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Gribou, chou, genou, hibou... La rengaine évoque des odeurs de craie et de coups de règle sur les doigts. C'est bien d'une sorte de bande d'écoliers qu'il s'agit, chahuteurs, hirsutes et tendres à la fois. Les gribous, ainsi nomme-t-on les taulards de Clairvaux, qui font peur aux enfants du village quand ils ne sont pas sages. Gribou, ça sonne comme caribou et se perd dans la forêt, solitaire. Ça claque comme gabelou, et rejoint alors l'inventaire des bandits de grands chemins, sans lendemain, qui n'ont peur que d'eux-mêmes. Les gribous, frères en longues peines, aux matricules d'oubli presque effacés, il fallait bien les extraire, leur redonner un visage et une voix. Un instant de vie. L'auteur les connaît. Il fut l'un d'eux. Multirécidiviste, il a fait son compagnonnage carcéral : Fresnes, La Santé, Clairvaux, Lyon, Bordeaux, Valence, Besançon... Maisons centrales et maisons d'arrêt, où s'arrête le temps. Il écrit le voyage, comme on raconte un mauvais rêve, avec parfois une petite lumière au fond d'un couloir : l'amitié d'un curé pas ordinaire, les yeux de Sarah-Bon-Point, le rire de Bouboule. Sans doute. « Les gribous » est le premier livre de Lucien Meyronein, né en 1946.
D'origine belge et amateur de bière tiède, un inspecteur de la Crime au bout du rouleau s'offre un séjour de rêve en Martinique, l'Île aux Femmes, l'Anse du Diamant, là où un type a été découvert pendu sous un cocotier, en bordure d'une mer d'huile. Fort-de-France s'agite. Loin d'être anonyme, le mort était responsable d'une radio indépendantiste. Le farniente se corse, les morts se multiplient, les passions ont juste le temps de s'ébaucher. Qui bénéficie de la disparition de Cyril Douce ? Les Békés ? L'administration française ? Le Vieux ? D'autres flics débarquent, et tentent de démêler l'écheveau, entre Morne Vert et Morne Rouge, Fort-de-France et Saint-Pierre, la mystérieuse capitale coloniale anéantie en cinq minutes, lors de l'éruption de la Montagne Pelée en mai 1902. Saison d'hivernage nous offre aussi une visite dans la mémoire de l'île, une balade anti-coloniale, quelques sentis politiques concernant l'Antillanité. Sur fond de biguine, de zouk et de vieux rhum, ce roman, doublement noir, poursuit « en solo » les aventures de deux flics ordinaires, le « nordiste » Van den Vliet et Jean-Marie Sauveur, l'Antillais du Quai des Orfèvres, personnages créés par Alain Bellet et Frédéric Larsen pour "Les anges meurent aussi". "Saison d'hivernage" interroge l'avenir de cette île aux métissages multiples, entre Club Med, madras bariolé et drapeau tricolore. Si tous les ingrédients d'un polar bien ficelé, répondent ici présent, c'est pour mieux questionner, dans l'urgence, l'avenir des Antilles, entre Amérique latine et billets verts, en passant par Cuba, l'incontournable...
Malgré des études toujours plus nombreuses, des colloques, des livres épais, des inédits photographiques, Sartre s'éloigne et, par la faute des sartriens qui prolifèrent dans l'infini du commentaire, en oubliant le précepte qu'il leur avait donné : que le seul moyen de parler de lui, c'est d'inventer une histoire. Un mot, alors, parle plus que dix pages, une scène révèle ce que des volumes ne verront jamais, un jeu de ponctuation pointe des complexes longtemps dissimulés. Le parti pris de la fiction fait l'originalité de ce petit livre et le rend, par sa désinvolture même, plus profond que les produits de l'actuelle industrie Sartre, qui prospère sur des ridicules longuement accumulés et, aujourd'hui, sacralisés. Qu'il s'agisse des têtes momifiées - Nizan, Aron et les autres -, des déjà-vieux petits-enfants du siècle - Debray, Lévy et compagnie -, de l'analyse structurale, moquée dans l'étude remarquablement dense d'un refrain de chanson de film, ou de l'odieux, parfois, du Nouvel Observateur - voir Auschwitz et le foie gras -, ce livre s'apparente, par son ironie, sa lucidité et son amertume, à La soirée avec M. Teste et au Neveu de Rameau. Son titre fait écho aux Huit jours chez M. Renan que Barrès écrivit il y a cent ans : soit que Sartre n'ait été, après tout, que notre Renan, soit qu'il ait fait, après lui, le vide, soit qu'il n'y ait eu, en cent ans, que du vide, sans lequel il n'y aurait pas d'écho. Il y faut aussi une voix sans visage : naturellement, Stéphane Auclair ne se présente pas.