Traits et portraits
"Je ne peux pas dire que j'aie abandonné la peinture sans me retourner, je me suis retourné sans cesse, j'ai interrogé ma pratique du cinéma selon une perspective qui était celle des arts plastiques et, quoi que j'y fasse, c'est à travers la pratique de la peinture que j'ai construit ma propre pensée de l'art." O.A.
"Je ne peux pas dire que j'aie abandonné la peinture sans me retourner, je me suis retourné sans cesse, j'ai interrogé ma pratique du cinéma selon une perspective qui était celle des arts plastiques et, quoi que j'y fasse, c'est à travers la pratique de la peinture que j'ai construit ma propre pensée de l'art." O.A.
Récompensé par le Prix Médicis Essai 2025. "Le centre du monde s'appelle le Central : c'est à cette place que je m'installe, une place en corbeille, au deuxième rang derrière la petite rambarde de fer forgé marquant la frontière avec le parquet, dans cette salle aujourd'hui disparue. J'y ai vécu, et continue peut-être d'y vivre, l'imagination n'en étant pas morte, les moments les plus heureux de mon enfance, de mon adolescence aussi." F. G.
Plongez dans les nuits électrisantes des années 1980 avec DJ. Portrait de l'artiste en animale nocturne, où Anne F. Garréta raconte son apprentissage de DJ au Katmandou, entre Paris, New York et Berlin.
"Devenir DJ, c'était fuir, me rebeller contre un ordre diurne du temps et des corps. Déserter la norme. Vivre quand les autres dorment. Me lever tard. Flâner dans la ville, sortir de boîte, me glisser dans une autre, prolonger les nuits jusque dans le jour. Échapper à la classe, au bureau. Échapper à ma classe, sortir de mon état, de mon milieu, pour plonger dans cet étrange milieu, le milieu de la nuit, le milieu des femmes." Un voyage éblouissant dans la mémoire d'Anne F. Garréta qui revient sur les lieux de son premier livre écrit en 1986, à l'âge de 23 ans : Sphinx, roman virtuose devenu culte, disséquait dans une langue classique la passion, sur fond de boîtes de nuit, entre deux personnages de sexe indécidable. Quarante ans après, l'envers du décor se dévoile. Anne F. Garréta, nous plonge de façon abrupte et radicale dans la nuit des années 1980, où elle fit l'apprentissage du métier de DJ au Katmandou, boîte de la rue du Vieux-Colombier. Vertige, beauté, éclat de ce parcours initiatique entre Paris, New York et Berlin ; traversée nocturne, nomade où les gestes de la DJ se diffractent avec élégance dans ceux de l'écriture, de la danse et de l'amour.
Elle entendait la voix égale et limpide du garçon, ni lion ni souffle n'en altérait la placide assurance. Il semblait, lui, aussi, ce Denis, pareil aux petites feuilles du lilas, se consumer sans brûler. Il s'écarta brusquement, tournant le dos au père, puis il prit la main de la fille dans un geste d'une telle tendresse qu'elle s'en trouva presque déconcertée. Ils revinrent vers l'hôtel, leurs pas unis, sans un coup d'oeil derrière eux. Il ne veut pas nous reconnaître, il ne veut pas de nous le pauvre homme, nous sommes libres ! chuchota le garçon avec joie. Il sembla à la fille qu'une joie de même nature exactement la grisait en toute lucidité. Libres, enfin libres ! répétait Denis en riant. "
Elle entendait la voix égale et limpide du garçon, ni lion ni souffle n'en altérait la placide assurance. Il semblait, lui, aussi, ce Denis, pareil aux petites feuilles du lilas, se consumer sans brûler. Il s'écarta brusquement, tournant le dos au père, puis il prit la main de la fille dans un geste d'une telle tendresse qu'elle s'en trouva presque déconcertée. Ils revinrent vers l'hôtel, leurs pas unis, sans un coup d'oeil derrière eux. Il ne veut pas nous reconnaître, il ne veut pas de nous le pauvre homme, nous sommes libres ! chuchota le garçon avec joie. Il sembla à la fille qu'une joie de même nature exactement la grisait en toute lucidité. Libres, enfin libres ! répétait Denis en riant. "
Plongez dans Au cinéma Central, le récit envoûtant et primé de Fabrice Gabriel, où la salle obscure devient le théâtre d’une enfance et d’une éducation sentimentale.
"Comme je l'aimais, comme nous nous aimions. Cela va sans dire, et l'écrire me serre le coeur. Ma mère, ma maman, il n'y a qu'une femme au monde que je peux appeler ainsi. Quel dommage. Quel gâchis. Je ne lui en veux pas, non, lui en vouloir, ce serait encore la vouloir. Encore rester accrochée. Les gestes d'apaisement dictés par la raison me coûtent mes nuits. On me conseille de me blinder, mais me blinder ne sert à rien, ou alors je ne me blinde pas ou` il faut, comme il faut. Ma mère m'occupe, ses lamentations me submergent, sa mauvaise foi, ses chantages, son agressivité déguisée en tendresse. Je sors de mes visites lessivée. Tu prends les choses trop au sérieux, m'écrit ma tante. Il faut que tu fasses un stage de je-m'en-foutisme ! Je dois le reconnaître, j'ai d'énormes lacunes en je-m'en-foutisme." M.N.
"Comme je l'aimais, comme nous nous aimions. Cela va sans dire, et l'écrire me serre le coeur. Ma mère, ma maman, il n'y a qu'une femme au monde que je peux appeler ainsi. Quel dommage. Quel gâchis. Je ne lui en veux pas, non, lui en vouloir, ce serait encore la vouloir. Encore rester accrochée. Les gestes d'apaisement dictés par la raison me coûtent mes nuits. On me conseille de me blinder, mais me blinder ne sert à rien, ou alors je ne me blinde pas ou` il faut, comme il faut. Ma mère m'occupe, ses lamentations me submergent, sa mauvaise foi, ses chantages, son agressivité déguisée en tendresse. Je sors de mes visites lessivée. Tu prends les choses trop au sérieux, m'écrit ma tante. Il faut que tu fasses un stage de je-m'en-foutisme ! Je dois le reconnaître, j'ai d'énormes lacunes en je-m'en-foutisme." M.N.
"Parfois je voudrais revoir l'enfant et comprendre d'où pourquoi comment. Traquer sur mon visage les ombres et les reflets, le petit tremblement que l'on distingue dans mes yeux sur les photos. Je ne vois pas de tempête à l'adolescence, il y avait une légère mélancolie, certes, mais c'était calme. Ça ne l'a plus jamais été." Dans cet autoportrait en mouvement, Pierre Ducrozet traverse en un travelling les instants et les lieux de sa vie, comme s'il voulait replacer les choses sur une carte réinventée du temps. Il a tous les âges au même moment, il traverse l'Inde et la Sicile, s'arrête au Mexique et en Papouasie, parcourt New York à pied, se retrouve enfin dans la lumière éclatante de Barcelone - le tout écrit dans un seul souffle. Au centre de ce voyage magnétique où la vie et la littérature ne font plus qu'un, il y a la splendeur et les bruits de tous les étés. Une plage, une maison, des corps qui se jettent dans les vagues. L'été comme la conquête de la liberté, la soif de recommencement. Dans cette danse, ce solo de jazz, Pierre Ducrozet traque les apparitions, les fulgurances où le temps s'ouvre et nous accueille. Esquissant, en chemin, un art poétique contemporain.
"Parfois je voudrais revoir l'enfant et comprendre d'où pourquoi comment. Traquer sur mon visage les ombres et les reflets, le petit tremblement que l'on distingue dans mes yeux sur les photos. Je ne vois pas de tempête à l'adolescence, il y avait une légère mélancolie, certes, mais c'était calme. Ça ne l'a plus jamais été." Dans cet autoportrait en mouvement, Pierre Ducrozet traverse en un travelling les instants et les lieux de sa vie, comme s'il voulait replacer les choses sur une carte réinventée du temps. Il a tous les âges au même moment, il traverse l'Inde et la Sicile, s'arrête au Mexique et en Papouasie, parcourt New York à pied, se retrouve enfin dans la lumière éclatante de Barcelone - le tout écrit dans un seul souffle. Au centre de ce voyage magnétique où la vie et la littérature ne font plus qu'un, il y a la splendeur et les bruits de tous les étés. Une plage, une maison, des corps qui se jettent dans les vagues. L'été comme la conquête de la liberté, la soif de recommencement. Dans cette danse, ce solo de jazz, Pierre Ducrozet traque les apparitions, les fulgurances où le temps s'ouvre et nous accueille. Esquissant, en chemin, un art poétique contemporain.
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Ce poignant récit s'ouvre sur un vol d'étourneaux dont le murmure dans une langue secrète fait écho à toutes les migrations et surtout à celle d'aïeux, partis d'un village d'Inde en 1872 pour rejoindre l'île Maurice. C'est alors le début d'une grande traversée de la mémoire, qui fait apparaître autant l'histoire collective des engagés indiens que l'histoire intime de la famille de Nathacha Appanah. Ces coolies venaient remplacer les esclaves noirs et étaient affublés d'un numéro en arrivant à Port-Louis, premier signe d'une terrible déshumanisation dont l'autrice décrit avec précision chaque détail. Mais le centre du livre est un magnifique hommage à son grand-père, dont la beauté et le courage éclairent ces pages, lui qui travaillait comme son propre père dans les champs de canne, respectant les traditions hindoues mais se sentant avant tout mauricien. La grande délicatesse de Nathacha Appanah réside dans sa manière à la fois directe et pudique de raconter ses ancêtres mais aussi ses parents et sa propre enfance comme si la mémoire se délavait de génération en génération et que la responsabilité de l'écrivain était de la sauver, de la protéger. Elle signe ici l'un de ses plus beaux livres, essentiel.
Ce poignant récit s'ouvre sur un vol d'étourneaux dont le murmure dans une langue secrète fait écho à toutes les migrations et surtout à celle d'aïeux, partis d'un village d'Inde en 1872 pour rejoindre l'île Maurice. C'est alors le début d'une grande traversée de la mémoire, qui fait apparaître autant l'histoire collective des engagés indiens que l'histoire intime de la famille de Nathacha Appanah. Ces coolies venaient remplacer les esclaves noirs et étaient affublés d'un numéro en arrivant à Port-Louis, premier signe d'une terrible déshumanisation dont l'autrice décrit avec précision chaque détail. Mais le centre du livre est un magnifique hommage à son grand-père, dont la beauté et le courage éclairent ces pages, lui qui travaillait comme son propre père dans les champs de canne, respectant les traditions hindoues mais se sentant avant tout mauricien. La grande délicatesse de Nathacha Appanah réside dans sa manière à la fois directe et pudique de raconter ses ancêtres mais aussi ses parents et sa propre enfance comme si la mémoire se délavait de génération en génération et que la responsabilité de l'écrivain était de la sauver, de la protéger. Elle signe ici l'un de ses plus beaux livres, essentiel.
Le 14 mars 2021 à 15 heures 50, Laura Alcoba longe la rive droite de l'Aven, entre Pont-Aven et le moulin du Hénan, lorsqu'elle voit à la surface de l'eau, entre les branchages et les rochers, le dessin d'un coeur. Le trouble de cette vision presque magique réveille sa mémoire. À L'Aven, se superpose l'image du Rio de la Plata, que les premiers navigateurs espagnols avaient nommé la mer Douce, tant le fleuve était vaste. Apparaissent alors, comme dans une promenade hallucinatoire, les moments essentiels de sa vie, ceux qui l'ont construite et fait d'elle une des écrivaines les plus talentueuses d'aujourd'hui. Toujours prise entre deux fleuves, deux langues, deux pays. Laura Alcoba n'a rien oublié de son enfance clandestine en Argentine. Ce voyage intérieur en forme d'autoportrait ressemble à un radeau qui conduit dans les points les plus sauvages et parfois les plus douloureux d'une vie.
Le 14 mars 2021 à 15 heures 50, Laura Alcoba longe la rive droite de l'Aven, entre Pont-Aven et le moulin du Hénan, lorsqu'elle voit à la surface de l'eau, entre les branchages et les rochers, le dessin d'un coeur. Le trouble de cette vision presque magique réveille sa mémoire. À L'Aven, se superpose l'image du Rio de la Plata, que les premiers navigateurs espagnols avaient nommé la mer Douce, tant le fleuve était vaste. Apparaissent alors, comme dans une promenade hallucinatoire, les moments essentiels de sa vie, ceux qui l'ont construite et fait d'elle une des écrivaines les plus talentueuses d'aujourd'hui. Toujours prise entre deux fleuves, deux langues, deux pays. Laura Alcoba n'a rien oublié de son enfance clandestine en Argentine. Ce voyage intérieur en forme d'autoportrait ressemble à un radeau qui conduit dans les points les plus sauvages et parfois les plus douloureux d'une vie.
' Quand je suis à Paris, quoi qu'il arrive et par tous les temps, je fais mon petit tour au jardin. C'est un ravissement pour mon oreille lorsque la pluie qui tombe dru se divise en plusieurs pupitres et distribue les timbres, le tempo, les phrasés. Alors le jardin sonne comme un orchestre de chambre, très XXe siècle. ' Le jardin du Luxembourg est pour Philippe Cassard, grand pianiste classique international et producteur d'émissions à France-Musique, le point de départ d'une rêverie à la Debussy qui retraverserait ' par petites touches ' toute sa vie. Curiosité, gourmandise, exigence, drôlerie. Des figures majeures et des lieux apparaissent, Sviatoslav Richter, Vladimir Horowitz, Christa Ludwig, Natalie Dessay. Besançon, sa ville natale où il donna un récital en soliste à l'âge de huit ans, Chaux-les-Passavant, le village de son père, mais aussi Vienne, Dublin, Paris. Et comme devant un clavier, cet autoportrait convoque les règles fondamentales du piano, le doigté, l'assise, l'aisance du corps, l'adhérence des doigts au clavier, la souplesse des poignets, le travail permanent des gammes, des arpèges, des traits d'octave, un enseignement qu'il aimera plus tard transmettre à son tour dans ses émissions. Un délicieux voyage qui part du jardin, s'envole dans les plis de la mémoire, et y revient.
' Quand je suis à Paris, quoi qu'il arrive et par tous les temps, je fais mon petit tour au jardin. C'est un ravissement pour mon oreille lorsque la pluie qui tombe dru se divise en plusieurs pupitres et distribue les timbres, le tempo, les phrasés. Alors le jardin sonne comme un orchestre de chambre, très XXe siècle. ' Le jardin du Luxembourg est pour Philippe Cassard, grand pianiste classique international et producteur d'émissions à France-Musique, le point de départ d'une rêverie à la Debussy qui retraverserait ' par petites touches ' toute sa vie. Curiosité, gourmandise, exigence, drôlerie. Des figures majeures et des lieux apparaissent, Sviatoslav Richter, Vladimir Horowitz, Christa Ludwig, Natalie Dessay. Besançon, sa ville natale où il donna un récital en soliste à l'âge de huit ans, Chaux-les-Passavant, le village de son père, mais aussi Vienne, Dublin, Paris. Et comme devant un clavier, cet autoportrait convoque les règles fondamentales du piano, le doigté, l'assise, l'aisance du corps, l'adhérence des doigts au clavier, la souplesse des poignets, le travail permanent des gammes, des arpèges, des traits d'octave, un enseignement qu'il aimera plus tard transmettre à son tour dans ses émissions. Un délicieux voyage qui part du jardin, s'envole dans les plis de la mémoire, et y revient.
' Contrairement aux apparences, je suis plutôt un homme sauvage, fleurs, papillons, arbres, îles. Ma vie est dans les marais, les vignes, les vagues. Qu'importe ici qui dit je. Écrire à la main, nager dans l'encre bleue, voir le liquide s'écouler sont des expériences fondamentales. Je vis à la limite d'une réserve d'oiseaux, mouettes rieuses, goélands, faucons, sternes, bécasseaux, canards colverts, hérons. Ah être un oiseau ! Dans la maison, tous les matins, je laisse Richter jouer Haydn, on pourrait l'écouter sans cesse, ré mineur, concert public de Mantoue, notes vives et détachées, j'aime le futur immédiat, je ne crains pas la répétition, jeu enfantin, cercle qui ne va nulle part, on écrit toujours pour une voix disait Beckett, pas de voix, pas de notes ni de mots. Le bonheur est possible. Je répète. Le bonheur est possible. ' Il y a de la magie dans la vie et dans l'oeuvre de Philippe Sollers, écrivain, éditeur, critique, solitaire, paradoxal, et merveilleux visionnaire. Une magie née de sa passion pour la littérature, la poésie, la nature et la musique, pour la rencontre amoureuse, pour l'art du secret et de l'intime. Philippe Sollers, en agent secret ? Tel est le pari de ce singulier et bouleversant autoportrait.
' Contrairement aux apparences, je suis plutôt un homme sauvage, fleurs, papillons, arbres, îles. Ma vie est dans les marais, les vignes, les vagues. Qu'importe ici qui dit je. Écrire à la main, nager dans l'encre bleue, voir le liquide s'écouler sont des expériences fondamentales. Je vis à la limite d'une réserve d'oiseaux, mouettes rieuses, goélands, faucons, sternes, bécasseaux, canards colverts, hérons. Ah être un oiseau ! Dans la maison, tous les matins, je laisse Richter jouer Haydn, on pourrait l'écouter sans cesse, ré mineur, concert public de Mantoue, notes vives et détachées, j'aime le futur immédiat, je ne crains pas la répétition, jeu enfantin, cercle qui ne va nulle part, on écrit toujours pour une voix disait Beckett, pas de voix, pas de notes ni de mots. Le bonheur est possible. Je répète. Le bonheur est possible. ' Il y a de la magie dans la vie et dans l'oeuvre de Philippe Sollers, écrivain, éditeur, critique, solitaire, paradoxal, et merveilleux visionnaire. Une magie née de sa passion pour la littérature, la poésie, la nature et la musique, pour la rencontre amoureuse, pour l'art du secret et de l'intime. Philippe Sollers, en agent secret ? Tel est le pari de ce singulier et bouleversant autoportrait.
' L'insaisissable m'a donné la clef du monde. ' De sable et de neige, ou l'art de vivre l'instant. Une splendide fresque pour célébrer la beauté des choses et la puissance de leur silence, de la Grande Dune d'Arcachon et la lumière du Cap Ferret jusqu'à la ville de Kyoto sous la neige, un 31 décembre. Les vagues venant rythmer le récit, comme si l'océan était le résumé de la vie, avec sa dimension tragique, inséparable du sentiment de joie et d'harmonie qu'il sait donner. Chantal Thomas poursuit ici son voyage dans l'intimité de la mémoire, à travers une langue d'élégance et de grâce, pour exprimer les sensations les plus fugitives et les plus essentielles dont nous sommes tissés. Et pour dire le lien d'amour entre une fille et son père : sa force d'absolu.
' L'insaisissable m'a donné la clef du monde. ' De sable et de neige, ou l'art de vivre l'instant. Une splendide fresque pour célébrer la beauté des choses et la puissance de leur silence, de la Grande Dune d'Arcachon et la lumière du Cap Ferret jusqu'à la ville de Kyoto sous la neige, un 31 décembre. Les vagues venant rythmer le récit, comme si l'océan était le résumé de la vie, avec sa dimension tragique, inséparable du sentiment de joie et d'harmonie qu'il sait donner. Chantal Thomas poursuit ici son voyage dans l'intimité de la mémoire, à travers une langue d'élégance et de grâce, pour exprimer les sensations les plus fugitives et les plus essentielles dont nous sommes tissés. Et pour dire le lien d'amour entre une fille et son père : sa force d'absolu.
Prix Transfuge du livre d'art 2024. De la vida mía est un voyage dans la vie et l'oeuvre de Miquel Barceló, peintre catalan foisonnant et internationalement reconnu. Ce pourrait être le titre d'un de ses tableaux. Pour la première fois, il se raconte et construit son autoportrait à travers ses carnets, ses peintures, ses dessins, ses différents ateliers : à Paris, à Majorque et pendant longtemps au Mali, en pays dogon. On y trouve des couleurs et de la terre, des visages, des poissons, des fruits, du sable, des animaux, des grottes, des livres, des objets, un rhinocéros. Et aussi la Méditerranée, un corps et sa mémoire, un enfant et son bateau, un peintre questionnant ses gestes et son art. Miquel Barceló nous invite à entrer dans les coulisses de son oeuvre : "Majorque est mon île de naissance, je suis né d'elle. J'ai tout appris de mon enfance. La mer, c'est ma respiration. Mon corps fait partie de la nature."
Prix Transfuge du livre d'art 2024. De la vida mía est un voyage dans la vie et l'oeuvre de Miquel Barceló, peintre catalan foisonnant et internationalement reconnu. Ce pourrait être le titre d'un de ses tableaux. Pour la première fois, il se raconte et construit son autoportrait à travers ses carnets, ses peintures, ses dessins, ses différents ateliers : à Paris, à Majorque et pendant longtemps au Mali, en pays dogon. On y trouve des couleurs et de la terre, des visages, des poissons, des fruits, du sable, des animaux, des grottes, des livres, des objets, un rhinocéros. Et aussi la Méditerranée, un corps et sa mémoire, un enfant et son bateau, un peintre questionnant ses gestes et son art. Miquel Barceló nous invite à entrer dans les coulisses de son oeuvre : "Majorque est mon île de naissance, je suis né d'elle. J'ai tout appris de mon enfance. La mer, c'est ma respiration. Mon corps fait partie de la nature."
"Je m'appelle Christophe et j'étais déjà assez âgé quand un enfant est entré dans ma chambre avec un papier à la main." C'est par cette première phrase que Christophe Honoré nous fait entrer dans le fulgurant autoportrait romancé d'un homme d'aujourd'hui qui lui ressemble mais qui n'est pas tout à fait lui. Lui, le cinéaste, le metteur en scène de théâtre et d'opéra, mais avant tout l'écrivain. Sur le papier que sa fille de dix ans a trouvé épinglé à la porte de son appartement, ces mots griffonnés au feutre noir : "Guerre et Paix : contrepèterie douteuse" Alors, très vite, tout s'emballe et devient presque polar. Qui a écrit ces mots ? Qui le soupçonne d'être un mauvais père ? Peut-on être gay et père ? Le livre nous conduit soudain dans tous les recoins d'une vie mais aussi au coeur de l'adolescence en Bretagne, avec la découverte du désir, des filles, des garçons, du plaisir, de la drague.Un livre à la fois puissant et énigmatique, d'une merveilleuse liberté, à la mesure de son sujet.
"J'ai été seul pendant deux mille ans - le temps de l'enfance. De cette solitude, personne n'est responsable. Je buvais du silence, je mangeais du ciel bleu. J'attendais. Entre le monde et moi il y avait un rempart sur lequel un ange montait la garde, tenant dans sa main gauche une fleur d'hortensia - une sorte de boule de neige bleue. Peut-on imaginer cela ?" Christan Bobin.
Se mettre à nu, raconter les joies, les excès, les souffrances, telle est l'exploration littéraire à laquelle Claude Arnaud se livre ici. Une incroyable machine d'organes invisibles nous régente. Une peau, un sexe, des muscles, un coeur, comment en prendre soin tout au long d'une vie ? Ce corps qui écrit, regardez-le, nous dit-il, il se discipline, se blesse, se rend malade, renaît, c'est lui qui travaille et vous guide, c'est lui qui a conçu et porté tous vos livres. Claude Arnaud raconte les épreuves qu'il a infligées à son corps depuis l'adolescence, puis la révolte qui s'en est suivie, les plaisirs qu'il a fini par s'offrir. Juste un corps est le récit vif et cru d'un homme qui a choisi l'écriture comme manière de vivre.
Se mettre à nu, raconter les joies, les excès, les souffrances, telle est l'exploration littéraire à laquelle Claude Arnaud se livre ici. Une incroyable machine d'organes invisibles nous régente. Une peau, un sexe, des muscles, un coeur, comment en prendre soin tout au long d'une vie ? Ce corps qui écrit, regardez-le, nous dit-il, il se discipline, se blesse, se rend malade, renaît, c'est lui qui travaille et vous guide, c'est lui qui a conçu et porté tous vos livres. Claude Arnaud raconte les épreuves qu'il a infligées à son corps depuis l'adolescence, puis la révolte qui s'en est suivie, les plaisirs qu'il a fini par s'offrir. Juste un corps est le récit vif et cru d'un homme qui a choisi l'écriture comme manière de vivre.
'Mais moi, quand je ferme les yeux, je descends d'abord comme un noyé dans les eaux limoneuses du fleuve Chari, qui trace la frontière entre le Tchad et le Cameroun, où furent jetés tant d'hommes, de femmes et même d'enfants, parfois encore vivants, les mains ligotées dans le dos ou enfermés dans une gibecière. Je sombre avec eux vers le sable et l'argile, au milieu du vert et du brun, croisant des algues violettes, des tessons de poteries et des écailles de crocodile. Ma tête est plus lourde qu'un boulet et m'entraîne vers les abysses : je plonge dans un sac sans fond où les lettres s'entrechoquent ou s'esquivent, s'appellent ou s'ignorent, je baigne dans un espace illimité soustrait aux contraintes des cycles et des dates, et j'entre dans le temps de l'enfance qui précisément ne connaît pas le temps. Tous mes souvenirs s'envolent dans le vent des sables, le passé coule dans le fleuve, se joue dans les branchages, explose dans les feuillages. Le passé est tout autour de moi désormais - et je ris quand je dis "le passé", car rien de tout cela n'est passé.' Michaël Ferrier.
"J'ai longtemps rêvé que ma mère était noire. Je m'étais inventé une histoire, un passé, pour fuir la réalité à mon retour d'Afrique, dans ce pays, dans cette ville où je ne connaissais personne, où j'étais devenu un étranger. Puis j'ai découvert, lorsque mon père, à l'âge de la retraite, est revenu vivre avec nous en France, que c'était lui l'Africain. Cela a été difficile à admettre. Il m'a fallu retourner en arrière, recommencer, essayer de comprendre. En souvenir de cela, j'ai écrit ce petit livre." J.M.G. Le Clézio
"J'avais quinze ans, et un mois plus tôt j'avais fugué. Ça avait été beaucoup plus simple que je ne le croyais. On était à l'aéroport de Pointe-à-Pitre, pour rentrer à Paris, et j'avais fermement pris ma décision. Deux jours avant, il s'était passé une chose prodigieuse et après cette chose je ne pouvais plus revenir en arrière." Arthur H signe ici un bouleversant autoportrait, en trois fugues. Celle de sa mère, Nicole Courtois, à l'âge de dix-huit ans. La sienne, lorsqu'il avait quinze ans, pendant un séjour en Guadeloupe avec son père Jacques Higelin, dans la maison de Coluche. Et la dernière fugue de Bach, laissée inachevée : L'Art de la fugue.
C'est à partir de cinquante photos qu'il a choisies que Willy Ronis dessine ici son autoportrait. À quatre-vingt-seize ans, sa mémoire est toute fraîche. Il se souvient de chaque instant, de chaque mouvement de la lumière, celle des rues de Paris, celle des bords de la Marne, un encore celle d'une petite ville du Sud, quand il vivait là-bas avec sa femme, Marie-Anne, et son fils Vincent. Une photo, c'est un moment pris sur le vif, mais c'est aussi l'histoire d'un jour. Ce jour-là : un autoportrait à la manière d'un Je me souviens. Pour lui, on sent bien que la photo a joué le rôle d'une mémoire ineffaçable et c'est avec émotion que ce livre feuillette à la fois son être le plus intime, son talent de photographe et son talent de conteur. Partout, sur un visage, dans l'ombre d'un couple derrière un rideau, dans le corps d'un enfant, dans le mouvement d'un bal, dans une foule comme dans un escalier de Montmartre un matin d'hiver, il nous raconte une histoire, un scénario, un poème.