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La bonne conscience antinucléaire est inquiétante. Les camps sont tranchés. Les idéologies en place, le doute et la perplexité inutiles. Le dieu solaire s'oppose au diable nucléaire. L'écologie douce combat la technocratie dure. C'est bien simple : choisir une source d'énergie, c'est choisir une société. Et s'il y avait des sociétés nucléaires démocratiques et des sociétés solaires tout à fait fascistes ? L'écologie, quand elle devient une idéologie politique, n'a-t-elle pas la prétention insensée d'être une science des choix de société ? Non, merci vraiment ! Nous n'avons que faire d'une version moderne du scientisme. Alors, comment se battre contre le tout-nucléaire sans se ranger sous la bannière d'une nouvelle utopie scientiste et politique ?
Oui, il y a bien deux cultures politiques dans la gauche française. La première, que les systèmes qualifient de social-étatique, est commune au courant communiste et au courant social-démocrate. Elle se caractérise par le recours universel à l'État et par la sur-politisation de tous les problèmes. La seconde, issue de 1968 et qui chemine à travers la CFDT, le courant écologiste et parfois le PS, est d'inspiration autogestionnaire. Elle fait confiance à l'expérimentation et s'efforce de reconquérir au profit de la société civile la marge d'autonomie que celle-ci a perdue. Deux jeunes théoriciens d'une gauche renouvelée démontrent ici la fécondité politique du non-conformisme.
Aimée du public, la chanson, traitée en éternelle mineure, est méprisée par les tribuns, décriée par les poètes, boudée par la presse, arnaquée par les maisons de disques et les monteurs de spectacles, exploitée enfin par l'État qui préfère réinvestir les milliards qu'elle rapporte dans la musique expérimentale que dans les chanteurs inexpérimentés. Dans cette jungle, le chanteur est un solitaire, qui se bat souvent contre ses pairs pour se faire une place au soleil des projecteurs. En bisbille avec le show-biz, Jacques Bertin nous en apprend plus sur ce métier que le panégyrique le plus louangeur. Et nul n'était mieux placé que lui pour nous apprendre cette chanson-là qui n'a rien de l'air de la calomnie. Il connaît la musique, il a de l'idée et du coffre. Élémentaire : il est parolier, compositeur et interprète depuis 13 ans.
La France de la lâcheté. La France des veaux. La France de ceux qui ne veulent pas savoir. Cette France-là, Juliette Minces la hait. La France de Vichy qui emprisonne ses juifs au camp de Gurs (Pyrénées-Orientales). Cette France-là est devenue, vingt ans après, celle qui fait la chasse aux Algériens dans les rues de Paris. Longtemps après, Juliette Minces se souvient. Sa haine n'a rien perdu de sa violence. Elle ne s'adresse pas à la France mais à ceux qui la défigurent. Ce livre brûlant est un cri à l'état pur.
À la première place du palmarès de l'horreur dans le monde d'aujourd'hui, un pays socialiste, le Cambodge. Pourquoi le Cambodge ? Comment le Cambodge ? Sous couvert de révolution radicale, c'est à un véritable autogénocide que se livrent les sinistres maîtres du Kampuchea démocratique : près de 20 % de la population n'a probablement pas survécu à sa libération ; le pays n'est plus aujourd'hui qu'un vaste camp de travail forcé. Qui parle ainsi ? Un conservateur ? Un nostalgique de l'impérialisme blanc en Asie ? Non pas. Mais Jean Lacouture qui, pendant de longues années, a combattu de sa plume les séquelles du colonialisme français et la politique insensée des Américains. Jean Lacouture qui a laissé éclater ici sans retenue l'indignation et le dégoût que lui inspire le nouveau régime. Mais il a voulu aussi expliquer et comprendre comment le mélange explosif d'intellectuels privés de pouvoir et d'analphabètes indignés, a pu donner naissance à un régime de cauchemar et de barbarie.
Dix ans, camarade ! Trois plis de plus au coin de l'oeil... As-tu pris du ventre, une femme légitime et une carte du CERES pour attendre, d'un congrès à l'autre, le jour béni des 51 % ? As-tu lâché depuis longtemps nos pavés de Gay-Lussac pour empoigner une bêche écologique du côté de La Voulte (Ardèche) ? Désabusé, mais surveillant quand même avec une gravité patiente tes agnelages de février et la prochaine lutte finale... As-tu, militant acharné, scissionniste dans l'âme, navigué en zigzag de la gauche prolétarienne au Secours rouge, de Vive la Révolution aux Amis de la Terre ? Emmitouflé dans la tiédeur fraternelle des groupuscules, gueulard gonflé de toutes les manifs ; pilier méchant de la Mutualité ; adolescent poivre et sel, orphelin déjà... Et puis, suis-je naïf ? Mais ce lourd soupçon qui s'évapore laisse aussi renaître entre nous une sorte de chaleur conviviale qu'empêchaient jadis les haines de chapelle. Mieux qu'une chaleur même - osons lâcher le mot - une tendresse, voilà tout ! En déambulant maintenant des librairies parallèles aux journaux pirates, dans les mille recoins de la nouvelle marginalité, en lisant parfois les annonces de Libé, c'est bien elle qui crève les yeux : une tendresse qui ose enfin... Voici dix ans, nous parlions sans arrêt de porter l'imagination au pouvoir. Est-ce le moment de pleurnicher parce que devant nous - enfin - la page est blanche ?