EPOQUES
Après l'armistice du 22 juin 1940, le découpage de la France ne se limita pas à une zone occupée et une dite libre: le nord de la France fut rattaché au commandement militaire allemand de Bruxelles; de la Somme à la frontière suisse, une « zone réservée » au peuplement allemand fut créée; et les bandes littorales de la Manche et de l'Atlantique furent construites d'ouvrages fortifiés pour prévenir un possible débarquement allié. Ces « zones interdites » n'avaient jamais donné lieu à une étude comparée, ce livre comble ce manque historiographique en abordant les projections mais aussi les hésitations de l'Occupant, l'exploitation économique qui y fut tentée au profit du Reich et la manière dont les Français furent affectés dans leur quotidien et les peurs que ces aménagements suscitèrent. Professeure d'histoire contemporaine à l'Université Marie & Louis Pasteur à Besançon, chercheuse au Centre Lucien Febvre (UR 2273), spécialiste de l'histoire de l'Allemagne au XXe siècle. Elle travaille en particulier sur l'histoire du nazisme et de la dénazification après 1945 en Allemagne. Elle a récemment publié : Kaltenbrunner, le successeur de Heydrich, Paris, Perrin, 2022.
Le massacre de la Saint-Barthélemy (1572), dès ses lendemains, devint un objet d'histoire conflictuelle. S'opposèrent des historiens catholiques ou protestants qui cherchèrent à expliquer comment un crime d'une telle intensité avait pu se produire à contre-sens d'une concorde orchestrée par le roi Charles IX. Depuis ce temps, se sont multipliées les histoires d'un événement toujours apparu comme une violence inouïe et donc façonné selon des narrations antagonistes obéissant aux enjeux religieux, politiques, ou idéologiques immédiats. La Saint-Barthélemy est ici scrutée comme une hantise française projetée dans des passions se succédant les unes aux autres. Hantise qui laisse transparaître l'angoisse d'une vérité historique, certes instrumentalisée, mais peut-être pour toujours introuvable... Professeur émérite d'histoire moderne à l'université de Paris IV-Sorbonne, spécialiste des guerres de Religion et des pratiques de violence à la Renaissance, Denis Crouzet a construit une oeuvre essentielle, de ses Guerriers de Dieu (Champ Vallon, 1990) à Paris criminel. 1572 (Les Belles Lettres, 2024), en passant par Le XVIe siècle est un héros. Michelet, inventeur de la Renaissance (Albin Michel, 2021) et Christophe Colomb. Héraut d'une apocalypse (Payot, 2006).
Les êtres et leurs restes est un ouvrage collectif né du colloque international organisé à Baugé-en-Anjou, en septembre 2021, à l'occasion des six cents ans de la bataille du Vieil-Baugé (1421). Il propose une réflexion entièrement renouvelée sur cette victoire franco-écossaise de la guerre de Cent Ans, avant de s'ouvrir sur d'autres conflits depuis l'Antiquité tardive jusqu'au XXI siècle. Il rapproche l'Anjou du Brésil, le Pacifique de la Libye, le Rwanda de l'Ukraine. Autour d'un même objet, les dépouilles, il réunit historiens, archéologues, anthropologues, médecins légistes mais encore juristes et littéraires. Il s'inscrit dans les débats majeurs sur le statut des restes humains et les questionnements éthiques sur la place des corps dans les conflits modernes. Jehanne Roul, maître de conférences en histoire médiévale à l'Université catholique de l'Ouest à Angers est chercheuse au Centre de recherche Humanités et Sociétés (CHUS) et au Laboratoire d'Études sur les Monothéismes (LEM). Ses travaux portent sur le monde carolingien. Elle développe aujourd'hui une approche interdisciplinaire croisant histoire, anthropologie et archéologie et mène une prospection sur la recherche des soldats anglais morts pendant la guerre de Cent Ans.
Juin 1848. Quatre mois après l'instauration du suffrage que l'on disait « universel », Paris se couvre une nouvelle fois de barricades. Cette insurrection qui réclamait une république démocratique et sociale a suscité beaucoup d'analyses et de réflexions. Mais quels furent les espoirs, les aspirations, la perception de l'événement des protagonistes ? Quelles furent les conséquences de la féroce répression qui s'abattit sur eux ? Qu'arriva-t-il à ceux qui furent arrêtés, emprisonnés, déportés ? Comment la vie se poursuivit-elle dans leur quartier ravagé par les combats ? C'est la quête de leurs paroles, de leurs regards, de leurs attentes que ce livre entreprend. Une histoire « au ras de la rue », au plus près d'acteurs souvent invisibilisés par de grands récits didactiques. Philippe Darriulat, Professeur d'histoire contemporaine à Sciences po Lille et membre de l'IRHIS, est spécialiste des cultures politiques et des processus de politisation. Il s'est notamment intéressé aux usages de la chanson comme vecteur de diffusion des identités , aux formes de l'engagement républicain dans les sociétés démocratiques et à l'importance du sentiment national « vu de gauche ».
La question des rapports du monde paysan aux pouvoirs qui structurent la société sont d'une actualité brûlante, tout comme ses rapports à l'argent (prix, revenus, prélèvements...). Dans les sociétés anciennes, elles étaient soutenues par deux hypothèses complémentaires : une immobilité absolue au cours des siècles ; un bouleversement radical issu de la Révolution française. Est-ce ainsi que les choses se sont réellement passées ? Ce livre couvre un arc chronologique allant de 1614, dernière réunion des états généraux avant 1789, à la chute de l'Empire en 1815. Il se propose à la fois de revenir sur l'idée de relations immuables entre la paysannerie, les pouvoirs et l'argent, et de montrer que les changements qui furent réalisés étaient bien en germe avant la Révolution. Gérard Béaur, directeur d'études à l'EHESS et directeur de recherches au CNRS, est un spécialiste de l'histoire des campagnes . Il a reçu la médaille d'or de l'Académie d'agriculture de France pour son importante action en faveur de la recherche historique sur les sociétés rurales. Il est entre autres l'auteur d'Histoire agraire de la France au XVIIIe siècle. Inerties et changements dans les campagnes françaises à la fin de l'époque moderne (jusqu'en 1815), Paris, SEDES, 2000.
1776 marque la création de la loterie royale ; 1933, la renaissance de la loterie nationale. La première date correspond au moment où l'État prend acte du développement du jeu dans la société urbaine et tente d'en tirer parti. Le jeu marque ensuite de son empreinte la période révolutionnaire et la première partie du XIXe, jusqu'à la suppression de la loterie et la fermeture des maisons de jeu, en 1836 et 1838, puis se déplace pendant la seconde moitié du XIXe siècle dans les cercles, les casinos et les champs de courses. Acculé, l'État est contraint à nouveau, en 1933, d'avoir recours à la loterie pour financer ses dépenses. L'ouvrage vise à saisir dans la durée le phénomène, sous tous ses aspects, car l'étude du jeu offre une histoire originale de la modernité du XVIIIe au XXe siècle. François Guillet est Professeur d'histoire en classes préparatoires AL au lycée Lakanal de Sceaux. Ancien enseignant à l'université de Lille III, à l'université de Saint-Quentin-en-Yvelines, à Sciences-po Paris , il est chargé de recherches au CNRS (laboratoire d'histoire moderne et contemporaine, ENS Ulm).
Le procès du duc de La Force, entre février et juillet 1721, a tout d'une anecdote scandaleuse de la Régence. Une des premiers personnages du royaume, duc et pair de France, ministre et ami du régent, est jugé pour avoir tenté de faire commerce clandestin de thés et de porcelaines. L'accusation de monopole dont il doit répondre avec ses « complices » stigmatise l'accaparement de biens et de denrées par des particuliers trop puissants, ce qui met en danger les structures traditionnelles de l'économie de la capitale. Le contraste entre la qualité de l'accusé et la teneur de son crime est si extraordinaire qu'il menace de faire vaciller tout l'ordre d'une société hiérarchique. Ce procès ouvre les portes d'un XVIIIe siècle contestataire de l'ordre social bien avant les Lumières. Nicolas Lyon-Caen est chargé de recherche au CNRS, à l'Institut d'histoire moderne et contemporaine (IHMC). Il est l'auteur de La boîte à Perrette. Le jansénisme parisien au XVIIIe siècle, Paris, Albin Michel, 2010. Mathieu Marraud, chargé de recherche au CNRS, a notamment publié La noblesse de Paris au XVIIIe siècle, Paris, Seuil, coll. « Univers historique », 2000 et Le pouvoir marchand. Corps et corporatisme à Paris sous l'Ancien Régime (Champ Vallon, 2021).
La société politique du XVIe siècle accorde, comme de nos jours, une place centrale à l'information. Alors que les guerres de Religion remettent en cause l'unité du royaume, les pouvoirs urbains s'appuient sur la circulation des nouvelles pour bâtir leur action et protéger la cité. En prenant l'exemple de Lyon, ce livre interroge le rôle de l'information dans l'art de gouverner une ville plongée dans la crise politique et religieuse. Les lettres échangées, les messagers envoyés et les rumeurs combattues font surgir un arsenal informationnel mobilisé par les autorités. Cette étude de l'information urbaine pose un autre regard sur les pratiques de gouvernement de la première modernité, et, plus largement, replace les villes au coeur des réflexions politiques du temps des guerres de Religion. Gautier Mingous est maître de conférences en histoire moderne à l'Université Bordeaux Montaigne. Membre du CEMMC, ses travaux portent sur l'information de la première modernité et sur les sociétés urbaines au temps des guerres de Religion.
Cet ouvrage, à la confluence de l'histoire syndicale et municipale, de l'architecture et de l'histoire urbaine, retraverse plus d'un siècle d'histoire de ces modes d'hébergement syndical que sont les Bourses du travail, les maisons du peuple ouvrières et les maisons des syndicats. Il analyse leurs conditions d'émergence, les interactions mouvantes entre syndicats et municipalités, leur inscription dans la ville, la nature des bâtiments qui leur sont dévolus, constitutifs d'un patrimoine qui vaut à une quarantaine d'entre eux d'être classés monuments historiques ou inscrits à l'inventaire du patrimoine. Si la désindustrialisation et la « mise en tourisme » des villes concernées suscitent aujourd'hui des remises en cause, une pluralité d'acteurs sociaux leur accordent un intérêt renouvelé. Professeure émérite des universités à l'Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, Danielle Tartakowsky a occupé le poste de présidente de l'Université Paris 8 de 2012 à 2016. Spécialiste de l'histoire sociale et politique dans la France du 20e siècle, ses recherches portent plus spécifiquement sur l'histoire des mouvements sociaux et des mobilisations collectives pour les périodes de crise qu'ont été 1934-1936 et 1968.
À la question classique « qu'est-ce que la noblesse ? », ce livre répond de manière inédite : en tant que rapport social, qui a changé au cours du temps, la noblesse ne peut être envisagée de la même manière entre le début du XVIe et la fin du XVIIIe siècle. Sa définition, les pouvoirs, les pratiques et les comportements des acteurs qui lui sont associés, les constructions symboliques qui étaient élaborées pour la légitimer, se sont transformés au cours de l'époque moderne. L'auteur redonne ainsi son historicité propre à ce qui est devenu une catégorie sociale, et entend par là mieux appréhender les dynamiques qui ont travaillé en profondeur la société française ainsi que le régime monarchique entre Renaissance et Révolution. Élie Haddad est chargé de recherche au CNRS, membre de l'équipe RHiSoP (Recherches en Histoire Sociale du Politique) du Centre de Recherches Historiques (EHESS/CNRS). Il a notamment publié, avec Robert Descimon, Épreuves de noblesse. Les expériences nobiliaires de la haute robe parisienne (xvie-xviiie siècle), Paris, Les Belles Lettres, 2010).
C'est un nouveau regard sur la sortie des guerres de Religion que ce livre propose : au lieu de redire les hauts faits d'Henri IV, comme maintes biographies les répètent à l'identique, il fait ressortir la grande incertitude liée à l'avènement d'un protestant pour révéler les mécanismes qui ont permis à la monarchie de se réinventer au moment où elle fut confrontée à une crise sans précédent. Ainsi, par le biais des acteurs de l'ombre, des hommes d'Église aux côtés d'Henri, il est possible de se détacher de la figure figée du roi vainqueur, et de redonner leur dimension problématique à des événements comme le sacre royal. L'étude du travail de légitimation du premier Bourbon permet alors d'appréhender la monarchie en tant qu'oeuvre collective d'acteurs travaillant à assurer sa survie. Lana Martysheva est docteure en histoire moderne (thèse soutenue à Sorbonne Université, sous la direction de Denis Crouzet), spécialiste de l'histoire culturelle, religieuse et politique européenne (particulièrement, France et Italie). Elle a enseigné à la Sorbonne et à Aix-Marseille Université et a été Max Weber fellow à l'Institut universitaire européen de Florence. Actuellement, elle est membre de l'École française de Rome.
Dans le Paris du XVIIIe siècle, avide de spectacles, les comédiens et les comédiennes suscitent à la fois fascination et méfiance. Loin des stéréotypes, ce livre révèle à quel point la période est surtout celle de la structuration d'un métier. De manière concrète, l'ouvrage s'approche au plus près des expériences professionnelles et des trajectoires des comédiens. Il les suit de la lumière de la scène à l'ombre des coulisses, grâce à des correspondances de travail, des archives de police ou encore des sources de presse. L'enquête se déploie aussi bien dans les grands théâtres de la capitale (Comédie-Française, Comédie-Italienne) que dans les petits spectacles de boulevard ; et ce dans un moment charnière, entre les dernières décennies d'Ancien Régime et la fin de la Révolution française. Docteure en histoire moderne, Suzanne Rochefort est agrégée d'histoire et ancienne élève de l'ENS de Lyon. Elle a soutenu à l'EHESS une thèse intitulée « Travailler sur le devant de la scène : le métier de comédien et de comédienne à Paris (années 1740-1799) », menée sous la direction d'Antoine Lilti. La thèse, dont ce livre est issu, a reçu en 2022 le prix Benabou d'histoire moderne décerné par la Chancellerie des universités de Paris.
La prolifération des rumeurs fut l'un des plus curieux symptômes de l'état de fermentation que connut la France entre le rétablissement des Bourbons en avril 1814 et la fin de l'automne 1816. Pendant plus de deux ans, l'espace public fut sans discontinuer parcouru en tous sens par des « fausses nouvelles » à caractère politique. Dans cette phase de transition chaotique, l'incertitude s'était installée : elle explique en partie le bourgeonnement des informations alternatives. Mais la particularité de cette séquence fut l'extraordinaire déferlement des nouvelles annonçant le retour de Napoléon en France. Cet ouvrage étudie comment le culte populaire du héros charismatique s'est forgé, dans ce contexte de multiplication des bruits politiques, comme une attente à caractère messianique. François Ploux est né en 1966. Il est actuellement professeur d'histoire contemporaine à l'université Bretagne-Sud (Lorient). Il s'intéresse à l'histoire sociale et politique du XIXe siècle. Ses travaux ont d'abord porté sur la violence dans le monde rural (Guerres paysannes en Quercy. Violences, conciliation et répression pénale dans le Lot (1810-1860), La Boutique de l'Histoire, 2002).
Et si la verticalité avait une histoire ? Dans la perception occidentale du monde en trois dimensions, la montagne joua un rôle déterminant. Celui-ci s'affirma à partir de la Renaissance, lorsque les Alpes et les Andes virent défiler des dizaines de milliers d'individus, simples mercenaires comme princes ou même rois, qui rêvaient de conquêtes à la hauteur de celles d'Alexandre et d'Hannibal. Parce que la montagne est « scabreuse, pierreuse, montueuse, infertile, mal plaisante à l'oeil, très difficile aux pieds », comme l'écrit Rabelais, elle s'éprouve jusque dans la chair. Elle est le lieu de l'initiation, de la conversion et de la transfiguration. Loin d'être le territoire du retard et du barbare que l'on prétendait, la montagne fut surtout le lieu du dépassement, de la réformation de l'oeil et de l'esprit, qui participèrent de l'élan de la Renaissance. La verticalité traversée et vaincue devint un état d'esprit fait d'audace, d'ambition et d'innovation. Ainsi François Ier, ébloui d'avoir su « trancher les monts » en y conduisant chevaliers et canons avant de triompher à Marignan, ou Cortès, ordonnant de faire l'ascension du Popocatépetl avant de prendre Mexico. Selon l'usage que les souverains ou les peuples en firent, la montagne fit saillir des identités nouvelles, elle façonna les imaginaires, contribua à modifier les pratiques et les cultures politiques de l'Europe moderne. Et les montagnards naquirent pour eux-mêmes, défendant leur territoire face aux sarcasmes des hommes des plaines. Du légendaire Guillaume Tell au chevalier Bayard, de l'amazone Philis de la Charce aux fées francoprovençales, la montagne devint un territoire revendiqué et valorisé, forgeant des « identités verticales », tant chez les redoutables Suisses que chez les équivoques ducs de Savoie, qui la déclinèrent en poèmes et en somptueux ballets de cour. En faisant cheminer l'homme entre ciel et terre, entre arêtes et précipices, entre effondrement physique et extase mystique, la verticalité de la montagne est en soi un chemin « montant descendant », susceptible de transformer l'homme en profondeur. Elle s'impose à nous comme une magnifique allégorie de la Renaissance, sinon de la vie elle-même. Stéphane Gal est maître de conférences HDR en histoire moderne à l'université Grenoble Alpes. Il a notamment publié Charles-Emmanuel de Savoie La politique du précipice, Payot, 2012.
L'enquête porte sur le rôle des curés dans le règlement des conflits du quotidien, sous l'Ancien Régime. Sans que cela fasse partie de leurs devoirs au sens strict, les curés sont encouragés, à partir du XVIIe siècle, à apaiser les différends de leurs paroissiens : querelles familiales, successorales, problèmes de bornage, de dettes non remboursées, de fiscalité, ou échange d'insultes. À partir de sources inédites, l'ouvrage examine de quelle manière ces prêtres utilisent leur responsabilité pastorale pour apaiser les querelles afin d'éviter qu'elles dégénèrent en procès, proposer une solution aux litiges ou amener les parties à trouver un terrain d'entente permettant de terminer un procè Anne Bonzon, née en 1963, est professeure à l'université Paris 8. Elle est spécialiste de l'histoire sociale et religieuse des XVI et XVII siècles.
Ce livre propose une relecture des premiers siècles avant et de notre ère à travers le prisme du pouvoir personnel à Rome, qu'il soit imaginé, craint, combattu ou effectivement appliqué. Une réinterprétation des sources et des notions-clefs de la grammaire politique antique permet d'apprécier, de Sylla à Trajan, des mutations et des continuités qui s'affranchissent des césures chronologiques et des cadres traditionnels. De cette étude à la croisée entre histoire et pensée politique, émergent les forces et les faiblesses d'un recours incertain et très évolutif au pouvoir d'un seul. Si les institutions de la res publica romaine parviennent à intégrer progressivement cette forme de pouvoir, elles ne lui garantissent cependant pas une légitimité et une autorité pérennes. Jérôme Kennedy est docteur en histoire romaine. Professeur agrégé d'histoire affecté en lycée, il est également chargé de cours pour le compte des universités de Lille et de Valenciennes.
L'histoire de la fiscalité, c'est aussi l'histoire de l'Etat. Mireille Touzery en donne la première histoire, de sa naissance (1302) à sa mort (1792). En France, l'Etat occupe une place spécifique dans la genèse de la nation et dans la construction de l'unité du pays. Si on s'interroge : qui paye ou ne paye pas, quand, comment, pourquoi, où, apparaissent des choix politiques et sociaux, des valeurs culturelles et morales, des situations économiques et militaires, de la chronologie. L'auteure met au jour une monarchie bifrons, absolue dans les échelons supérieurs du pouvoir, mais négociant en permanence à l'échelon local. Grâce à une documentation chiffrée inédite, elle cartographie les gagnants et les perdants de la Révolution et donne de nouvelles interprétations d'épisodes controversés. Mireille Touzery-Le Chenadec, agrégée d'histoire, ancienne pensionnaire de la fondation Thiers, est professeure d'histoire moderne à l'université de Paris-Est Créteil (U-pec) où se trouve son laboratoire, le Centre de Recherche en Histoire Européenne Comparée (CRHEC). Elle est membre du Comité pour l'histoire économique et financière de la France et de la Société de l'histoire de France.
Des nourrissons gelés dans leur berceau, des aristocrates enfermés dans leur chaise à porteur installée au milieu de leur salon pour échapper à la froidure des courants d'air, des écrivains les jambes enserrées dans une peau d'ours, des paysans réfugiés dans leur lit, seul endroit de la maison où l'on peut jouir d'une relative chaleur en hiver, des voyageurs retrouvés morts sur le bord des chemins... Quand les archives nous laissent apercevoir nos aïeux aux prises avec l'hiver, le spectacle est à la fois surprenant et dépaysant. Si ces anecdotes mettent indirectement en lumière la rigueur des hivers du passé, elles témoignent aussi, et surtout, de l'incapacité des sociétés anciennes à se protéger efficacement des assauts récurrents du froid. Habitués au confort douillet de nos habitations, nous peinons à imaginer ce qu'a pu représenter l'épreuve de l'hiver pour les hommes et les femmes du passé. Contraints de grelotter au coin de leur cheminée qui chauffait peu et mal, ils devaient déployer des trésors d'énergie pour essayer de lutter contre les morsures du « petit âge glaciaire ». Leur sensibilité au froid et à la chaleur était bien éloignée de la nôtre et cette accoutumance à l'inconfort, cette capacité à endurer avec résignation des températures intérieures dont l'évocation seule nous fait aujourd'hui frissonner ne manquent pas de nous étonner. Il faudra attendre la seconde moitié du xviiie siècle pour que se développe enfin une réelle réflexion technique sur le chauffage domestique, nourrissant dès lors cet insatiable appétit de chaleur qui est encore aujourd'hui le nôtre. Dans la lignée des grands travaux consacrés à l'histoire des sensibilités, ce livre se propose de reconstituer l'expérience sensible du froid et de la chaleur à l'époque moderne. Il souhaite ainsi contribuer à retracer la généalogie de notre rapport sensible au monde. Agrégé et docteur en histoire, Olivier Jandot enseigne au Lycée Gambetta-Carnot d'Arras. Il est également chargé de cours et chercheur associé à l'Université d'Artois (EA 4027 CREHS).
Varsovie, 19 septembre 1940 : un officier de réserve polonais se fait volontairement arrêter lors d'une rafle par l'armée allemande.Son nom : Witold Pilecki.Sa mission : être interné dans le camp d'Auschwitz pour y constituer un réseau de résistance.Témoin tragique d'une des pages les plus sombres de l'histoire de l'humanité, après presque mille jours passés dans l'antre du crime nazi, il est le premier homme à informer des conditions effroyables de détention à Auschwitz. Constatant qu'aucune intervention extérieure n'est menée, il s'évade au printemps 1943 pour raconter lui-même l'enfer concentrationnaire qu'il vient de vivre.« Dire ce que nous ressentions permettra de mieux comprendre ce qui s'est passé » : le Rapport Pilecki constitue la mémoire vive d'un homme qui fut l'un des plus grands résistants de la Seconde Guerre mondiale.Arrêté et condamné pour espionnage par les communistes, il est exécuté clandestinement en 1948 à l'âge de 47 ans.
L'ouvrage explore comment l'État royal français institue au coeur de son dispositif de pouvoirs des structures spécialisées dans le maniement de l'écrit politique pour éteindre les troubles des guerres de Religion et armer stratégiquement, politiquement et théoriquement les luttes et les contacts militaires et cérémoniels à l'échelle européenne. Les acteurs de ces structures administratives nouvelles contribuent à forger, dans ce contexte de crise politique, une gouvernementalité moderne. Leur position fonctionnelle dans l'État croît jusqu'à en faire la pointe avancée d'une société politique en intense recomposition. Ils forment alors une société administrative aux pratiques apparentées à celles de leurs homologues européens au gré de l'internationalisation des guerres de Religion. Jérémie Ferrer-Bartomeu est diplômé de l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, docteur en histoire moderne de l'École nationale des chartes et ancien membre scientifique de la Casa de Velázquez.
La lettre de cachet, symbole du pouvoir absolu de l'Ancien Régime, a été massivement utilisée par les familles, et singulièrement, à Paris, par celles des milieux populaires, pour faire enfermer leurs parents indociles. Le roi, pour défendre l'ordre des familles, a mis à leur disposition cet instrument de son pouvoir. Les archives de la police, dites de la Bastille, regorgent de dossiers qui révèlent, à travers les placets de demandes d'enfermement et les enquêtes menées par la police dans le quartier, tous les aspects de ces conflits familiaux. Elles montrent combien ce système, devenu au XVIIIe siècle un des piliers de la politique paternaliste de la monarchie et des relations nouées entre la police et la population, joue un rôle primordial dans les régulations sociales de la capitale.
Ce livre se propose de revisiter l'histoire de la Rome impériale sous l'angle du contrôle du pouvoir : comment il s'acquiert et comment il se conserve. Pour cela, une lecture précise des sources de toute nature tente de dégager des logiques et des modes de fonctionnement, afin d'affiner notre connaissance des faits, au-delà de la litanie des assassinats d'empereurs ou de sénateurs. Il en ressort un portrait d'un pouvoir impérial soucieux de maintenir le consensus le plus large et de préserver sa légitimité, que ce soit par la bonne volonté - quand cela est possible - ou par l'élimination brutale de toute contradiction. Ce maintien du consensus est le fruit d'une pratique s'appuyant sur des exempla, ou modèles de comportement, légués par des prédécesseurs, depuis Auguste jusqu'à Caracalla. Agrégé, docteur en histoire ancienne et chercheur associé à l'Halma (UMR 8164), Jérôme Sella allie actuellement enseignement dans le secondaire et charge de TD à l'université de la Sorbonne (Paris IV). Ses sujets de recherche concernent l'histoire politique, les mentalités, la numismatique.
Il y a quatre-vingt-dix ans, Paul Doumer, fils de cheminot né à Aurillac, était élu président de la République. Audace d'un régime, la IIIe République, qui consacre l'ascension méritocratique par l'école comme une possibilité de justice sociale. Audace d'un homme incarnant ce fondement par l'exemple de son parcours : placé à 14 ans comme apprenti par sa mère veuve, le jeune Auvergnat passe son bac en blouse d'ouvrier. Inclassable politiquement, Doumer participe au régime pendant près de cinquante ans (1887-1932), au carrefour de la droite et de la gauche, à la jonction de la politique, de l'industrie, de la finance, de la diplomatie. Un parcours marqué par la tragédie : cinq de ses enfants meurent entre 1914 et 1923, avant que le président lui-même ne soit assassiné le 6 mai 1932. Amaury Lorin est docteur en histoire de l'Institut d'études politiques de Paris. Il a reçu le Prix Auguste Pavie de l'Académie des sciences d'outre-mer 2005, le Prix des écrivains combattants 2006 et le Prix de thèse du Sénat 2012. Il contribue à Questions internationales depuis 2010 et a codirigé Nouvelle histoire des colonisations européennes (XIXe-XXe siècles) (PUF, 2013) et L'Europe coloniale et le grand tournant de la Conférence de Berlin (1884-1885) (Le Manuscrit, 2013).
Ce livre porte sur les nombreux rassemblements organisés de 1944 à 1967 par des groupements juifs parisiens pour commémorer la Shoah et la Seconde Guerre mondiale. Dans un monde juif pluriel, très politisé et fortement clivé, ces cérémonies constituaient un rituel sociopolitique, un vecteur de mémoire et une ressource identitaire. Au vu de cette dense activité commémorative et des fonctions qui lui étaient assignées, il apparaît que la Shoah ne fut en aucun cas passée sous le boisseau au sein de la vie publique juive dont il convient aussi de réévaluer la vitalité dans la France de l'après-guerre, car ces commémorations participèrent pleinement à la reconstruction de la collectivité juive. C'est autour de ses morts que celle-ci revint à la vie au lendemain de la guerre et du génocide. Simon Perego est agrégé et docteur en histoire. Sa thèse de doctorat, soutenue en 2016 à Sciences Po Paris sous la direction de Claire Andrieu et dont est issu cet ouvrage, a été distinguée par le prix de thèse francophone en études juives 2017 et le Prix Henri Hertz 2018 de la Chancellerie des Universités de Paris. Ses travaux actuels portent sur les populations juives de langue yiddish après la Seconde Guerre mondiale et leurs pratiques testimoniales.
Blanc d'Espagne, rouge végétal, poudres à poudrer, pommades de concombres et de limaçons... ce livre rend compte de la composition de ces produits, aussi bien que de leurs appellations, de leurs vocations et de leurs usages sociaux dans le Paris de l'Ancien Régime. La lumière est aussi portée sur les modalités de leur production. Un temps confinée dans l'espace domestique, rattachée à la cuisine, à la thérapeutique et aux pratiques magiques, la confection des cosmétiques glisse ensuite entre les mains des gantiers-parfumeurs. Dans leur laboratoire et leur boutique, ces artisans mettent en pratique des techniques et des savoirs composites et oeuvrent à la création d'un univers commercial spécifique. Avec l'entrée progressive dans un monde de consommation, les cosmétiques se diffusent dans la société : un marché de la beauté émerge au XVIIIe siècle que les institutions de la monarchie éclairée tentent de contrôler.
Ce livre porte sur un aspect méconnu de la Révolution française. A Paris les policiers professionnels de la monarchie absolue sont remplacés en 1789 par des commissaires de police élus par leurs concitoyens. Ils doivent maintenir l'ordre public dans une immense ville en révolution. Cet ouvrage revient sur l'expérience de ces policiers élus et leurs relations avec le peuple de Paris. Il s'interroge aussi sur les spécificités du maintien de l'ordre en révolution. Il étudie le quotidien des commissaires, mais aussi leurs destins contrastés, au gré des crises politiques et des « journées » révolutionnaires auxquelles ils contribuent. Le Directoire met fin à cette expérience, en transformant ces « citoyens-policiers » en serviteurs de l'Etat. Vincent Denis est historien, maître de conférences en histoire moderne à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne (IHMC). Ses travaux portent sur l'histoire de la France du 18e siècle et l'histoire des polices. Il notamment publié Une histoire de l'identité : France, 1715-1815 (Champ Vallon, 2008), Histoire de l'identification des personnes (La Découverte, 2010) en collaboration avec Ilsen About.
1848 signe bien sûr le « printemps des peuples », soit une révolution largement européenne, nationalitaire et démocratique. Et s'il manquait, dans ce récit, des pièces du puzzle? Les révolutions de 1848 sont aussi inscrites dans une histoire large, atlantique et impériale sinon mondiale, que cet ouvrage se propose d'exhumer. Il restitue la pluralité des « mondes de 1848 », au plus près des expériences vécues. Il fait se côtoyer au fil des pages des révolutionnaires traversant l'Atlantique, des exilés et utopistes en quête de nouvelles « colonies agricoles », des féministes réunies à Seneca Falls (Etats-Unis), et des esclaves aspirant à l'émancipation après la deuxième abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. Il montre les réverbérations de 1848 dans des espaces lointains. Emmanuel Fureix est professeur d'histoire contemporaine à l'Université Paris-Est Créteil. Quentin Deluermoz est professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Paris. Clément Thibaud est directeur de Mondes Américains-UMR 8168 et président de l'Association des Historiens Contemporanéistes de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche (AHCESR).
Colbert, Louvois ou Pontchartrain : les noms des proches conseillers de Louis XIV sont bien connus, autant que leurs personnalités et leurs oeuvres politiques. Leur histoire conjugale et familiale, elle, comporte de larges parts d'ombre, pour les historiens comme pour le grand public. Cet ouvrage propose un portrait dynamique des femmes qui ont épousé un ministre sous le règne personnel de Louis XIV, en envisageant leur place dans leur couple, dans leur famille, dans l'entourage du roi et dans la société française du XVIIe siècle. Capacité d'action, concertation conjugale et stratégies lignagères se trouvent au coeur des réflexions dans une perspective genrée, afin de dessiner à la fois une histoire des femmes, du couple et de la noblesse dans la France moderne. Docteure en histoire de Sorbonne Université, Pauline Ferrier-Viaud est aujourd'hui maîtresse de conférences à l'Université d'Artois. Autrice d'une thèse soutenue en 2017 sous la direction de M. le Professeur Lucien Bély, elle a très tôt engagé des recherches en histoire des femmes et du genre à l'époque moderne.
Comment les huguenots ont-ils survécu et même prospéré dans le Paris du XVIIIe siècle, alors que la majorité de la population catholique était hostile au protestantisme? Pourquoi, à la fin de l'Ancien Régime, l'opinion publique était-elle majoritairement favorable à l'octroi de droits plus grands aux protestants? David Garrioch explique cette transformation des attitudes à l'endroit de la minorité huguenote à la fois par la manière dont elle sut résister à la persécution et le pragmatisme avec lequel le gouvernement décida d'y réagir, mais aussi par l'environnement particulier qu'était alors la capitale par rapport au reste du royaume. Ce livre permet surtout de comprendre l'évolution de la culture catholique dans le cadre de la transformation culturelle et intellectuelle des Lumières. David Garrioch, historien, est professeur à Monash University (Melbourne, Australie). Les Editions La Découverte ont publié son premier livre traduit en français: La Fabrique du Paris révolutionnaire. Il est également l'auteur de The Formation of the Parisian Bourgeoisie, 1680-1830 et de Neighbourhood and Community in Paris, 1740-1790.
Comment conquérir puis gouverner une dizaine de cités, des nobles par milliers et près d'un million de sujets ? En Lombardie, entre 1515 et 1530, François Ier, Francesco II Sforza et Charles Quint ont buté sur la même question. La réponse offrait un prix de taille : une terre riche et peuplée, à la croisée des chemins de la Méditerranée, des Alpes et des plaines du Nord. Si la guerre fut destructrice et indécise, c'est que les autochtones opposèrent aux conquérants des défis à la hauteur d'une culture politique millénaire. Plus le temps passe, plus la Lombardie apparaît comme une des pièces incontournables de la formation de l'Europe moderne, entre exercice de la souveraineté, de la fidélité et de la médiation mais aussi expérience de la violence, de la servitude et de la résistance. Séverin Duc, agrégé et docteur en Histoire, est membre de l'École française de Rome et chercheur associé au Centre Roland Mousnier. Il obtenu, pour la thèse dont ce livre est issu, le prix Aguirre-Basualdo de la Chancellerie des Universités de Paris. Actuellement, il s'intéresse à l'histoire sociale et familiale des pouvoirs en France et en Italie.
Au XIXe siècle, le « vandalisme révolutionnaire » n'est plus de saison. Et pourtant, des gestes oubliés, d'une ampleur insoupçonnée, semblent se rejouer : bustes de rois brisés, emblèmes martelés, drapeaux brûlés. Dans des moments d'anomie, de révolution ou de restauration, le domaine de ce qu'il est tolérable de voir est redéfini. L'oeil blessé dicte sa loi. Que détruisent alors les iconoclastes ? Que visent-ils à travers l'image brisée ? Quelle puissance et quelle vitalité lui attribuent-ils ? Quels effets croient-ils produire sur le monde social et sur les rapports de pouvoir ? Nourri d'archives vivantes et sensibles, l'ouvrage analyse ces gestes en situation, comme autant d'opérations politiques dont il restitue les sens perdus. Emmanuel Fureix est maître de conférences habilité à diriger des recherches à l'Université Paris-Est Créteil, ancien membre de l'Institut universitaire de France. Il a notamment publié La France des larmes. Deuils politiques à l'âge romantique (Prix Chateaubriand 2009), Le siècle des possibles. 1814-1914 (2014), et La modernité désenchantée. Relire l'histoire du XIXe siècle français (2015, avec François Jarrige).
Rêver la société pour la changer en cité idéale et participer à l'avènement d'un monde nouveau. Ce fut le désir de nombreux artistes, qui ne furent pas tous des figures d'avant-garde. Cette ambition a parcouru tout le XIXe siècle, mais elle occupa une place singulière et méconnue sous la IIIe République, entre le souvenir de la Commune de Paris et l'Union sacrée de la Grande Guerre. Portrait collectif d'une génération de peintres et sculpteurs du Paris fin-de-siècle, le livre examine le rôle et la fonction d'artistes tels Rodin, Luce, Pissarro, Gallé, Gérôme, Toulouse-Lautrec, Signac, Prouvé ou Guitry. Convaincus de la performativité de leurs oeuvres, ils s'érigèrent en bâtisseurs d'art et réinventeurs de l'histoire, en fondateurs d'un art social et combattants de la vérité. Bertrand Tillier est professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et chercheur à l'IDHES, où il enseigne la culture visuelle et l'histoire des médias. Il a dirigé l'ouvrage: L'art du XIXe siècle, L'heure de la modernité (Citadelles & Mazenod, 2016) et publié notamment chez Champ Vallon La Commune de Paris, révolution sans images? Politique et représentations dans la France républicaine (1871-1914) (2004) et Les Artistes et l'affaire Dreyfus (1898-1908) (2009).