Le travail humain
Ce livre tente de montrer que l'explication naïve, c'est-à-dire l'explication fournie par le non-spécialiste, « monsieur tout le monde », est un aspect important de l'étude et de la prévention des accidents. Comprendre ce qui s'est passé pour prévoir ce qui pourrait se passer à l'avenir, apparaît à la personne ordinaire, comme au spécialiste, comme une nécessité. Un certain nombre de biais défensifs et d'illusions nuisent cependant très souvent à l'efficacité de cette recherche causale et à celle des campagnes de prévention. L'intérêt de l'investigation des explications naïves réside justement dans le fait que celles-ci sont souvent erronées ou biaisées. Ces biais, d'origines diverses, peuvent induire des comportements néfastes vis-à-vis de la sécurité (prise de risque, non-respect ou indifférence vis-à-vis des mesures de sécurité par exemple). A l'inverse, la prise en compte des explications naïves a une valeur diagnostique appréciable et peut résulter en une meilleure adhésion aux mesures de sécurité désormais mieux comprises parce que fondées sur une rationalité et un système de communication plus accessibles. L'explication naïve propose surtout un regard nouveau sur les problèmes de sécurité, qui redonne leur place, toute leur place aux acteurs mêmes de la prévention. C'est donc un champ nouveau qui s'ouvre à la recherche sur les accidents et sur les risques, et que nous voulons croire prometteur pour la santé de tous. Ouvriers, contremaîtres, dirigeants, usagers de la route, professionnels de l'étude et de la prévention des accidents, chercheurs et étudiants, trouveront dans cet ouvrage, nous l'espérons, des éléments théoriques et méthodologiques susceptibles d'éclairer leurs pratiques.
Ce livre présente une étude sociologique de l'organisation du travail dans quatre centrales nucléaires, en France et aux États-Unis. L'argument défendu dans ce livre est que ces organisations, dites à haut risque, bien loin de constituer des curiosités, sont profondément banales : en particulier, elles produisent les dysfonctionnements classiques qu'une longue tradition de recherches en sociologie des organisations a déjà identifiés. L'auteur en conclut qu'il est nécessaire de penser conjointement la fiabilité et la conception organisationnelle, afin d'enterrer la dichotomie confortable entre technologie et organisation. Ainsi pourra-t-on donner la place qui leur revient aux questions d'organisation dans les débats actuels sur la conduite des organisations à haut risque. Ce livre s'adresse non seulement aux spécialistes du domaine du risque, mais aussi à ceux intéressés par l'analyse des organisations. Les étudiants en sociologie et en ergonomie trouveront une présentation inédite des théories de la fiabilité organisationnelle. Les industriels et les institutions chargés de la conception, du fonctionnement et du contrôle de ces installations y trouveront également matière à réflexion, tout comme les citoyens préoccupés des risques industriels.
Ce livre présente un ensemble d'études sociologiques sur la négociation du temps de travail en France, en Allemagne, aux États-Unis et en Russie. La thèse défendue porte sur l'effondrement d'une conception du temps de travail qui s'était progressivement construite, notamment en France, au cours de cent cinquante ans (1830-1980). Si, au cours de cette période, le temps de travail apparaît comme centré sur la protection des individus au travail, la période récente déplace la question de la durée du travail vers la flexibilité temporelle et vers l'emploi. Ce changement de la norme du temps de travail est triple : pertes des repères habituels (durée hebdomadaire du travail, deux jours de repos consécutifs...) ; des formes d'accords collectifs donnant lieu à des configurations individuelles variées ; une emprise plus marquée du temps des marchés sur l'ensemble des temps sociaux. L'auteur conclut sur l'émergence de formes temporelles qui se structurent autour de l'un des deux pôles dominants : soit le pôle temps collectif protégé (partage flexibilisé du travail), soit le pôle temps de la subsistance (temps réduit, pluri-activité). Ce livre ne s'adresse pas seulement aux spécialistes du domaine du travail et des organisations. Les responsables d'entreprises, les syndicalistes et les étudiants en sciences sociales y trouveront des éléments, situés dans leur contexte historique, pour mieux comprendre l'évolution du temps de travail et des multiples temporalités auxquelles nous sommes soumis.
On constate dans le système actuel du travail un désajustement majeur entre l'exercice réel de la puissance de pensée et d'action des salariés et la manière dont celui-ci se trouve emprisonné dans des visées et dispositifs de gestion qui l'ignorent : entre l'exercice de la compétence et son contrôle.C'est à la mise en lumière, sous une pluralité de facettes, de ce désajustement que le présent ouvrage est consacré, afin de permettre de mieux découvrir en quoi consiste, actuellement, la puissance d'agir au travail, d'examiner les conditions de sa reconnaissance, et de la valoriser dans les systèmes sociaux de qualification professionnelle sous la notion de « compétence ».
Dans la continuité du 42e congrès de la SELF (Saint Malo, 2007) et développant certaines des communications présentées au cours de celui-ci, cet ouvrage vise à fournir un aperçu des évolutions significatives de l'ergonomie dans le domaine des produits et des services. Par « produits » il faut entendre ici des objets ou des biens matériels qui résultent d'un processus de production industriel et qui sont destinés à être utilisés dans un cadre professionnel et/ou hors travail. Des sièges, ordinateurs, des logiciels, des téléphones, des voitures, ou encore des appareils électroménagers, constituent autant d'exemples de produits. La notion de service couvre différents types de situations où un individu, un collectif ou une organisation réalisent une activité pour le bénéfice d'autres individus, collectifs ou organisations (par exemple, le service rendu par un médecin, un agent d'une administration, un chargé de relation clientèle, un agent d'accueil, etc.). Produits et services peuvent être étroitement liés ; c'est par exemple le cas dans le domaine des télécommunications (une application est perçue comme constituant en elle-même un service) ou les services qui accompagnent l'usage d'un produit (service après vente, relation client).
L'ouvrage présente plusieurs théories - dont celles notamment d'Yves Clot, Daniel Faïta, Bruno Maggi, Gilbert de Terssac, chacune dans l'espace d'un chapitre, et leurs ramifications dans les théories de neuf chercheurs plus jeunes - ayant privilégié des aspects différents de l'agir, ainsi que plusieurs disciplines : la psychologie, la sociologie, l'économie, le droit, la linguistique, les sciences de l'éducation, ou l'étude interdisciplinaire de la régulation de l'action sociale. Loin de confronter, ou d'opposer, les théories de l'action et les théories de l'activité mises en évidence, l'ouvrage - nécessairement collectif - montre leur compatibilité, fondée sur leur orientation commune permettant de résoudre l'ancien différend entre expliquer et comprendre et aussi dissoudre les nombreux dilemmes qui affectent l'interprétation de l'agir.
Malgré les efforts pour améliorer la sécurité dans l'industrie, la survenue d'une catastrophe n'est jamais à exclure : en témoigne l'explosion de l'usine chimique AZF à Toulouse en 2001. Ce travail interroge les enjeux du concept de sécurité effective, c'est-à-dire la manière dont les sujets passent d'une sécurité figée par des règles à une sécurité en action, au travers d'une transformation des règles formelles en obligations partagées que chacun s'engage à suivre ; l'engagement, l'appropriation, la compréhension et la coordination par les savoirs forment un ensemble de règles sociales inventées et mobilisées pour « agir en sécurité ». La démarche proposée ici s'inscrit volontairement en marge d'une scène judiciaire qui chercherait à décrypter les causes d'une catastrophe, pour se recentrer sur la scène organisationnelle visant à expliquer ce qu'est le travail d'organisation de la sécurité.
Cet ouvrage s'adresse aux praticiens, étudiants et chercheurs qui s'intéressent aux apports d'une approche anthropocentrée pour la conception et l'évaluation des situations de travail. Les différentes thématiques, leurs concepts, les méthodes et techniques nécessaires à l'analyse et la modélisation des activités finalisées, sont confrontées dans cet ouvrage qui devrait devenir le livre de référence généraliste en psychologie ergonomique.
Depuis la fin des années 90, la gestion et la sociologie se sont intéressées au secteur des situations de service, en raison d'une part de son importance économique croissante, d'autre part des changements introduits dans le mode de production de la valeur. Cet ouvrage, l'un des premiers sur le sujet, propose à la fois des éléments de synthèse et des exemples concrets resitués les uns par rapport aux autres. L'ouvrage comporte deux parties : la première présente les caractéristiques générales des situations de service, détaille les dimensions qui les structurent et développe deux points importants, la place du client et la nature des compétences mobilisées. La deuxième partie présente des analyses de classes de situations de service illustrées par des exemples. Une conclusion générale dégage les thèmes transversaux et les conséquences en termes d'action de transformation.
A quoi tient l'efficacité dans la coordination des collectifs de travail ? Question à laquelle les évolutions des entreprises et leur recherche de nouvelles formes d'organisation donnent une évidente actualité. En prenant comme fil conducteur la communication de travail, cet ouvrage propose une démarche d'analyse de l'intelligence des collectifs de travail, applicable à différents secteurs d'activité, industries, services, institutions sociales. Reprenant les apports des théories interactionnistes et les réactualisant à la lumière des réflexions récentes sur l'action, les auteurs montrent le rôle du langage dans la construction collective de l'information et des savoirs, dans l'intercompréhension, dans la négociation et les arbitrages nécessaires au travail. En analysant ses mécanismes, ses formes et ses fonctions, ils font ainsi du langage un outil d'analyse du fonctionnement des organisations. L'étude qui sert de base à cet ouvrage a porté sur l'hôpital. Il s'adresse donc à ceux qui ont à intervenir dans le secteur de la santé. Mais, par sa méthode et ses résultats il concerne plus largement les chercheurs et les professionnels qui s'intéressent aux formes de la communication dans les situations de travail et aux liens entre organisation du travail et communication dans les entreprises et les services.
Les documents électroniques multimédias sont très répandus dans le monde du travail et leur quantité double tous les ans. Les études de cet ouvrage présentent des travaux consacrés à l'amélioration de la conception et de l'emploi de ces documents électroniques, dont l'utilisation pose de nombreux problèmes et dont l'étude n'en est qu'à ses débuts. Trois parties structurent l'ouvrage. Tout d'abord, des questions théoriques générales de lecture : les hypertextes sont-ils destinés à disparaître ? Sans cohérence, comment comprendre des documents complexes ? Une deuxième partie ouvre des perspectives classiques en psychologie ergonomique dans le domaine de la prise en compte des utilisateurs, en particulier des novices. La troisième partie montre le chemin à parcourir quant aux méthodes d'analyse de l'activité : mesure de la "perte" des documents électroniques, de la difficulté à mettre en relation les différents documents, des mouvements oculaires nécessaires pour le déchiffrage d'un document à l'intérieur d'un même document complexe, etc.
Alors que les dispositifs législatifs et juridiques de prévention des risques liés au travail se sont renforcés ces dernières années, on constate, en France, une dégradation des conditions de travail : situations de stress et de mal-être, maladies et accidents professionnels, voire suicides, se multiplient. Pierre Trinquet propose d'analyser ce paradoxe à travers l'approche pluridisciplinaire et globale de l'ergologie. Cette discipline, en se donnant comme objectif de saisir le travail humain dans toute sa complexité, se veut un outil au service de la prévention et de la réduction des risques liés au travail. Pour que le travail retrouve sa fonction émancipatrice essentielle.
Les changements, les mutations du travail, le chômage, l'emploi, l'exclusion..., la plupart des débats dits de société tournent autour de la substance, la place, l'avenir, la valeur du travail dans la vie sociale et ses équilibres. Mais de quoi parle-t-on ? Le problème n'est-il pas de savoir comment on produit des connaissances sur le travail que de répondre dogmatiquement à ces questions ? Cet ouvrage collectif propose à la fois une réflexion épistémologique et critique, une mise en synergie des savoirs autour de la connaissance du travail.
Ce livre s'inscrit dans la même perspective que le précédent ouvrage de l'auteur, Regards sur l'activité en situation de travail (Puf, 1997). Il rassemble des textes pour certains publiés mais difficilement consultables. Pour le psychologue comme pour l'ergonome, le travail est une activité exercée par un homme ou une femme ou un ensemble de personnes, dont l'une des données essentielles est la dimension collective. Cette activité est la réponse que l'opérateur donne aux exigences d'une tâche en même temps qu'il essaie de satisfaire à travers elle des finalités personnelles. Analyser l'activité, tâche importante de l'ergonomie, c'est chercher à découvrir les conditions dont dépend cette activité et par quels mécanismes elles la règlent. Cet ouvrage vise à apporter sur les différents thèmes abordés, regroupés en trois catégories, des informations essentielles pour éclairer la démarche de futurs analystes.
S'adressant aux ergonomes praticiens et chercheurs, aux psychologues, ce livre propose des exemples concrets portant sur les formes de modélisation. Un modèle peut-il être utile pour analyser une activité ? Peut-il fournir des réponses adaptées au terrain ? A partir d'une activité étudiée (conduite automobile ou de navire, accidentologie, sport...) chaque auteur expose les méthodes et les solutions pour une possible modélisation. L'objectif est toujours d'analyser puis de modéliser un comportement ou un raisonnement.
Pourquoi les diverses politiques d'insertion paraissent-elles inefficaces ou si peu efficaces ? Toutes les évaluations des dispositifs d'insertion mis en place depuis une vingtaine d'années aboutissent à des conclusions relativement proches : les ressources et réseaux personnels sont plus utiles que les stages et les formations, les moins qualifiés et les moins jeunes marginalisés, il existerait un certain nombre de personnes exclues définitivement de tout projet professionnel. L'originalité de ce livre est de récuser les explications classiques (les demandeurs d'emploi ne sont pas qualifiés ou bien il vaut mieux bénéficier d'une allocation plutôt qu'un travail pénible mal rétribué) en dépassant un certain fatalisme économique et de défendre une thèse qui est que la faible efficacité de ces dispositifs d'insertion tient aux philosophies et aux pratiques de ces politiques elles-mêmes. Cette thèse s'appuie sur une série d'études et d'expériences scientifiques, elle offre des perspectives pratiques et propose une méthode d'action. Sa thèse est simple mais efficace : ce n'est pas en changeant les idées, c'est-à-dire en voulant modifier les personnes, qu'on change les pratiques, c'est-à-dire l'accès au travail, mais c'est en transformant les pratiques que l'on change les idées. En réduisant le chômeur à ses problèmes on finit par faire comme s'il en était la cause, par le croire et lui faire croire en voulant le transformer. C'est la situation de travail qui crée les qualités du travailleur bien plus que l'inverse. Tous ceux qui s'intéressent à l'échec scolaire, à la pauvreté ou à la délinquance y trouveront matière à réflexion et à action.
Les documents techniques procéduraux (guides d'utilisation, cartes de travail, aides en ligne, plans de montage, recettes de cuisine, règles de jeu, etc.) sont les documents les plus fréquemment utilisés au quotidien. Pourtant, ils ne satisfont pas toujours les besoins des utilisateurs dans la mesure où ils semblent poser de nombreux problèmes de lecture, de compréhension ou d'application des instructions qu'ils contiennent.Pour permettre l'amélioration de la conception de ces documents, cet ouvrage tente de répondre à un certain nombre de questions basées sur l'étude de leur utilisation. Quels sont les facteurs psychologiques et ergonomiques impliqués dans l'interaction utilisateur - document - dispositif ? Quels sont les principaux modèles de compréhension des instructions ? Comment peut-on évaluer l'utilisabilité et l'efficacité des documents procéduraux ? Comment la révision de ces documents peut-elle en améliorer la qualité ? L'étude de la compréhension d'instructions et de l'apprentissage de procédures peut-elle bénéficier d'apports de technologies nouvelles, comme la réalité virtuelle ?