Philippe DARRIULAT
Philippe DARRIULAT
Juin 1848. Quatre mois après l'instauration du suffrage que l'on disait « universel », Paris se couvre une nouvelle fois de barricades. Cette insurrection qui réclamait une république démocratique et sociale a suscité beaucoup d'analyses et de réflexions. Mais quels furent les espoirs, les aspirations, la perception de l'événement des protagonistes ? Quelles furent les conséquences de la féroce répression qui s'abattit sur eux ? Qu'arriva-t-il à ceux qui furent arrêtés, emprisonnés, déportés ? Comment la vie se poursuivit-elle dans leur quartier ravagé par les combats ? C'est la quête de leurs paroles, de leurs regards, de leurs attentes que ce livre entreprend. Une histoire « au ras de la rue », au plus près d'acteurs souvent invisibilisés par de grands récits didactiques. Philippe Darriulat, Professeur d'histoire contemporaine à Sciences po Lille et membre de l'IRHIS, est spécialiste des cultures politiques et des processus de politisation. Il s'est notamment intéressé aux usages de la chanson comme vecteur de diffusion des identités , aux formes de l'engagement républicain dans les sociétés démocratiques et à l'importance du sentiment national « vu de gauche ».
La France reste un des rares pays à faire défiler son armée lors de sa fête nationale. Depuis la Révolution, la nation est de gauche, la République aime l'armée, conquiert des colonies, et les patriotes ne rêvent que d'émanciper les peuples sous les chaînes. A tout le moins jusqu'à la révolution de 1848 qui, s'exprimant par Lamartine, affirme son pacifisme. Pourtant, jusqu'à la Commune de Paris, la tradition "nationaliste" de la gauche reste vivace. La connaître, l'identifier, en saisir les affirmations et les paradoxes, aide à comprendre un des aspects majeurs de la singularité française.
Entre 1815 et 1870, l’Europe n’était pas seulement celle des nations et des révolutions industrielles : c’était aussi un laboratoire d’idées audacieuses.