FeniXX réédition numérique (Éditions du Quotidien)
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Il y a vingt ans, un homme dans un livre, jugeait avec sévérité, et même avec férocité, du haut de ses principes, le président de la République d'alors, et dénonçait l'exercice solitaire du pouvoir, sa dérive monarchique et même dictatoriale, le dessaisissement du Parlement, la mainmise sur l'audiovisuel, les atteintes incessantes aux textes constitutionnels, au droit, aux libertés. Cet homme s'appelait François Mitterrand. Ce livre s'appelait Le Coup d'État permanent. En relisant, à la lumière de 1984, Le Coup d'État permanent, en suivant pas à pas, comme un guide, ce livre malheureusement épuisé, et curieusement introuvable, comme s'il n'était plus à mettre entre toutes les mains, c'est en somme à François Mitterrand lui-même, autorité indiscutable, que Dominique Jamet a demandé d'apporter sa contribution critique et de l'aider à juger le président de la République d'aujourd'hui. L'opposition consisterait-elle à dire n'importe quoi et le pouvoir à faire n'importe quoi ? Il est permis de se poser la question en essayant de démêler ce que François Mitterrand signerait encore et ce qu'il ne pourrait plus écrire, quelle était dans le Coup d'État permanent (Ed. Plon) la part des convictions profondes et celle des circonstances passagères, ce qu'il reste du discours de la Vertu quand il n'est plus nécessaire, quelle « part de vérité » en somme, on jette par-dessus bord quand on quitte définitivement la rive gauche pour la rive droite, Château-Chinon et la rue de Bièvre pour l'Élysée, et qu'on traverse la Seine par le pont au Change ? À chacun son coup d'État est-il un simple pamphlet ? Pire, c'est un miroir.
Le 10 mai 1981, François Mitterrand est élu Président de la République. Le peuple de gauche acclame son vainqueur du jour à la Bastille. La fine fleur de l'intelligentsia française ne franchit pas la Seine ce soir-là pour saluer les militants à la rose. Pendant que tombent sur les télescripteurs les réactions des milieux économiques, sociaux et politiques, les grands intellectuels observent un silence prudent. Cette attitude dérange, inquiète et déconcerte les responsables du P. S. La classe intellectuelle n'est-elle pas traditionnellement de gauche ? Et la « force tranquille » ne se dit-elle pas l'ami des lettres et du savoir ? Les héritiers socialistes de Jaurès, Guesde et Mollet ne vont pas tarder à crier à une trahison du « parti intellectuel ». Il faut dire que, malgré l'abondance des tentatives de séduction du nouveau pouvoir, les plus fertiles frayeurs d'idées de l'hexagone refusent de prendre du service à la cantine des socialistes. Comme ils s'abstinrent de mêler leur voix au chapitre giscardien. À l'aube de l'hiver dernier, le fameux « état de Grâce » tire à sa fin. Le pouvoir socialiste qui s'est attribué en six mois d'exercice la plus belle panoplie qui soit de satisfecits peut enfin se trouver confronté au libre jeu démocratique du jugement et de la critique. Janvier 1982 : le moment semble venu de donner la parole à une classe intellectuelle qui s'est, à quelques exceptions près, confinée dans un silence éloquent. Le Quotidien de Paris ouvre ses colonnes à cette prise de parole plurielle qui fera grincer les dents des princes qui nous gouvernent. Et agacera l'establishment socialiste. Ce livre reprend et développe la série d'entretiens que le Quotidien a publiés à l'époque.