Lettres libres
Alors que des personnalités autoritaires se hissent partout au pouvoir et que les discours de haine se multiplient, nous assistons impuissants à la montée de l'anxiété et nous nous y habituons. Nous vaquons à nos occupations. Car nous n'y pouvons rien, n'est-ce pas? Pourquoi sommes-nous si désemparés? Qu'est-ce que résister veut dire quand l'actualité nous dépasse, quand le pouvoir nous emporte dans son emballement? Pour répondre à ces questions, Catherine Dorion propose une chronique intimiste de l'année 2025, année de la rupture. Pour tenter d'y voir clair, elle l'entrelace de récits du passé qui témoignent de la vie quotidienne en d'autres temps où, comme aujourd'hui, la démocratie s'est fait prendre à la gorge par l'autoritarisme. Le courage et la joie cherche ainsi dans la vie réelle les amorces de la résistance, les failles par où passe encore et toujours la conscience humaine - et, donc, la lumière.
En lisant ce journal d'un vidangeur, vous ferez la découverte d'un monde dont vous ne soupçonniez pas l'existence. Un rassemblement d'excentriques et de personnages plus ou moins intégrés à la vie normale qui travaillent sur la ligne de crête entre ce que notre société considère propre et ce qu'elle juge sale. Qui sont ces athlètes qui courent nos rues chaque semaine derrière des camions, qu'il neige, qu'il pleuve ou qu'il fasse trop chaud? Quelle est leur vision du compostage, du recyclage, de la récupération? Qu'ont-ils à raconter sur une époque qui génère en abondance des ordures? Voilà autant de questions auxquelles répond ce récit captivant.
Et si la meilleure façon de combattre l’extrême droite était d’en rire ? Devenir fasciste plonge dans une satire mordante où un intellectuel de gauche tente, par ironie, de se convertir au fascisme.
Mensonge et manipulation: voilà l'essence des relations publiques pour la plupart des gens. Ils n'ont pas tort. Dans le monde de l'image, on peut difficilement éviter de faire certains arrangements avec l'éthique et la vérité. Simon Tremblay-Pepin a exercé le métier de conseiller en communications pendant une quinzaine d'années. Selon lui, si les relations publiques sont un outil puissant et indispensable pour provoquer les transformations sociales qui sont nécessaires aujourd'hui, leur usage a un prix: l'érosion des assises démocratiques qui permettent ces transformations. Dans un souci de vulgarisation et de synthèse, l'auteur décortique le discours que les relationnistes tiennent sur leur profession, présente les figures fondatrices de l'industrie et fait appel à un corpus varié allant du duc de Saint-Simon à Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, en passant par Daniel J. Boorstin et Jean Baudrillard.
Les émotions dévorent l'espace social et politique au détriment des autres modes de connaissance du monde, notamment la raison. Certes, comme le disait Hegel, «rien de grand ne se fait sans passion», mais l'empire des affects met la démocratie en péril. Il fait régresser la société sous nos yeux en transformant des humains broyés par les inégalités en bourreaux d'eux-mêmes, les incitant à pleurer plutôt qu'à agir. À la «stratégie du choc» qui, comme l'a montré Naomi Klein, permet au capitalisme d'utiliser les catastrophes pour croître, Anne-Cécile Robert ajoute le contrôle social par l'émotion, dont elle analyse les manifestations les plus délétères: narcissisme compassionnel des réseaux sociaux, discours politiques réduits à des prêches, omniprésence médiatique des faits divers, mise en scène des marches blanches, etc. Une réflexion salutaire sur l'abrutissante extension du domaine de la larme et un plaidoyer civique pour un retour à la raison. Publié initialement en 2018, ce livre paraît aujourd'hui avec une nouvelle préface d'Anne-Cécile Robert.
Bernés par les prestidigitations des ultrariches, nous regardons ceux-ci, stupéfaits, dilapider les ressources de la planète. Dans son roman Chien blanc, Romain Gary appelle «société de provocation» cet ordre social où l'exhibitionnisme de la richesse érige en vertu la démesure et le luxe ostentatoire tout en privant une part de plus en plus large de la population des moyens de satisfaire ses besoins réels. Ce pamphlet cinglant énumère et analyse les mille façons qu'ont les ultrariches de nous nuire, et invite à rompre avec cette société de provocation.
Et si la prison n’était pas la solution pour protéger les femmes ? Pour elles toutes interroge le système pénal et propose des alternatives radicales pour une justice féministe et émancipatrice.
Anne Archet est connue pour ses récits erotiques et les textes polémiques qu'elle publie sur le web depuis la fin des années 1990. Avec Le vide: mode d'emploi, cette écrivaine caustique, fulgurante, volontiers provocatrice et un brin mythomane, s'essaie a un nouveau genre: l'aphorisme. Les brefs commentaires sur le monde d'aujourd'hui dont est compose cet essai sont autant de petites grenades lancées pour faire éclater nos certitudes, ou simplement pour nous faire éclater de rire. Un essai a lire pour faire le vide autour de soi!
Depuis la crise de 2008, l'idée d'une allocation universelle suscite un engouement renouvelé, tant en Europe qu'en Amérique. Le projet trouve des appuis à gauche comme à droite et, de l'avis de bien des spécialistes, il pourrait être le fondement des politiques sociales de l'avenir. Plus d'un penseur critique l'a prôné, Philippe Van Parijs, Toni Negri, José Bové ou André Gorz, mais que signifie vraiment cet étonnant consensus ? Selon les auteurs de cet essai, l'allocation universelle, sous couvert d'une bienveillante redistribution de la richesse, consacre l'abandon de l'enjeu politique central des cent cinquante dernières années: le conflit entre le capital et le travail. Chacun des textes composant ce livre oeuvre au rappel de l'importance décisive de cette question, pour justifier qu'il faille impérativement être contre l'allocation universelle.
La journaliste Véronique Dassas est une observatrice assidue des temps fous qui sont les nôtres. Rien n'échappe à son regard libre et acere sur le monde qu'elle aime et chatie bien. Elle explore les chemins qu'emprunte la contestation pour faire bifurquer l'histoire, elle s'intéresse aux migrants arrivés en Italie, rescapés d'une traversée infernale, elle brocarde les cafouillages politiques que la pandémie a révélés, et elle poursuit inlassablement son réquisitoire contre les guerres occidentales. En cours de route, elle témoigne son admiration pour des personnalités qu'elle a frequentees, dans la vie ou dans les livres : Rejean Ducharme, Marie-Claire Blais, Henri Michaux, John Berger, Primo Levi, la bande à Baader.
Rassurez-vous, ce livre n'a pas pour but de vous inviter à vous repentir afin d'empêcher la fin du monde. Tout au plus, s'agit-il de l'orienter dans sa chute. Je ne suis pas écologiste pour sauver une espèce qui mérite de mourir. Je le suis pour empêcher que les riches oligarques s'en sortent confortablement sur le dos des vulnérables, des minorités, des punks et des prostituées sur le coin des rues qui ne survivront pas à la montée des océans parce qu'ils ne savent pas flotter.
Fort McMurray, dans le nord de l'Alberta, est le Klondike d'une ruée vers l'or du XXIe siècle, ville-champignon au milieu d'un enfer écologique, où des travailleurs affluent de partout attirés par les promesses de boom économique. L'or qu'ils convoitent : les gisements de sables bitumineux, le pétrole le plus sale qui existe et qui est exploité au péril de la planète entière par les compagnies pétrolières comme Total. Nancy Huston est allée voir de ses propres yeux ce qui se passait dans son Alberta natale et a découvert, abasourdie, une dévastation qu'elle raconte ici en un cri de colère et d'indignation. BRUT réunit également les voix de personnes qui ont vu la catastrophe de près : Naomi Klein, David Dufresne et Melina Laboucan-Massimo, une militante amérindienne qui se bat en première ligne.
« Too big to fail » constatait-on durement en 2008 au sujet de Lehman Brothers, alors que sa faillite mettait l'économie mondiale à genoux. Trois ans plus tard, le G20 reconnaissait l'existence de 28 banques dites « systémiques », à la puissance telle que la défaillance d'une seule pourrait nous faire derechef culbuter dans l'abîme. Ces 28 banques, explique François Morin dans ce petit ouvrage, constituent un oligopole qui est tout sauf d'intérêt public. Leur position dominante sur les grands marchés de la finance globalisée leur confère de facto des pouvoirs analogues à ceux des grandes institutions publiques - parmi lesquels rien de moins que la capacité de fixer le prix de l'argent - sans bien sûr partager ni leurs objectifs ni leurs devoirs. À coups de prises de risques massives et d'ententes frauduleuses, elles fragilisent les marchés, mais surtout exercent une influence politique telle qu'on chercherait en vain des puissances publiques en mesure de faire contrepoids. Faut-il chercher plus loin les causes de la crise politique qui traverse les démocraties occidentales ? Faisant ici parler des données inédites, François Morin se montre catégorique : si nous voulons mettre les citoyens à l'abri de désastres financiers à venir, il nous faut abattre l'hydre bancaire et rapatrier la monnaie dans le giron du public.
«Les libéraux n'aiment pas les femmes.» Voilà une proposition qui fait sourciller : les libéraux disputeraient donc aux conservateurs l'éminent privilège de s'attaquer aux droits et libertés des femmes ? C'est là le dur constat de ce petit livre. En s'en prenant à la santé publique, à l'éducation, aux garderies et aux groupes communautaires, les politiques d'austérité du gouvernement Couillard frappent les femmes plus durement que quiconque. Si les libéraux n'aiment pas les femmes, c'est parce qu'ils gouvernent par et pour les nombres. Les « vraies affaires » - l'atteinte du déficit zéro en tête - relèvent d'une logique purement « économique ». Quantitative, implacable, elle est imposée sans haine ni mépris. Le sort que l'austérité réserve aux femmes s'explique par cette odieuse indifférence qui, ultimement, fera ployer l'ensemble de la population.
Les mauvais jours finiront est un hommage aux indésirables: des vieillards qui sont morts seuls dans les couloirs des CHSLD durant la pandémie, aux épinettes et aux Innus de la Manicouagan, en passant par les pêcheurs de la Gaspésie et les boxeurs qui fréquentent les salles de boxe du quartier Saint-Michel. Ce livre explore des lieux tantôt communs, tantôt secrets dans lesquels des individus survivent à un monde où tout est devenu jetable, y compris les êtres humains. Historien culturel, chasseur, poète, ornithologue amateur et universitaire repenti, Samuel Mercier prend le parti d'une littérature de terrain dans la tradition des écrivains-aventuriers - quelque part entre les analyses polémiques d'un Pier Paolo Pasolini ou d'un Mark Fisher et les déambulations de William T. Vollmann. Les mauvais jours finiront défend la force politique de la joie et du rire, qui permettent de résister aux passions tristes et sans lesquels nous ne saurions imaginer le monde à venir.
Les brutes et la punaise dissèque le phénomène des radios de confrontation, connues sous le quolibet de « radios-poubelles », et dont la plupart se trouvent à Québec. Dominique Payette y analyse la frontière ténue qui sépare journalisme d'opinion et manipulation politique, et livre ce salutaire rappel : si les médias ont le droit de prendre position, voire de soutenir des idées politiques, il est de leur devoir de le faire dans le respect des faits et, surtout, en laissant à leur public la liberté de ne pas être d'accord avec eux. Il faut lire ce texte comme une réflexion inquiète sur la disparition des conditions nécessaires à un débat civilisé et rigoureux dans notre société. Comment invoquer la liberté d'expression pour justifier la prolifération de propos qui, de l'avis de plusieurs, empoisonnent l'atmosphère de la Cité ? Peut-être le temps est-il venu d'affronter les effets délétères du commerce des injures et de la haine.
« Le Québec, mesdames et messieurs, a besoin de lecteurs, des gens qui ferment leur télé, leur radio, leur ordinateur, leur tablette, leur lecteur MP3, leur téléphone, leur montre intelligente (eh oui...), des gens qui décident courageusement de s'extraire de la cacophonie du monde contemporain, d'affronter la solitude, et de s'astreindre à la réflexion en ouvrant un livre. On dit souvent sans trop y penser que lire, c'est se réfugier hors du monde. Je pense exactement le contraire. Lire est un acte de liberté. Dans le silence, dans la solitude, nous allons librement à la rencontre d'une autre pensée, d'un autre regard sur le monde. »
Et si la pensée critique pouvait encore renverser les dogmes de notre époque ? Les radicaux libres rassemble des textes percutants qui dénoncent la résignation face à l’idéologie néolibérale et appellent à réinventer l’humanisme.
Plongez dans le récit captivant d’un journaliste infiltré chez Walmart. Walmart révèle l’envers du décor de la plus grande entreprise de commerce au monde, entre humour et critique sociale.
Quotidiennement, des agitateurs prennent d'assaut les tribunes pour attiser colères identitaires et passions xénophobes. Leur brutalité verbale, qui vise principalement les «migrants» et les «musulmans», rappelle la violence de ceux qui, dans la première moitié du siècle précédent, vilipendaient les «métèques» et les «juifs». De la même façon que les droites d'antan vitupéraient contre le «judéo-bolchevisme», leurs épigones fustigent l'«islamo-gauchisme», qu'ils associent à l'antisémitisme. Or ces mêmes accusateurs font parfois preuve d'une étonnante complaisance lorsqu'ils se trouvent confrontés, dans leurs alentours culturels et idéologiques, à des considérations pour le moins équivoques sur les juifs ou sur l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Soudain ils deviennent magnanimes et peuvent même trouver à leurs auteurs des circonstances atténuantes. Et ainsi se perpétue l'abject.
Voter ou ne pas voter, telle est la question qu'on n'ose pas poser dans nos régimes parlementaires, où les élections sont des rituels sacrés. En défendant la légitimité de l'abstention, cet essai attaque de front la conviction selon laquelle le vote serait un devoir, et le refus de voter une dangereuse hérésie. Bien plus qu'une simple apologie de l'abstention, cet ouvrage propose ainsi une critique radicale du système électoral. En plus de rappeler les raisons qu'évoquent des abstentionnistes issus de toutes les couches de la société, l'auteur décrit les stratégies souvent amusantes imaginées pour subvertir le jeu électoral : appel au boycott ou au vote nul, candidatures loufoques et satiriques de plantes, d'animaux, d'humoristes, de punks ou de gnomes anarchistes. Cette galerie des figures de la résistance au vote révèle également les nombreux et puissants mécanismes d'autodéfense du système électoral, qui réussit toujours à imposer ses propres règles, même aux plus contestataires. Aussi, l'abstention n'est féconde que si elle va de pair avec un engagement et des mobilisations autonomes, populaires et solidaires.
Plusieurs poussent des cris affolés à propos d'une Université soi-disant assiégée par les féministes et les antiracistes, qui menaceraient jusqu'à l'ensemble de la société au nom de la « rectitude politique ». Pour stimuler la panique collective, on agite des épouvantails -social justice warriors, islamo-gauchistes, wokes, gender studies - et on évoque les pires violences de l'histoire : chasse aux sorcières, lynchage, totalitarisme, extermination. Mêmes des chefs d'État montent au front. Or, cette agitation repose non seulement sur des exagérations et des mensonges, mais elle relève d'une manipulation qui enferme l'esprit et entrave la curiosité intellectuelle, la liberté universitaire et le développement des savoirs. Pour y voir plus clair, cet essai s'intéresse à l'histoire ancienne et récente de l'Université. Il appelle à considérer la place réelle des études sur le genre et le racisme dans les réseaux universitaires - des salles de classe aux projets de recherche -, et met en lumière les forces qui mènent la charge aux États-Unis, en France et au Québec, depuis presque cinquante ans. Ultimement, il s'agit d'un exercice de déconstruction d'une propagande réactionnaire.
Ce nouvel essai d'Alain Deneault poursuit les réflexions entamées dans La médiocratie quant aux effets délétères qu'ont la technocratie capitaliste et l'individualisme sur le débat public. L'auteur nous invite à rompre avec la dynamique des querelles identitaires où chacun se rapporte à sa conscience comme à un bâton dont on se sert pour frapper autrui. Il déplore la dégradation en clichés de catégories pourtant importantes - privilège, racisme systémique, censure, fascisme - tout en portant un regard critique sur une droite conservatrice qui défend bec et ongles la liberté d'expression pour les seuls discours qui lui conviennent. S'interrogeant sur la difficulté de concevoir l'émancipation là où dominent les usages opportunistes de la parole, il rappelle l'importance des enjeux sur lesquels portent ces débats : le commun, l'égalité, la culture, la critique du capital et la suite du monde.
Le 25 mai 2020, George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, meurt sous le poids d'un policier blanc lors d'une arrestation à Minneapolis. Sa mort suscite l'indignation de l'opinion publique partout dans le monde et relance le mouvement Black Lives Matter. Le 5 juin suivant, Christian Rioux, correspondant de longue date du Devoir à Paris, signe un texte intitulé « Tous Américains ? », republié deux jours plus tard dans le Courrier international. C'est la première d'une série de six chroniques polémiques sur le mouvement antiraciste. Il joint ainsi sa voix à la constellation des chroniqueurs de France et du Québec qui n'ont pas hésité à exploiter la mort de George Floyd pour mieux déployer leurs armes contre leurs cibles habituelles : le politiquement correct, les « racialistes », les vendus à la cause de l'impérialisme américain, le multiculturalisme. Dans cet essai à mi-chemin entre la lettre et la réflexion critique, l'historien Jean-Pierre Le Glaunec déboulonne le discours conservateur des chroniques floydiennes de Christian Rioux. Il pose surtout cette question, décisive en démocratie : jusqu'où est-il permis de tordre les faits historiques afin d'honorer nos convictions politiques ? Ce livre appelle un choix : le bruit et la haine ou la compassion et la compréhension.
S'il y a toujours eu des mensonges dans le discours public, ceux-ci occupent aujourd'hui un nouvel espace, notamment à la faveur des réseaux sociaux. La volonté de contrôler les outils l'emporte de plus en plus sur une réflexion de fond quant à l'effacement des frontières qui séparent le mensonge de la vérité. On tend à organiser la surveillance d'internet au risque de réduire les libertés de tous, alors qu'il faudrait rechercher les racines d'une confusion essentiellement politique et philosophique. La classe dirigeante n'hésite pas à instrumentaliser la lutte contre les fake news pour se maintenir au pouvoir. Elle cherche ainsi à faire oublier sa responsabilité dans l'installation du mensonge au coeur de la vie publique et dans l'avènement d'un monde où il importe surtout de mieux mentir que l'adversaire. Ce dévoiement de la politique transforme encore plus l'électeur en spectateur et impose des formes de vérités indiscutables, voire une vérité officielle. Pour reconstituer l'espace public démocratique, il devient impératif de réaffirmer la place de l'humain en tant qu'être pensant capable d'exercer sa faculté de jugement.
Le colon, figure mitoyenne qui ne se trouve ni dans la position invivable du colonise ni dans celle, indefendable, du colonisateur, est généralement relégué au statut de figurant du récit colonial. Complétant le diptyque de Memmi, Alain Deneault révèle ici l'idiot utile, voire indispensable, de l'accaparement du territoire, une figure qui n'existe qu'en solidarité absolue avec la classe qui le domine, mais dont l'impuissance politique et économique l'autorise à s'identifier, lorsque opportun, au colonisé. Le decor ou Alain Deneault campe son personnage : le Canada. Coince entre un passe colonial qu'il veut oublier et un essor republicain sans cesse ajourne, ce territoire qu'on appelle « pays » n'excelle que dans la mediocrite de ses politiques d'extreme centre, mais il livre a la pensee politique un objet d'importance : la condition du colon qui fut celle de la majorite de sa population et qui le reste de mille facons inavouees.
Tiré à part d'un texte paru en préface de la version poche (en France seulement) de "La médiocratie". Précédé d'un prologue graphique de Clément de Gaulejac. Si elle annonçait jadis l'amorce d'une réflexion pour un ordre nouveau, la question "Que faire ?" est désormais rhétorique : "Oui mais qu'est-ce que je peux faire, moi?" Confirmez-moi que je n'y peux rien, car je ne me sens pas la force d'assumer l'acte de résistance que les circonstances exigent. On cherche pitoyablement un de Gaulle à l'appel de qui répondre, un Gandhi à imiter en masse - mais toujours dans son coin. À ce stade de la déréliction politique, que faire, en effet ? Cesser de s'indigner et passer à la question suivante. Travailler sans fin à une synthèse des causes valables, s'organiser au-delà des esprits de chapelle et des replis sectaires, moquer l'idéologie, réduire à des objets de la pensée les termes que la propagande cherche à inscrire au siège de la subjectivité, transcender les modalités d'organisation hégémoniques, et s'essayer à des formes instituées qui nous ressemblent. Radicalisez-vous ! »
Au printemps 2022, le ministre Christian Dubé présente son plan concret pour améliorer le système de santé québécois, cette grande institution maintes fois mise à mal par de multiples réformes, coupures budgétaires et, plus récemment, par la pandémie de COVID-19. En réponse à ce vaste programme, Alain Vadeboncoeur nous propose Prendre soin, sa contribution pour la réanimation de notre réseau. Comment mieux prendre soin des malades, des soignants et de tous les acteurs qui composent ce système ? Comment veiller au bien-être du système lui-même ? L'auteur nous donne ici ses prescriptions pour la Santé en abordant une multitude d'enjeux, comme l'accès aux soins, la prévention et le dépistage, l'efficacité des logiciels informatiques, les médicaments, le financement public et les ententes professionnelles. Il invite à la réflexion et à l'engagement social dans l'optique de redonner un second souffle à nos établissements de santé. Surtout, il nous rappelle la mission première qui inspire tant de gens dévoués : soigner, tout simplement.
Monsieur Legault, au printemps 2019, vous avez prévenu les journalistes : il ne faut pas s'attendre à ce que vous vous transformiez en « bonhomme vert » ! Je présume que c'était votre manière - on reconnaît la légèreté comique avec laquelle vous traitez de ces questions - de nous avertir que votre conversion à l'écologisme resterait sagement à l'intérieur des limites de votre conservatisme économique. Je trouve cette attitude franchement naïve. Vous espérez une lutte aux changements climatiques qui ne change rien à la société. Vous tenez le pari, sans cesse contrarié par les faits, qu'il serait possible de mener ce combat sans bousculer vos certitudes. Ce coup de dés vous permet d'affirmer que le projet GNL Québec ou le troisième lien ne sont pas incompatibles avec vos nouvelles convictions écologistes. Vous appelez cela être pragmatique. Tout en vous concourt ainsi à vous rendre aveugle à la possibilité, plus que réelle, que de succès économique en succès économique, nous puissions aller au-devant d'un désastre. Sachez, monsieur Legault, que la mécanique d'une catastrophe peut être très efficace, et que l'accomplissement d'une folie requiert du fou beaucoup de pragmatisme. J'aurai environ votre âge, en 2050, lorsque l'humanité saura si elle a échappé à la catastrophe. J'aimerais pouvoir regarder les jeunes dans les yeux et voir dans leur regard que les gestes que nous avons posés, vous et moi, ne nous ont pas déshonorés.
Journal de bord d'une expérience de sociologie extrême, Mélancolies identitaires se penche sur le cas de Mathieu Bock-Côté, volubile conservateur, ennemi déclaré du « politiquement correct », Québécois et fier de l'être, ce qui ne l'empêche pas de sévir dans l'Hexagone où la droite la plus infréquentable lui ouvre grand les bras. Si Mark Fortier a lu et écouté cet agitateur omniprésent pendant un an, c'est pour tenter de comprendre comment notre société a pu devenir une caisse de résonance pour des discours comme le sien. En effet, s'éloignant rapidement de son pré-texte, l'auteur dépeint un monde contemporain qui menace d'être dépourvu de lui-même et d'où la pensée est bannie, éclipsée par le verbiage dont le jeune pourfendeur de la « gauche progressiste » s'avère être un réel prodige. Un essai littéraire écrit dans les règles de l'art, où il sera surtout question d'hospitalité, d'ornithologie, des centres commerciaux et du père Noël.
Certains débats reviennent dans l'actualité québécoise avec une régularité déconcertante, comme si nous étions condamnés à les revivre éternellement. Faut-il privatiser la Société des alcools ? Quel peut bien être le rôle de l'État dans la gestion des jeux de hasard ? Et pourquoi le gouvernement aurait-il le monopole de la vente de cannabis ? Avec Du vin et des jeux, Simon Tremblay-Pepin et Bertrand Schepper-Valiquette proposent de reconstituer l'histoire de ces sociétés d'État afin de comprendre leur mission et de cerner les problèmes qui ont mené à la crise de légitimité qu'elles traversent depuis leur création. Cette étude nous plonge au coeur de l'histoire économique et sociale du Québec, du duplessisme à nos jours, et offre une lecture sans complaisance de la Révolution tranquille.
« J'ai conçu ce pamphlet humoristique comme une catapulte à marde. J'y plonge vingt mille lieues sous les merdes pour faire remonter à la surface les monstres qui hantent nos vies. Je suis un Claude Poirier en habit d'homme-grenouille qui s'est donné pour objectif de faire chier tout le monde et, pourquoi pas, d'être invité à une émission de radio littéraire pour répondre à la question : "Fred, si vous étiez un smoothie, de quelle couleur seriez-vous ?" Au Québec, on est pas un vrai écrivain tant qu'on a pas fait la splitte à la radio d'État sous les rires de la Staline de la culture. »