Théologie historique
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Dans la littérature chrétienne des premiers siècles, l'oeuvre de Clément d'Alexandrie se distingue par un recours massif et assumé aux auteurs de la Grèce antique. Loin d'être de simples ornements d'érudition, ces citations occupent une place centrale dans sa démarche théologique.Juan Pablo Romero Tejada met au jour les fondements théologiques de cette pratique. Pour Clément, les écrivains païens ne sont pas étrangers à la Révélation : ils en portent, à leur manière, des traces authentiques. Convaincu que Dieu s'est laissé entrevoir aussi par la raison humaine, Clément engage avec eux un véritable dialogue, fondé sur une méthode théologique où la Révélation biblique et la réflexion rationnelle progressent de concert.L'ouvrage interroge d'emblée la légitimité, pour un chrétien, de passer par la littérature pour approfondir sa connaissance de Dieu, puis expose ce qui confère aux principaux poètes et philosophes grecs une autorité pour la réflexion théologique. Dans une deuxième partie, il examine le processus d'interprétation et de décryptage du message porté par les citations, pour ensuite mettre en lumière la méthode de composition propre à Clément d'Alexandrie. La troisième partie éclaire ce en quoi le dialogue ainsi engagé ouvre de nouvelles voies vers la connaissance de Dieu, en s'attachant aux concepts les plus féconds hérités de la littérature grecque.Il en résulte une synthèse à la fois ambitieuse et novatrice, proprement sans précédent. Titulaire d'un doctorat en langues, histoire et civilisations des mondes anciens depuis leurs origines jusqu'à l'Antiquité tardive de l'EPHE et d'un doctorat en théologie aux Facultés Loyola Paris, Juan Pablo Romero Tejada dirige le Département de philosophie et de sciences humaines de l'ITESO (Université jésuite de Guadalajara, au Mexique), où il enseigne l'histoire de la philosophie antique et le grec ancien.
L'historien attaché à éclairer les rapports entre Église et société se pose fatalement la question de savoir en quoi la « théologie » peut bien être « historique ». Porté par cette question, il se présente sur le chantier de l'Ecclesia médiévale et de l'Église moderne, entre deux configurations typiques de la construction du social : le monastère et le phalanstère. Il parcourt les « territoires » du christianisme latin pour prendre la mesure de la force de structuration, d'inclusion et d'exclusion de l'institution ecclésiale en son dominium sur la terre et sur les hommes. Il jauge la puissance du discours d'Église à l'époque où se cherchent les traités De Ecclesia constitutifs de ce qui, propriis verbis, constitue le champ de l'« ecclésiologie » depuis les années 1600. Enfin, en une sortie risquée hors du confort de la médiévistique, il cherche en quoi l'ecclésiologie peut être légitimement placée à la genèse de la tradition sociologique. Ce parcours ecclésiologique en quatorze essais est une manière de fil directeur au sein d'une oeuvre déclinée en une série de monographies consacrées aux relations coextensives de l'Ecclesia médiévale et de la société, avant que la modernité ne vienne séculariser et universaliser en raison le concept d'Église.
Basile de Césarée fut assurément un grand théologien et un évêque remarquable, par quoi il est reconnu comme Père de l'Église. Une tradition ultérieure a laissé de lui un portrait moins assuré : celui d'un législateur monastique et d'un père des moines. Le monachisme oriental ignorait les catégories occidentales de règle et d'ordre monastique. De son côté, l'Occident latin usa de l'expression de règle puis d'ordre de saint Basile dans une logique de classification des expériences monastiques, qui fut consacrée par le concile de Latran IV en 1215. Plus tard, du xive au xviie siècle, la papauté dut faire face au déclin du monachisme italo-grec, à l'intégration d'un monachisme oriental sous sa juridiction et à l'émergence de formes locales d'érémitisme collectif en quête d'une référence patristique. Ainsi naquirent l'Ordre de saint Basile (au milieu du xve siècle), la congrégation basilienne (1573) et les moines dits « basiliens ». Cet ouvrage analyse la réception monastique de Basile et révèle les chemins méconnus qui ont conduit ce Père grec au coeur de l'histoire monastique de l'Europe. Le sujet, ncore peu exploré, pose la question d'une identité monastique circulant entre Orient et Occident chrétiens. La géographie de ce voyage est vaste : elle relie l'Empire byzantin et la chrétienté romaine médiévale et moderne. L'ombre de Basile de Césarée ne cesse de planer comme une filiation possible sur les moines de tous siècles et de tous pays. Ce livre, publié sous la direction d'Annick Peters-Custot (professeure d'histoire médiévale, Nantes Université) et d'Olivier Delouis (chargé de recherche au CNRS, Maison française d'Oxford et UMR 8167 Orient et Méditerranée, Paris) est le fruit d'un programme de recherche intitulé Les moines autour de la Méditerranée. Contacts, échanges, influences entre Orient et Occident, de l'Antiquité tardive au Moyen Âge, dont est également issu l'ouvrage Les mobilités monastiques en Orient et en Occident (2019, Collection l'École française de Rome).
Au cours des dernières décennies, il a souvent été donné d'Hilaire de Poitiers, avant son exil en 356, l'image d'un évêque de province, encore étranger aux querelles doctrinales de son temps. L'importante monographie de Jean Doignon, Hilaire avant l'exil (1971), a notamment contribué à la développer. Comment un évêque qui, de son propre aveu, ne connaissait pas le symbole de Nicée avant d'être relégué en Orient, aurait-il pu connaître et combattre les ariens (ou ceux que l'on considérait alors comme tels) ? Cette représentation s'est notamment appuyée sur l'analyse du commentaire que l'évêque de Poitiers a consacré à l'évangile selon Matthieu (In Matthaeum), qu'un consensus unanime date d'avant son exil. La présente étude remet en question ce portrait aujourd'hui dominant, en rouvrant le dossier de la polémique anti-hérétique du commentaire. En croisant les résultats d'une analyse des principaux développements trinitaires et christologiques de l'oeuvre et d
Nous ne connaissons que quatre ouvrages littéraires antiques consacrés à la critique de la nouvelle religion : le Discours véritable de Celse, le Contre les chrétiens de Porphyre, le Discours ami de la vérité adressé aux chrétiens d'Hiéroclès Sossianos et le Contre les Galiléens de l'empereur Julien. Leur rédaction est échelonnée entre le iie et le ive siècle, période qui voit l'affirmation du christianisme dans le monde gréco-romain. Dans leur combat contre les chrétiens, Celse et ses épigones pouvaient s'inspirer d'une longue tradition polémique, dont l'influence est par ailleurs bien visible dans d'autres textes de Porphyre et Julien. La présente étude analyse les fragments conservés des quatre traités antichrétiens dans leurs rapports avec les motifs et les conventions de la littérature antique. On pourra ainsi mieux comprendre la façon dont ces ouvrages ont été conçus, la place qu'ils occupent dans le panorama littéraire de leur temps et (pour Porphyre et Julien) les liens qui les unissent aux autres oeuvres de leurs auteurs. Gianluca Piscini est agrégé de lettres classiques et docteur ès lettres (Université de Tours). Il a publié plusieurs articles sur les polémiques entre païens et chrétiens dans l'Antiquité et sur la littérature patristique, en s'intéressant tout particulièrement à l'oeuvre d'Origène.