LARHRA
En 1873, les assomptionnistes créaient Le Pèlerin, un modeste bulletin destiné à accompagner les pèlerinages en plein essor. Dès 1877, ils le transformaient en hebdomadaire populaire adressé au vaste public des familles catholiques. Dix ans plus tard, c'est un quotidien, La Croix, qu'ils lançaient pour résister à la sécularisation de la culture populaire. Sans le savoir, ces religieux posaient les premières pierres d'un empire médiatique, baptisé la Bonne Presse en 1889, renommé Bayard Presse en 1969puis Bayard en 2021.Cent cinquante ans après, ce livre collectif ambitionne d'explorer la longévité exceptionnelle de cette oeuvre-entreprise. Initialement l'arme d'une « croisade » contre la « mauvaise presse », elle est devenue l'instrument d'une participation pacifiée des catholiques à lamodernisation de la société française mais aussi de l'Église. En racontant l'histoire de titres et de marques éditoriales emblématiques (Pomme d'Api, Notre Temps...) ou tombées dans l'oubli (Le Noël, Bernadette, Alma...), les différents chapitres éclairent l'engagement de cadres, de journalistes, d'ouvrières et de religieux, mais aussi de lectrices et de lecteurs qui ont fait Bayard.Au croisement entre l'histoire religieuse et l'histoire de la presse et de l'édition, l'ouvrage montre comment la Bonne Presse puis Bayard ont contribué d'une manière originale au développement de la « civilisation du journal », mais aussi comment le catholicisme a été transformé par les mutations des techniques et des métiers de l'information. C'est une perspective neuve sur les évolutions culturelles de la société française depuis un siècle et demi qu'offre ce recueil appelé à devenir une référence.
Ce volume s'intéresse au vécu et aux représentations des protestants, principalement français, du XVIe siècle au XVIIIe siècle. Le fil conducteur est une interrogation sur ce qu'est un protestant, sur la manière dont il se différencie, ou non, des catholiques - en dehors, bien sûr, de la participation au culte -, aussi bien dans ses croyances que dans sa vision du monde ou son apparence, et s'il y a une évolution entre les débuts de la Réforme et l'époque des Lumières. Pour cela est privilégiée une histoire qui ne s'en tient pas aux institutions, aux pratiques et aux idées ; une histoire culturelle attentive non à l'explicite mais aux impensés, à ce qu'expriment les textes, les paroles et les gestes de la manière dont on vit à une époque donnée ; une histoire non confessionnelle, qui fait du protestantisme à la fois le nom d'un patrimoine religieux à laquelle on peut se rattacher et une construction intellectuelle ; une histoire puise à des sources extrêmement variées. C'est ainsi que, en dehors de thèmes classiques (Calvin, les institutions réformées, la coexistence religieuse, les persécutions), sont aussi abordés des thèmes souvent délaissés dans l'histoire du protestantisme comme les missions, les attitudes face à la mort, le temps, la perception de la nuit, les pensées et attitudes hétérodoxes, etc. Les derniers chapitres portent sur l'historiographie du protestantisme, depuis le XVIe siècle, et de voir comment cette religion est perçue aussi bien par les protestants eux-mêmes que par la littérature contemporaine pour la jeunesse. Ces contributions reprennent des articles parus entre 1995 et 2020, la plupart repris et mis à jour. Ils révèlent ainsi l'évolution d'une recherche menée au cours de toute une carrière.
Des hommes, des femmes et des enfants serpentent sur un chemin sinueux, portant de lourds paquets sur leurs épaules. Certains sont accompagnés de chevaux, de charrettes, d'animaux domestiqués. Beaucoup de personnes modestes, mais également un noble, épée au côté, sur son cheval, suivi de serviteurs portant ses affaires. Certains de ces « voyageurs » sont pourchassés et arrêtés par des soldats armés et à cheval, malmenés, leurs affaires sont confisquées ; certains sont enchaînés, contraints de faire marche arrière sous bonne garde. Les visages sont fermés, las. Au loin, un port, la mer, des navires. Au loin, une ville, de laquelle on s'éloigne, car elle est aux mains des soldats. Nombreux sont les protestants français à quitter le territoire à la suite de la révocation de l'édit de Nantes par Louis XIV, en 1685. Ces protestants ne portent pas de signes distinctifs, on ne les reconnaît qu'à leur fuite. Ces protestants sont des femmes, des hommes, des enfants de leur temps, et pourtant leur présence est inacceptable au sein du royaume du « Roi Soleil ». Pourquoi ? Qui sont-ils ? Qui sont-elles ? Ces questions se trouvent au coeur du travail qu'a mené Yves Krumenacker tout au long de sa carrière, à laquelle il s'agit aujourd'hui de rendre hommage. Pendant du recueil d'articles d'Yves Krumenacker ce volume propose des travaux originaux réalisés par des collègues, d'anciens élèves et en tout cas des amis qui ont eu l'opportunité de travailler avec lui, à ses côtés ou sous sa direction. C'est pourquoi le sous-titre de cet opus est Compagnons de route, rappelant ainsi que le travail d'historien relève tout autant d'une démarche et d'un parcours personnels que de rencontres, d'échanges, de collaborations, de compagnonnage, et osons le dire, d'amitiés. Ces travaux font écho aux différentes approches et thématiques auxquelles Yves a consacré son travail, ou sont des clins d'oeil à des intérêts partagés.
L'histoire est aujourd'hui très éclatée, chaque secteur ayant ses traditions, sa propre historiographie, ses références. L'histoire religieuse n'y échappe évidemment pas. Mais le pire serait que les différentes spécialisations historiques s'ignorent, alors qu'elles ont beaucoup à apprendre les unes des autres. C'est cette question qui était au coeur du colloque de la Commission Internationale d'Histoire et d'Étude du Christianisme, tenu à Lyon du 11 au 13 juin 2019. Des historiennes et historiens d'une douzaine de pays différents ont cherché à montrer comment d'autres disciplines historiques, histoire du temps présent, histoire transnationale et globale, histoire économique, histoire du livre, histoire de la justice, histoire numérique, histoire des savoirs, histoire du genre, avec leurs apports et leur méthodologie propres, peuvent féconder l'histoire religieuse. Ils ont également montré l'intérêt de confronter des traditions historiographiques nationales différentes. Ce livre en est le résultat, avec des chapitres qui sont à la fois des réflexions méthodologiques et des études de cas allant du XVIe au XXIe siècles dans des pays catholiques, protestants et orthodoxes. Il espère ainsi contribuer à une réflexion sur la manière dont on peut faire de l'histoire religieuse au XXIe siècle. Les contributions à ce volume ont été réunies par Yves Krumenacker, professeur d'histoire moderne à l'université de Lyon (Jean Moulin) et par Raymond A. Mentzer, professeur d'histoire religieuse à l'université d'Iowa (Daniel J. Krumm Family Chair in Reformation Studies)
Bruno Hübsch (1933-2003) avait soutenu en 1966 à la faculté de théologie de Lyon une thèse particulièrement novatrice consacrée à la controverse entre catholiques et réformés français sur le ministère. Ce travail, inspiré par un souci oecuménique profond, se fondait sur l'étude approfondie de nombreux traités de controverse, dont certains provenant d'auteurs prestigieux du premier XVIIe siècle, comme Du Perron ou Bérulle du côté catholique, Duplessis-Mornay, Chamier ou Dumoulin pour les protestants. Il montrait comment la notion de ministère s'approfondissait peu à peu en réponse aux critiques adverses. Du côté réformé, l'accent est mis sur la nécessaire vocation intérieure puis, peu à peu, on insiste sur le rôle de l'Église qui délègue une part de son autorité aux pasteurs ; chez les catholiques, la succession apostolique, d'abord mise en avant, s'enrichit d'une signification surnaturelle qui fait parler de mission plus que de vocation. Ainsi, d'un côté on rappelle le rapport fonctionnel du pasteur et du peuple chrétien tandis que de l'autre, on insiste sur la grandeur du ministère et l'état sublime que procure l'ordination. La controverse sur le ministère touche ainsi à la conception qu'on se fait de l'Église, considérée comme universelle ou envisagée d'abord sous son aspect local. La thèse de Bruno Hübsch permet ainsi de mieux comprendre l'enjeu de controverses souvent mieux connues. Malgré son intérêt, cette thèse n'avait jamais été publiée et avait donc été largement ignorée par les études qui, depuis, se sont multipliées sur les controverses. Elle conserve pourtant toujours toute sa valeur, d'où l'intérêt de cette édition. Une introduction d'Yves Krumenacker permet de la situer par rapport aux travaux plus récents sur le sujet. La bibliographie a été mise à jour. L'ensemble devrait ainsi rendre de grands services à tous ceux qu'intéressent aussi bien la théologie des ministères que les relations intellectuelles entre catholiques et protestants.
Dans le prolongement des démarches scientifiques suscitées par le cinquantenaire du Concile Vatican II, un colloque international réuni à Lyon en mai 2016 s'est intéressé à un dossier inédit, celui des réactions à la lettre adressée le 24 juillet 1966 par le cardinal Ottaviani, pro-préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, aux présidents des conférences épiscopales sur les « abus grandissants dans l'interprétation de la doctrine du Concile » et les « opinions étranges et audacieuses apparaissant ici ou là ». L'abondance des commentaires, la tonalité des réponses nationales et les suites romaines confèrent à ce document une dimension de révélateur face à la crise naissante, que les acteurs ont du mal à nommer et à identifier. Les thèmes abordés sont nombreux (instances de la société, évaluation du Concile, déplacements des modalités du croire, exercice de la collégialité, réforme de la Curie, responsabilités des évêques et des théologiens) et constituent autant de perspectives pour l'historicisation du moment conciliaire dans le temps court qui sépare la clôture de l'assemblée et la bourrasque de Mai-68 et, plus généralement, dans le mouvement des décennies 1950-1970. Avec les contributions de Christian Sorrel, Alessandro Santagata, Étienne Fouilloux, Philippe Chenaux, Gianni La Bella, Philippe Roy-Lysencourt, Marialuisa Lucia Sergio, Leo Declerck, Mathijs Lamberigts, Franz Xaver Bischof, Lorenzo Planzi, Feliciano Montero, András Fejérdy, Gilles Routhier, Miranda Lida et Denis Pelletier.
Alexandre Glasberg (1902-1981) est une figure étonnante. Né dans l'Empire des tsars, converti du judaïsme, ordonné prêtre catholique après son arrivée en France en 1932, il est l'une des figures du sauvetage des Juifs et de la Résistance entre 1940 et 1944 à Lyon, puis dans le Tarn-et-Garonne. Après la guerre, il poursuit son action dans le cadre du Centre d'orientation sociale des étrangers et soutient le jeune État d'Israël avant de critiquer l'évolution qui l'éloigne de l'utopie fondatrice. Novateur social, de sensibilité progressiste, il renouvelle son engagement dans les années 1960 au profit des réfugiés politiques et est l'un des fondateurs de France Terre d'Asile au début de la décennie suivante. Prêtre sans ministère, homme de l'ombre, acteur des politiques publiques, il s'est peu exprimé sur ses convictions et n'a guère laissé d'archives. La journée d'études organisée à l'Université de Lyon le 24 mai 2012 a néanmoins permis, grâce à des documents inédits, de relire son itinéraire et de dessiner son portrait avec plus de précision, même si demeure une part irréductible de mystère.
Antiromanisme doctrinal et romanité ecclésiale dans le catholicisme posttridentin (xvie-xxe siècles)
La romanité est une notion que l'on trouve communément employée dans les analyses historiographiques consacrées au catholicisme d'après le concile de Trente. Force est pourtant de constater encore l'insuffisance, voire l'absence, de caractérisation qui puisse autoriser un usage légitime et véritablement fructueux du concept de romanitas. Le premier, Yves Congar s'était ému d'une lacune dans la réflexion des historiens et avait posé de précieux jalons dans un article paru en 1987 dans la Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques. Sa démarche constitue toujours très certainement l'effort le plus sérieux qui ait été fait pour clarifier un débat singulièrement actuel. Au cours de la deuxième moitié du xxe siècle, les travaux d'Alphonse Dupront et de Bruno Neveu ont par ailleurs souligné, sur un plan historiographique, la nécessité d'explorer une notion toujours insuffisamment définie. L'objectif de la journée d'étude organisée à Lyon le 30 novembre 2007 par l'équipe RESEA du LARHRA, UMR-CNRS 5190, consistait à évaluer la fécondité d'une démarche historienne qui tente de préciser le concept de romanité dans ses rapports avec l'antiromanisme doctrinal développé par certaines tendances centrifuges du catholicisme, le gallicanisme au premier rang, mais aussi le jansénisme, le juridictionalisme vénitien, ou encore les sensibilités schismatiques ou critiques catholiques du xxe siècle. Une longue périodisation a été retenue afin de favoriser les échanges entre modernistes et contemporanéistes, mais aussi afin de respecter la cohérence d'une période de l'histoire de l'Église catholique qui court du concile de Trente jusqu'à Vatican II.
Cet ouvrage rassemble un peu plus d'une quinzaine de contributions sur la place de l'enfant au coeur de la société européenne du xvie au xviiie siècle. Prononcées à l'occasion d'un colloque tenu à Lyon en juin 2005, elles sont un hommage à Jean-Pierre Gutton autant qu'un état des problématiques actuelles sur la question de la petite enfance.Des orphelins sans refuge aux monarques en herbe, des vertueuses enfances de saints aux pauvres adolescences des villes, des marâtres sans coeur aux pieuses fondatrices d'oeuvres, des prêtres soucieux de catéchèse aux médecins intéressés par la santé publique, tout un univers enfantin ou préoccupé de questions enfantines s'offre à l'analyse d'une identité sociale aux limites trop souvent insaisissables. L'enfance, conçue comme un temps de la vie, conçue également comme une manière d'être au monde sous le regard de l'adulte, se voit ici déclinée dans son rapport au catholicisme et à la maladie. Cette enfance est vue de salut par sa contemplation d'abord, grâce à sa personnification dans la Trinité ou dans la Sainte Famille. Elle l'est aussi par l'engagement dévot et sincère qu'elle présuppose, que ce soit dans l'assistance aux pauvres ou dans l'éducation. Pour tout cela, mais aussi en raison de sa fragilité irréductible face à un monde jugé souvent hostile, cette enfance est cause d'inquiétude et de combats. Que l'on considère ces jeunes chrétiens captifs en terre musulmane aussi bien que ces petites vies confrontées à des mises en nourrice systématiques ou aux assauts de la variole, l'adulte se montre au fil des siècles de plus en plus soucieux de protection, tant spirituelle que médicale. Cet ouvrage invite donc à suivre des itinéraires originaux et multiples mais qui, pour la plupart, mettent en scène des soucis similaires de protection et d'éducation, dans l'espoir de préparer l'enfance à l'entrée dans le monde des adultes.
À relire l'ensemble des articles ici rassemblés, il apparaît, qu'outre son importante contribution à l'histoire de la santé, Dominique Dessertine a privilégié l'histoire de la famille et, en son sein, celle de l'enfance et de l'adolescence au tournant des xixe et xxe siècles. Dans cet ensemble, elle a mis l'accent sur les initiatives qui visent à protéger les enfants et les jeunes en danger ou en danger de l'être. Déjà arrachés aux prisons ordinaires pour être détenus dans des colonies pénitentiaires, les enfants coupables peuvent être de plus en plus - et sont de plus en plus - confiés à l'Assistance publique et surtout à des institutions privées agréées, essentiellement laïques, chargées de les éduquer. Celles-ci reçoivent aussi les enfants victimes de mauvais traitements ou d'une éducation familiale jugée trop déficiente. Derrière cette convergence entre ces deux jeunesses, se lit la hantise de voir les enfants sombrer dans la délinquance et la marginalité. Cette obsession est si forte qu'elle va jusqu'à passer outre la sacrosainte autorité parentale.Par ailleurs, avec son époux Bernard Maradan (1946-2000), elle a mis à jour un moteur fondamental du dynamisme des patronages, la rivalité entre laïcs et catholiques. Au-delà de leurs différences, - les patronages catholiques sont plus sportifs, les laïques plus tournés vers les activités culturelles - les deux visent à civiliser les enfants et à les protéger des dangers de l'errance et du vagabondage. Parmi les activités de ces patronages, l'auteur donne une place particulière aux défilés et fêtes de la jeunesse.Enfin les études pionnières sur les écoles de plein air de l'entre-deux-guerres et les centres sociaux d'après-guerre (même s'ils ne sont pas spécialement destinés à l'enfance, ils sont amenés à lui accorder une grande place), complètent un tableau décidément riche et varié des initiatives en faveur de l'enfance et de la jeunesse.
« Intrus », « apostats », « schismatiques »... Les qualificatifs dépréciatifs n'ont guère manqué sous la plume des historiens catholiques du xixe siècle pour décrire l'action des évêques constitutionnels, institués par l'Assemblée nationale constituante en 1790 pour prendre la tête de l'Église de France « régénérée ». Catholiques révolutionnaires, fervents républicains pour certains, cet engagement politique leur a été sévèrement reproché après la signature du Concordat de 1801, donnant naissance à une véritable légende noire. Dans le même temps, l'historiographie républicaine a longtemps occulté leur rôle politique en raison de leur état ecclésiastique, jugé incompatible avec la défense des idéaux révolutionnaires. Seule la figure du célèbre évêque de Blois, Henri Grégoire, panthéonisé en 1989, réussit à émerger et retient régulièrement l'attention des chercheurs depuis ces trois dernières décennies.Ce volume, qui rassemble les contributions du colloque organisé à Lyon en juin 2012, propose de nouvelles pistes de recherche sur les évêques « patriotes », afin de replacer leur action dans la longue histoire de l'épiscopat français aux xviiie-xixe siècles : ont-ils « révolutionné » leur diocèse ou, au contraire, maintenu, voire réactivé, d'antiques traditions au nom du primitivisme cher aux Lumières chrétiennes ? Quels ont été leurs échecs et leurs réussites ? Que leur doit l'Église concordataire ? Leur pensée théologique, leurs engagements politiques et leur action pastorale sont ici étudiés à travers une série d'études synthétiques, régionales ou biographiques, au plus près de sources d'époque, loin de l'anathème ou de l'apologie.
Dans le royaume de France à l'écrasante majorité catholique et gouverné par un roi « très chrétien » que le sacre, en en faisant le lieutenant de Dieu sur terre, rend comptable du salut de ses sujets, la question des rapports entre protestantisme et justice est particulièrement cruciale.Du xvie au xviiie siècle la justice royale a évolué : au xvie, l'hérésie, prise en main par la justice royale, apparaît comme un crime abominable et doit être réprimée ; mais il faut aussi rétablir la paix dans le royaume déchiré par les premières guerres de religion et la justice est un des instruments qui y contribuent. Au xviie siècle, alors que la paix religieuse règne en principe depuis l'édit de Nantes, le pouvoir n'a pas perdu l'espoir de convertir les réformés, rétablissant ainsi l'unité spirituelle du royaume. Les moyens pour atteindre ce but sont divers, la législation en fait partie et les procès se multiplient à l'encontre des réformés. Après la Révocation, la justice royale pour laquelle il n'existe plus de protestants mais seulement des « sujets rebelles », s'active à les poursuivre de toutes les manières possibles.Mais ce volume ne se contente pas de faire la chronique de la répression judiciaire au service de la paix ou de l'unification religieuse du royaume. Il explore également le regard particulier sur la justice que peuvent avoir les protestants ; c'est ainsi que les récits de martyres et de massacres remettent en quelque sorte en cause le pouvoir royal, et que la littérature, en dressant un tableau de la situation des protestants et donc de la justice qui s'applique à eux, produit une « justice fictionnelle » au service de la cause réformée. Il s'interroge également sur le rôle des gens de justice nombreux dans certaines Églises réformées et qui ont pu jouer un rôle important de défense des droits de leurs coreligionnaires.Il importe enfin de replacer la question dans l'histoire plus globale de l'histoire de la justice, se demander si les protestants constituent des justiciables comme les autres, si la justice fait preuve envers eux de la souplesse qui la caractérise, si l'opinion publique ne compte pas plus que les raisons politiques dans l'évolution de la pratique judiciaire. Au-delà du constat, indéniable, d'une répression souvent très forte, l'ouvrage invite à s'interroger sur le rôle régulateur de la justice, dont l'objectif est d'abord de retisser le lien social, détruit ou menacé par telle ou telle déviance, ce qui passe quelquefois par le châtiment, mais aussi beaucoup plus souvent par le pardon ou par l'oubli.Ce livre rassemble les communications faites lors de la journée d'étude qui s'est déroulée à Angers le 28 mai 2010. Elle a été organisée par Didier Boisson, professeur à l'université d'Angers, membre du CERHIO et Yves Krumenacker, professeur à l'université Lyon 3, membre de l'Institut Universitaire de France et de l'UMR 5190 LARHRA.
Par le réseau de leurs collèges à travers le monde, les jésuites ont largement contribué à la fortune de la littérature classique, celle de l'Antiquité grecque et latine notamment. Mais qu'en est-il de leur attitude vis-à-vis de la littérature moderne, celle de leur temps ? Surtout quand elle ne les ménage pas et prend de plus en plus de liberté par rapport aux canons éprouvés ? Les premières réponses esquissées dans ce livre sont nuancées. Au xxe siècle en France, l'antijésuitisme ne disparaît pas de la production littéraire, mais il laisse peu à peu la place à une vision moins polémique de la Compagnie de Jésus et de son rôle au sein de la société ou de l'Église. Les jésuites de leur côté, d'abord très réservés envers les audaces littéraires du xxe siècle, comme en témoignent leurs revues, les apprivoisent peu à peu, voire laissent certains des leurs s'en inspirer dans des oeuvres originales. L'approche par la littérature apporte ainsi sa pierre à la révision de la légende noire des fils de Loyola.
L'historiographie du Concile Vatican II accorde une place limitée au monde des religieux. Ce constat a guidé le projet du colloque international réuni à Rome en 2014 à l'initiative du LARHRA pour proposer une approche globale et évaluer les variables liées à la diversité des familles religieuses, des contextes sociaux ou ecclésiaux et des réalités nationales ou transnationales. En se centrant sur l'Europe occidentale et l'Amérique du Nord et en croisant les études de cas, il a permis de mieux saisir la place de l'événement conciliaire dans les dynamiques de changement à l'oeuvre dans les décennies 1950, 1960 et 1970.
Cet ouvrage rassemble les réflexions menées lors d'un colloque qui s'est tenu à Lyon en janvier 2016. Les différents articles examinent les « nouvelles approches du fait religieux », c'est-à-dire la manière dont de jeunes chercheurs et chercheuses en sciences humaines et sociales renouvellent leur façon de comprendre et analyser le fait religieux. De l'époque médiévale au très contemporain, entre histoire, sociologie, anthropologie ou sémiologie, chercheurs et chercheuses y donnent à voir la méthode mobilisée pour aborder des objets classiques (croyances et pratiques) ou plus nouveaux (histoire matérielle, histoire du genre et des sexualités).Avec les contributions de Yves Krumenacker, Boris Klein, Noémie Recous, Julie Cosson, Léo Botton, Marion Maudet, Caroline Muller, Nicolas Balzamo, Maïté Recasens, Nicolas Guyard.
La publication en 2011 du dernier volume des « Matériaux pour l'histoire religieuse du peuple français », plus connus sous le nom de « Matériaux Boulard », et la journée d'étude organisée à cette occasion à l'Université de Lyon ont permis de mettre en lumière la figure trop ignorée du chanoine Fernand Boulard (1898-1977), pionnier de la sociologie religieuse pastorale. Il s'agissait dans le même temps de réfléchir à l'usage que les historiens ont fait des données qu'il avait collectées et pourront encore en faire à l'avenir, alors que les paradigmes historiographiques ont changé depuis la décennie 1970 qui vit le projet des « Matériaux Boulard » prendre forme.
Au cours de son histoire deux fois millénaire, l'Église a dû rendre des comptes sur l'économie, les usages de l'argent et toutes les problématiques qui leur sont associées. Les théologiens et d'illustres penseurs s'en sont chargés. Mais, au fond, il s'agit d'une question qui intéresse tout un chacun. C'est donc une question qui interpelle les consciences et en même temps, si on l'examine dans son environnement religieux, elle ne peut être séparée d'autres éléments auxquels elle est inextricablement liée : l'économie, la politique, le droit...L'ouvrage se concentre sur la période moderne, qui a hérité du Moyen Âge quelques importantes incitations, provenant en particulier du monde franciscain et, pour certains, déjà du monde monastique. Dans l'Italie de la fin du Moyen Âge naissent les assurances et les banques modernes ; les Flandres et d'autres aires européennes connaissent également un impressionnant développement. Ces nouveautés sont rendues possibles par les grandes mutations du temps, à commencer par la découverte du Nouveau monde et ses incidences sur le plan économique. Il est alors indispensable de repenser, de rénover et de proposer des réflexions inédites, en mesure de répondre à la mutation et aux enjeux en cours.L'objet central du livre est le prêt à intérêt. Ce n'est qu'avec le temps qu'on distingue l'usure du prêt à intérêt légitime et non condamnable. C'est une affaire d'importance. En elle se reflètent les grands confits qui agitent l'intérieur même de l'Église, surtout dans la seconde moitié du xviie siècle. Elle représente aussi une grille de lecture très intéressante pour mieux comprendre l'évolution générale de l'Église. Cela concerne tous les membres de la société : les riches qui possèdent un capital à investir ; les marchands qui, même riches, ont besoin d'un capital liquide afin de développer leurs affaires. Cela concerne aussi les pauvres qui ont besoin d'argent pour subvenir à leurs premières nécessités ; cela concerne enfin les petites institutions ecclésiastiques et les personnes aux faibles ressources, qui possèdent néanmoins quelques liquidités et doivent vivre sur le profit généré par celles-ci.
Face au constat, largement partagé, d'une certaine déprise de « l'histoire religieuse », autrefois chantier de premier plan, ce volume analyse l'articulation des croyances religieuses avec les différents champs de l'activité humaine à l'époque moderne. Sans ressusciter l'histoire ecclésiastique ni céder à un déterminisme monocausal, et sans non plus postuler d'emblée une autonomie ou une intégration structurelle de ce champ, des spécialistes venus d'horizons très divers - qu'ils travaillent sur le phénomène religieux ou ne le rencontrent que de biais, en Europe de l'Ouest ou ailleurs, en histoire moderne, ou à ses frontières - tentent de cerner la place du religieux selon ses pratiques et ses contextes. Ainsi, ce volume propose à la fois des bilans historiographiques, et des études de cas où le facteur religieux doit composer avec d'autres aspects du monde social. À travers ces croisements et ces déplacements multiples en direction de l'histoire sociale, culturelle, celle des sciences, de l'art, de la diplomatie, etc., cet ouvrage tente de saisir le religieux comme objet d'histoire pour le moderniste. Ce faisant, il tente d'apporter, plutôt que des conclusions tranchées, des éléments en vue de poursuivre un débat sans cesse renouvelé, celui de la définition du religieux dans les sciences humaines.
En 1910 naît un modeste Bulletin des professeurs catholiques de l'Université. Il a pour but de rassembler les maîtres croyants de l'école publique à une époque où leur existence est contestée tant par l'intransigeance de l'Église que par celle de la République laïque. L'initiative achoppe sur la Grande Guerre, mais renaît après elle et donne naissance à un mouvement original fondé sur une double fidélité : à la laïcité de l'école et à une foi catholique dépourvue d'intransigeance. C'est ce mouvement rassemblant des maîtres des trois ordres de l'enseignement, primaire, secondaire et supérieur, qui prend au début des années 1930 le nom de « Paroisse universitaire » : « Paroisse » pour affirmer qu'il est bien d'Église et « universitaire » pour dire que ses membres, formés dans l'Université laïque, sont à son service. Il se réunit chaque année dans des « Journées universitaires » itinérantes dont le succès va croissant, jusqu'au sommet de celles de Rome en 1951. Cet essai jalonne les grandes étapes de son histoire entre sa naissance fragile avant 1914 et son apogée après 1945, jusqu'à la crise religieuse et scolaire des années 1960.
Thérèse de Lisieux n'en finit pas d'être comblée d'honneurs, directement comme docteure de l'Église en 1997, indirectement par la canonisation de ses parents en 2015. Et pourtant, ce qui la fit connaître, le récit de sa vie dans l'Histoire d'une âme, ouvrage publié en 1898 au lendemain de sa mort et la mise en avant dès 1907 d'une spiritualité nouvelle (l'enfance spirituelle), se heurta vite aux objections de la Congrégation des Rites. Dès 1914, Mgr Verde remplissait sa fonction d'avocat du diable en dénonçant l'illégitimité du témoignage de Thérèse à son propre procès. Pie X passa outre et le procès apostolique s'engagea. Mais en 1920 et 1921, encore à l'examen des vertus, on assista à une véritable fronde des consulteurs dont la moitié d'abord firent connaître leur opposition, ajoutant aux objections classiques énoncées par Verde et son successeur Mariani, une objection plus sexuée, de nature psychopathologique, relative à « cette maladie grave et étrange, peut-être l'hystérie », à sa « constitution nerveuse hypersensible ». Se trouve donc écarté tout le volontarisme viril qui est sous-jacent à l'héroïcité des vertus, qualifié de « présomption d'atteindre par des moyens humains une fin surnaturelle, et [de] fallacieuse velléité de se suffire à l'heure du péril et de la tentation ».
Le Comité épiscopal France - Amérique latine (CEFAL) a fonctionné pendant plusieurs décennies comme une véritable gare de triage pour envoyer des prêtres français dans les favelas de São Paulo ou sur les plateaux andins, à la demande d'évêques locaux effrayés par l'aura de la révolution cubaine. Le livre raconte comment les évêques de France ont largement improvisé une réponse collective à cet élan soutenu par Rome, en s'appuyant sur une génération de jeunes prêtres qui, une fois sur place, tombent amoureux d'une Amérique latine mythifiée qu'incarnent alors l'« évêque des pauvres » Hélder Câmara, le révolutionnaire Ernesto Guevara ou l'archiprêtre Ivan Illich installé à Cuernavaca, auprès duquel viennent se former des centaines de clercs missionnaires européens et nord-américains. Très rapidement, avec l'instauration des dictatures militaires et l'essor de la théologie de la libération, le CEFAL est sommé de choisir son camp. Les emprisonnements de clercs français se multiplient, accusés d'être des agents du communisme mondial. Tout à la fois instance officielle de l'épiscopat et caisse de résonance des militants tiers-mondistes, le Comité navigue à vue dans un contexte politique et religieux qui s'est radicalisé et il ne peut empêcher l'assassinat de deux des siens, Gabriel Longueville et André Jarlan. Cet ouvrage est une invitation à découvrir une histoire transatlantique jamais écrite, celle d'un moment « Amérique latine » en France qui, à travers un imaginaire et des engagements, a suscité des malentendus mais aussi des amitiés durables. Passeurs entre deux mondes, ces hommes aux trajectoires souvent peu ordinaires se sont brûlés au contact des tensions politiques, sociales et ecclésiales.
Le péché originel qui joue dans l'histoire du christianisme la partition de la basse continue, est-il un objet d'étude pour l'historien ? On peut en douter si on se fie à la bibliographie où dominent surtout des travaux de théologiens, et aussi de philosophes. Pourtant, il s'agit d'un dogme clé du christianisme qui intéresse l'historien : outre que s'y fixe une bonne partie de la pratique sacramentelle, il met en jeu une conception de l'humanité dont découle une conception de la société et de l'ordre social, du mal, de la souffrance, de la liberté, de l'homme et de la femme.C'est entre le xviiie et la fin du xixe siècle que le dogme essuie les critiques les plus radicales et que le débat sur le péché originel change de statut : il n'est plus seulement l'objet de polémiques doctrinales confessionnelles entre catholiques et protestants. Le dogme soulève de plus en plus de répugnances et d'incompréhension : dans l'opinion savante, convoquant les nouveaux savoirs sur l'homme et sur la nature, le péché originel passe du statut « ce n'est pas possible » à celui où « ce n'est plus possible ». L'apologétique catholique a eu fort à faire pour défendre le dogme. La coïncidence entre le lent épuisement de sa signification socialement reconnue et l'avènement de la société « d'opinions » ne saurait se réduire au processus caricatural d'effacement d'une « légende ».La critique, outre l'historicité du récit de la Chute, touche plus largement à la dimension anthropologique du dogme (la nature du mal) et à ses conséquences en termes civilisationnels (la notion de progrès). Ces deux plans sont intimement dépendants et affectent à terme les comportements, les représentations de l'humanité et de la société. La perte de crédit du péché originel ou ses réinterprétations ont favorisé la thèse du royaume de Dieu possible sur terre, et ont légitimé un droit au bonheur et à l'égalité. Il est alors question d'une vraie révolution anthropologique qui devait précéder une reconfiguration de la cité des hommes. Baudelaire n'écrivait-il pas : « Théorie de la vraie civilisation. Elle n'est pas dans le gaz, ni dans la vapeur, ni dans les tables tournantes, elle est dans la diminution des traces du péché originel » ?
Dans son dernier ouvrage, Henri Tincq qui fut journaliste en charge des questions religieuses au journal Le Monde (1985-2008), porta un regard désenchanté sur le catholicisme de sa jeunesse : « Nous sommes en train de perdre un héritage : celui des catholiques libéraux, des cathos sociaux, des "abbés démocrates", des catholiques résistants sous l'Occupation ». Cet héritage se serait dissous au profit d'un catholicisme porteur de réflexes identitaires et "néoconservateurs" dont le mouvement de balancier pencherait désormais à droite. Bien que les récentes enquêtes sociologiques témoignent de l'éclatement du paysage catholique en France, accentuant une opposition déjà ancienne entre "libéraux" et "intransigeants" puis entre "progressistes" et "traditionnels", un processus de "droitisation" du catholicisme semblerait s'opérer depuis deux décennies, dans ce qui constitue la longue histoire politique des catholiques français au XXe siècle. En prendre la mesure nécessite donc l'ouverture d'un vaste chantier historiographique, à l'image des recherches coordonnées par Denis Pelletier sur les "cathos de gauche". Face à l'ampleur d'une telle entreprise, mobilisant aussi bien l'histoire des partis que la géographie électorale, ce volume propose une approche d'histoire sociale, culturelle et religieuse du politique, sous l'angle des droites et du catholicisme depuis la décennie "problématique" des années 1960. Cette réflexion tente de repérer les forces et les influences des réseaux, romains et transnationaux, sur lesquels s'appuie ce processus de "droitisation" du catholicisme, si tel était le cas, prioritairement à l'échelle d'une catholicité française mais aussi européenne et américaine. Et ce, en prenant en compte les réceptions, circulations et transferts repérables depuis les Amériques. Ici, transparaissent le rôle des communautés traditionnelles ou charismatiques, l'action des mouvements familiaux et des associations éducatives, l'influence des espaces de formation, de la presse, de l'édition et d'internet. Il demeure également les réseaux de mobilisation menés au sein même des structures partisanes marquées à droite mais aussi les figures classiques du publiciste, voire du polémiste, engagées dans le combat politico-religieux.
Émile Poulat, sociologue, historien, intellectuel inclassable, que l'on ne peut jamais cataloguer a priori, a marqué durant sa longue vie (Lyon 1920 - Paris 2014) le débat français et européen jamais épuisé sur le rapport entre laïcité et religion, entre modernité et christianisme. Dans ce livre sont discutés les sujets de fond de sa production scientifique, ainsi que sa méthode de travail fondée sur une froide objectivité opposée aux passions subjectives par ailleurs incontournables, sans lesquelles son oeuvre aurait probablement été moins féconde. Dans la construction de ses principales thèses qui en ont fait un intellectuel dérangeant, Poulat a toujours récusé les lieux communs, à commencer par les schémas dualistes d'explication de la politique et de la religion en termes de droite/ gauche, conservatisme/progressisme, archaïsme/ modernité, foi/athéisme. Il en résulte une oeuvre hors des schémas habituels, qui pose plus de questions qu'elle n'apporte des certitudes, et pourtant fascinante pour qui recherche un surplus de profondeur interprétative au-dessus de la mêlée. Dans ce livre, on avance sur une double voie, entre le chercheur Poulat et l'homme Poulat, en éclairant le lien entre les deux, pour montrer la cohérence de son oeuvre et de sa vie.
En 1957, le père Fraisse est aumônier d'étudiants à Lyon. Personnalité originale, il a eu un parcours exceptionnel de résistant et de combattant en 1940 et 1944-45. Sans avoir été alerté auparavant, il est sanctionné par le Visiteur de la Compagnie qui l'accuse de ne pas donner aux étudiants le sens de l'autorité hiérarchique. Il est exilé à Nice avec interdiction de s'occuper d'étudiants et de tout ministère à Lyon. Fin 1960, son retour à Lyon n'est qu'une demi-mesure : il ne sera jamais réhabilité et plusieurs affaires douloureuses montrent qu'il est resté suspect aux yeux de certains de ses confrères. Son cas est un exemple frappant de l'impact sur l'Eglise de France du raidissement romain à la fin du pontificat de Pie XII. En effet, une pratique « totalitaire » de l'obéissance religieuse a souvent eu de lourdes conséquences humaines. Cette autorité condamnait, souvent sur la base de dénonciations, sans possibilité pour l'accusé de connaitre son dossier (secret) et donc de se défendre. L'expérience douloureuse du P. Fraisse met en lumière certains fonctionnements d'une Eglise de guerre froide qui pouvaient provoquer de graves abus. Son ami et défenseur le P. Ganne opposait la conception d'une autorité respectueuse de la justice et des droits de la conscience, conscience chère à Newman qui était une référence majeure pour le P. Fraisse. Et il prêchait aussi une Eglise ouverte au monde Aujourd'hui le cléricalisme est mis en question : la vie du P. Fraisse nous semble y avoir échappé. Son comportement, sa théologie mais aussi l'importance de ses amitiés avec des laïcs et leur rôle dans l'élaboration de sa pensée anticipent sur l'avenir. Témoins les deux premiers livres posthumes du P. Ganne qu'il a publiés, non sans difficultés : Qui dites-vous que je suis ? Leçons sur le Christ et Le don de l'Esprit Leçons sur l'Esprit saint.
Le livre d'Henri Hours sur la fin de la Ligue à Lyon fait partie des incontournables de l'historiographie lyonnaise du XVIe siècle alors que très peu de lecteurs ont pu le consulter. C'est son principal paradoxe et c'est l'enjeu de cette édition. Thèse de l'École Nationale des Chartes soutenue en 1951, elle ne fut jamais publiée et conformément au règlement de cette École, elle a été jusqu'à présent incommunicable. Seuls ceux qui ont connu l'auteur ont pu un jour la lire, ce qui ne l'empêche pas encore aujourd'hui de figurer dans toutes les bibliographies concernant les guerres de Religion. Suite à son décès en 2017 et avec l'accord de sa famille, la Collection Chrétiens & Sociétés a décidé de publier pour la première fois ce mémoire pour le rendre accessible au public lyonnais et aux historiens des affrontements religieux. Henri Hours s'est attaché à analyser méticuleusement les derniers temps de la Ligue lyonnaise, les années cruciales 1593-1597. Depuis 1589, la ville avait basculé du côté de l'intransigeance catholique au point de rejeter son souverain, Henri IV, et d'entretenir un effort de guerre coûteux mais nécessaire dans une région traversée de frontières confessionnelles. L'évêque, Pierre d'Epinac, les consuls lyonnais, le gouverneur de la ville, les espions savoyards et espagnols, mais aussi les prédicateurs de rue et le petit peuple très enclin à s'alarmer, sont les principaux acteurs de ces événements. On touche ici les dimensions politiques et religieuses de l'histoire urbaine. Par les délibérations municipales, par les correspondances, par la production pamphlétaire et quelques récits de contemporains, Henri Hours dénoue l'écheveau du basculement politique de la ville vers la soumission au roi. En revenant sur les écrits de certains de ces acteurs, notamment Pierre Mathieu et Claude de Rubys, il interroge aussi la mémoire de l'évènement dans les consciences lyonnaises.
Cet ouvrage rassemble les réflexions menées lors d'un colloque qui s'est tenu à Lyon en janvier 2016. Les différents articles examinent les « nouvelles approches du fait religieux », c'est-à-dire la manière dont de jeunes chercheurs et chercheuses en sciences humaines et sociales renouvellent leur façon de comprendre et analyser le fait religieux. De l'époque médiévale au très contemporain, entre histoire, sociologie, anthropologie ou sémiologie, chercheurs et chercheuses y donnent à voir la méthode mobilisée pour aborder des objets classiques (croyances et pratiques) ou plus nouveaux (histoire matérielle, histoire du genre et des sexualités).Avec les contributions de Yves Krumenacker, Boris Klein, Noémie Recous, Julie Cosson, Léo Botton, Marion Maudet, Caroline Muller, Nicolas Balzamo, Maïté Recasens, Nicolas Guyard.
« Y-a-t-il une spiritualité jésuite ? » Telle est la question posée aux journées d'études organisées en octobre 2015, par le Conseil scientifique de la Collection jésuite des Fontaines, avec le concours du Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes. Elle peut paraître inutilement provocante. En effet, les Exercices spirituels de saint Ignace de Loyola ont acquis depuis le xvie siècle une réputation universelle : en plus de cinq siècles, ils ont nourri la foi d'innombrables générations de religieux comme de religieuses, de prêtres comme de laïcs. Ils sont la marque de fabrique des jésuites en matière de spiritualité. Cela ne dispense pas de chercher à prendre la mesure de cette matrice ignatienne et du rôle qu'elle a joué, et qu'elle continue de jouer, dans la formation et la vie religieuse des jésuites eux-mêmes. Ces fondements posés, nous pouvons appréhender les lieux où s'exprime la spiritualité jésuite. C'est en premier le livre qui, depuis le xvie siècle, est un vecteur pastoral essentiel pour la Compagnie. Enfin, le volume s'interroge aussi sur la manière dont les jésuites ont conçu l'accompagnement spirituel des laïcs. Ainsi, en partant d'une question qui peut apparaître inopportune, l'ouvrage se veut un outil pour pénétrer la mouvance spirituelle, riche et variée, de la Compagnie de Jésus du xvie siècle à nos jours. Il s'agit de la cinquième manifestation du même type depuis l'arrivée de la Collection à la Bibliothèque municipale de Lyon. La dernière en date, de juin 2012, « Jésuites français et sciences humaines (années 1960) », a vu ses actes publiés par le Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes dans sa collection Chrétiens et Sociétés. Documents et mémoires.
Au fil des différentes sessions d'un cycle de journées d'études consacrées par le Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes à l'antiromanisme catholique - Antiromanisme doctrinal et romanité ecclésiale dans le catholicisme posttridentin, Anti-infaillibilisme catholique et romanité ecclésiale aux temps posttridentins, Antiromanisme et critique dans l'historiographie catholique (xvie-xxe siècles) et L'antiromanisme dans l'historiographie ecclésiastique catholique (xvie-xxe siècles) -, le constat s'est imposé d'une présence massive de la culture juridique dans le discours porté par les tenants d'un catholicisme antiromain, qu'ils soient juristes ou non. Le fait n'a rien d'étonnant dans la mesure où l'ecclésiologie catholique s'est toujours placée à l'intersection du droit et de la théologie. Nombre d'auteurs qui ont illustré la tradition de l'antiromanisme catholique et juridictionaliste étaient à la fois juristes et théologiens compétents - ainsi de Paolo Sarpi ou de Marc'Antonio De Dominis, ainsi des grands noms qui ont illustré le fé
De nouveaux chantiers s'ouvrent aujourd'hui pour une histoire revisitée des rapports entre femmes et catholicisme avec la perspective du genre. Dans le cadre d'une journée d'études, il n'était pas possible de baliser tous les chemins à emprunter. Quatre seulement ont été retenus : le politique, la spiritualité, le genre et le féminisme. Un cinquième a été joint dans cette publication avec un point de vue décentré sur la « mission au féminin », celui d'une historienne américaine et d'une historienne chilienne. Cet ouvrage a donc pour but de croiser les approches historiographiques, en faisant appel à des spécialistes d'horizons différents, venus de l'histoire religieuse, de l'histoire sociale, de l'histoire des femmes et du genre mais également d'autres disciplines comme la sociologie. Il est aussi le fruit d'une collaboration étroite entre deux équipes de recherches au sein du LARHRA : « Genre et Sociétés » (Pascale Barthélémy) et « Pouvoirs, Villes et Sociétés » (Bruno Dumons). L'histoire du catholicisme est devenue à ce jour un objet d'études à part entière, délesté de l'histoire de l'Église de tradition apologétique, qui peut désormais s'approprier les nouvelles recherches menées sur les femmes et le genre. En retenant quelques-unes d'entre elles à partir de l'exemple français, cette publication constitue aussi un appel à confronter la réflexion avec d'autres historiographies nationales mais aussi bien au-delà de celles qui caractérisent l'espace européen.
Les historiens se sont intéressés tardivement à la question de la gouvernance ecclésiale. La journée d'étude organisée par le LARHRA à Lyon en 2013 avait pour but d'envisager les e jeux d'échelles structurant le gouvernement de l'Église catholique au xxe siècle. L'examen de plusieurs niveaux (romain, national, diocésain, congréganiste) dans l'espace de la catholicité européenne est apparu comme un moyen d'ouvrir la voie vers une histoire plus large, transnationale, du catholicisme contemporain au sein duquel circulent des modèles de gouvernance et de nouvelles figures de pouvoir fondant leur légitimité sur le savoir et l'expertise.
La Jeunesse étudiante chrétienne, mouvement d'action catholique fondé en 1929, a joué un rôle important dans le renouvellement des élites confessionnelles et la présence chrétienne dans la société française contemporaine. Les communications de Gérard Cholvy, Christophe Roucou, Bernard Giroux et Vincent Soulage et les témoignages de Yves-Marie Hilaire et Catherine Thieuw-Longevialle, donnés à la journée d'étude organisée par le Centre national des Archives de l'Église de France et la Société d'histoire religieuse de la France le 7 décembre 2009, éclairent un parcours jalonné de tensions et de crises. En complément, Bernard Giroux propose un « Dictionnaire biographique des responsables nationaux et des aumôniers de la JEC (1929-1975) » qui constitue un instrument de travail d'une grande richesse.