Intervention sociale
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Le référentiel de la Haute Autorité de santé (HAS) a constitué un véritable choc pour les travailleurs et intervenants sociaux déboussolés par cette nouvelle façon de mesurer à partir d'une profusion de critères. Son irruption est venue infléchir la démarche de l'obligation d'évaluation, introduite dès le début du XXIe siècle. L'enjeu de cet ouvrage se distingue des nombreux guides et manuels publiés : il part d'enquêtes faites auprès des professionnels et des usagers en sollicitant leur participation active. Comment vivent-ils l'évaluation ? Comment sont-ils associés ? Quels effets discernent-ils ? Suspendons un moment les jugements des experts pour écouter les personnes concernées, celles et ceux qui sont tous les jours sur le terrain. Cet ouvrage constitue un document permettant d'alimenter la réflexion des professionnels du travail social, d'apporter des arguments et de porter une parole publique. Il revient sur les différentes étapes de l'évaluation en action et sur les effets générés dans les établissements. Le hiatus entre les normes imposées et la réalité des associations et autres structures dans ce champ mérite d'être questionné.
Le travail social est en pleine mutation. Les changements qui le traversent sont d'ordre structurel, organisationnel, managérial et, il ne faut pas l'oublier, doctrinal. Ils touchent ainsi l'esprit de l'intervention sociale. Le décret du 6 mai 2017 est symptomatique de cette métamorphose. On y réaffirme avec force la vocation émancipatrice du travail social, on insiste sur la « participation » et sur « le développement des capacités des personnes à agir pour elles-mêmes et dans leur environnement ». En filigrane, le « changement social », tel qu'il est envisagé par le législateur, ne relève plus strictement d'interventions sur les publics mais bien d'interventions avec les publics. Ce point est essentiel car il remet en cause l'univocité du savoir susceptible d'irriguer les pratiques. Le législateur en est d'ailleurs conscient. Il incite désormais à croiser différents savoirs : les « savoirs universitaires en sciences sociales et humaines », les « savoirs pratiques et théoriques des professionnels du travail social », les « savoirs issus de l'expérience des personnes bénéficiant d'un accompagnement social ». Ces changements touchent un point sensible : qu'en est-il de la professionnalisation et de l'expertise du travailleur social ? Face à ces bouleversements, des crispations identitaires peuvent se développer. Tendanciellement, celles-ci engagent la profession dans des mouvements plus ou moins aboutis de résistance visant parfois à préserver un passé-dépassé. Ce mécanisme de protection n'est pas la seule réponse.
Le mépris des savoirs populaires est le fruit d'une longue tradition savante. Ce dédain semble profondément installé dans la pensée occidentale. Voilà pourquoi envisager une pluralité de savoirs issus de sources et d'acteurs différents, est loin d'être une évidence. Cette perspective exige de revenir à l'histoire de la pensée et de réfléchir aux statuts de la théorie et de la pratique ainsi qu'à leurs relations pour une meilleure implication des citoyens dans les affaires qui les concernent.
« La question de l'éthique est centrale dans l'action des professionnels du lien pour éclairer les choix difficiles, pour transformer les pratiques face aux transitions sans perdre de vue le sens d'être là. D'abord présentée comme répondant à une demande venue des travailleurs, l'éthique a été méthodiquement détournée afin de conformer les professionnels aux exigences de la concurrence dans un contexte de marchandisation de l'action sociale. Anne Salmon offre un argumentaire précieux pour défendre qu'aucune pratique sociale ne peut être qualifiée d'éthique si elle est contraire aux droits et à la dignité humaine. Il entre en résonance avec les préoccupations concrètes des hommes et des femmes de terrain qui aspirent à desserrer l'étau dans lequel les professionnels se sentent captifs et impuissants. Aujourd'hui, cela conduit nécessairement à remettre en cause le modèle néolibéral qui sous-tend bon nombre de politiques publiques. Matière à penser et à agir pour les étudiants, les professionnels du lien et les élus, l'ouvrage d'Anne Salmon aborde la question éthique pour rappeler ce dont notre société a tant besoin : un engagement collectif aux côtés des travailleuses et travailleurs du lien, afin que chacun puisse faire sa part dans la détermination des pratiques et des valeurs qui fondent le "prendre soin", socle de notre société. » J-L. G.
Démocratie sanitaire, démocratie en santé, empowerment des malades : quels que soient les vocables utilisés, la participation des patients semble admise. D'objets de soins, ils seraient enfin reconnus par les institutions comme citoyens à part entière, sujets conscients, responsables et capables. Un tel consensus est à interroger. L'histoire tumultueuse de la démocratie sanitaire est faite de conflits, de compromis, de victoires et d'échecs. Contrairement aux idées reçues, elle ne commence pas aux années sida. Dès le XIXe siècle les malades ont combattu pour être entendus. Ils se sont organisés et ont été actifs. Comment ont-ils contribué à impulser une dynamique démocratique ? Sous quelles formes se développe-t-elle actuellement ? Quelles sont les ambiguïtés des dispositifs institutionnels contemporains ? Alors que nous avons célébré les 20 ans de la loi sur les droits des malades, les difficultés du passé aident à comprendre les tensions persistantes du présent. Par cette mise en perspective complétée par une enquête de terrain en milieu hospitalier, Lucile Sergent pose un regard neuf sur le rapport des citoyens au système de santé. Elle propose de nouvelles ressources et un outillage pour penser la participation des malades et les politiques mises en oeuvre.
Les attentats islamistes qui se sont succédé en France depuis 2015 ont provoqué la sidération et accentué le sentiment d'insécurité de la population. Ils ont également changé le paysage du travail social qui doit désormais intégrer ce phénomène dans son périmètre. De nouveaux postes de travailleurs sociaux, en prise directe avec le ministère de la Justice et le public placé sous-main de justice pour des faits de terrorisme, ont vu le jour. Peu médiatisés, les éducateurs, ces travailleurs de l'ombre, jouent un rôle fondamental dans l'accompagnement des personnes condamnées, en attente de jugement, incarcérées ou non. Ils accomplissent leur mission dans un cadre très contraint mais aussi inédit : celui de la sûreté nationale. L'auteure nous emmène en immersion au coeur de plusieurs situations éducatives dans un contexte de « radicalisation ». L'exploration critique de ces expériences permet de cerner les nombreux défis auxquels les travailleurs sociaux confrontés au « terrorisme » doivent faire face.