Jean-marc Mouillie
Jean-marc Mouillie
De façon inattendue, il n'existe pas d'histoire de la notion de norme. Et cette histoire, retracée, se révèle étrange. Le mot est ancien dans les langues européennes, mais rare. Son usage ne se répand, soudainement, qu'à la fin du XIXe siècle. Et tout en devenant omniprésent dans le champ des savoirs, il n'y est guère explicité. La norme se trouve au contraire confondue avec la règle édictée et devient l'un des noms du mal moderne. Se plaindre d'un monde excessivement encadré est pourtant un lieu commun ancien. Et la norme ne manifeste pas tant un pouvoir désireux de contrôler et de conformer que le fondement de la socialisation culturelle. Alors que nous dénonçons en elle des préjugés, des monotonies, des enfermements, des rapports autoritaires, la négation des singularités et la mise en coupe réglée du monde, la norme est avant tout ce qui, au coeur de notre humanité, structure du commun, inhibe des excès, et permet le lien social. En ce sens, loin d'être « asphyxiés par les normes », nous sommes aujourd'hui assujettis à un système productiviste, technologique et dirigiste qui fait régresser la vie normative. Il ne s'agit donc pas, dans cette enquête, d'une simple histoire de mots, ni même des idées, mais de cerner la confusion qui fait interpréter comme envahissement normatif le processus tout à la fois « sans normes » et programmatique qui se déchaîne. Notion bouc-émissaire de la modernité, la norme pourrait bien en vérité désigner ce que détruisent l'ambition absurde de dominer le réel et le projet morbide de recréer la vie qui s'intensifient dans ce nouveau siècle.
Qui ne s'est demandé, levant les yeux vers un ciel étoilé, considérant son abyssale profondeur, quel sens avait l'existence ? Kant a formulé cette interrogation sous forme de réponse : deux choses, dit-il, remplissent le coeur, « le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi ». Cette pensée gravée sur la tombe du philosophe, Kant la formula plusieurs fois au cours de sa vie. Il y revient comme à un horizon où brille la conviction de la destination morale de l'humanité. Mais elle reste somme toute énigmatique. Cet essai en propose une lecture interne à la pensée kantienne puis interroge sa portée. Par son insistance et son inscription de l'insondable, elle conjure en effet une inquiétude. La béance de la nuit laisse entrevoir un abîme inadmissible pour le sens : c'est le hors-sens absolu que l'univers suggère à la pensée. Si Kant part du sentiment du sublime, le mûrissement de sa réflexion le conduit d'ailleurs à confronter le cogito des étoiles aux violences de l'histoire et à l'indifférence de la matière. Et l'épreuve intime du vieillissement lui rappelle sa dépendance envers le corps. La considération du ciel étoilé se retourne dès lors contre le regard kantien. Elle n'est plus tant le seuil d'expression d'une foi morale que celui d'une éthique de l'incertitude où le sens, coupé de toute justification transcendante, ne peut être fondé que par lui-même. Alors que l'expérience du ciel cosmique disparaît aujourd'hui sous la pollution et l'envahissement technologique, ce sont de nouvelles Lumières, celles du soin et de l'éthique du sens partagé, qui doivent percer au sein d'une histoire qui répand les ténèbres.
Cet ouvrage pluridisciplinaire est destiné à accompagner l'enseignement des sciences humaines et sociales au sein des études médicales et des études en santé, de la formation initiale aux Masters et à la formation professionnelle continue. Il s'adresse aux étudiants et à tous ceux qui s'engagent dans les métiers du soin ou qui s'intéressent aux questions épistémologiques, éthiques et sociales impliquées par la médecine contemporaine. Il est principalement l'émanation du Collège des humanités médicales, fondé en 2008, qui réunit les enseignants chercheurs en charge de cet enseignement en France, avec le concours de spécialistes des thématiques abordées.
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Que signifie notre vie psychologique ? Cette question fut l'une des préoccupations continues de Sartre. Ce volume retrace les étapes de ce long itinéraire : analyse du mode d'être de la conscience, critique de l'idée de sujet, exploration de l'affectivité originelle de notre pensée. De La transcendance de l'ego jusqu'au Flaubert, il s'agit de savoir comment s'individualise notre existence. Ainsi s'éclaire ce qu'il faut entendre, selon Sartre, par une philosophie de la liberté, moment où la description réflexive adresse à chacun la question éthique et métaphysique du sens de sa vie propre.