Actes Sud (réédition numérique FeniXX)
Banale rencontre d'après-guerre, comme il s'en est produit des milliers... Elle a survécu aux camps. Il a survécu lâchement, avec marché noir et petites combines. Leurs souvenirs ne sont pas les mêmes ; chacun a entassé dans sa mémoire d'autres moments de vie. Ils se tendent la main, sans pouvoir faire que leurs doigts s'effleurent. Et pourtant, on aimerait tellement qu'ils renouent avec une raison de vivre. N'importe laquelle...
Tout le monde connaît l'histoire de cette île du Lac Léman, qui entra en rébellion contre le gouvernement de Berne et qui parvint, après des années de luttes acharnées, encore que non violentes, à rejeter le joug de la Confédération helvétique. Mais très rares sont les observateurs étrangers qui furent autorisés à y aborder depuis que le F.L.Z. (Front de Libération de la Ziguerie) proclama l'indépendance de ce petit territoire. Je suis un de ces privilégiés, par le plus grand des hasards.
Oui, Marie Cardinal a raison : en lisant Magda la rivière nous avons eu le sentiment que la langue - verte, drôle, crue et pourtant inventive en diable ! - composait, à elle seule, un personnage du roman. Mais l'essentiel, c'est d'abord la limpidité du regard, la justesse du ton. À peine suggérée derrière le héros de ce livre, une immense détresse : celle d'un naufragé de l'alcoolisme et de la désintoxication, qui s'avance dans la forêt canadienne, ce mythe universel. Soudain, son destin chavire, la complicité dionysiaque de la nature le drosse, à ne pas y croire, vers le rivage d'une femme... En portant la grâce magique des contes d'enfance dans une histoire d'amour, François Depatie nous fait écarquiller les yeux, de page en page, sur une découverte singulière : qu'il est possible de signer aujourd'hui encore un roman jubilant d'espérance !
Né en 1936 à Tamaris, près d'Alès dans le Gard, Jean Le Gac comprend dès l'enfance qu'il a le don . À partir de là, son oeuvre s'organise par des voies que les Introductions rassemblées dans ce livre révèlent de manière inattendue et avec une autorité d'écrivain. Il a exposé à Paris, Saint-Etienne, Dijon, Saint-Paul-de-Vence, Nice, Toulon, Marseille, Toulouse, Knokke-le-Zoute, Milan, Rome, Florence, Lucerne, Berne, Genève, Oxford, Cologne, Munich, Hambourg, Aix-la-Chapelle, Copenhague, Jérusalem, Montréal et New York. Les Introductions ont été publiées à l'occasion d'une exposition organisée dans l'église Saint-Martin du Méjan, en Arles.
Sous la trame serrée des turbulences - sans cesse défaite, renouée, ourdie autrement, comme par caprice d'écriture ou déroute de météorologue - s'énoncerait l'unique métaphore du texte : celle de la perte irrémédiable du lieu et du brouillage systématique des traces. Le corps lacéré étant premier à en traduire les échos, et à en exhiber les violences. Ici, ces mesures, d'arpentage et musicales, sont aussi celles démesurées de l'exil dont il n'est point de récit, autrement que sous forme d'une absence à l'écriture et à la mémoire de l'histoire.
Psychologie et libertés, ce n'est pas un slogan, ni un titre le temps d'un congrès. Mais, le temps d'un congrès, des psychologues, dont on lira dans cet ouvrage les communications, ont montré à quel point il est quotidien pour eux de s'interroger sur l'utilisation de la psychologie et de ses pratiques. La psychologie se développe à notre époque, de façon telle qu'elle imprègne la société au point de modifier, non seulement notre vision du monde et du comportement des individus, mais aussi notre appréhension de l'évolution de l'être humain : le risque est donc permanent que les concepts de la psychologie soient utilisés à des fins contraires aux droits de l'homme. Le Syndicat national des psychologues a organisé le Congrès Psychologie et libertés pour que des psychologues prennent la parole sur ce qui est fondamental et commun dans leurs pratiques : notre propos, dans ce congrès, a donc été d'examiner les conditions matérielles, sociales, juridiques, pour que l'exercice de la profession de psychologue ne soit pas aliénant, tant pour les usagers que pour les psychologues eux-mêmes. Car, être psychologue c'est, bien sûr, user d'outils que sont les savoirs et techniques de la psychologie, c'est avoir une formation universitaire du 3e cycle, c'est, surtout, avoir avec autrui un rapport qui ne tente pas de l'orienter, ni de l'éduquer, ni de le guérir, mais de le rapporter à ses propres sources, à son être intime. Les psychologues sont les dépositaires de ce qu'autrui leur exprime : c'est donc la responsabilité de tout psychologue de maîtriser par qui, et pour quoi, sont utilisées les observations qu'il peut faire et formuler. L'enjeu pour les psychologues apparaît clairement au fil des communications de ce Congrès Psychologie et libertés, il n'est pas différent de celui dont tout homme est l'objet : il ne s'agit pas de prendre le pouvoir mais de le dévoiler, surtout quand il use de la science psychologique pour s'avancer masqué.
Charles-André Julien fut l'un des pionniers du socialisme en Algérie, l'interlocuteur de Jaurès, de Lénine et Trotski... Il fut encore un militant très actif de la décolonisation... Il faut l'avoir connu téléphonant aux ministres, défiant les présidents, rédigeant les manifestes... Sa vie est un long J'accuse, qui fait de lui comme le Zola de la décolonisation. Ce jugement de Jean Lacouture justifie, a posteriori, ce livre rassemblant - grâce à Magali Morsy - les écrits anticoloniaux les plus marquants de Charles-André Julien : interventions, articles et préfaces, essentiellement consacrés au Maghreb, mais aussi à la Syrie et au Congo, à Schoelcher et à Toussaint-Louverture. Jusqu'au cri de lucidité et de cohérence du texte-épilogue. Loin de renier mes changements d'opinion, au cours d'une longue expérience, je crois qu'ils marquent les positions que j'ai cru devoir prendre selon la conjoncture. Au soir de ma vie, je me demande si ce n'est pas ce que j'ai fait de mieux.
Je ne crois pas qu'il faut me regarder et dire quel monstre assassin Ferraton, mais dire quel monstre assassin avons-nous fait de Ferraton.
Au regard du défi électronique et informatique, le clavier peut paraître un enjeu futile. Je le crois primordial. Il ouvre ou ferme l'accès du grand nombre à d'infinies manipulations de jeu ou de sens. Il rejoint et réunit les deux facultés constituantes de l'espèce humaine : le langage et le geste habile. Il contribue à réduire l'écart si dommageable entre la culture humaniste et la culture technique.
Malraux voulait se pencher sur la civilisation occidentale pour l'étudier comme l'entomologiste étudie la fourmilière. Les Nouveaux Philosophes entendent eux aussi apprécier, comme de l'extérieur, la culture occidentale ; mais celle-ci ne peut devenir objet : ce qui la caractérise, c'est précisément une certaine manière de constituer l'objectivité. On est enfermé dans le cercle vicieux : les catégories qui comprennent sont celles-là mêmes qui doivent être comprises, les facultés qui apprécient celles-là mêmes qui doivent être appréciées. Le cercle ne peut être rompu qu'en opposant à la culture-sujet une autre culture-sujet. L'extériorité est alors créée par une confrontation où chacune des cultures considérées refuse de se laisser réduire aux catégories de l'autre et, posant son identité, saisit ses propres différences. Telle est la démarche de ce livre qui tourne le dos à celle de l
"Absorbé en lui-même, Clergue avec sa Passion drape de stupeurs son innocence et de méditations sa spontanéité. Son essence ne parvient à s'extérioriser que sous forme de couleurs, rites, brûlures et cérémonies : ses photos sont inévitablement exactes en leur prodigieuse acuité. Leurs tons froids et chauds s'entrechoquent, le sabbat, la danse macabre, les vanités s'y mêlent aux évolutions du torero qui renoue ainsi avec les origines sacrées de sa fonction. Le rythme, en pénétrant son oeuvre, s'adapte et ondule dans les extrémités du hasard."