Les Belles Lettres / essais
Et si Platon, souvent présenté comme l’ennemi des poètes, avait en réalité fait des histoires le cœur même de sa philosophie ?
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l'Europe se remplit de musique. Partout, la pratique musicale s'organise, se déploie, se structure, portée par la présence de grands fondateurs : Monteverdi, « Inventeur de l'Opéra », Rameau, « Fondateur de l'Harmonie », J.S. Bach, « Père de toute la Musique », et d'autres noms bien connus : Couperin, Vivaldi, Handel, Purcell, Lully... La musique de cette époque, qualifiée entre temps de « musique baroque », a connu un important mouvement de renouveau au XXe siècle et se trouve aujourd'hui plus jouée que jamais. Elle occupe une place importante dans la programmation des salles de concert, des radios, et touche un public éclectique et nombreux. Face à cet engouement, le moment est venu de faire le point : Pouvons-nous précisément définir ce qu'est la musique baroque ? Pourquoi la jouer aujourd'hui ? Sur quoi fonder la régénération des pratiques qui pourront continuer de nourrir la fascination des musiciens et des auditeurs ? Pour mener cette réflexion, il est ici question de techniques de composition, d'ornementation et de basse-continue, de notre relation au temps, à l'écrit, aux sources historiques, des rapports du musicien à son instrument et de ce qui lui permet d'être un vecteur d'intensité et d'expression. Un ouvrage à destination des mélomanes et des musiciens, pour mieux comprendre, mieux écouter ou mieux jouer la musique baroque.
XVIe siècle, France. Guillaume Budé, juriste devenu humaniste, révolutionne l’étude de l’Antiquité en mêlant philologie, droit et histoire.
Et si l’escalier était bien plus qu’un simple lieu de passage ? L’Esprit de l’escalier révèle comment peintres, écrivains et cinéastes en ont fait un espace symbolique, un théâtre de la vie et de la mort, de la rencontre et de la chute.
Nous lisons l'Odyssée à hauteur des fleurs de ses chants. Chaque plante que nous citons se fait ici espèce botanique et, tout autant, efflorescence d'un monde poétique. En suivant Ulysse, nous pouvons à la fois reconstituer une flore miniature du périple méditerranéen et divaguer dans l'expédition littéraire. La légende d'Homère instituteur d'une culture nous ouvre la réflexive évocation des trois végétaux énigmatiques : le népenthès d'Hélène, la nourriture fleurie des Lotophages, le molu empêchant Ulysse de succomber à Circé. Les racines des noms de plantes voyageant avec elles autorisent une rêverie philologique qui ajoute son parcours aux errances du récit. La nostalgie pour Ithaque, enfin, se révèle une hantise par l'humble image du premier verger où grandit un Ulysse jardinier. S'il n'est aucun retour parfait, graines et semailles de l'Odyssée nous rappellent du moins qu'entre la poésie et la vie, nous avons à planter, transplanter, cultiver et recueillir.
1945, après Auschwitz : un homme choisit la poésie comme ultime résistance. Paul Valet retrace le destin fulgurant de Georges Schwartz, médecin, résistant et poète, dont l’œuvre inclassable éclaire nos propres combats.
Qui ne s'est demandé, levant les yeux vers un ciel étoilé, considérant son abyssale profondeur, quel sens avait l'existence ? Kant a formulé cette interrogation sous forme de réponse : deux choses, dit-il, remplissent le coeur, « le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi ». Cette pensée gravée sur la tombe du philosophe, Kant la formula plusieurs fois au cours de sa vie. Il y revient comme à un horizon où brille la conviction de la destination morale de l'humanité. Mais elle reste somme toute énigmatique. Cet essai en propose une lecture interne à la pensée kantienne puis interroge sa portée. Par son insistance et son inscription de l'insondable, elle conjure en effet une inquiétude. La béance de la nuit laisse entrevoir un abîme inadmissible pour le sens : c'est le hors-sens absolu que l'univers suggère à la pensée. Si Kant part du sentiment du sublime, le mûrissement de sa réflexion le conduit d'ailleurs à confronter le cogito des étoiles aux violences de l'histoire et à l'indifférence de la matière. Et l'épreuve intime du vieillissement lui rappelle sa dépendance envers le corps. La considération du ciel étoilé se retourne dès lors contre le regard kantien. Elle n'est plus tant le seuil d'expression d'une foi morale que celui d'une éthique de l'incertitude où le sens, coupé de toute justification transcendante, ne peut être fondé que par lui-même. Alors que l'expérience du ciel cosmique disparaît aujourd'hui sous la pollution et l'envahissement technologique, ce sont de nouvelles Lumières, celles du soin et de l'éthique du sens partagé, qui doivent percer au sein d'une histoire qui répand les ténèbres.
Et si la grâce n’était qu’une question de désinvolture maîtrisée ? La «sprezzatura» explore ce concept renaissant, entre art et miracle, où le naturel le dispute à la performance.
« Baudelaire s'est trouvé vivre au carrefour de la Grande Ville, qui était le carrefour de Paris, qui était le carrefour de l'Europe, qui était le carrefour du XIXe siècle, qui était le carrefour d'aujourd'hui. Ce n'est qu'à travers lui que nous en prenons conscience. On se demande pourquoi. C'est à cause du formidable écart entre son intelligence et ce qui l'entourait. Une intelligence d'un nouveau genre, fondée sur les nerfs. Mis à nu, les nerfs étaient le nouveau sensorium, le dernier fond - labile - sur lequel s'appuyer. En même temps que le regard. Le regard de Baudelaire n'a pas subi les outrages du temps. Il n'a pas été terni, rien ne l'obscurcit. Pour ceux qui le suivent, comme une lueur intermittente, se révèlent des barrières de corail, des tunnels sans fin, des réseaux de ruelles. Ils constituent le paysage de ses années, qui continue de s'étendre jusqu'à aujourd'hui - et au-delà. » Roberto Calasso Cet essai résulte des décennies de fréquentation de l'oeuvre de Baudelaire par le grand lettré qu'est Roberto Calasso. Au travers d'une lecture intime du texte, mais aussi de la connaissance des multiples récits, correspondances de l'auteur, Roberto Calasso a atteint une expertise peu égalée de l'oeuvre de Baudelaire. Pour célébrer le bicentenaire de la naissance du poète, à l'invitation du musée d'Orsay et des Belles Lettres, il s'est replongé dans ses lectures, pour en extraire des leçons sur ce qui fait la radicale irréductibilité de l'oeuvre de Baudelaire, de sa sensibilité et de sa conception du monde.
Et si les bibliothèques pouvaient parler ? Ma poussière est l’or du temps révèle le monologue envoûtant de la Bibliothèque universelle, confié à un passionné de livres et de savoir.
Et si les aventures de Gargantua et Pantagruel cachaient une carte secrète ? Frank Lestringant révèle comment Rabelais, à travers ses géants, dessine un monde à la fois réel et imaginaire.
Et si les grands textes antiques étaient toujours vivants dans notre littérature moderne ? Ils l'ont dit avant nous explore avec brio comment les classiques latins et grecs continuent d'inspirer.
Comment lire les classiques chinois ? Comment les lire pour eux-mêmes, mais aussi avec les questions qui sont nôtres ? Cet ouvrage présente l'ensemble de la production textuelle chinoise antique comme la variété des approches par lesquelles on l'interprète. Il montre l'unité organique de ce massif textuel, construite autour d'une appréhension réflexive de nos expériences corporelles, et il détaille les débats qui le traversent, lesquels restent largement les nôtres : le marquage de la différence des sexes, des générations et des classes ; la manière dont se construit et se conteste l'ordre symbolique ; la maîtrise politique du langage. Une dernière partie révèle la cohérence et la sophistication des structures de composition qui gouvernent nos textes. Leur mise en évidence renouvelle la compréhension du Laozi, du Zhuangzi ou encore des Entretiens de Confucius. L'épilogue de l'ouvrage trace la voie d'une lecture partagée des classiques autour desquels l'humanité se rencontre, se déchire, et continue à se construire.
Les charlatans sont, sans aucun doute, l'une des figures les plus populaires et intéressantes de la Renaissance. Matteo Leta en offre un portrait : aspect physique, langage, lieux qu'ils fréquentent, marchandises qu'ils colportent et victimes qu'ils trompent. Grâce à une rigoureuse analyse des sources littéraires italiennes et françaises, en particulier comédies et nouvelles, il montre toute la porosité des charlatans, dont l'imaginaire s'imbrique à celui des valets à tout faire, des magiciens bonimenteurs et des sorcières entremetteuses qui peuplent la littérature de l'époque. Leurs prouesses et fantasmagories verbales sont évoquées pour cacher d'invraisemblables ruses magiques et médicales ou pour en faire des contrepoints satyriques du pédantisme académique. Trompeurs (parfois) trompés, les charlatans se révèlent également des orateurs chevronnés, comédiens experts et guérisseurs capables de véritables prodiges. Ainsi, ce n'est pas un hasard si plusieurs écrivains ont recours à l'imaginaire charlatanesque pour raviver des polémiques (littéraires, religieuses, ou politiques), ou pour décrire des aspects particuliers de l'altérité ethnique. Trois éminents spécialistes de la Renaissance - Jean Céard, Denis Crouzet et Frank Lestringant - enrichissent ce volume de leurs précieuses introductions.
Ce livre raconte plusieurs histoires en une. D'une part, celle d'une des académies les plus originales et les plus productives de la fin de la Renaissance florentine, l'académie des Alterati (1569-ca. 1630). D'autre part, celle d'un groupe social restreint, constitué de quelques dizaines de jeunes patriciens florentins que le pouvoir médicéen ne voyait pas d'un bon oeil parce que leurs ancêtres avaient lutté pour maintenir la République oligarchique. Ces jeunes nobles firent de leur académie un lieu où occuper leurs loisirs et partager leurs plaisirs - artistiques et autres -, mais aussi un collectif où travailler ensemble à leur intégration dans la société de cour médicéenne. En troisième lieu, ce livre raconte l'histoire d'un corpus de documents, aujourd'hui dispersé, mais qui constituait jadis le fondement de toutes les activités des « Altérés ». Ces milliers de folios de documents, pour l'essentiel restés à jamais manuscrits - et très largement inexplorés - contiennent des discours académiques, des lettres, des registres d'activité, des dialogues, des poèmes collectivement corrigés, etc. Leur analyse permet de suivre au jour le jour les activités des Alterati pendant près de six décennies, et d'examiner, à travers la forme matérielle que prirent leurs travaux, comment émergèrent en leur sein, au fil de leurs débats, des horizons intellectuels collectifs. Par l'entrelacement constant de ces trois histoires, ce livre en raconte enfin une quatrième : celle des actions, activités et discours qui, au sein de l'académie des Alterati, ont participé à la constitution de l'esthétique en savoir (et en savoir-faire) d'un type nouveau. À travers le cas des Alterati, ce livre pose ainsi la question de la formalisation des savoirs et pratiques esthétiques qui sont aujourd'hui les nôtres - et celle des liens entre leur émergence et la montée en puissance de l'autoritarisme politique moderne, au sein des aristocraties européennes de la première modernité.
Giacomo Casanova (1725-1798), immense écrivain et penseur, s'est lentement constitué comme sujet au fil de la rédaction de l'Histoire de ma vie, en doutant toujours de parvenir à vaincre ses deux adversaires majeurs, le hasard et la nécessité. Au fil du besoin et du plaisir, il ne cessa de s'inventer. Ses projets, souvent suivis de pratique, dans l'ordre des mathématiques et de la finance, de l'industrie et de l'agriculture, du journalisme et du théâtre, abondèrent. Mais la voie majeure fut celle de l'entregent, cet art de saisir les rapports et relations des autres, pour s'y insérer avec jubilation et profit : sa carrière d'occultiste autoproclamé, racontée avec beaucoup d'humour, reposait sur cette savante perception, mais il préféra le rôle de metteur en scène où il s'incluait parmi les acteurs et dont il donna de savoureux exemples. Bien entendu, on ne saurait oublier la longue cohorte des aventures érotiques qui font cependant de Casanova l'opposé de la figure d'opéra de Dom Juan. Dans la suite mobile des aventures de Giacomo, un rêve, poursuivi et recommencé, visait la cohérence toujours fuyante du sujet : il eut l'ambition de maîtriser le titillement du hasard et la passivité de la sensation. Avec quelques femmes-philosophes, il cherchait une autre voie, un chemin qui réduirait l'écart entre ses deux langues, (l'une maternelle, l'autre d'élection), entre l'esprit et la chair, entre la fidélité et l'inconstance. La suite amoureuse ne procédait pas alors d'une accumulation par addition, mais dérivait de la soustraction qui aboutissait à la part infinitésimale de l'unicité.
Trésor pour l'éternité, la mythologie des Grecs et des Romains nous appartient. Ces récits venus de la nuit des temps vivent dans nos songes, animent notre for intérieur. Les lectures ne cessent de s'ajouter aux lectures, les critiques aux explications, les déconstructions aux déconstructions. Nous ne cessons de recevoir et de nous approprier cette mythologie et toujours de nous demander quelle est sa signification profonde, elle qui nous touche, nous trouble et nous émeut intimement. Grecs et Romains se posaient la même question. Poètes, écrivains, artistes, historiens, philosophes, théologiens de l'Antiquité nous ont laissé des ouvrages - toujours puissants et lumineux - qui ne cessent de grossir une marée montante de savoirs, de réflexions, d'idées, d'interprétations aussi géniales que singulières, aussi étonnantes que convaincantes, fulgurantes et pourtant tant de fois méconnues. Ce livre leur donne la parole et fait partager le bonheur d'une découverte au fond infinie. Sans rien concéder au vertige de la distance ethnologique, il montre que les récits mythiques de l'Antiquité s'accommodent d'une proximité aujourd'hui oubliée, peut-être perdue, mais possible, et merveilleuse.
Divers est un choix de textes, d'entretiens et d'interventions parus dans la presse imprimée de 1984 à 2019. On peut le lire comme la suite et le complément de Littérature interdite (1972), de Vivre (1984), d'Explications (2000), et d'Humains par hasard (2016). Né en 1940 à Bourg-Argental (Loire), Pierre Guyotat est l'auteur de l'une des oeuvres majeures de la langue française : la puissance de son verbe et l'audace de ses fictions, depuis Tombeau pour cinq cent mille soldats en 1967 et Éden, Éden, Éden censuré en 1970, jusqu'à Joyeux Animaux de la misère 1 et 2 en 2014 et 2016, exercent fascination et influence en France et à l'étranger. Ses dessins sont exposés à Paris, Berlin, Londres, Rome, New York et Los Angeles. En 2010, il reçoit le Prix de la Bibliothèque nationale de France ; en 2018, le Prix Médicis, le Prix de la langue française ainsi que le Prix spécial du Jury Femina pour Idiotie.
Suivre « pas à pas » et « avec franchise » toute la série de ses études : c'est précisément ce que Vico (1668-1744) se proposait de faire dans son autobiographie Vie de Giambattista Vico écrite par lui-même, parue en 1728. Mais, parce que placée dans la perspective de la polémique contre la diffusion du cartésianisme à Naples, cette reconstruction a posteriori eut pour effet de léguer une image du penseur toute orientée vers un but : la conception de la Science nouvelle. Rompant avec cette artificielle perspective, Raffaele Ruggiero raconte une autre histoire de Vico. Il rend leur pleine autonomie à toutes les expériences intellectuelles du savant penseur : sa formation, ses études juridiques, son engagement littéraire, son invention d'une nouvelle rhétorique de la science. Il révèle la multiplicité des inspirations culturelles qui ont façonné sa physionomie unique de philosophe et d'écrivain, et l'articulation complexe de ses intérêts scientifiques destinés à remodeler l'encyclopédie des savoirs à l'aube de la modernité. Convoquant toutes ses oeuvres, le replaçant dans son contexte, celui d'un protagoniste de la République des Lettres à l'époque des Lumières, Raffaele Ruggiero expose le rapport ambigu et passionnant de Vico à ses sources et à ses fantômes polémiques.
Découvrez Bloc-notes du mystique à l'état sauvage, où Maxence Caron déploie une satire mordante et une réflexion philosophique audacieuse sur notre époque.
Placé sous l'invocation de Pétrarque, enivré par la force et la douceur de la prose de Cicéron, ce livre explore dans sa majeure partie la manière dont les meilleurs poètes et écrivains du début de l'âge moderne savourèrent, analysèrent et exploitèrent les multiples ressources d'une langue latine réappropriée avec ferveur. Tandis qu'un Théodore de Bèze, sur les traces de Merlin Cocaïe, fustige la barbarolexie, qu'un Scaliger dévoile dans le matériel de la langue de prodigieux enfantements, un musicien comme Pontano dévoile les secrets de l'hexamètre virgilien, et poussant à ses limites les virtualités de l'hendécasyllabe de Catulle, en fait le support d'un vers dansant, un Gaspar Barth goûtant, après Politien, la prodigieuse leçon de liberté de Plaute, s'en autorise pour former à plaisir d'étourdissantes kyrielles de vocables, en prose un Muret, un Juste-Lipse, réhabilitent le style de Tacite à la lumière du grec Thucydide Cette dette acquittée envers ces médiateurs privilégiés que sont pour nous les Humanistes, reste, explorée dans plusieurs chapitres satellites, notre propre perception d'une langue saisie aussi et goûtée dans ses efflorescences médiévales, langue que son génie naturel différencie de la grecque, que ses codes poétiques éloignent de la nôtre, ce qui ne condamne en rien le dans lequel Valéry Larbaud sublime l'inépuisable travail de traduction.
Les medecins se montrent souvent desarmes devant cet « entre-deux » qu'on appelle « convalescence » : periode floue, hesitante. Ce n'est plus la maladie, ce n'est pas encore la sante recouvree. Blesse, le chevalier medieval attend avec impatience le moment de remonter a cheval. Ce repos force inquiete les moralistes et les familles bourgeoises car il oublie les bonheurs de la vie active. Mais son tresor de sensations enchante les romanciers, comme on le voit bien chez Jane Austen, Madame de Stael, Zola, Henry James, Rilke, Proust, Thomas Mann et tant d'autres. La convalescence preside aussi a des experiences amoureuses, dont certaines frolent l'interdiction. La paix de la chambre ou l'effort demande par la societe ? Goethe hesite. Religion et societe benissent la convalescence quand elle permet des revisions de vie, voire des conversions dont le roman du xixe siecle a ete friand et dont les plus exemplaires se trouvent dans le roman russe, notamment chez Tolstoi. Le xxe sie
Une vie, une mémoire. Une vie passée à séjourner auprès de quelques poèmes aussi bien français qu'anglais, italiens qu'allemands à la recherche de cette « musique savante » qui saurait faire résonner le sens de l'existence. Depuis le jour où, adolescent un peu à la dérive, il a été saisi par un sonnet de Baudelaire, John E. Jackson n'a cessé de s'interroger sur ce qu'était la poésie et de demander aux poètes de l'aider à mieux saisir les faits les plus simples de la vie, qui sont aussi les plus fondamentaux : l'amour, l'amitié, la tristesse, le sentiment du vide ou de l'absence comme aussi celui de la joie. Ces pages, où l'on croise Dante, Du Bellay, Shakespeare, Goethe, Hlderlin, Kleist, Nerval, Rimbaud, Mallarmé, Yeats, Eliot, Celan ou Bonnefoy, interrogent les facettes d'une vie où la mémoire est moins un pas en arrière que le mouvement à partir duquel s'élancer en direction d'un sens toujours à venir.
Figure majeure du romantisme allemand, A. W. Schlegel fut, avec son frère cadet Friedrich et Novalis, à l'origine du mouvement porté à Iéna à partir de 1797 par la revue Athenäum. Lié à Germaine de Staël, il l'initia aux lettres allemandes. C'est à Paris en 1807 chez Tourneisen qu'il publia sa Comparaison. S'appuyant sur Euripide, il y critique une tragédie classique française dégradant l'art sublime des Grecs en un discours sur l'amour nourri de la conversation des salons et imprégné d'esprit courtisan. Schlegel transpose le débat formel inauguré par Lessing dans la Dramaturgie de Hambourg dans la sphère philosophique. Selon lui, il a manqué à la tragédie française le vrai tragique qui transcende l'Histoire et s'exprime dans la loi de nécessité. Rupture radicale entre classicisme français et romantisme allemand, la Comparaison postule la thèse durable d'une affinité essentielle entre Grecs et Allemands, aux antipodes d'une France assignée à une romanité rhétorique.
De la littérature après la fin du temps, suivi de Manifeste du maxencéisme
Nous n'aimons guère le spirituel républicain. Un spectre, dira-t-on, vestige de gloires révolues, épouvantail obsolète d'un imaginaire laïque passablement décharné. Forgé dans l'atelier conceptuel de la Révolution française, irriguant le dialogue de la philosophie et des sciences sociales naissantes, le problème du gouvernement des esprits est le point névralgique du XIXe siècle. Et telle est la distance qui nous sépare d'auteurs apparemment aussi hétérogènes que Comte, Michelet, Tocqueville ou Pierre Leroux : rendre effective la liberté des modernes suppose d'abord d'affronter l'énigme du pouvoir spirituel. Heureux émancipés ou mélancoliques vitupérants, nous sommes les héritiers d'une sacralité républicaine qui fut conjointement cernée de tragique et ourlée d'espoirs. Ce livre retrace l'histoire d'une contrariété.
La question du médium est au centre de cet essai. D'une part, le médium des artefacts visuels traditionnellement considérés comme des « images » (dessins, tableaux, estampes, etc.) est défini par la nature de leurs supports. En appliquant aux oeuvres d'art le même traitement qu'à tout autre objet, la photographie n'a pas fait qu'élargir la famille des images, elle en est devenue le paradigme, de sorte que la reproduction d'une oeuvre d'art qui n'est pas une image est une image. La condition définitoire de ce qui fait image s'en trouve dès lors modifiée. D'autre part, on donne le nom de « médium » à une personne que ses pouvoirs suprasensibles mettent en communication avec les « esprits ». Parce qu'ils situent l'image au confluent de ces deux grandes déterminations (le renvoi et la transmission), les textes de Pascal Quignard peuvent nous éclairer sur les pouvoirs qui lui sont attribués. L'hypothèse est la suivante : non seulement toute image actuelle a un médium, mais toute image, en tant qu'elle est image de ce qui est sans image (« image qui manque à nos jours »), est un médium. La médialité (les « supports ») est aussi une affaire de médiumnité (les « transports »). Médée, l'infanticide, la magicienne, empoisonneuse et guérisseuse, dotée des pouvoirs d'un médium (d'une chamane), est précisément la figure générale de la médiation. Bernard Vouilloux, professeur de littérature française à la Faculté des Lettres (Paris IV) de Sorbonne Université, a centré ses recherches sur les rapports entre le verbal et le visuel, littérature et peinture, poétique et esthétique. Outre de très nombreux articles, il a publié une vingtaine d'ouvrages.
Des bergers et des bergères, des moutons et des eaux claires, le vent qui frémit dans les arbres : tout cela concerne-t-il encore notre temps ? Si le désir de beauté n'est pas mort, la réponse ne fait pas de doute. D'autant que les personnages de ces romans de la Renaissance sont à l'unisson des lieux où ils vivent. Chez Sannazar, Montemayor et D'Urfé, règnent la politesse et les belles manières. Chez Cervantès lui-même, volontiers ironique, la courtoisie réussit à contenir la violence des passions. Les dieux sont morts, même si certains cultes essaient encore de donner le change. Reste ce beau devoir de l'humanité qui s'appelle la bienveillance. Quand un inconnu se présente, on écoute son histoire et on essuie ses larmes, car il est presque toujours malheureux, même en Arcadie. Mieux : on l'invite à chanter et à jouer de la musique, suprême consolation. Les plus belles sociétés utopiques de la Renaissance ne sont pas celles qu'ont inventées Thomas More ou Campanella, singulièrement dépourvues de liberté. Ce sont ces petites réunions de pasteurs, parfaitement improbables, où ne règne aucune autorité. Des duègnes mystérieuses ou des druides vénérables se contentent de réconforter les bergères en pleurs à la recherche d'un amant infidèle. Ils n'imposent aucune loi. Chez d'Urfé, le plus magistral des quatre auteurs ici étudiés, il revient à chacun de trouver sa voie et personne ne peut faire l
Cet ouvrage met au jour un pan jusqu'alors méconnu de notre littérature moderne : le roman français à sujet romain contemporain. Apparu au début du XIXe siècle, sous la plume de Madame de Staël, avec Corinne (1807), il s'est développé au travers des deux cents dernières années, avec des oeuvres aussi importantes que Madame Gervaisais des Goncourt (1869), la Rome de Zola (1896), Les Caves du Vatican de Gide (1913), ou La Modification de Michel Butor (1957). Examinant ces oeuvres clefs du répertoire français, aussi bien que d'autres textes qui firent époque, Donatien Grau s'emploie à dégager la généalogie d'un genre, suite du récit de Voyage dans une ville dont la population fut multipliée par trente pendant la période, qui passa de l'état de désert à celui de métropole moderne, et du statut de capitale des États pontificaux à celui de capitale de l'Italie unifiée. Il met en évidence une lecture française de Rome - Paris et Rome étant les seules villes jumelées l'une à l'autre. Le roman, genre anti-religieux par excellence, doit s'y confronter à l'omniprésence du catholicisme ; et la fiction doit affronter la présence étouffante de l'histoire, qui avait, pendant des générations, empêché toute fiction contemporaine. Par ce biais, il nous offre un aperçu sur un rare moment où le temps se rend sensible à lui-même, dans la Ville éternelle.
« Avant de quitter cet ouvrage, le dernier, sans doute, que nous proposerons au public, nous voudrions aussi remercier les lecteurs et les auditeurs qui, depuis plus d'un demi-siècle, ont bien voulu nous conserver leur attention et dont certains sont devenus des amis. Peut-être auront-ils remarqué, à travers tous ces textes, une orientation, d'abord tâtonnante, puis de plus en plus consciente vers une étoile unique que nous appelons Singularité. À défaut d'autre mérite, cette aimantation donne à notre humble vie un axe et une certaine cohérence. Et nunc dimittis servum tuum, Domine. » J.-F. Marquet Professeur émérite à la Sorbonne, lauréat du Grand Prix de Philosophie de l'Académie française, Jean-François Marquet est l'auteur d'une oeuvre inclassable, aussi érudite qu'élégante, aussi puissante qu'inexplicablement claire, dont le propos rare fait résonner le timbre d'une voix d'exception.
À la différence des pensées antiques qui, invitant à se connaître soi-même, détachent l'âme du corps, la pensée chrétienne élabore une conception du corps étroitement solidaire de l'âme : celle-ci n'est tout à fait elle-même qu'unie au corps qu'elle anime. Or la médecine sait à quel point la vie intérieure du corps nous échappe. Si la Renaissance est ardemment attentive à l'anatomie, de grandes pensées expriment de fortes réserves sur la validité de ce savoir qui pourrait bien n'être qu'un trompe-l'oeil. Plus généralement comment définir le rapport de l'âme et du corps ? Les métaphores qui tentent de le décrire sont aussi nombreuses qu'imparfaites, comme est vif l'intérêt pour ces individus qui vivent ce rapport dans l'incertitude, l'instabilité ou l'inquiétude : le lycanthrope, qui, comme on dit alors, « se met en loup », l'ensorcelé, le fou. À défaut de pouvoir scruter l'intimité des corps, d'être en état d'en franchir la clôture, il faut mettre en place des procédures indirectes d'observation, édifier un complexe savoir conjectural qui sache repérer et croiser les signes. Nous n'avons pas complètement renoncé à ces représentations.