Polémos
Le tourisme est la première industrie mondiale, même s'il est pratiqué par seulement 3,5 % de la population... Un luxe réservé aux occidentaux qui, depuis l'avènement des congés payés, ont intégré «un devoir d'ailleurs et de loisirs». Mais qui n'a pas senti ce malaise, dans une boutique de souvenirs ou sur une plage des Caraïbes couvertes de baigneurs blancs? Qui n'a jamais ramené de vacances le sentiment de l'absurde? Car même les mieux intentionnés des voyageurs contribuent malgré eux à la mondophagie touristique. Et rien ne semble pouvoir arrêter cette conquête démesurée des quatre coins du monde: ni la pollution qu'elle impose, ni la disparition des spécificités culturelles qu'elle vient niveler et encore moins la conscience de l'Autre qu'elle réduit à une relation marchande. Pouvons-nous nous évader du tourisme? Rodolphe Christin nous invite à retrouver l'essence du voyage: préférer le chemin à la destination, et «disparaître» plutôt qu'apparaître partout.
Est-ce qu'il suffit de travailler moins pour retrouver l'équilibre entre les différentes facettes de nos vies surchargées? La réduction du temps de travail est une revendication de longue date pour améliorer notre qualité de vie. En passant moins de temps au travail, nous pourrions enfin reprendre notre souffle et consacrer plus de temps à nos relations sociales, aux tâches domestiques ou encore pour s'engager dans la communauté. Mais est-ce que notre travail nous comble et contribue au bien commun? Julia Posca interroge notre rapport au travail, explore sa nature et envisage les voies à emprunter pour lui redonner un sens. À la dystopie dans laquelle nous nous enfonçons toujours un peu plus, nous pourrions opposer l'utopie du travail «démarchandisé, démocratisé et dépollué». Une invitation à revoir l'organisation du travail pour qu'il réponde d'abord aux besoins les plus «authentiques»: assurer à tous et toutes une existence digne, entretenir des relations riches, léguer une vie bonne aux futures générations.
Hausse de la tricherie et du plagiat, perte du sens de la socialité, déficit d'attention et d'empathie, retards d'apprentissage: les preuves s'accumulent quant aux effets nocifs des technologies du numérique en classe, surtout sur les plans cognitif et social. Mais pour les promoteurs de l'enseignement à distance et de la «technopédagogie», le mot d'ordre est «adaptez-vous!». Dans une critique sans concession de l'informatisation de l'école, deux professeurs de philosophie nous alertent sur ce qui se profile à l'horizon: la destruction de la culture commune et une dissolution des institutions d'enseignement comme lieux de transmission et de formation. Bienvenue dans la machine expose comment l'offensive numérique en cours s'inscrit dans une vision technocratique et économiciste du monde qui réduit l'école à une machine à former du «capital humain». Un cri d'alarme pour préserver le métier de professeur et son autonomie, plus que jamais mis à mal.
L’automobile a transformé radicalement nos villes, au point de s’imposer comme l’étalon de mesure de la planification urbaine. Architectes et urbanistes ont embrassé cette vision de la ville qui mène à des espaces pollués, peu sécuritaires, et dont les infrastructures pèsent lourd sur le trésor public. Devant l’urgence climatique, Olivier Ducharme veut renverser ce modèle pour redonner au piéton la place qui lui revient. Il livre une charge pour sortir de nos villes ces « requins d’acier », qu’ils soient électriques ou à essence, et remettre la vie de quartier et le transport collectif au centre de l’aménagement urbain. Pour se libérer des embouteillages et amorcer la transition écologique, nous devons avoir le courage politique de bannir l’auto solo de nos villes. L’automobile est un piège, il est temps de s’en libérer.
Considérant les ravages du tourisme et les effets délétères de son industrie, il est généralement de bon ton d’opposer à la figure du touriste celle du voyageur, dont les intentions seraient nobles et les agissements respectueux des populations et des environnements. Or, est-il encore possible de concevoir le voyage comme mode d’être au monde et comme moyen d’aller à sa rencontre? Et d’où nous vient ce «besoin» de voyager? C’est à partir de ces questions d’ordre philosophique que Rodolphe Christin nous invite à penser le voyage, lui pour qui cette notion doit avant tout constituer «un acte de l’esprit, une expérience particulière de la pensée et du corps. Autrement dit, une certaine expérience du monde que les infrastructures touristiques mettent à mal et qu’il conviendrait cependant de sauver».
Être en mouvement. Tout le temps. La bougeotte serait-elle le nouveau mal du siècle? Autrefois réservée à une élite, cette hypermobilité s'est progressivement répandue tel un virus en conquérant l'ensemble des territoires et classes sociales. Si la prolifération des transports motorisés promet confort, bonheur et liberté pour tous et partout, cette envie parfois pathologique de bouger n'est pas sans conséquences: accidents, pollution, étalement urbain, changements climatiques et risque épidémique... Filant la métaphore clinique, Laurent Castaignède décrit les symptômes de la bougeotte avant d'en retracer les origines, analyse ses principaux vecteurs et explore quels pourraient en être les remèdes. Car un traitement de choc s'impose contre la «croisiérine», « l'avionite » ou «l'autophilie». Aussi bénigne soit-elle parfois, la bougeotte engendre des effets délétères. Il est grand temps de comprendre comment notre propension naturelle à la mobilité a dérapé, pour guérir d'urgence cette dépendance.
Il y a une dizaine de milliers d'années, la sédentarisation des groupes humains, l'émergence de l'agriculture et l'établissement des premiers États ont jeté les bases de notre civilisation. Et si cette «révolution néolithique» n'était qu'une parenthèse malheureuse dans le cours de l'histoire humaine, comme le prétendent les primitivistes ? Et si ces événements, loin d'être «civilisateurs», avaient précipité l'humanité dans un processus écocide et autodestructeur dont nous mesurons seulement aujourd'hui toute la gravité? Stimulé par ces questions qui imprègnent les débats écologistes depuis les années 1960, Pierre Madelin examine d'un regard critique les fondements historiques et anthropologiques de cette théorie selon laquelle les multiples formes de domination ne sont pas inhérentes à la vie sociale, mais résultent de cette «catastrophe fondatrice» du Néolithique. Or le primitivisme se révèle une impasse politique, affirme l'auteur: plutôt que de mythifier la vie préhistorique en anticipant l'effondrement de la civilisation industrielle, ne vaudrait-il pas mieux se mobiliser pour une transition vers une société agroécologique?
Et si nous désobéissions, si nous cessions d'être de sages consommateurs? Paul Ariès nous invite à suivre les réflexions des objecteurs de croissance, de l'alimentation à la désobéissance civile, en passant par la publicité, le rationnement et la gratuité. Quand 20% des humains s'approprient 86% des ressources disponibles sur Terre, parler de décroissance devient une nécessité. Égratignant à la fois spéculateurs environnementaux et vendeurs de développement durable, il appelle à la «croissance» de l'imaginaire et des liens sociaux, pour s'offrir collectivement une vie plus libre, plus signifiante et, finalement, plus humaine. Il revient sur 10 ans de combats de la décroissance qu'il aime décrire comme un «chemin de crête», dont pourraient découler le pire et le meilleur.
Rarement une nouvelle technologie aura soulevé autant de passions, avant même son implantation, que le développement de la téléphonie mobile de cinquième génération, dite 5G. Suscitant les pires craintes sur les plans sanitaire et écologique ou en matière de sécurité et de surveillance pour les uns, elle constitue pour les autres une véritable révolution ouvrant tout un monde de possibilités. Comment faire la part des choses? C'est là l'exercice auquel s'est prêté le collectif Atécopol, pour qui la 5G est d'abord et avant tout un cas d'école de la course en avant technologique et de l'obsolescence programmée. En montrant les limites d'une approche strictement technocratique pour évaluer cette technologie imposée, le collectif nous rappelle que le débat entourant la 5G soulève l'enjeu de la nécessaire appropriation démocratique des choix technologiques. La question de la technique est d'abord une question politique.
Nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre qu'il n'y aura pas de « développement durable » et à envisager la « décroissance » comme seule manière d'arrêter la catastrophe en cours. Mais que porte ce mouvement et courant de pensée aux visages multiples? Synthèse claire et originale des réflexions qui s'inscrivent dans cette perspective, Guérir du mal de l'infini est aussi un convaincant plaidoyer pour refuser la croissance et envisager la transition d'un monde essentiellement basé sur l'entreprise vers un monde fondé sur les communs. Car le problème que pose la course à la croissance illimitée n'est pas seulement qu'elle détruit ce qui rend nos vies possibles, c'est aussi qu'elle nous éloigne sans cesse davantage de la liberté et de l'égalité qui nous ont été promises. Tel est le « mal de l'infini ». Pour en guérir, les prières aux gouvernements et les incantations vertueuses ne suffiront pas. Une vraie bataille est à mener, sur plusieurs fronts, et ce livre offre un moyen de s'armer pour avancer sur celui des idées.
La conquête de l'univers numérique par les géants du web ne menace pas seulement nos langues et nos cultures, elle met carrément en péril nos acquis démocratiques. L'heure est venue de contre-attaquer. Dans Tenir tête aux géants du web, qui poursuit la réflexion amorcée dans Les barbares numériques, Alain Saulnier propose aux États un ensemble de mesures concrètes pour rééquilibrer dès maintenant les forces en présence et permettre à nos institutions démocratiques de reprendre l'ascendant. Véritable cri du coeur pour éviter que nos sociétés ne sombrent dans des dérives autoritaires, ce livre nous rappelle qu'il n'y a aucune raison de rester passifs et d'accepter d'être soumis aux diktats des GAFAM et aux volontés des Elon Musk et Mark Zuckerberg de ce monde.
Puisqu'il faut «penser ce que nous faisons», comme le réclamait Hannah Arendt, Yves-Marie Abraham s'interroge ici sur l'innovation sociale, une idée qu'il a lui-même contribué à promouvoir au cours des dernières années en créant un programme de formation dans ce domaine. Mais d'où vient cette notion aux contours flous et que signifie-t-elle au juste? Comment expliquer son succès et qui en tire réellement profit? Il s'avère que les activités qui y sont associées consistent, dans une large mesure, à «nettoyer les dégâts» que provoque le capitalisme sur le plan social et écologique. D'où l'inquiétude qui émerge: et si former des jeunes à l'innovation sociale ne conduisait qu'à les préparer à devenir de simples «éboueurs du capital»? Dès lors, l'innovation sociale ne serait-elle pas l'une de ces idéologies qui, à l'instar du développement durable, permettent avant tout à la «machine capitaliste» de continuer à fonctionner, et donc à ravager le monde?
Pour Hugo Séguin, le mouvement environnemental a perdu ses repères. Devant l'urgence climatique, plusieurs s'accrochent a des solutions qui livrent trop peu, trop tard, alors que d'autres délaissent les instances de décision et se replient sur eux-mêmes. En montrant combien plusieurs idées radicales d'hier nous apparaissent tout à fait banales aujourd'hui, l'auteur identifie les mécanismes qui étouffent leur diffusion en tant qu'innovations bénéfiques. Se définissant comme un environnementaliste plutôt conservateur, il lance un appel au rapprochement entre environnementalistes réformateurs, qu'il invite à s'ouvrir aux idées nouvelles, et radicaux, à qui il propose le beau risque de réinvestir les structures de pouvoir. Prônant un renforcement du dialogue social, il interpelle finalement décideurs et influenceurs à s'ouvrir aux porteurs de solutions innovantes qui frappent aujourd'hui à leurs portes. Nous ne pourrons confronter la crise environnementale, nous dit-il, que si nous facilitons collectivement la diffusion et l'adoption d'une toute nouvelle génération d'idées radicales.
Ce sont les nouveaux grands seigneurs de notre temps. Les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) et autres plateformes (Airbnb, Uber et Netflix) règnent sans partage sur un empire numérique qui transcende les frontières nationales, au mépris de la souveraineté des États et de leurs législations. Épidémie de fausses nouvelles, polarisation des débats, contrôle des données personnelles, surconsommation énergétique et pollution atmosphérique... Ces barbares numériques représentent une véritable menace pour la démocratie. Devant la passivité de nos gouvernements, à Québec comme à Ottawa, Alain Saulnier lance un appel à la résistance. Pour l'ancien directeur de l'information de Radio-Canada, il est urgent d'établir l'équité fiscale, de protéger les droits d'auteur et de moderniser tout l'écosystème numérique. Il en va de la survie de nos médias, de notre langue et de notre culture françaises en Amérique du Nord. Comme le dit Pierre Trudel, «c'est d'un combat extrême qu'il s'agit. Avec ce livre, Alain Saulnier nous procure les repères pour s'y engager la tête haute.»
Le lien entre l'extrême droite et la défense de l'environnement n'a rien d'évident. Pourtant, il existe bel et bien une pensée écofasciste au sein de la grande famille des idéologies nationalistes et identitaires. Démographie, tensions entre localisme et universalisme, immigration... Les théories écofascistes sèment un certain trouble dans l'écologie politique. Et même si aucun gouvernement ne s'en est revendiqué, la mouvance, encore embryonnaire, pourrait bien s'intensifier dans les années à venir. « Il me semble raisonnable de penser que plus la crise écologique s'aggravera, plus les options démocratiques et émancipatrices dont nous disposons pour y faire face s'amenuiseront, et plus au contraire des solutions extrêmes, aujourd'hui encore impensables, risqueront de s'imposer », écrit Pierre Madelin dans ce livre au carrefour de l'histoire des idées, de la cartographie intellectuelle et de la prospective politique. Une lecture indispensable pour mieux combattre cette alliance entre le « brun » et le « vert »
Introduite en 2010 par Renaud Camus, la théorie du «grand remplacement» aurait dû être confinée aux marges complotistes et d'extrême droite. L'idée que la France serait en train de subir un « changement de peuple » au profit de populations africaines repose sur des scénarios démographiques si peu crédibles et manifeste une xénophobie si affirmée qu'elle place de facto ses adeptes en rupture de ban avec les valeurs pluralistes de nos sociétés. Pourtant, des figures de l'intelligentsia comme Alain Finkielkraut, Éric Zemmour, Michel Houellebecq, Michel Onfray et le Québécois Mathieu Bock-Côté lui ont donné une étonnante diffusion, contribuant ainsi à la banalisation du thème de la déchéance nationale par la faute de l'immigration musulmane. Comment ces auteurs ont-ils pu adhérer à une telle théorie sans craindre de mettre en jeu leur réputation? Comment expliquer un tel dérapage? Alain Roy met au jour les rouages argumentatifs de ceux que l'on nomme les déclinistes, révélant ainsi leur caractère foncièrement défaitiste et leur déconcertante faiblesse intellectuelle.
La planète chauffe, et le monde n'en est pas moins en pleine ébullition. Une révolution, inédite et planétaire, est en cours. Elle se déploie partout, à travers les écrits et les actions d'intellectuel.le.s, de juristes, de militant.e.s de l'écologie et du climat, et sous l'influence de ce nouvel engagement qu'est l'écoféminisme. Avec Planète en ébullition, la philosophe Laurence Hansen-Løve dessine la cartographie de cette ré
Point de haine de l'économie là où on nous fait aimer l'argent, à tout prix. Point de haine de l'économie, mais une économie de la haine. Le programme: faire l'économie de la haine. Haïr sans qu'il n'y paraisse. Ainsi s'investit-on dans l'asservissement à l'argent. Sous les données, sous les calculs et sous la spéculation: des crimes, du sang, du vol et des morts, mais assourdis par ce savoir économique et ses prérogatives légales. Car l'argent fait écran: faut-il qu'on délocalise des usines, licencie du personnel, pollue des rivières, contourne le fisc, soutienne des dictatures ou arme des chefs de guerre pour que le prix d'une action monte en Bourse? Cette culture de l'argent nous autorise précisément à faire l'économie de ces questions, sur le mode de l'autocensure. Alain Deneault en tire un à un les fils, pour libérer notre conscience de ce filtre marchand qui codifie le social.
Travailleuse d'usine mexicaine, cultivateur de riz indien, ménagère ougandaise, fermière aymara: ces personnes ont en commun d'être nées dans des nations exploitées ou opprimées. C'est le résultat de l'ordre mondial institutionnalisé : la prospérité de l'Occident vient en grande partie de l'appauvrissement du reste du globe. Pourtant, les positions antimondialisation actuelles sont trop souvent synonymes de fermeture des frontières et de repli sur soi. Pour faire contrepoids, Maïka Sondarjee développe une position internationale pour la gauche qui est réellement solidaire avec les nations du Sud: l'internationalisme radical. Avec cette vision anticapitaliste, décoloniale et féministe de la coopération internationale, elle souhaite intégrer l'Autre au coeur de nos préoccupations. Une invitation à décoloniser la solidarité internationale et à envisager une transition globale juste, seule façon de ne pas perdre le Sud.
Comment s'émanciper de cette servitude volontaire où consommation et capitalisme riment avec destruction des conditions de vie sur Terre? Aller au supermarché en voiture, changer de iPhone tous les six mois, passer trois heures par jour devant un écran, cela fait pourtant partie du quotidien de la plupart de nos contemporains. Or, sans une véritable transition écologique, nous assisterons inévitablement à une série d'effondrements systémiques. Pour rompre avec l'imaginaire de domination rationnelle du monde hérité de la science et de la philosophie modernes, Pierre Madelin explore les possibilités révolutionnaires du présent en convoquant l'écologie politique libertaire. Si le capitalisme est l'ennemi à abattre, un changement de paradigme, qui concerne autant le climat, l'énergie, la démographie, la question animale que l'organisation politique des sociétés, est en marche. Avec une lucidité
Est-ce que les idées et les pratiques défendues par l'anarchisme et le socialisme trouvent encore un écho aujourd'hui? Ces courants de pensée nous aident-ils toujours à penser la domination et la transformation sociale? Leurs visions opposées du rôle de l'État sont-elles irréconciliables? Est-il possible de transcender leurs clivages historiques pour bâtir une gauche apte à relever les défis du XXIe siècle? C'est à cet exercice que se sont prêtés Marcos Ancelovici et Pierre Mouterde dans cette stimulante série d'entretiens dirigés par Stéphane Chalifour et Judith Trudeau. Héritage des luttes, stratégies politiques, pouvoir des urnes et de la rue, nation, horizons révolutionnaires, ces thèmes clivants sont au coeur d'un dialogue vigoureux et fécond. Une discussion franche, riche en références historiques, qui révèle l'actualité de ces perspectives politiques radicales et une volonté de tirer des leçons du passé afin de construire des ponts, de faire «cause commune».
Finies, les belles années du néolibéralisme! La Grande Récession, le réchauffement climatique et la pandémie de COVID-19, notamment, nous ont plongés dans une nouvelle période de l'histoire. Le virage effectué ces deux dernières décennies s'avère cependant plus discret qu'on pourrait le croire. Pourtant, tout se transforme, et les piliers sur lesquels on s'appuyait pour lire la société vacillent. Partage du pouvoir entre le centre droit et le centre gauche, recherche du consensus, mantras de l'économie de marché mondialisée: certains repères traditionnels s'embrouillent. Le néolibéralisme n'est plus le cadre de référence à partir duquel expliquer le monde et fonder des stratégies pour le changer. Le capitalisme évolue, nous entrons dans une nouvelle ère de confusion, de confrontations, d'extrêmes, avec des gouvernements qui, quand ils ne sont pas franchement autoritaires, détachent clairement la parole des actes. Un nouvel horizon qui dégage par ailleurs des perspectives inédites pour les mouvements sociaux. Bienvenue dans l'après-néolibéralisme.
Pour sortir de la seule critique des élites au pouvoir, l'IRIS a décidé de brasser la cage. Quelles seraient les politiques qu'un gouvernement au service du bien commun pourrait mettre en branle dans un premier mandat? Dans cet exercice de politique fiction, les chercheur.e.s passent de la réaction à la proposition à travers cinq chantiers prioritaires : la réduction du temps de travail, la démocratisation de l'économie et des lieux de travail, la solidarité sociale, l'occupation du territoire et la transition écologique. Il en ressort un éventail d'alternatives concrètes et audacieuses pour changer le Québec, à l'opposé des politiques d'austérité. Loin de vouloir imposer un plan déjà défini, l'idée est de lancer des débats. Avec le désir d'inspirer, au bout du compte, un certain goût pour l'audace et l'ambition collective. Vous embarquez?