliers, avec l'analyse de textes littéraires et des réflexions proprement philosophiques sur les concepts et le statut de la métaphysique.Ces fragments s'organisent en une chronique retraçant une année au bord de la mer. Une histoire des bords de mer, ou comment un territoire du vide est devenu un petit paradis. Une autre manière de faire de la philosophie.Écrivain, philosophe, Pierre Cassou-Noguès est professeur à l'université Paris 8. Ses travaux portent sur les rapports entre raison et imaginaire. Il a notamment publié Les démons de Gdel (2012), Mon zombie et moi. La philosophie comme fiction (2010), La mélodie du tic-tac et autres bonnes raisons de perdre son temps (2013).
Si le sensible est bien ce qui présente le monde en sa profondeur et son imprésentabilité, il faut reconnaître que nous sommes éloignés de cette finitude constitutive du monde en son apparaître par une finitude plus radicale encore dont perception et langage sont l'expression. En effet, l'existence même de la subjectivité procède d'une scission qui affecte le procès de la manifestation, d'un archi-événement métaphysique séparant le monde de lui-même. Cependant, dans la mesure où nous sommes capables de nous rapporter à l'origine dont nous sommes exilés, c'est-à-dire tout simplement de faire de la phénoménologie, force est de reconnaître que nous n'en sommes pas radicalement séparés, qu'il y a donc une finitude de notre finitude. Nous nommons poétique la dimension d'existence qui nous met en relation avec notre sol ontologique et sentiment l'épreuve de ce sol, épreuve plus profonde que toute ouverture puisqu'elle excède la portée de la perception et du langage. C'est à une théorie du sentiment, où se fait jour le sens originaire de l'affectivité, que cet ouvrage souhaite contribuer.Professeur de philosophie contemporaine à l'université Paris 1, Renaud Barbaras est l'un des meilleurs phénoméno-logues français contemporains. Parmi ses nombreux écrits : L'Ouverture du monde. Lecture de Jan Patoc?ka (2011) La Vie lacunaire (2011) Dynamique de la manifestation (2013).
Qu'est-ce que la haine ? Comment cet affect individuel peut-il animer des persécutions collectives ? C'est lalogique de la haine, toujours active et menaçante, que ce livre s'efforce de comprendre. Pour cela, Jacob Rogozinski interroge le phénomène de la chasse aux sorcières qui s'est déchaînée de la Renaissance aux Lumières. Il décrit les techniques mises en oeuvre pour désigner, puis anéantir ses cibles. Il analyse la recherche du « stigmate diabolique », l'aveu d'une « vérité » extorquée sous la torture, la dénonciation d'un « complot des sorciers », la construction de la figure de « Satan » comme ennemi absolu. Les mêmes dispositifs se retrouveront sous d'autres formes, dans d'autres circonstances, de la Terreur jacobine aux procès de Moscou, et sous-tendentencore les récentes « théories du complot ». En étudiant ces expériences historiques, en repérant leursdifférences et leurs similitudes, Jacob Rogozinski montre comment l'on passe de l'exclusion à la persécution, comment l'indignation et la révolte des dominés peuvent se changer en haine et se laisser capter par des politiques de persécution. Ses analyses nous éclairent ainsi sur les dispositifs de terreur de notre temps.Philosophe, professeur à l'université de Strasbourg, Jacob Rogozinski a publié aux Éditions du Cerf Le moi et la chair en 2006, et Guérir la vie en 2011.
L'être humain est un vivant particulier. Il va de soi pour lui que le monde existe et que ce monde, parce qu'il est réel, juge nos paroles, nos actes et nos convictions. Le vivant humain est « réaliste » : il croit à un monde plus vieux que lui et qui lui survivra.Comment une telle croyance a-t-elle pu advenir ? Comment le réalisme s'est-il inventé dans l'histoire de la vie ? À cette question la philosophie a fourni, au long de son histoire, un ensemble de réponses très diverses. L'être humain croit que le monde existe parce qu'il est un être parlant, ou un vivant déficient, ou un animal politique, etc. Mais que valent ces réponses lorsqu'on les examine et qu'on les discute pour elles-mêmes ? Et comment se défendent-elles, lorsqu'on les soumet au crible d'une enquête empirique appuyée sur l'éthologie animale, la psychologie de l'enfant ou la psycholinguistique ?C'est ainsi que le réalisme, dès lors qu'il s'entend comme une attitude tard venue dans l'histoire de la vie, somme la philosophie de repenser à nouveaux frais ses partages fondateurs : le réalisme et l'idéalisme, le transcendantal et l'empirique, l'universel et le nécessaire...Maître de conférences à l'université Jean Moulin-Lyon III, Étienne Bimbenet enseigne la philosophie contemporaine et la phénoménologie. Il est notamment l'auteur de Nature et Humanité. Le problème anthropologique dans l'oeuvre de Merleau-Ponty (2004) de Après Merleau-Ponty. Études sur la fécondité d'une pensée (2011) et de L'Animal que je ne suis plus (2011).
Dans la suite de ses travaux, Stanley Cavell livre ici son éloge le plus personnel de l'inaperçu, du contingent, de l'accidentel. Cette autobiographie intellectuelle, peu habituelle, traite de l'esthétique, du langage, de la morale parallèlement à l'enfance et à la paternité, aux joies et aux malheurs du quotidien, aux problèmes de la vie domestique. Journal philosophique - daté du moment de l'écriture - et récit des événements - rapportés en décalé - alternent dans un balancement temporel où le recours constant à cette double subjectivité produit un effet inédit de distance et d'intimité. Dans la surprise sans cesse recommencée, l'ordinaire ouvre à des redécouvertes magistrales sur Shakespeare, Thoreau, Emerson, Kierkegaard, Wittgenstein ou Beckett. Jamais sans doute, autant n'avait été montré de la fabrique qui conduit à se découvrir, ou à se redécouvrir, philosophe.
Qu'est-ce que la perception ? Par elle, que nous disent les sens du monde, de l'autre et de nous-même ? Rien ! Les sens sont muets. Ils n'ont rien à nous dire ! Telle est la réponse de Jocelyn Benoist. Il est essentiel, pourtant, que nous puissions en parler. Seulement c'est nous qui parlons, non eux. Et si, voulant faire droit à la réalité de notre expérience sensible, nous commencions par renoncer à la traiter d'abord comme un discours ? Le mutisme des sens demeure traversé de bruits. Jocelyn Benoist, envers et contre un certain traitement philosophique de la perception - qui la confond avec la connaissance que nous pouvons en tirer ou le sens que nous pouvons lui donner -, nous invite à écouter en elle le bruissement du sensible. Selon lui, pour rendre celui-ci pleinement audible, il faut congédier ce que la philosophie aujourd'hui appelle « le problème de la perception » et, peut-être, renoncer au concept même de « perception » tel que nous l'héritons de la philosophie moderne, au profit d'une enquête sur la texture réelle et poétique du sensible.
L'interdiction du meurtre a un sens même en l'absence de toute référence à un Dieu transcendant et à l'idée selon laquelle la vie humaine serait sacrée. Bien plus, la justification de cette norme par des valeurs morales et l'effort pour la fonder rationnellement l'affaiblissent. Malgré l'apport majeur de Kant à la morale, son analyse consistant à rapprocher les devoirs envers soi-même des devoirs envers autrui passe à côté de la violence propre au meurtre et criminalise le suicide. Au contraire, en faisant de l'expérience de mon rapport à l'autre la source de l'éthique, la description du meurtre, qui renvoie à la volonté d'anéantir l'autre comme tel, permet de dégager l'essence de la violence qui est un faire taire. Il y a donc dans le « tu ne tueras point » plus qu'une prohibition de l'homicide volontaire. Affirmer l'actualité de cet interdit, c'est rappeler le sens des crimes imprescriptibles tout en invitant à prendre la mesure de ce qu'impliquent les guerres qui ne sont pas des génocides. C'est aussi préconiser des solutions adaptées aux problèmes qui se posent au début et à la fin de la vie, comme on le voit avec l'avortement, le suicide assisté et l'euthanasie. Enfin, c'est reconnaître que le droit absolu que nous nous octroyons sur les animaux relève d'une transgression.--That murder should be forbidden makes sense even in the absence of any reference to a transcendental God or the concept that human life is sacred. Even more, using moral values to justify this norm, and attempting to ground the prohibition in reason, only serves to undermine it. Despite Kant's major contribution to morality, his analysis and rapprochement of obligations towards the self and towards others overlook the violence that is inherent in murder, and criminalise suicide. But by drawing our ethics from our experience of relations with others, the description of murder, which amounts to the will to obliterate the other as such, enables us to identify the essence of violence, which is to reduce to silence. Hence, in `thou shalt not kill', there is more than one prohibition of wilful homicide. By asserting the topicality of this commandment, this book reminds us of what imprescriptible crime means, while encouraging us to measure what is involved in wars that are not genocides. It also entails advocating solutions to those problems surrounding the beginning and end of life, as demonstrated by abortion, assisted suicide and euthanasia. And lastly, recognising that the absolute right we grant ourselves over animals is a transgression.
Un jeune homme s'échapperait de la ville par un matin blême de décembre. Il partirait, avec le projet d'un film, sur les traces de Geoffroy d'Auxerre, ce moine du douzième siècle oublié par l'Histoire. Ce voyage d'hiver pourrait commencer ainsi. Mais l'écran des souvenirs viendrait s'interposer. Il lui faudrait alors se reconnaître à travers les villes et les visages aimés. Berlin, Londres, quelques femmes, des murmures de jazz vacillant dans la nuit, et ces rencontres comme les soleils roux de l'aube. Tout serait possible et vain. Il serait entre deux femmes, deux mondes. Il s'installerait dans un village enneigé, retrouverait le territoire de son enfance : le lac, l'abbaye mystérieuse comme aux temps conquérants de la chrétienté. Il lui faudrait choisir : biffer une adolescence. Vivre, simplement vivre. Au présent.
À l'heure du conformisme de masse, la singularité serait-elle engloutie ? Ou s'agit-il au contraire de la redécouvrir ? Ce livre traverse les mers et continents des intuitions et créations humaines pour gagner l'archipel de la personne où aucune île ne peut se penser sans rapport à l'autre. La philosophie, l'histoire, la littérature, l'art, jusqu'au cinéma, entrent ici en résonance par-delà les siècles et les lieux. Nietzsche fait écho à Montaigne, lequel entretient un lien implicite avec Vinci. Melville présente plus d'une affinité avec Kafka, lequel ne l'avait pas lu. Au cours de ce périple, à la jointure du réel et de l'imaginaire, interviennent également, comme en un songe éveillé, paysages, animaux et personnages fabuleux. Tous nous indiquent que l'individu ne saurait être une monade sans porte ni fenêtre. De cette odyssée, Agnès Minazzoli tire un dialogue polyphonique d'exception. Et nous montre comment pour appréhender l'un, il faut comprendre l'autre.
Ni méchant ni bon, ni crapule ni honnête homme, ni héros ni insecte », ainsi se décrit l'Homme du Souterrain, construit par Dostoïevski, figure d'une connaissance de soi maladive et sans résolution.Layla Raïd propose une lecture de cette oeuvre charnière de l'écrivain russe au carrefour de la philosophie de la subjectivité de Wittgenstein et des analyses littéraires de Bakhtine. La parole de cet anti-héros, pour qui tout trait descriptif est chosification venue d'autrui, éclaire négativement le caractère inachevé de la personne humaine.Mais c'est aussi l'écriture atypique de Wittgenstein que l'auteur réinscrit dans l'histoire littéraire, telle que vue et développée par Bakhtine. Un travail dialogique sur la multiplicité des points de vue et des voix, poursuivi du Tractatus aux derniers écrits.Agrégée de philosophie et professeur à l'université de Picardie Jules Verne, Layla Raïd a publié de nombreux travaux sur la pensée de Wittgenstein, la philosophie de la connaissance, du langage, de la littérature et de l'éthique contemporaine.
Les hommes font-ils l'histoire ? L'histoire est-elle maîtrisable ? Qui sont les « sujets » qui sont censés la « faire » ? Les grands hommes, l'avant-garde, le peuple, les masses ? Quel est le degré de conscience des acteurs historiques ? Après un siècle jalonné par des crimes de masse sans précédent, vouloir faire l'histoire ne s'est-il pas révélé un projet dangereux, inféodé aux totalitarismes ? Christophe Bouton revient sur les origines de la thèse de la « faisabilit? de l'histoire en reprenant les arguments pro et contra qu'elle a suscités. Au fil d'une analyse qui convoque des philosophes, des historiens et des romanciers sur une période allant, pour l'essentiel, de la Révolution française au Printemps arabe, il souligne, en contrepoint d'une vision trop élitiste de l'histoire, le rôle irréductible des individus anonymes dans les grands événements collectifs. En élaborant, sur la base des processus de démocratisation de l'histoire, une théorie de la responsabilité historique qui se ramifie en une éthique de la mémoire (lutter contre l'oubli des crimes de masse), une éthique de la démocratie (participer activement à la défense de ce régime), et une éthique de la nature (préserver la Terre comme base de toute histoire future), l'auteur réhabilite le rôle de l'homme acteur de son histoire.--Is history made my man? Can history be controlled? Who are the `subjects' that supposedly constitute history? Great men, the avant-garde, the people, the masses? Just how aware are these historical figures? After a century marked by mass crimes on an unprecedented scale, isn't making history a dangerous project, indentured to totalitarianisms? Christophe Bouton revisits the origins of the historical `feasibility' theory by examining the pros and cons it aroused. In the course of an analysis that convokes philosophers, historians and novelists, of a period which basically extends from the French Revolution to the Arab Spring, he emphasises the irreducible role of anonymous individuals in great collective events, thereby counterpointing an overly-elitist vision of history. By elaborating a theory of historical responsibility based on the process of the democratisation of history, which ramifies into an ethic of memory (striving so that mass crimes should not be forgotten) a democratic ethic (actively participating in the defence of this system) and a natural ethic (preserving the Earth as a basis of all future history), the author re-establishes man's role as a player in his own history.
Si les « Écrits sur l'art » sont un discours de la maîtrise, soulignant l'accès de l'art à son autonomie et l'annexion par le Musée Imaginaire des oeuvres les plus réfractaires, ils sont aussi une pensée de la métamorphose qui, dans son inachèvement même, est du côté de l'immaîtrisable. Cette pensée de l'empreinte, dont la dimension philosophique est manifeste, véritable déconstruction d'une esthétique de la totalité, entre en résonance avec la pensée contemporaine. Elle conduit à poser la question : qu'en est-il aujourd'hui, alors que le dernier volume des « OEuvres complètes » vient de paraître, de la survie des « Écrits sur l'art » ? Cette survie, Malraux l'a pensée, comme Benjamin et Derrida, en termes de dialogue. On verra ici, les personnes mises à part, combien le texte des « Écrits sur l'art » peut dialoguer avec certains grands textes de la philosophie contemporaine. Qu'il s'agisse de Walter Benjamin, de Maurice Blanchot, de Jacques Derrida ou de Jean-Luc Nancy.--Although Écrits sur l'art is essentially about control, insisting on art's accession to autonomy and the annexation by the Musée Imaginaire of the most impenetrable works, it also represents thinking of the metamorphosis which, in its very incompletion, has something of the uncontrollable. The thinking of marks and traces, with its clear philosophical dimension - a veritable deconstruction of an aesthetic of totality - echoes contemporary thought. It raises a question: today, when the last volume of the "Complete Works" has just been published, how have the Écrits sur l'art survived? Malraux conceived that survival, like Benjamin and Derrida, in terms of dialogue. Here, apart from the people, we see to what extent the text of Écrits sur l'art enters into dialogue with some great works of contemporary philosophy, such as Walter Benjamin, Maurice Blanchot, Jacques Derrida and Jean-Luc Nancy.
Dans l'expérience esthétique, nous éprouvons des émotions au sujet de personnages que nous savons fictionnels. Mais ne faut-il pas croire que quelque chose est réellement arrivé à une personne pour que cela nous émeuve ? On trouve une contradiction du même type dans l'expérience religieuse de certains chrétiens : ils disent être émus par Jésus et par ses paroles sans pourtant penser qu'il est réellement le Fils de Dieu. Un autre paradoxe, lié lui aussi à l'usage de fictions, concerne la théorie de la connaissance : comment parvenons-nous à atteindre des résultats corrects tout en utilisant des fictions dans nos raisonnements ? L'auteur entend manifester la pertinence du « faire comme si », attitude thématisée la première fois par Kant et développée en détail par le néokantien Hans Vaihinger dans sa « Philosophie du comme si » (1911), pour élucider ce type de paradoxe. L'« approche par le comme si » de Vaihinger, dont Christophe Bouriau examine les sources et la postérité, établit une médiation entre plusieurs aspects de la philosophie de Kant et certains courants actuels de la philosophie analytique, qu'on regroupe sous le nom de « fictionalisme ».--In aesthetic experience, we feel emotions for characters whom we know to be fictional. But don't we need to know that something has really happened in order to be moved? We encounter the same type of contradiction in the religious experience of certain Christians: they claim to be moved by Jesus and his words without considering that he is truly the Son of God. Another paradox, also linked to the use of fiction, concerns the theory of knowledge: how do we succeed in achieving the correct solutions while employing fiction in our reasoning? The author's intention is to emphasise the pertinence of behaving `as if', an attitude initially thematized by Kant and developed in detail by the Neo-Kantian Hans Vaihinger in his The Philosophy of `As If' (1911), to elucidate this type of paradox. Vaihinger's `as if' approach, whose sources and posterity are examined by Christophe Bouriau, establishes a meditation between several aspects Kantian philosophy and certain contemporary currents in analytical philosophy, which are given the umbrella title of `fictionalism'.