Jocelyn Benoist
Jocelyn Benoist
Maurizio Ferraris, un des principaux philosophes italiens contemporains, est un des fondateurs de la tendance philosophique intitulée Nouveau Réalisme. Dans ce cadre théorique, il a développé une approche très originale de la réalité sociale, qui accorde au document un rôle fondamental dans toute vie sociale. Pour lui, rien de social n'existerait si cela ne venait s'inscrire dans un document, comme par exemple un contrat. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres, car il y a en fait bien des types de documents, correspondant à la variété des actes sociaux, plus ou moins réflexifs mais qui ont tous en commun de laisser des traces. Le passage à la civilisation numérique n'a fait qu'amplifier cette tendance. C'est donc une philosophie du monde actuel que le philosophe italien propose. Dans ce livre, un ensemble de spécialistes, allant de la métaphysique à l'esthétique en passant par le droit, ouvrent une discussion critique avec cette construction philosophique de la réalité sociale : dans quelle mesure notre monde social est-il réellement fait de documents ? Et notre existence sociale se réduit-elle à ce qui peut être documenté d'elle ??À PROPOS DES AUTEURSJocelyn Benoist est Professeur de Philosophie Contemporaine et de Philosophie de la Connaissance à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, membre de l'UMR 8103 ISJPS.Pauline Nadrigny est Maîtresse de Conférences en Esthétique à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, membre de l'UMR 8103 ISJPS.Henri Peiffer est doctorant en philosophie sociale à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, membre de l'UMR 8103 ISJPS.
Qu'est-ce que la perception ? Par elle, que nous disent les sens du monde, de l'autre et de nous-même ? Rien ! Les sens sont muets. Ils n'ont rien à nous dire ! Telle est la réponse de Jocelyn Benoist. Il est essentiel, pourtant, que nous puissions en parler. Seulement c'est nous qui parlons, non eux. Et si, voulant faire droit à la réalité de notre expérience sensible, nous commencions par renoncer à la traiter d'abord comme un discours ? Le mutisme des sens demeure traversé de bruits. Jocelyn Benoist, envers et contre un certain traitement philosophique de la perception - qui la confond avec la connaissance que nous pouvons en tirer ou le sens que nous pouvons lui donner -, nous invite à écouter en elle le bruissement du sensible. Selon lui, pour rendre celui-ci pleinement audible, il faut congédier ce que la philosophie aujourd'hui appelle « le problème de la perception » et, peut-être, renoncer au concept même de « perception » tel que nous l'héritons de la philosophie moderne, au profit d'une enquête sur la texture réelle et poétique du sensible.
Les trois études que rassemble ce volume se proposent de rétablir la genèse et le développement de la théorie husserlienne de la signification, en contribuant ainsi à la restitution de ce que furent les véritables liminaires de la phénoménologie.
Alice est une jeune fille rêveuse mais terriblement renfermée, qui éprouve les plus grandes difficultés à exprimer ses sentiments. Secrètement amoureuse d'un garçon qu'elle voit dans ses cours de tir à l'arc, elle assiste avec tristesse à la déclaration d'amour de sa grande soeur, éprise du même homme, et s'efface en essayant d'oublier sa passion. Comme l'héroïne de Lewis Caroll, elle va pourtant croiser le chemin d'un étrange lapin blanc qui la fera basculer dans le fantastique : ce dernier est perdu au beau milieu d'une route fréquentée, et Alice n'hésite pas une seule seconde pour voler à son secours, au risque de se faire écraser. Elle apprendra plus tard, de la bouche du lapin ayant pris forme humaine, qu'elle est un Maître du Lotis, capable de contrôler le pouvoir magique de certains mots sacrés. Et que le premier d'entre eux, le courage, vient de lui ouvrir les portes d'un monde fantastique...
Cette étude débouche sur une comparaison de fond entre les doctrines de Husserl et de Frege, leurs implications respectives pour la philosophie du langage aujourd'hui. J. Benoist remet en question, à la lumière de Frege, ce qu'il tient pour les insuffisances d'une pensée de l'intentionnalité. La question se pose alors sur la possibilité d'inventer une autre phénoménologie qui ne passerait plus par le concept d'intentionnalité. Cette nouvelle phénoménologie serait à élaborer dans une nécessaire confrontation avec les philosophies contemporaines du langages.
Il existe une littérature immense en langue française sur Husserl qui rend la pensée de cet auteur accessible au lecteur, même novice. Toutefois, les travaux de recherche se sont surtout focalisés sur le dernier Husserl, ses découvertes et ses apories, peu d'études replacent la première pensée de Husserl, et donc l'invention de la phénoménologie, dans son contexte, sujet de ce livre.
Il s'agit d'abord, dans la démarche adoptée, de mettre en avant des "différences", au sein de l'école intentionaliste, beaucoup plus diversifiée qu'on ne le croit souvent, mais aussi entre cette école et les auteurs qui ont délibérément choisi une autre voie : Frege, Russell et aussi Bolzano. Ces "différences" ont été déterminantes pour toute la philosophie du XXe siècle, les connaîtrepermet de mieux définir le "champ" propre de cette philosophie.
Le normalien Tran Duc Thao (1917-1993), ne fut pas seulement le premier agrégé de philosophie vietnamien, il a aussi été un des premiers en France à traverser toute la pensée de Husserl, jusqu'à ses zones les moins fréquentées. Il campe un Husserl entier, pris dans toutes les ramifications de sa réflexion. La physionomie de ce qu'est Husserl pour nous, aujourd'hui, dépend encore largement de la synthèse qu'il a effectuée. En même temps on ne saurait le comprendre sans tenir compte du passage entre cultures qu'il incarne, de sa langue maternelle vietnamienne, de son effort pour trouver une solution de continuité entre la phénoménologie et ce qu'il considère comme l'outil essentiel dans les luttes anticoloniales, à savoir une forme personnelle de marxisme. Au moment où son ouvrage sur la phénoménologie husserlienne, version étendue d'un mémoire présenté à Jean Cavaillès, paraît chez un éditeur confidentiel en 1951, son intérêt s'est déplacé vers le Vietnam et les mouvements annonciateurs des luttes pour l'indépendance en Indochine. Tran Duc Thao qui, d'Althusser à Derrida en passant par Kojève ou Sartre, a marqué tant de philosophes de l'après-guerre a également été un des premiers intellectuels du Vietnam indépendant.