Rivages d'encre
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Alain Gerber parle d'un rivage qu'il aime : la Guadeloupe, et d'un être qu'il connaît comme sa poche : lui-même. Ce n'est pas une fiction, plutôt une confession, un portrait de l'artiste qui fait songer par l'étonnante liberté de son style à La Couleur Orange, son oeuvre de jeunesse. Trente jours de farniente dans l'un des derniers paradis terrestres, voilà l'occasion rêvée, à bientôt cinquante ans, de faire le point, de « jeter l'encre ». Mais l'oisiveté, c'est bien connu, fait remonter les humeurs et il en résulte un florilège de réflexions féroces et drolatiques. Gerber tire sur tout ce qui bouge - touristes pollueurs, bandits manchots, empêcheurs de fabuler en rond - sans oublier sa propre image qui grimace dans le miroir du temps : celle d'un ballot, nous dit-il, d'un incurable sentimental. « Je n'ai peut-être jamais autant dit ma vérité, surtout la pas bonne à dire ! ».
"J'aimerais parler de Saint-Tropez, raconte Orlando de Rudder. Pas uniquement du lieu célèbre, mais de ce monde que j'ai connu enfant : l'école communale, les paysans, les pêcheurs, les artistes qui n'y venaient pas en vacances mais, au contraire, pour travailler. Je voudrais raconter l'odeur du nougat qui tiédit sur le marbre, les braconniers, les ouvriers des usines de sardines et de torpilles, la mémoire des gens, qui se souviennent encore des attaques anciennes des Turcs et des Gênois. Ce monde existe encore, discret, tenace, à trois pas des yachts étincelants et des filles toute nues. J'ai connu ce pays petit garçon. Je l'ai retrouvé, avec ses vignes et ses chênes-liège, la fraîcheur pétillante du Gambetta-limonade, l'étrange immobilité mouvante de la mer...".
Qui a peur de Daniel Zimmermann ? Et d'abord, qui prétend bien connaître l'auteur du Gogol et des Chats parallèles ? Cet homme, joueur de plume, jouet des plumes (Federspiel en alsacien) n'est-il pas le Diable en personne ? Entre les lignes d'un récit haletant, décapant, se lit une angoissante interrogation sur la nature, l'identité de l'écrivain, son étrangeté, son ambiguïté, le mystère de ses origines et de sa création. Qui est ce Je qui écrit, cet autre qui nous leurre, ce leurre qui peut-être dit aussi la vérité ? Un voleur ? Un plagiaire ? Un assassin ? Ou bien quelqu'un qui, à force de raconter des histoires abominables, se prend à son propre jeu de massacre ? Dans ce petit livre âpre, âcre, Zimmermann n'épargne rien ni personne, et l'on ne s'aventure dans la forêt hantée du Sundgau, au sud de l'Alsace, qu'au risque de se perdre un peu soi-même...