Mémoires, journaux, témoignages
1991, le Mur de Berlin vient juste de tomber, la Hongrie devient une démocratie parlementaire et l'Occident est désormais à portée de main. Kertész, qui avait vécu des années en exil intérieur, peut désormais voyager, donner des conférences et travailler à Berlin. Pour cet observateur obstiné de l'existence, le journal intime est un compagnon permanent, dans lequel il note et commente non seulement les événements liés à la transformation politique, mais aussi ses doutes et interrogations concernant son oeuvre et sa vie privée.
Manger pour rassasier notre besoin de consolation. Comment, à travers différentes cultures, les rites culinaires permettent de recréer un lien avec ce qui n'est plus. Vingt-cinq hommes et femmes de tous horizons révèlent, par leurs témoignages et les recettes qui les accompagnent, l'importance fondamentale de la nourriture pour célébrer les absents et apaiser la douleur.
Dès le premier jour du premier confinement de l'année 2020, Wajdi Mouawad, directeur du théâtre de la Colline, prend la parole. Jour après jour. Pour briser la solitude, pour offrir une présence à l'autre, pour regarder ce qui nous arrive ensemble. Pour rester vivant ? Postée au quotidien comme un journal partagé sur le site du théâtre, cette parole intime et publique à la fois - et comme toujours avec Wajdi Mouawad, intimement politique -, et traversée des hauts et des bas tragi-comiques de la condition du confiné, c'est à l'évidence une écriture, une réécriture permanente du monde. C'est aujourd'hui un livre.
12 jeunes migrants, filles et garçons, ayant quitté leur terre et les êtres qui leur sont chers pour un Eldorado qui, comme le dit Boris Cyrulnik, n'a plus rien de doré, témoignent ici de ce qui leur manque le plus. Et leur réponse est presque à l'unanimité : "Ma maman" !µµLes bénéfices de l'ouvrage iront à une association qui vient en aide aux mineurs isolés étrangers (MIE).
Ces dix-neuf textes sont écrits du fond d'une geôle. Poignants et remarquablement maîtrisés, ces aller-retours entre réflexions et sensations expriment le quotidien morne du prisonnier, écartelé entre le bilan de sa vie et de ses actions, et le vide glacial d'un avenir absent. Mais petit à petit le courage lui revient, et malgré des conditions désespérantes il se remet à écrire. Un livre de résistance exemplaire.
Le poète Mahmoud Darwich a donné une longue interview à la journaliste Ivana Marchalian, lui demandant expressément de la publier cinq ans après sa mort. La promesse a bien été tenue par la journaliste qui nous livre, dans un récit intimiste, les écrits à travers lesquels se dévoile le regard rétrospectif du poète sur sa vie et son oeuvre.
Dans Les Cercueils de zinc, Svetlana Alexievitch avait osé violer en 1989 un des derniers tabous de l'ex-URSS : elle dénonçait le mythe de la guerre d'Afghanistan, des guerriers libérateurs. Comme Svetlana Alexievitch le soulignait elle-même, l'Union soviétique était un État militariste qui se camouflait en pays ordinaire et il était dangereux de faire glisser la bâche kaki qui recouvrait les fondations de granit de cet État. La vérité n'est jamais bonne à dire, Les Cercueils de zinc valut à son auteur un procès pour "calomnie". Reste que sans ce livre on ne saurait rien de la guerre des Soviétiques en Afghanistan ni, vues de l'intérieur, des dernières années de l'URSS. Un témoignage capital du Prix Nobel de littérature 2015, dans une édition revue par l'auteur.
On trouvera sous ce titre, voulu par l'auteur, les divers éléments qui composent le "Journal" que René Depestre a tenu durant son séjour à Cuba, de 1964 à 1978. Ce document, entièrement inédit, est exceptionnel sur le plan biographique : il constitue un journal intime, souvent très personnel, qui s'organise parfois en roman d'apprentissage. Il l'est également au niveau historique et sociopolitique, René Depestre s'y révélant en témoin capital mais aussi en acteur, maintes fois critique, de la révolution cubaine. D'une écriture originale, mêlant vision lyrique et lucidité réaliste, ce Cahier d'un art de vivre est surtout l'oeuvre d'un esprit passionnément épris de son époque, qui en témoigne en philosophe tout autant qu'en poète.
« Se croire capable de partager cette expérience avec les autres est une entreprise perdue d'avance. » C'est dans la brûlure inapaisable de cette lucidité que Riss, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo, entreprend le récit intime et raisonné d'un événement tombé dans le domaine public : l'attaque terroriste du journal le 7 janvier 2015. Tentative sans illusion mais butée de se réapproprier son propre destin, de réhabiter une vie brutalement dépeuplée, ce livre qui confronte la réalité d'une expression galvaudée - « liberté d'expression » - révèle aussi un long compagnonnage avec la mort. Et nous saisit par son très singulier mélange d'humilité et de rage.
Dans ce cinquième tome des journaux du grand écrivain suisse vivant à Paris, on trouve de magnifiques portraits d'écrivains, des récits de rêves et rêveries ou des miniatures de villes invitant à un départ immédiat - mais aussi l'évocation de la souffrance ressentie par l'auteur quand il écrivait La Fourrure de la truite, ou encore celle d'une douloureuse séparation amoureuse. L'écriture, elle, est toujours lumineuse et triomphante.
Ce journal évoque la naissance des personnages et l'apparition progressive des épisodes du récit en même temps que les événements de la vie de l'auteur qui ont pu influencer son écriture.
Relatée par l'un des soldats de Cortés, l'expédition devenue mythique durant laquelle, en 1517, une poignée de soldats espagnols parvint à défaire en quelques mois l'empire aztèque.
Bien avant la consécration de son travail par le prix Nobel de littérature en 2002, Imre Kertész a noté - sur une période de trente ans (1961 à 1991) - ses observations, ses pensées philosophiques et les aphorismes qui l'accompagnaient lors de l'écriture de ses premières oeuvres. A travers un dialogue avec Nietzsche, Freud, Camus, Adorno, Musil, Beckett, Kafka, et bien d'autres encore, Imre Kertész tente, de façon brillante, de penser l'holocauste, la modernité, la liberté et le totalitarisme.
Après la publication de son remarquable Journal de galère (1961-1991), Sauvegarde couvre les années 2001 à 2003 et revient sur un moment crucial, un des plus grands bouleversements de la vie d'Imre Kertész : sa distinction par le prix Nobel de littérature en 2002. Il y aborde la genèse de son roman Liquidation, le travail littéraire quotidien, l'importance de la musique dans son existence, sa difficulté à concilier vie conjugale et vie d'écrivain, sa maladie de Parkinson, son rapport à la Hongrie nouvelle et à Israël et son départ pour Berlin. Mais avant tout, il ne cesse de se pencher sur ce qui le préoccupe et lui importe le plus : la littérature. Un témoignage d'une sincérité radicale et d'une sombre lumière.
Consacré à la décennie 1990-1999, le quatrième tome du journal de Paul Nizon témoigne de la profusion de ses sources et révèle la diversité de ses inspirations. S'il a atteint l'âge de la maturité et de la consécration, il n'en reste pas moins un créateur en perpétuel devenir, toujours à la recherche de la forme d'expression la plus juste.
Ce journal traverse une décennie qui fut pleine d'épreuves pour Henry Bauchau. La parution trop discrète du Régiment noir, la faillite et la revente de l'institut privé de Montesano, dans lequel il s'était tant investi. La réinstallation à Paris et le travail en hôpital de jour, la prise en charge de celui qui deviendra "Orion" dans L'Enfant bleu, la colossale entreprise d'une biographie de Mao Zedong....
A la rencontre des secrets et des racines, Mâkhi Xenakis, l'auteur des Folles d'enfer et de Louise Bourgeois, l'aveugle guidant l'aveugle, part en quête des liens secrets qui relient son travail actuel de dessin et d'écriture à certains dessins de sa petite enfance. La peur, le vertige et la force de vie y sont récurrents. Chaque fois elle attrape ces instants, les pose et les fixe pour s'en échapper. Une forme de scansion s'installe alors dans ces deux textes de douleur et de guérison : « La petite fille » et « Jalousie ».
Cette autobiographie traverse l'histoire de la Chine des années 1940 aux années 1980, une période au cours de laquelle le destin des individus a été malmené et parfois définitivement brisé par la politique. L'auteur, peintre, écrivain et universitaire est condamné comme droitier en 1957 pour avoir publié un article sur le Beau. Libéré en 1962, il sera de nouveau emprisonné après Tian'anmen. Poétique par moments, émouvant à d'autres, faisant preuve d'une constante retenue même face aux réalités les plus choquantes, cet ouvrage d'une grande force est un véritable condensé de l'histoire et de la culture chinoises contemporaines.
Manuscrit zéro est un livre inclassable. Où il serait question d'une année dans la vie d'une romancière. Un journal de création sous la forme d'une cristallisation: la cristallisation secrète d'un livre en devenir. Le manuscrit zéro telle la forêt profonde d'où jaillissent les histoires de Yoko Ogawa.
Sur les traces de sa mère disparue quand elle-même avait huit ans, Anne Brunswic fait le portrait d'une famille juive dans les turbulences de l'exode et de la guerre, et d'une jeune femme qui se reconstruit dans les embellies du baby-boom.
Quand Henry Bauchau, en 1954, entame ce Journal, il ne soupçonne pas qu'il lui faudra un demi-siècle et près de 3 000 pages pour y préméditer, y interroger et y refléter chaque étape de l'immense oeuvre en cours. Par ce premier volume (le dernier qui restait à paraître de cette édition complète), le lecteur s'aventure dans l'atelier d'un grand artiste en devenir, est témoin de ses tentatives, sa foi, son opiniâtreté dans le combat avec la peur d'échouer.
Une femme, un homme : elle est blanche, il est noir. Elle est française, il est Haïtien. Tout les sépare sauf un désir commun, à travers une correspondance, de confronter sans détours leurs histoire respectives, au passé et au présent, pour vérifier la solidité de l'amitié qui les lie. Enjeux de sexe, de race, de classe, de pouvoir, de mémoires : en cartographiant sans complaisance les vastes territoires de la différence, ces lettres tracent un chemin fragile dans la nuit de l'incompréhension et de la violence inarticulée où s'abolissent tous les dialogues.
Poète, romancier, traducteur de Laurence Durell, proche d'Hemingway, de Conrad et de Cendrars, Frédéric Jacques Temple a traversé le siècle auprès des artistes les plus merveilleux de cette génération. Homme de radio, d'édition mais aussi soldat et compagnon de résistance, il livre avec ce "faux journal", mémoires parfois réinventées par le passage et les couleurs du temps, une vision du monde, de l'Histoire, de la littérature et de la musique qui a façonné toute une vie...
Après "La Déchirure" dont l'accueil fut discret, "Le Régiment noir" va marquer la véritable entrée de Henry Bauchau dans l'ampleur de sa vocation romanesque. Ce journal 1968-1971 en retrace les difficultés. Il est surtout marqué par une vingtaine d'entretiens très intimes de l'auteur avec son ami le médecin et psychanalyste Robert Dreyfuss.
Dans le troisième volume de ces carnets, il est toujours question de voyages et de chasses aux coups de coeur, de livres parus et d'auteurs apparus, de conciliabules sous un platane et de "domaines privés".
"Dans la trentaine de carnets où j'ai relaté, jour après jour, pendant dix ans, aventures, bonheurs et contrariétés, j'ai choisi des pages qui, par le biais de l'anecdote ou du croquis, me paraissaient en même temps répondre aux questions que souvent on pose et que d'une seule on peut résumer : qu'est-ce qui fait courir un éditeur ? " Hubert NYSSEN
Ces pages, je les ai choisies dans mes carnets pour donner une suite au premier volume où je tentais, par l'anecdote saisie au vol, par la réflexion notée dans l'instant, par le croquis sur le vif, d'apporter réponse aux questions que souvent l'on se pose sur les coulisses de l'édition. Mais l'intérêt de ce nouveau volume ne me serait sans doute pas apparu si la consécration soudaine de Nina Berberova ne m'avait rappelé que les tribulations d'un éditeur ne prennent de sens que par les découvertes qui les éclairent... Hubert NYSSEN
Un volume en forme de "dossier", comprenant entretien, souvenirs, articles, lettres, autour de Pierre Jean Jouve et de sa deuxième épouse, Blanche Reverchon-Jouve, figure particulièrement importante de la vie et de l'oeuvre d'Henry Bauchau.
Amoureuse d'un musulman étranger à sa communauté, une jeune villageoise du Bengale-Occidental va connaître l'enfer. Grand reporter et écrivain, Sonia Faleiro se rend sur place pour mener une investigation en profondeur.
Deux voyageurs français, à la fois écrivains, ethnologues et enquêteurs, s'engagent dans une filature de cinq mille kilomètres, en bus, à travers le Brésil, sur les traces de personnages exceptionnels restés dans l'ombre de la Grande Histoire, qui ont en commun d'être Noirs, descendants d'esclaves, et d'avoir participé, par leur courage, leur créativité et leur résistance, à l'édification de l'identité et de l'âme brésiliennes.
Le 1er mai 1990, Jean-Louis Gouraud quitte la région parisienne avec deux chevaux, deux trotteurs français. Il emporte avec lui très peu de bagages, mais quantité de papiers : permis, visas, certificats vétérinaires, sanitaires, douaniers. Il doit franchir, en effet, de nombreuses frontières : traverser les deux Allemagne, la Pologne et pénétrer, enfin, en URSS. Il est le premier Occidental autorisé à entrer à cheval en Union Soviétique, grâce à l'accord de Mikhaïl Gorbatchev. Jean-Louis Gouraud arrive à Moscou le 14 juillet après avoir parcouru 3333 kilomètres en 75 jours. Les nombreuses notes prises par Jean-Louis Gouraud au cours de ses allers et retours vont bien au-delà de l'anecdote. Il ne s'agit pas ici du simple récit d'un exploit équestre, mais du portrait équestre d'un empire où, comme chacun sait, en tout homme sommeille un cosaque. Histoire, littérature, élevage, religion : rien n'échappe à la curiosité du globe-trotteur, qui alimente ainsi sa réflexion sur un voyage dans le temps et l'espace.
A la rencontre de Simone Weil, philosophe, ouvrière, militante et résistante. De la guerre d'Espagne à l'usine, de l'exil à l'engagement au service de la "France libre", un itinéraire ardent et insoumis.