FeniXX réédition numérique (Eurédit)
Ce livre, consacré à Labastide, contient, comme on le verra, en réalité deux textes, et donc deux voix. La première est confiée à un vieux paysan, Adrien. Érudit de son monde, celui-ci s'attache à nous raconter le roman d'un petit peuple. Adrien est un conteur, non pas seulement conteur de gasconnades ou d'historiettes destinées aux veillées, mais conteur dans la perspective de l'histoire de « son » monde, de « son » temps et de « son » pays. Mais également, à sa façon, Adrien est également un historien. Le faire apparaître comme tel, c'était lui permettre une lecture des événements dont il a été le témoin et lui donner les moyens de restituer ces événements tels qu'ils ont été ressentis ou vécus par lui. Enfin, associer le conteur à l'historien, c'était donner à Adrien une phrase. La seconde voix celle de l'auteur, prend le relais de la première dès lors que les faits relatés portant sur la réalité sociale locale entrent en interaction avec l'histoire nationale débat scolaire, luttes électorales, etc., ou lorsque ses recherches l'ont amené à détenir des éléments inaccessibles à Adrien historique du train, apparition du téléphone, électrification, décisions municipales. Ce même besoin pour l'auteur d'intervenir dans le cours du récit se fait également sentir quand ses propres souvenirs sont en mesure d'étayer les propos du conteur, d'en élargir le cadre, ou encore lorsqu'ils peuvent faire apparaître des personnages complémentaires au récit initial. Enfin, bien évidemment, quand leur évocation dépasse le cadre de l'époque évoquée. Cette époque s'échelonne de 1910 à 1935. Pourquoi ces vingt-cinq années-là ? La première date a été choisie parce qu'elle correspond approximativement à ce que la mémoire des témoins sollicités par l'auteur a pu retenir de leurs années d'enfance. Quant à la seconde, il s'agit d'un choix volontaire. Aller au-delà, c'était s'engager dans une période à l'histoire mouvementée celle du Front populaire et de la Seconde Guerre mondiale, fort bien racontée par ailleurs, et qui plus est, ne présentant pas un intérêt primordial pour le sujet qui est celui de ce livre. Enfin, pour tout dire, parce que ces deux dates sont historiquement liées à des périodes fondamentalement différentes.
Dans le Sud-Ouest, la vie de métayer n'a jamais été vraiment un long fleuve tranquille. À l'époque de l'entre-deux-guerres, à Garrigue, près de Saint-Sever, dans la plus petite et la plus misérable des métairies que possède le marquis de Geoffroy, Pierre Tauzin partage, comme tous les enfants de sa condition, sa vie entre les travaux des champs et le braconnage. L'école, il ne la connaîtra qu'à l'âge de douze ans, mais seulement une fois par semaine, et grâce au dévouement de Labastie, l'instituteur du village. Suffisamment toutefois pour savoir lire et compter. Comme la jolie petite Nina, avec laquelle il se mariera, peu avant de partir à la guerre. La vie à Garrigue n'aurait pu être qu'une suite sans fin d'événements sans grand relief, hormis les péripéties que connaît Pierre, jeune homme très tôt révolté par la misère qu'il partage avec ses parents. Aux bords de l'Adour, dans cette première moitié du XXe siècle, la pauvreté des métayers est telle que les saisons se suivent et se ressemblent, pour peu du moins que la récolte ne soit pas compromise par les caprices du climat. Mais un événement va bouleverser l'existence des Tauzin... Peu d'années nous séparent de la Seconde Guerre mondiale. Car la guerre, à laquelle personne ne veut croire, survient. La ligne Maginot impressionne tout le monde, sauf les Allemands. Pierre a alors vingt-cinq ans et part pour le front où il est rapidement fait prisonnier. C'est à Stuttgart qu'on le retrouve, dans un atelier de montage de chars destinés à l'armée allemande. La belle, sensuelle et riche Héléna - juive allemande mariée à celui qui deviendra le tortionnaire de sa propre famille -, rencontrée par Pierre de manière assez cocasse dans ce camp de prisonniers, n'oubliera, la guerre terminée, jamais le jeune Tauzin, avec lequel elle a entretenu, durant quelques mois, une amitié amoureuse où les yeux seuls ont parlé. Mais, en homme de la terre, Roger Bayle est un pudique. Au débridé de la passion amoureuse, il préfère la retenue, c'est-à-dire, tout compte fait, le mystère de l'amour. D'où vient qu'on puisse vraiment aimer une femme, ou un homme, sans jamais altérer la fraîcheur de la première rencontre ? Ni congédier, comme ici, le souvenir de celle qui vous attend, là-bas, esseulée, dans la petite ferme déshéritée de Garrigue, aux portes du pays de Chalosse ? Héléna, maintenant riche industrielle dans l'Allemagne vaincue, viendra bien sûr sur les rives de l'Adour... mais pour y croiser un autre destin. Ce serait, toutefois, faire peu de cas de la part collective que Roger Bayle entend donner à ce roman, qu'il a voulu « daté », que d'ignorer les prolongements historiques que connut le statut des métayers. La réussite de Pierre, engagé lui aussi auprès de beaucoup d'autres pour faire triompher le fermage, est à l'image du bouleversement que connurent nos campagnes landaises à la Libération. La « loi sur le métayage » allait mettre fin définitivement à la plus injuste des servitudes dont ce roman est aussi, en quelque sorte et à sa manière, l'histoire à peine déguisée.
Et si chaque étoile racontait une histoire ? Peintures des astres de Frédéric Fort vous emmène dans un voyage poétique où l’amour, la rêverie et la contemplation du ciel se mêlent en une symphonie littéraire.
C'est la consécration d'une gloire, que de parler sans cesse d'elle, comme on parle de celle des écrivains grecs ou latins, ou des grands classiques français. La mémoire de Stendhal en doit être bien aise. Stendhal eut, en effet, le courage, pour la défense de ses théories, d'affronter toutes les opinions reçues et acceptées de ses contemporains. Il a dit lui-même qu'il désirait, sur son compte, la vérité la plus entière et la plus âpre. Il aimait la critique, parce qu'il était animé d'un orgueil : celui de remplir noblement et le plus intellectuellement sa tâche.
Agrégé des lettres classiques, ancien élève de l'E.N.S., docteur d'État, René Pommier a enseigné vingt-deux ans à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV). Adversaire très résolu de la "nouvelle critique", il a obtenu - en 1979 - le Prix de la Critique de l'Académie française pour Assez décodé ! (1978) et a consacré sa thèse d'État à une étude - aussi sévère que serrée - du Sur Racine de Roland Barthes (1988).
Gustave Lanson affirmait que « l'histoire est un cours de politique expérimentale ». Plus précisément, il n'hésitait pas à proclamer que le théâtre de Corneille est, à peu près à la France du XVIIe siècle, ce que Le Rouge et le Noir, et La Comédie humaine, sont à la France du XIXe siècle. Ainsi donc, on peut décrocher les masques antiques, ou n'y voir que des ornements qui apportent un peu de pompe et de poésie à ce théâtre. Il ne faut d'abord y chercher que des épisodes, ou des problèmes de la politique du XVIIe siècle. C'est l'optique que Georges Couton a adoptée dans son Corneille et la Fronde. Il y analyse Don Sanche, Nicomède et Pertharite. Trois tragédies qu'il juge « allégoriques », qu'on ne peut comprendre, à son avis, qu'en recourant à des clefs politiques. Don Sanche invite les spectateurs à songer à l'étroite union, au possible mariage secret, de la reine Anne et de Mazarin. Nicomède est une apologie de Monsieur le Prince ; Métrobate et Zénon, les deux agents doubles (ou provocateurs) stipendiés par Arsinoé pour ramener Nicomède à la Cour, évoquent le faux attentat dont Guy Joly se prétendit victime au fort de la Fronde, et Corneille se plaît à nous montrer avec quel art Laodice, telle Mme de Longueville, sait organiser une insurrection. Il n'est pas interdit de penser à la révolution d'Angleterre quand on voit Pertharite, ni de regarder Grimoald comme un autre Cromwell. Il est certain qu'au temps de la guerre civile, le public n'oubliait pas, en entrant au théâtre, ce qui se passait dans les rues et les palais de Paris. Il connaissait d'ailleurs les arguments des mazarinistes et les arguments des Frondeurs, le recours que l'on pouvait faire au machiavélisme pour justifier, ou pour condamner une politique. Ne disons pas qu'en retrouvant des anecdotes particulières dans les grandes pièces historiques, Georges Couton les rétrécit et les éloigne de nous. Il importe, au contraire, que les clefs soient bien précises. C'est ainsi, seulement, que peuvent s'apprécier l'art et la philosophie de Corneille.
Ce livre est la réédition d'un ouvrage publié en 1986, sous le titre Un marchand de salades qui se prend pour un prince. Réponse du « petit Pommier » au « grand Barbéris ». Ce titre mettait l'accent sur le caractère, très polémique, d'un livre qui se situait dans le prolongement de la querelle de la « nouvelle critique », ouverte en 1965 par le pamphlet de Raymond Picard, Nouvelle Critique ou nouvelle imposture, qui dénonçait brillamment le caractère arbitraire de la prétendue « relecture » de Racine proposée par Roland Barthes dans son fameux Sur Racine. En publiant, en 1978, son Assez décodé ! René Pommier s'était rangé résolument du côté de R. Picard et des adversaires, alors très minoritaires, de la « nouvelle critique ». Cela lui avait valu d'être vivement pris à parti par Pierre Barbéris qui, dans son livre Le Prince et le marchand, l'accusait d'être « l'un des porte-parole de l'obscurantisme pseudo-rationaliste universitaire » et « un tenant du sens en béton ». C'est après avoir achevé la rédaction de sa thèse de Doctorat d'État, consacrée au Sur Racine de R. Barthes, que R. Pommier s'était employé à balayer avec une impitoyable allégresse « les balivernes balourdes et débraillées de Son Altesse Barbérissime » et à démontrer que celui qui l'accusait d'être « un tenant du sens en béton » était, lui, un tenant du « sens en eau de boudin ». Mais on ne peut bien démontrer le caractère arbitraire, voire absurde, d'une interprétation, qu'en refaisant soi-même le travail qui a été mal fait. Pour dénoncer les contresens de P. Barbéris, R. Pommier est ainsi amené à revenir continuellement au texte du Misanthrope, pour se livrer à un exercice qui a toujours été à la base de son enseignement et de ses travaux de critique : l'explication de textes.
Comment ne pas comprendre la perplexité et le désarroi de tous ceux à qui l'on propose continuellement de nouvelles méthodes pour « l'approche des textes », qui n'ont en commun, le plus souvent, que d'en retarder considérablement la lecture ? Il y a maintenant tellement d'écoles, de doctrines et de théories critiques qu'il est impossible d'en faire vraiment le tour. Quiconque voudrait les examiner toutes afin de pouvoir faire son choix en toute connaissance de cause, arriverait harassé au terme de son existence, la tête bourdonnante de vocables barbares, et plus que jamais incapable de savoir laquelle il devrait adopter, si on lui accordait une seconde existence ; et sans doute déciderait-il de la consacrer à faire de la musique ou des mathématiques plutôt que d'étudier la littérature. L'auteur de ce livre voudrait rassurer tous ceux à qui l'on veut mettre dans la tête que rien n'est plus difficile que de lire un texte littéraire, qu'ils ne sauraient prétendre y arriver tout seuls et qu'ils doivent nécessairement faire appel à Roland Barthes, à Roman Jakobson, à Anton Dekohnablock et à tous les grands « décodeurs » de notre époque. Il voudrait les aider à se convaincre qu'un écrivain digne de ce nom écrit pour être compris par ses lecteurs, et non pour être décrypté par les critiques, qu'il n'y a pas, pour « l'approche des textes », de méthode non seulement plus rapide, mais aussi plus agréable et plus sûre, que le contact direct avec les oeuvres et que l'attention, le bon sens et le jugement sont beaucoup plus utiles à l'intelligence des textes littéraires que les fariboles rébarbatives de tous les barbacoles abscons et les aliborons inénarrables dont les jobards et les snobinards ont fait leurs oracles. Ces Explications littéraires s'adressent aux étudiants et, particulièrement, à ceux qui préparent des concours (E.N.S., Agrégation, CAPES), aux enseignants et à tous ceux qui s'intéressent à la littérature française.
Comme le premier, ce deuxième volume d'Explications littéraires voudrait être une défense et illustration d'un exercice de plus en plus menacé : l'explication de texte. Avec la priorité, et parfois la quasi exclusivité, donnée à des auteurs contemporains souvent médiocres, la disparition progressive de l'explication de texte (de plus en plus remplacée par ces médiocres succédanés que sont la lecture méthodique et le commentaire composé) dans l'enseignement secondaire (et il est à craindre qu'elle ne finisse par disparaître de l'enseignement supérieur) est sans doute une des principales causes de la profonde dégradation, pour ne pas dire de la destruction de l'enseignement littéraire, à laquelle nous assistons depuis bien des années déjà, quand, sous prétexte de la rendre moins élitiste, on tend à lui ôter tout caractère proprement littéraire. Seule l'explication traditionnelle permet une étude précise aussi nuancée et aussi exhaustive que possible des textes. La lecture méthodique, qui se contente de survoler les textes en en dégageant seulement les grandes lignes, apparaît bien peu propre à faire sentir la spécificité du texte littéraire, puisqu'elle tend, au contraire, à traiter celui-ci comme un texte ordinaire, destiné seulement à fournir un certain nombre d'informations, comme peut le faire un article de presse. Le triste, le sinistre commentaire composé, avec son cadre étroit et son plan rigide, est un exercice terriblement stérilisant qui constitue, pour le texte littéraire, un véritable lit de Procuste. À la différence du commentaire composé, condamné à rester toujours platement scolaire, l'explication de texte permet aussi de prendre ses distances avec le texte étudié, et de faire à l'occasion des remarques très libres où la personnalité du critique pourra se faire sentir à côté de celle de l'auteur, voire s'opposer à elle.