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La famille moderne n'est plus, mais son histoire reste indispensable pour qui veut comprendre qu'elle a constitué à la fois un repoussoir et un laboratoire de la famille contemporaine. Nous héritons d'une institution complexe dans laquelle la hiérarchie, la division du travail, la différence sexuelle et générationnelle, la subsistance, le soin, les sentiments et les modalités de l'affiliation ont été bouleversés. Faire l'histoire de la famille moderne, c'est aussi la restituer dans les doctrines philosophiques classiques qui lui consacrèrent une vive attention. Grotius, Hobbes, Locke, Pufendorf, Montesquieu, Rousseau et Diderot : tous ces auteurs ont été des philosophes de la famille, tous ont affiné leurs notions afin d'intégrer la famille dans leur théorie politique et leur ontologie sociale. Ce recueil d'études entend présenter la richesse de leur pensée sur ce point souvent négligé du commentaire. On voit Locke promouvoir l'égalité parentale, Hobbes juridiciser la question du soin, Montesquieu se pencher sur le sort des héritières, et Pufendorf légiférer sur la conversation des époux. L'histoire de la famille dénaturalise nos convictions à son sujet. N'est-ce pas là l'une des fonctions de la philosophie ?
Cet ouvrage offre un regard nouveau sur la notion de « limites », souvent placée au coeur des problématiques écologiques et environnementalistes contemporaines. Ces limites auxquelles nous faisons déjà face - pandémies, catastrophes naturelles, conflits - témoignent de la détérioration de nos conditions d'existence et de l'appauvrissement de notre expérience de la nature. Les contributions rassemblées ici proposent une conception originale de l'écologie, interrogeant sur la base d'approches pratiques et sensibles la façon dont nous habitons le monde. Ensemble, ces textes - récits, restitutions poétiques, analyses philosophiques et littéraires - offrent une nouvelle lecture de nos rapports à l'écologie, et invitent à repousser les limites en débridant notre imaginaire. Au-delà, ils mettent en évidence une nécessité, celle de mettre en commun ces expériences pour repenser radicalement nos modes de vie et la manière de faire collectif.
Comment survivre quand chaque décision devient un déchirement ? Choix sous contraintes explore les dilemmes moraux extrêmes vécus dans les ghettos et les camps nazis, où la survie se jouait au prix de sacrifices insupportables.
Comment l’école peut-elle briser le cercle vicieux de la pauvreté ? Éducation et pauvreté : quelle école pour (s’) en sortir ? interroge les limites et les leviers de l’institution scolaire face aux inégalités sociales.
Grande voix de la philosophie américaine du vingtième siècle, Stanley Cavell (1926-2018), héritier de Wittgenstein, s'est attaché sa vie durant à élargir le champ de la philosophie aux arts au service d'une philosophie du « langage ordinaire ». Jeune philosophe, nommé professeur à Harvard, il explora dans un séminaire d'esthétique, vingt ans avant Deleuze, le lien entre philosophie et cinéma. De Frank Capra à George Cukor, Terrence Malick, Arnaud Desplechin ou les frères Dardenne, un fil court, celui des lectures philosophiques de Stanley Cavell et des films qu'elles ont inspirés. Peu d'oeuvres philosophiques ont autant marqué la création cinématographique et le champ des études cinématographiques que celle du philosophe de Harvard. De son chef-d'oeuvre de 1971, La projection du monde, à ses derniers écrits sur le mélodrame, l'autobiographie et la critique, en passant par son livre sur la comédie hollywoodienne des années 1940, cet ouvrage éclaire l'ensemble de sa pensée. Il donne aussi la parole à trois cinéastes qui l'ont connu et qui ont été inspirés par ses écrits : Luc Dardenne, Arnaud Desplechin et Claire Simon. Il se penche, enfin, sur le lien que Cavell a entretenu avec Terrence Malick à Harvard dans les années 1960, jetant les bases d'une pensée du cinéma qui prend son départ dans notre expérience aussi bien collective qu'intime des films. Cette expérience qui nous unit ou nous rapproche des autres. Et qui nous permet aussi, plongeant en nous-mêmes, de nous éduquer.
Cette géographie des loisirs nocturnes à Beyrouth nous emmène au-delà du cliché des nuits enflammées et sans fin de la capitale libanaise, pour analyser les espaces de sociabilités festives, les pratiques des acteurs qui produisent et fréquentent cet univers au quotidien, et les représentations qui lui sont associées. Dans cet ouvrage, Marie Bonte croise les problématiques liées aux usages ludiques de la nuit avec les questions que posent les héritages complexes des conflits, notamment de la guerre civile libanaise. Ce faisant, elle montre comment les pratiques liées à l'alcool, la drague, la danse, constituent des manières de produire et de se réapproprier l'espace urbain, mais aussi d'énoncer un possible vivre-ensemble au-delà des assignations identitaires que le conflit a imposées et matérialisées dans la ville. Au coeur des problématiques de la géographie sociale, culturelle et politique, et intégrant des éléments de marketing territorial, l'ouvrage revisite les questions urbaines au Proche-Orient et de gestion du post-conflit.
Enfances inégales est un ouvrage majeur des sciences sociales états-uniennes qui se situe à l'intersection de la sociologie de la famille, de l'enfance, de l'éducation et des inégalités sociales. Original tant par sa méthode (une ethnographie de longue durée dans les familles) que par son approche (une analyse par portraits détaillés), il met au jour les divers mécanismes par lesquels les inégalités sociales se forment durant l'enfance et le rôle central qu'y jouent les modèles éducatifs, en particulier les rapports que les familles entretiennent avec les différentes institutions sociales, dont l'école. En brossant avec détail le quotidien d'enfants issus de milieux sociaux variés, dans des familles noires et blanches, en soulignant la façon spécifique dont celui-ci est plus ou moins structuré et encadré par les adultes, et en dépeignant la nature et le degré variables des investissements parentaux, il donne non seulement à voir l'existence d'enfances plurielles et inégales à l'intérieur d'une même aire géographique, mais il permet surtout d'en saisir les ressorts économiques, sociaux, culturels et langagiers.Cet ouvrage, écrit dans un style clair et accessible, s'adresse à toutes celles et ceux, familiers ou non des sciences sociales, qui souhaitent comprendre les modalités et conséquences des inégalités sociales états-uniennes à hauteur d'enfants.
Qu'est-ce qui dresse le cinéma contre les accélérations du tout numérique ? Les aurores après la tempête ne se voient plus que sur les écrans des salles de cinéma. Numérisés, les capitaux et les catastrophes détruisent le monde des matins tranquilles. La guerre est dans le temps. C'est à la chaîne que le numérique fabrique du virtuel, du mirage, de la monnaie de singe. En ce monde-hologramme, il n'est plus ni corps ni chair, les mains ne caressent plus rien, les blessures elles-mêmes sont factices. Cette nuée d'images nous dérobe le réel et peu à peu impose le désert des hommes et des choses. Contre la violence des exils, la salle de projection n'est-elle pas la dernière demeure de l'humain ? Face à la démultiplication des écrans, l'hypervisibilité, la transparence, comment le cinéma peut-il encore préserver sa part d'ombre et rester une arme critique ? Jusqu'où la révolution numérique n'est-elle pas en train d'affecter l'expérience esthétique et morale du cinéma, et au-delà, notre civilisation ?
Loin d'aborder uniquement les métiers et les formations en milieu scolaire, l'orientation doit de plus en plus composer avec le renouvellement de questions classiques (faut-il promouvoir le remplissage des filières, au risque de reproduire leur composition sociale ? Doit-on inciter les élèves à anticiper leur professionnalisation, et soumettre ainsi le système éducatif aux évolutions projetées des marchés du travail ?) comme avec l'émergence d'interrogations plus récentes en matière d'inégalités sexuées de parcours, d'autocensure des élèves de milieux populaires, d'inclusion scolaire et professionnelle des élèves en situation de handicap... En individualisant leur accompagnement et en reconnaissant l'importance du développement personnel dans la fabrique des choix scolaires et de ce qu'ils autorisent, les conseillers d'orientation de l'Éducation nationale - devenus les psychologues de l'Éducation nationale depuis la circulaire d'avril 2017 - consolident à leur manière une conception psychologisante du « projet » de l'élève. Prescripteurs d'orientations institutionnelles dans un secteur scolaire soumis au feu de la critique, ouvert à d'autres formes d'interventions, n'illustrent-ils pas une mission et un « métier impossible » dans une conjoncture où l'institution scolaire n'en finit pas de chercher à se recomposer ?
Des rites antiques à la confession moderne, le christianisme fut pour Foucault une interrogation constante, aiguillée par notre actualité : quel destin cette religion a-t-elle eu dans nos vies, dans la manière de nous conduire, de connaître notre désir, de chercher notre salut ? Ce livre propose la première synthèse de l'ensemble des lectures chrétiennes de Foucault, d'Histoire de la folie au grand livre posthume Les aveux de la chair, enrichie par la consultation de ses archives. Écartant les conclusions hâtives, ce parcours épouse la logique d'un travail que Foucault voulut autant historique que philosophique : une certaine manière de lire les textes anciens et d'inciser notre passé. Loin des lieux communs d'un christianisme ascétique et intransigeant, Foucault définit l'originalité chrétienne comme la reconnaissance d'un rapport précaire à la vérité.Initialement publié en 2011, cet ouvrage pionnier bénéficie d'une mise à jour intégrale, qui tient compte des découvertes les plus récentes que permet l'archive.« Cette enquête remarquable nous offre l'aperçu le plus complet et le mieux informé d'un nouveau terrain de recherche. Toute personne intéressée par l'oeuvre de Foucault doit le lire. » (Colin Gordon, Foucault News)
Beaucoup de travaux de science politique se revendiquent de la méthode ethnographique, mais peu la définissent plus précisément ou en exposent les apports. L'objet de cet ouvrage est de prendre en compte le développement en science politique de cette méthode initialement conçue comme la méthode propre à l'anthropologie. Il s'appuie sur les contributions de chercheurs et chercheuses spécialistes qui se fondent sur cette méthode dans leur étude de certains objets canoniques de la science politique. Qu'apporte de travailler de manière ethnographique sur des élections, des partis politiques, des événements protestataires, des moments révolutionnaires ou des modes informels de politisation ? Comment cette méthode permet-elle de mieux saisir des politiques culturelles dans le contexte de leur internationalisation ? Dans quelle mesure une ethnographie de la circulation des idées politiques peut-elle en affiner l'étude ? Dans quelle mesure la méthode ethnographique permet-elle de travailler de manière critique sur l'État, les pratiques administratives et les rapports entre bureaucrates et usagers ? Telles sont certaines des questions que les auteurs et autrices de ce livre se sont attaché·es à traiter. Ce faisant, ils et elles s'efforcent également de montrer comment cette méthode met en dialogue la science politique avec l'anthropologie, la sociologie ou l'histoire, réaffirmant ainsi l'idée de sciences sociales.
Comment et quand le monde a-t-il basculé dans ce système que l'on appelle « capitalisme » ? C'est dans cette discussion que s'inscrit le Brenner Debate, du nom de l'historien américain Robert Brenner. À l'origine de ce débat important parmi les historiennes et historiens du capitalisme, les travaux de Robert Brenner ont exercé une influence majeure sur le développement de la pensée marxiste à partir des années 1970. Dans une première partie, François Allisson et Nicolas Brisset retracent et contextualisent les principales étapes de ce débat ayant mené aux travaux de Robert Brenner. Les auteurs montrent ainsi que la manière d'aborder l'histoire du capitalisme est intimement liée au regard que l'on porte sur ce système économique. Une seconde partie propose la traduction inédite d'un article de Robert Brenner paru en 2007, « Propriété et progrès : quand Adam Smith faisait fausse route », qui constitue, de l'aveu même de son auteur, la version définitive de son argument développé en 1976. Cet ouvrage est une porte d'entrée sur la pensée d'un économiste méconnu dans l'espace francophone, qui pourtant mérite, au regard de son importance dans l'historiographie anglo-saxonne, toute notre attention.
Comment des mémoires traumatiques multiples, ancrées dans différentes guerres et devenues concurrentes, peuvent se retrouver dans un récit commun ? Comment réconcilier la mémoire et l'histoire ? Marc André trouve une réponse dans l'histoire de Montluc, une prison marquée par les violences du XXe siècle et les compétitions mémorielles du XXIe siècle. À rebours des logiques concurrentielles révélées lors de la transformation de la prison en Mémorial en 2010 entre les porte-paroles des détenus sous l'occupation allemande, reconnus, et ceux de la guerre d'Algérie, écartés, le livre explore la manière dont la prison a permis aux expériences passées et présentes d'entrer en résonance, d'une guerre à l'autre. Après 1944, des responsables nazis et des miliciens sont emprisonnés à côté d'anciens résistants hostiles à la colonisation ; un militant communiste est enfermé pour sa critique de la guerre d'Indochine dans la cellule même où il était détenu sous Vichy ; des victimes de Klaus Barbie soutiennent des Algériens raflés, torturés, condamnés à mort et finalement guillotinés ; des cérémonies se tiennent devant les plaques commémoratives de la seconde guerre mondiale et servent à condamner la guerre coloniale. Ces collisions temporelles favorisent le scandale et forgent des solidarités imprévues entre les victimes de différentes répressions. En nous immergeant dans cet espace où les ombres dialoguent, ce livre nous permet de saisir l'ensemble des événements, des pratiques et tout simplement des vies qui ont convergé et fait de Montluc une prison pour mémoire.
Pauvreté. Queer. Handicap. Ethnicité. Domination. Frontières. Omniprésentes, les catégories structurent le monde social. Mais qu'est-ce que catégoriser veut dire ? Qui produit les catégories et les impose ? Comment résister avec et contre elles ? Véritable boîte à outils, ce lexique rassemble 48 synthèses inédites permettant de penser, avec les sciences sociales contemporaines, les catégories et leurs liens avec les rapports de pouvoir. Chaque notice thématique présente un concept pour penser ces processus, en retrace la genèse et en propose des définitions opératoires, réactualisées à l'aune de débats et exemples contemporains. S'adressant à un large public, l'ouvrage propose un éclairage informé sur ces sujets de société. Il met à l'épreuve les termes du débat public, au-delà de l'étude dun groupe en particulier et d'une conception figée des identités.
La « servitude volontaire » est une formule mobilisée tant dans le champ universitaire que dans le champ intellectuel ou journalistique. Ses usages, parfois référés au Discours de la servitude volontaire de La Boétie et, plus rarement, appuyés sur une lecture précise de ce texte, prétendent situer la source de la domination dans le libre consentement de ceux qui la subissent. Mais cette formule au caractère oxymorique, presque provocateur, occulte le plus souvent les véritables causes de cette apparente volonté de servir. Les explications de ce phénomène, telles que le désir, la coutume, la soumission consentie, la domination symbolique, l'obsequium ou la jouissance dans la servitude, doivent permettre de comprendre ce qui apparaît sinon comme une monstruosité et une énigme. L'étude du monde du travail montre notamment que les analyses en termes de servitude volontaire ne sont pas les plus adéquates. Enfin, si une telle formule peut susciter une prise de conscience, elle ne fournit pas pour autant la clé de l'émancipation.
Depuis plusieurs années, de plus en plus de villes rivalisent d'ingéniosité pour obtenir le titre de « Capitale européenne de la culture ». Ce label a en effet été synonyme d'un renouveau économique et d'une politique de régénération urbaine pour des villes comme Glasgow (1990), Lille (2004) ou Liverpool (2008). En s'appuyant sur le cas singulier de Matera, ville moyenne d'Italie méridionale doublement labellisée (patrimoine mondial de l'Unesco en 1993 et Capitale européenne de la culture en 2019), cette étude entraîne le lecteur dans les coulisses du processus de labellisation. L'arrière-scène est ici analysée sous un triple aspect : les jeux d'acteurs, les représentations urbaines et les projets de transformation de la ville. Animée par l'envie de « suivre à la trace » les interactions et les jeux de pouvoir à l'oeuvre dans ce processus de labellisation, Marina Rotolo propose une approche originale permettant de dépasser les études déjà parues sur le sujet, traditionnellement axées sur l'évaluation des impacts du label culturel. Cet ouvrage richement illustré convoque plusieurs disciplines (architecture, histoire urbaine, anthropologie) et mobilise des sources inédites et variées. Dans une ère définie par la compétition internationale et une concurrence accrue entre les villes, où les métropoles dominent, il questionne plus globalement les effets de la labellisation sur la fabrique urbaine des villes moyennes, à l'image de Bourges, récemment désignée Capitale européenne de la culture 2028.
Si la plupart des acteurs de la chaîne de production du médicament devraient oeuvrer sous le label de la science, leur savoir est en fait tiré d'un flux de connaissances alimenté, véhiculé et entretenu par l'industrie pharmaceutique, et ce, dans un dialogue intime entre science et marketing. Opérant dans l'ombre, de nombreuses « mains invisibles » au service de Big Pharma élaborent en effet ces connaissances : des planificateurs de publication commandent des articles rédigés par des auteurs fantômes pour des revues médicales ; des leaders d'opinion et des représentants commerciaux sont recrutés et déployés pour orienter subtilement les médecins ; des associations de patients subissent l'influence de l'industrie et diffusent des points de vue partiaux sur les maladies ou les traitements. Finalement, au bout de cette chaîne fantomatique pilotée par ce « marketing d'assemblage », les ordonnances rédigées par les médecins feront « naturellement » place aux nouveaux médicaments promus par les compagnies pharmaceutiques. Soucieux de s'adresser à un large public, Sergio Sismondo désire, avec ce livre dont nous proposons ici une traduction inédite, lever le voile sur le management fantôme dans l'industrie pharmaceutique, un management dont nous devrions nous soucier tant il a une incidence majeure sur la santé publique.
Souvent éludée par l'histoire de la philosophie, la question philosophique et médicale de la différence des sexes est fondamentale à l'époque moderne. Les modèles pour penser cette différence proviennent essentiellement de deux anthropologies opposées : celle de Descartes et celle de Cureau de la Chambre. Leurs sciences de l'être humain examinent tout d'abord les interactions entre corps et esprit, mais elles mettent surtout en valeur les pensées propres du corps par le biais de l'imagination. C'est à même le corps que se décide si femmes et hommes sont égaux. Les lectures critiques de ces deux modèles proposées d'un côté par Malebranche et de l'autre par Poulain de la Barre confirment que le xviie siècle constitue un tournant dans l'analyse psycho-physiologique et morale. La confrontation de ces quatre philosophes permet de comprendre comment se sont constituées des lignées théoriques sur sexe et genre qui sont toujours actuelles : celle de l'égalitarisme et celle d'un différencialisme qui peut être inégalitaire ou égalitaire.
Depuis les années 1990 le voile cristallise les débats politiques sur l'identité nationale et livre des femmes musulmanes une image partielle. Cet ouvrage cherche à donner plus d'épaisseur à leur présence dans la société française en s'intéressant aux premières d'entre elles : les Algériennes venues au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Qui sont ces femmes ? Pourquoi traversent-elles la Méditerranée aux pires moments de la répression du nationalisme algérien ? Comment trouvent-elles leur place dans la société qui les entoure et leur rôle dans la guerre d'indépendance menée aussi en métropole ? Grâce à une enquête orale approfondie, on les entend répondre à ces questions, on les découvre également au détour d'un fonds photographique public ou privé, dans le secret des archives judiciaires et policières, administratives et médiatiques. Leur mémoire inspire une parole vive et permet aux archives de parler à leur tour. On comprend alors l'histoire partagée qui les amène à prendre parti dans une guerre souvent fratricide, à s'attacher à l'Algérie naissante autant qu'à trouver la forme d'une intégration singulière, loin des débats actuels qui les méconnaissent obstinément. L'écriture de cette histoire résulte ainsi d'une écoute, d'une patience et d'une réflexion sur les outils, sur les méthodes aptes à rendre visible la matière complexe des parcours de ces Algériennes pendant cinquante ans, en s'efforçant d'en préserver la vie. Illustration de couverture : Archives privées © Fatma Malagouen
Pourquoi certains professionnels changent-ils radicalement de voie ? En déplacement explore les reconversions audacieuses de médecins, avocats ou artistes, révélant les enjeux de pouvoir et de mobilité derrière ces choix.
Éclairer les coulisses des enquêtes en sciences sociales sur les relations professionnelles et le syndicalisme est l'enjeu de cet ouvrage. Quels terrains privilégier ? Quels acteurs rencontrer en priorité ? Comment comparer des contextes nationaux différents ? Enquêter sur les relations professionnelles est-il possible lorsque celles-ci ne sont pas institutionnalisées ? Peut-on être à la fois scientifique et militant ? Et comment appréhender les rapports de domination qui se nouent sur le terrain ? Des conditions de féminisation du syndicalisme à la représentation des précaires, en passant par la cause LGBT, les enjeux de l'économie sociale et solidaire ou encore les modalités de soutien matériel à la grève, cet ouvrage détaille les stratégies actuelles de prise en charge de ces thématiques par les organisations syndicales. C'est aussi l'univers professionnel des start-up, celui de la livraison à vélo, ou encore des acteurs patronaux qui sont explorés dans ces retours réflexifs. En proposant des pistes méthodologiques relevant de l'enquête ethnographique, statistique ou archivistique, chacune des douze contributions originales dresse l'état des lieux des réflexions et des savoirs utiles à toutes les personnes désireuses de s'initier aux modes d'investigation des sciences sociales. Cet ouvrage collectif contribue ainsi au renouveau du champ des relations professionnelles, à son décloisonnement ainsi qu'à l'élargissement de ses horizons.
Ce recueil de textes offre un vaste nuancier de micro-lectures sur l'Orient des femmes : non seulement sur les femmes d'Orient, mais aussi sur les femmes en Orient, les femmes et l'Orient. En explorant des domaines aussi divers que l'histoire de l'art, l'histoire des sciences, la littérature classique, la littérature de voyage, l'anthropologie, les sciences politiques et la psychanalyse, ces études apportent l'éclairage de prismes différents, voire divergents, sur une réalité par essence plurielle. L'étude des représentations picturales, de la présence ou de l'absence des femmes dans la science, les littératures et les sociétés orientales, révèle une existence constante du féminin, une existence réprimée ou exaltée mais toujours à la croisée de l'imaginaire et du réel.
L'art contemporain indien s'est pleinement inséré dans les dynamiques institutionnelles et marchandes globales qui ont suivi la libéralisation économique des années 1990 en Inde. Carrefour commercial et culturel en Asie depuis la fin du XIXe siècle, Bombay, devenue Mumbai, s'affirme alors comme la capitale du marché de l'art contemporain indien. C'est à travers cette industrie plus discrète que Bollywood mais tout aussi globalisée que l'ouvrage invite à découvrir, ou redécouvrir, l'une des plus grandes métropoles d'Asie. Prenant pour point de départ le quartier des galeries d'art et des musées au sud de la ville, l'auteure nous entraîne dans une géographie de l'art contemporain complexe et méconnue qui met en lumière de multiples réseaux d'ateliers et de travailleurs invisibles, installés dans les quartiers industriels où les oeuvres sont fabriquées. À partir d'une approche en géographie sociale et culturelle s'appuyant sur une dizaine d'années de terrain en Inde, cette recherche ouvre sur une analyse critique des métropoles culturelles des Suds, plus attentive aux espaces et acteurs hors cadre ainsi qu'aux rapports de pouvoir liés aux contextes socioéconomiques locaux et globaux.
Comment refonder la démocratie après le nazisme ? Par où commencer dans un pays rasé, occupé et divisé ? Sur quelle expérience s'appuyer ? En 1945, une poignée d'hommes et de femmes politiques aguerris, ayant survécu à la guerre et aux persécutions, entreprit de rebâtir les institutions. Ce livre retrace le parcours de trente-quatre fondateurs de la démocratie ouest-allemande, députés élus au Reichstag avant 1933 et au Bundestag après 1949. Leur expérience de l'effondrement en 1933 et de la dictature nazie les mua en démocrates attentifs et favorisa leur engagement après 1945. Leurs récits entremêlés offrent une lecture inédite du tumultueux XXe siècle allemand. Ils témoignent de la continuité de la tradition démocratique allemande par-delà le nazisme. Cet ouvrage intéressera toutes celles et tous ceux qui s'interrogent sur la culture politique outre-Rhin, mais aussi sur la fragilité constitutive de la démocratie.
Les travaux d'Alexandre Matheron sur Spinoza et sur les philosophies de l'âge classique représentent un des points forts de l'école française d'histoire de la philosophie. Après Individu et Communauté chez Spinoza et Le Christ et le salut des ignorants, les études réunies ici complètent la vision du spinozisme et de son contexte, de ses racines et de sa signification historique. Elles traitent de tous les domaines du rationalisme classique : métaphysique, théorie de la connaissance, analyse des passions, éthique, politique et religion. La méthode qui anime ces textes est celle d'une analyse structurale de la pensée philosophique : il s'agit de prendre au sérieux le caractère conceptuel des doctrines, leurs enchaînements argumentatifs, la rigueur et la cohérence de leurs catégories. Mais la considération de l'architecture d'un monument théorique ne se conçoit pas sans la biographie non de l'auteur mais de l'oeuvre : comment Spinoza est devenu Spinoza ; en d'autres termes, comment il a forgé sa pensée en traversant les arguments et les concepts de Machiavel, de Hobbes ou de Descartes pour arriver à des formulations de plus en plus spinozistes de son ontologie de la puissance. Le rationalisme absolu apparaît ainsi non seulement comme contenu des pensées étudiées mais aussi comme méthode d'histoire de la philosophie. Une démarche qui a donné des outils intellectuels à plusieurs générations de chercheurs et qui indique aujourd'hui le chemin pour pénétrer dans l'univers de la pensée classique. La seule façon rigoureuse de nous demander ce qui pour nous, de ces philosophies, est vrai.
Ce volume rassemble les études que le philosophe Jean-Toussaint Desanti (1914-2002) a consacrées à la philosophie des sciences et à la philosophie des mathématiques en particulier. Certains de ces articles proposent des réflexions décisives sur la raison scientifique, l'histoire des sciences et leur rapport à la culture. D'autres reviennent aussi sur les thématiques abordées dans Les Idéalités mathématiques, en facilitent l'accès et les précisent. On trouvera ainsi un ensemble de réflexions historiques sur la naissance des nombres irrationnels, la théorie des fonctions de variables réelles, la naissance de la modernité mathématique ainsi que des analyses épistémologiques plus générales sur l'invention, l'explication, les notions de genèse et de structure en mathématiques. Le coeur de ces analyses est constitué par les notions d'objet, de subjectivité et d'historicité. Comme l'explique Dominique Pradelle dans sa préface, Jean-Toussaint Desanti cherche une tierce voie entre une philosophie de la conscience et une philosophie du concept. Dans cette perspective, l'originalité des textes présentés est d'éclairer le problème de l'historicité des mathématiques et plus encore du sujet des mathématiques.
Premier ouvrage proposant une étude des aspects genrés de l'islamophobie en France, en Suisse et en Belgique, ce livre réunit des contributions issues de la sociologie et de la psychologie sociale. Il analyse les processus par lesquels discriminations et préjugés anti-musulman.es sont élaborés et relayés, aussi bien par des acteur.rices institutionnel.les que par les citoyen.nes, et les façons dont celles et ceux qu'ils visent y résistent. Le genre est omniprésent dans les débats sur l'islam et l'intégration des musulman.es dans les pays européens, tant concernant les formes de voile islamique que les législations pour les interdire. Il est ainsi au coeur du développement de cette forme spécifique de racisme et de racialisation qu'est l'islamophobie. Comment l'islamophobie peut-elle être identifiée dans des discours publics et médiatiques genrés ? Comment est-elle relayée dans des discours ordinaires attribuant aux hommes musulmans un sexisme et un patriarcat spécifiques ? Quelles sont les discriminations subies par les femmes musulmanes, voilées ou non, et en quoi diffèrent-elles de celles subies par les hommes musulmans ? Telles sont les questions auxquelles cet ouvrage se propose de répondre, par une approche rigoureuse et documentée.
Dans les mondes de la culture, les références sont nombreuses au geste artistique, à la vocation, au travail du corps ainsi qu'au désir. Que ce soit dans le travail des professionnels de l'art (comédiens, scénographes, musiciens, danseurs, plasticiens, designers, etc.), dans celui des médiateurs ou dans l'activité des amateurs, le corps - à la fois sexué et genré - occupe une place centrale, y compris lorsqu'il est absent ou recomposé numériquement via les pseudos et avatars. Ces mondes qui se veulent à l'avant-garde sur le plan artistique le sont-ils aussi sur le plan du genre ? Le talent a t-il un sexe, et si oui, est-il le même dans tous les domaines artistiques et culturels ? Comment expliquer les différences de carrière entre femmes et hommes dans des domaines où seuls le talent et la passion individuelle devraient compter ? Cet ouvrage rassemble les contributions d'une trentaine de chercheuses et chercheurs des sciences humaines et sociales, qui apportent des éclairages novateurs issus de secteurs aussi variés que ceux de la musique (jazz, rap, musiques de jeux vidéo, etc.), des arts plastiques, du livre ou encore de la danse et de l'artisanat d'art.
En 1694, Mary Astell connaît la célébrité pour un court essai A Serious Proposal to the Ladies, for the Advancement of their True and Greatest Interest. Ce petit texte offre une défense vive et argumentée de l'éducation des jeunes filles et propose notamment la création d'un collège entièrement féminin, institution laïque consacrée à la fois à l'éducation et à la retraite. Le débat passionné que A Serious Proposal suscite parmi ses contemporains, mais aussi sa fortune critique, en font le texte « féministe » le plus important du xviie siècle, à l'aube des Lumières. Pour mieux en saisir la portée, cette anthologie propose une sélection d'extraits de textes « préféministes » antérieurs qui permettent de retracer la généalogie de la pensée d'Astell et de la situer dans le débat sur la question féminine à cette époque, en Angleterre. L'inclusion de documents postérieurs à la publication de A Serious Proposal permet enfin d'éclairer la postérité critique d'un essai si paradoxal et de mettre en évidence la place majeure qu'occupe Mary Astell dans l'histoire du féminisme. Bien que sa vision de la société soit encore à bien des égards celle du xviie siècle, sa croyance au progrès et aux vertus souveraines de l'éducation en fait déjà une femme des Lumières.
D'Indochine à Potiche, cet ouvrage explore l'évolution de la carrière et de l'image de Catherine Deneuve à travers la figure poétique et symbolique de la maison. Sur la base des star studies et des gender studies, Catherine Deneuve femme maison analyse les moyens par lesquels la célèbre actrice a su réinventer son image pour affronter le passage du temps et s'imposer, à plus de cinquante ans, comme reine incontestée du cinéma français. L'ouvrage entend participer aux recherches sur le devenir des stars mais aussi à une interrogation philosophique sur les rapports entre les hommes et les femmes dans le plus privé des « deux gouvernements », celui de la famille et de l'espace domestique.
La question du genre étant plus que jamais d'actualité, il n'est pas inutile de connaître les grandes figures qui marquèrent la naissance du féminisme. Destiné à un public français non spécialisé, l'ouvrage Mary Wollstonecraft : aux origines du féminisme politique et social en Angleterre offre une synthèse de la pensée de celle que l'on considère à juste titre comme la « mère du féminisme anglo-saxon » et propose des extraits traduits de ses oeuvres. D'une modernité stupéfiante, les analyses de Wollstonecraft montrent qu'elle fut visionnaire par ses idées autant que par sa méthode, qui consiste à déconstruire les représentations de la féminité qui prévalaient alors afin de dénaturaliser les constructions idéologiques. Prélude indispensable à toute réforme sociale, ce travail de déconstruction est libération des esprits, « déploiement de l'imagination » qui, seul, conduit à la liberté.
Dès 1791 Condorcet défend avec fougue « l'instruction en commun des deux sexes » comme mesure démocratique - mais il ne sera pas écouté. Neuf décennies plus tard, les Républicains choisissent la non-mixité lorsqu'ils créent l'enseignement secondaire public des jeunes filles. Malgré la diffusion de la coéducation aux États-Unis et ailleurs, la mixité à la fin du XIXe siècle reste une utopie en France. Il faut attendre 1976 pour que la mixité se généralise à tous les degrés de l'enseignement, sans débat ni polémique. Pourtant, nous savons aujourd'hui, comme l'écrit Geneviève Fraisse, que « la mixité est nécessaire, mais pas suffisante, pour dissoudre les inégalités chroniques ». L'histoire de cette révolution pédagogique, de ses opposants et de ses défenseurs, de ses réussites et de ses échecs, restait largement à écrire. Des historiennes et des sociologues nous convient dans ce volume à des analyses du passé éloigné et du passé proche, et à des comparaisons avec d'autres pays d'Europe où la mixité est au coeur des questionnements. Alors que la remise en cause de la mixité est devenue un débat de société, son histoire et ses enjeux méritent d'être rappelés car ils montrent à quel point le fait de mettre garçons et filles ensemble n'a jamais été une simple question de gestion des sexes. Toute la société est concernée.