FeniXX réédition numérique (Confluences)
Je croise des odeurs à n'en plus finir. Parfums sucrés et lourds, fumée de cigarettes, transpiration, fritures, croissants, chiche kebab, pâtisseries orientales, encens, urine près des portes. Les restes de la nuit se mélangent aux effluves du jour. Bordeaux ne peut pas s'empêcher d'être humide. Sainte-Catherine sent la Garonne. Les marécages suintent entre les pavés qui font à la rue un corps de poisson couvert d'écailles. Mais il faut qu'elle se vide pour qu'on s'en aperçoive. Le dimanche matin par exemple, parce que le dimanche matin, la rue est abandonnée aux ramasseurs de carton, aux fouilleurs de poubelles.
Il y a, dans le Parc bordelais, des émeus et des chèvres, des hamsters et des balançoires en bois blanc, une cascade au milieu des rocailles, des cygnes, des oies, des canards, des carpes, des ruches, des sequoia sempervirens et des magnolias grandifloras et le taxodium distichum - ou cyprès chauve de Louisiane - et la statue de Camille Godard, et de grandes pelouses et des allées, et des enfants avec des ballons de couleur, et des moineaux qui picorent, et le pont aux canards, et le guignol Guérin, et les belles grilles du parc et, derrière les belles grilles, les belles façades de la rue du Bocage et, derrière les façades, des regards qui suivent les mouvement de la lumière et des saisons dans le Parc.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Au beau milieu du jardin public, à deux pas du Museum d'histoire naturelle, le jardin botanique vous attend, avec ses collections de végétaux vivants et ses herbiers, son bassin couvert de lotus et sa bibliothèque, son gigantesque Dahlia arborea Regel, qui fleurit en automne et l'Angelica heterocarpa Lloyd, qui ne vit que sur les bords vaseux des estuaires de la Gironde ou de la Loire, ou encore, quelque part dans le labyrinthe des allées, la Sensitive Mimosa pudiqua, qui repliera ses feuilles au contact de votre main.
Au nord du jardin, près du guignol Guérin, fondé en 1853, vous faites quelques pas en direction du petit lac. Sur la grille de fer forgé : le petit mousse voyage autour de l'île, prix : 4F. Vous payez votre dû. C'est une gondole couverte ; elle est blanche, orange, jaune ; elle vous emporte sur l'eau lisse. On lance des miettes aux canards. On se méfie des cygnes. On fait, comme promis, le tour d'une île.
Quai des Chartrons, du bord du fleuve, n° 28 : deux maisons flamandes, entre les rues du Couvent et Latour, qui rappellent l'arrivée des Hollandais à Bordeaux au XVIIe siècle. Traversez le quai, poussez la porte : les maisons abritent aujourd'hui La petite sirène, restaurant danois, harengs, saumons, frikadeller, aquavit. C'est Bordeaux.