FAITS ET IDEES
Tout le monde a une bonne raison d'aimer Dirty Dancing Sorti en 1987, Dirty Dancing a connu un succès aussi fulgurant qu'inattendu, qui ne s'est jamais démenti. Loin de pouvoir se réduire à un film romantique sur un amour de vacances et à un porté mythique, il s'articule autour d'un avortement, alors illégal aux États-Unis - ce qui est redevenu cruellement actuel aujourd'hui. Sur fond d'une bande originale singulière et entêtante, à travers sa façon de représenter la danse, mais aussi le désir, l'amitié ou la liberté de choix, ce film a changé la vie de très nombreuses femmes. Ce livre nous raconte pourquoi. Autrice de plusieurs livres autour de la culture pop, Andrea Warner est aussi journaliste, productrice, scénariste et coanimatrice d'un podcast féministe hebdomadaire. Elle vit et travaille à Vancouver. Reconnue comme l'une des meilleures journalistes musicales au Canada, Andrea Warner vit à Vancouver. Elle est l'autrice de Rise Up and Sing!: Power, Protest, and Activism in Music, de Buffy Sainte-Marie: The Authorized Biography et de We Oughta Know: How Four Women Ruled the '90s and Changed Canadian Music. Elle est également coscénariste et productrice associée du documentaire Buffy Sainte-Marie: Carry It On et coanimatrice du podcast hebdomadaire féministe sur la culture pop Pop This!
Mêlant témoignage personnel et réflexion académique, Adrienne Rich met radicalement en application le slogan « le personnel est politique » et sort la maternité de la chambre à coucher pour l'introduire dans la sphère publique du débat intellectuel. Elle annonce dans ce livre fondateur tous les thèmes majeurs liés à la maternité, comme le sacrifice ou la culpabilité maternelle, et montre l'ambivalence qui peut résulter du fossé entre l'expérience intime de la maternité et le poids de son institution. Elle révèle les hommes contrôlent la maternité des femmes - imposant à ces dernières de se valider en devenant mères, leur serinant qu'elles ne peuvent pas « tout avoir » ou encore les empêchant d'accéder de façon pérenne à la contraception et à l'avortement. Poétesse et essayiste étatsunienne majeure, figure de proue du féminisme, Adrienne Rich (1929-2012) a publié plus de 20 recueils de poésie et 6 recueils d'essais. Traduite dans de nombreuses langues dès les années 1970, elle met en avant la question de savoir « d'où l'on parle » et l'importance du questionnement de ses privilèges. Récipiendaire du National Book Award en 1974, elle est morte en 2012, laissant derrière elle une oeuvre faisant date sur de nombreux thèmes jusqu'alors invisibilisés.
Dans son autobiographie inédite en français, parue pour la première fois en anglais en 1983 et récemment republiée aux éditions Verso, Andrée Blouin raconte sa vie, de sa naissance en tant que paria, métisse donc « preuve embarrassante du mélange des races », jusqu'à ce qu'elle s'impose comme l'une des révolutionnaires africaines les plus audacieuses de tous les temps. De l'orphelinat catholique dont elle s'échappe à 14 ans à son poste dans le gouvernement de Patrice Lumumba en passant par son rôle dans les indépendances guinéenne ou algérienne, elle raconte sa lutte pour l'idéologie panafricaine, l'égalité sociale et la justice économique dans divers pays africains, mais aussi pour l'égalité femmes-hommes notamment à travers le Mouvement féminin pour la solidarité africaine. Née en 1921 au Congo français (actuelle République centrafricaine), Andrée Blouin est placée dans un orphelinat catholique afin d'expier son métissage. Elle s'en échappe pour la France, puis participe aux prises d'indépendance guinéenne et algérienne avant d'entrer dans le gouvernement de Patrice Lumumba, l'une des principales figures de l'indépendance du Congo belge. Panafricaniste et féministe, elle dirige le Mouvement féminin pour la solidarité africaine avant de mourir à Paris en 1986.
Vous ne pouvez plus voir en peinture votre mec (père, frère, oncle, collègue, patron, ami, plan cul, amant, mari) ? Offrez-lui ce livre. Promis : c'est la dernière chose que vous ferez pour lui. Loin d'un traité sur la masculinité ou la nécessité de ne pas être viril, d'une leçon de morale culpabilisante ou d'une nouvelle théorie promettant de révolutionner les relations femmes-hommes, ce livre parle de situations concrètes et quotidiennes que nous traversons tous et propose des solutions ambitieuses et réalistes. Né en 1979, Quentin Delval a notamment travaillé comme chercheur universitaire, formateur en milieu carcéral et secrétaire général d'une association pour la diversité de genre et sexuelle. Depuis plusieurs années, il tente en toute humilité de devenir moins con. Né en 1979 à Bruxelles, Quentin Delval a travaillé comme chercheur universitaire et formateur en milieu carcéral, professeur de philosophie, adjoint à l'égalité entre femmes et hommes pour un réseau de Hautes Écoles romandes et secrétaire général d'une association pour la diversité de genre et sexuelle. Il a déménagé à Copenhague (Danemark) en 2021 pour soutenir la carrière académique de sa femme.Désormais père au foyer, il est notamment membre de l'association Men Against Patriarchy Copenhagen
Alors que beaucoup de rumeurs circulent sur la vasectomie, il s'agitd'une intervention certes quasiment irréversible, mais très simple et sans douleur. Ce guide pratique liste tout ce à quoi il faut penser avant de prendre un rendez-vous, détaille le déroulement de l'opération et rassemble les témoignages de nombreux hommes et de couples qui sont passés par là. Alors que le poids de la contraception repose encore trop souvent sur les épaules des femmes, généralement au prix d'effets secondaires importants, la vasectomie est un geste significatif d'égalité. D'abord paru au Québec en 2024, ce livre a été adapté au public français par Thomas Messias, notamment à l'origine du podcast Mansplaining. Respectivement productrice, scripteur, auteur et rédactrice, Laurence Atkins-Beaupré, Sébastien Hurteau, Étienne Marcoux et Maude Paquette ont rédigé la version québécoise de ce livre sous l'autorité du médecin Michel Labrecque. Né en 1984, Thomas Messias, journaliste et auteur non binaire, a animé de 2018 à 2024 pour Slate.fr le podcast Mansplaining. Il a aussi été enseignant et est désormais éditeur de manuels scolaires. Père de trois enfants, il est passé en 2016 par la case vasectomie.
Je suis pour la vérité, peu importe qui la dit. Je suis pour la justice, peu importe pour qui ou contre qui elle est rendue. Je suis un être humain avant tout et, en tant que tel, je suis pour quiconque et quoi que ce soit qui profite à l'humanité dans son intégralité. À 39 ans, MalcolmX meurt assassiné par des membres de Nation of Islam, qui considèrent qu'ils les a trahis, peut-être aidés par le FBI. L'ancien enfant du Nebraska, victime du Ku Klux Klan dès ses premières années, passé par la délinquance et la prison, déploiera une pensée et une pratique d'abord inspirées par l'islam, puis connectant peu à peu le combat pour les droits afro-américains à ceux de tous les peuples opprimés et colonisés. Republiée pour la première fois depuis trente ans, voici l'autobiographie d'un des plus grands acteurs des luttes antiracistes.
Le savoir et le pouvoir ont toujours entretenu des rapports ambivalents. Les classes dominantes ont besoin du savoir pour asseoir leur domination, mais ce même savoir peut être utile aux dominés pour critiquer la société dans laquelle ils vivent. Pour cette raison, aux yeux des classes dominantes, la science doit être domestiquée. Cela a été tout l'objet de l'agenda néolibéral et du management toxique des scientifiques finançant des projets plutôt qu'un budget de fonctionnement à long terme. Mais ça n'a pas suffi : désormais, la science est attaquée frontalement par les dirigeants - notamment Trump. Ce livre revient sur la longue histoire des relations entre pouvoir et savoir et sur la nécessité d'une recherche indépendante pour préserver la démocratie. Hendrik Davi, directeur de recherche et responsable CGT à l'INRAE, est député Écologiste et social de la Ve circonscription des Bouches-du-Rhône. Docteur en écologie, il a exercé de nombreuses responsabilités en tant que syndicaliste. Adhérent à la LCR en 2002, puis au Front de Gauche en 2012, il a déjà publié Le Capital c'est nous. Manifeste pour une justice sociale et écologique, en 2023 aux éditions Hors d'atteinte. Clémentine Autain est désormais députée Écologiste et social.
« À mon avis, dans vingt ans, la plupart des meufs sont lesbiennes. Ça va se faire tout seul. Je le crois réellement. Parce que tout est tellement mieux. Sexuellement, tu n'y perds pas et pour tout le reste, c'est tellement un soulagement inouï que... qu'est-ce que tu vas te faire chier ? » Virginie Despentes (Society, 2019) De plus en plus de femmes se rendent compte que l'hétérosexualité est une arnaque. Ce qu'on appelle le "lesbianisme politique" les tenterait bien, mais comment faire ? Ce livre est là pour les aider. Née en 1990, Louise Morel a grandi en banlieue parisienne et vit désormais à Berlin. Elle est l'autrice d'un compte Instagram fort d'environ 10 000 abonné·es, @jesuislouisemorel, qui explore le lesbianisme et ses implications politiques. Après avoir longtemps arpenté les terres faussement accueillantes de l'hétérosexualité, elle a en effet choisi d'explorer un autre type d'attirance.
« La réponse à beaucoup de questions en ces temps incertains est : l'égalité pour tous·tes. Et ce livre magnifique peut nous aider à y parvenir. » Sibylle Berg, autrice allemande et députée européenne « Emilia Roig réussit le tour de force de dresser un panorama d'une densité déconcertante des hiérarchies, des dévalorisations et des chances refusées, sans que cela sonne comme un règlement de comptes, mais plutôt comme une invitation, un accompagnement. S'il fallait choisir un seul livre parmi la vaste offre sur le sujet pour présenter l'état de la recherche et du débat de manière connectée, celui-ci serait un bon choix. » Süddeutsche Zeitung « Un plaidoyer pour repenser le monde. » Die Zeit « Celui qui se laisse éclairer par Roig sur la réalité s'y retrouvera mieux dans les débats à venir. » Der Spiegel « Le grand écho de Why we matter est peut-être aussi dû au fait que Roig y esquisse l'utopie d'une société à laquelle beaucoup aspirent actuellement : moins de capitalisme, plus d'amour pour les gens. » Der Tagesspiegel Partant de son expérience personnelle pour expliquer le concept d'intersectionnalité, elle se décrit comme un « produit du colonialisme français », issue d'une double culture marquée par l'histoire de l'esclavagisme et victime du racisme d'une partie de sa famille. Elle montre comment le racisme et les identités noires et métisses, les traumatismes transgénérationnels liés à Auschwitz, l'homophobie et la queerness, le patriarcat et le féminisme se matérialisent dans nos vies, et comment les différentes formes d'oppression s'entrecroisent et se renforcent mutuellement. Que ce soit dans la rue, à l'université ou au tribunal, dans la famille, à l'hôpital ou au sein de l'État, elle met au jour les différentes imbrications du racisme et des discriminations dans toutes les strates de la société. Emilia Roig questionne également les notions de normalité et d'universalité, notamment à travers l'institution du mariage, le fait que la médecine se fonde encore sur le corps masculin ou le canon de la culture classique. Elle convoque par ailleurs des concepts et théories diverses, comme l'intersectionnalité de Kimberley Crenshaw et l'essentialisme stratégique de Gayatri Spivak, mais aussi les travaux de bell hooks ou du sociologue portugais Boaventura de Sousa Santos. Pour elle, toute analyse de la discrimination devrait prendre en compte quatre dimensions : individuelle, institutionnelle, structurelle et historique. En effet, les formes d'oppression sont pratiquées individuellement, mais sont généralement cultivées historiquement, ancrées dans le cadre institutionnel et travaillent ainsi à structurer la société. Dans la dernière partie de son livre, Emilia Roig argumente autour de la possibilité de mettre fin à l'oppression. Elle identifie des pierres angulaires pouvant nous aider à nous orienter. Elle montre par exemple que les personnes privilégiées ont pour tâche d'apprendre à gérer la culpabilité, tandis que les personnes victimes d'oppression ont besoin d'espace pour guérir. En outre, elle met l'accent sur la nécessité de développer une plus grande empathie les uns envers les autres.
La crise de la quarantaine, mythe ou réalité ? De multiples études ont tenté de confirmer ou d'infirmer son existence sans qu'aucune ne se révèle convaincante. Le concept de midlife crisis a connu des heures glorieuses dans les États-Unis des années 1970, sous la plume d'autrices féministes aspirant à vivre une vie plus libre puis sous celle de psychologues masculins avides de légitimer l'abandon d'épouses abîmées par les travaux domestiques. S'appuyant sur Adrienne Rich, Monique Wittig ou Sara Ahmed, cet essai déconstruit des représentations machistes persistantes et pose des questions incisives comme : est-ce possible de renoncer à sa jeunesse quand on est millenial, ou que signifie la crise de la quarantaine dans un monde qui ne connaît plus que des crises. Née en 1985, Alexia Soyeux a d'abord travaillé dans l'alimentation et la pâtisserie avant de se consacrer aux questions climatiques. En 2018, elle lance le podcast indépendant Présages, qui explore les enjeux écologiques et sociaux afin de nourrir l'esprit et remettre radicalement en question l'état de notre monde. Elle est mère d'une humaine et de chien·nes, et s'engage dans des organisations militantes pour l'émancipation et l'égale dignité de tous et toutes.
Entre cystites, mycoses, vulvodynie et autres papillomavirus, les femmes sont confrontées à de multiples pathologies liées à la sexualité. S'y ajoutent d'autres entraves, comme les violences sexuelles et leurs séquelles ou la charge mentale de la contraception. Force est de constater que ces entraves sont généralement peu ou mal prises en charge. Pour beaucoup, il est « normal », ou en tout cas loin d'être scandaleux, que beaucoup de femmes souffrent en ayant une activité sexuelle. Pour autant, des évolutions sont à signaler, comme des formations à destination des médecins. S'appuyant sur des témoignages de personnes malades ou qui l'ont été, mais aussi de soignant·es issu·es de nombreuses spécialités, ce livre mène une enquête, dresse un bilan et propose des solutions.
Pourquoi est-ce si difficile d'agir collectivement ? Celles et ceux qui créent ou rejoignent des collectifs notamment militants en font souvent une expérience négative. Partout dans nos vies, au travail, dans nos familles ou dans nos groupes d'amis, nous perpétuons une culture qui écrase, exclut et nous fragilise. Alors qu'il s'élève contre ce modèle, le militantisme n'y échappe pas. Après dix ans passés à travailler avec de petits collectifs, de grandes ONG et des individus engagés, mais aussi à observer ses propres comportements, Sarah Durieux, qui a mené pour ce livre de nombreux entretiens avec des personnes investies dans divers mouvements, s'intéresse à ce qu'elle identifie comme l'une des plus grandes menaces contre notre émancipation et propose des pistes pour en sortir. En 15 ans, Sarah Durieux a accompagné plusieurs centaines de campagnes de mobilisation. Elle a lancé puis dirigé pendant dix ans la plateforme Change.org en France, a cofondé en 2020 La Rencontre des justices et Quartier général, en soutien aux activistes candidats aux législatives de 2022 puis, en 2023, la fondation Multitudes, pour rendre la politique plus inclusive et plus humaine. Elle a précédemment publié Changer le monde. Manuel d'activisme pour reprendre le pouvoir (First, 2021).
Entre autobiographie sociologique et véritable récit littéraire, ce livre reconstitue le parcours de Richard Hoggart, petit garçon pauvre devenu sociologue. Sans mépris, sans misérabilisme et sans démagogie, Il y raconte minutieusement ses souvenirs de son ascension sociale en se focalisant sur les ressorts qui l'ont rendue possible et en appuyant son caractère exceptionnel. Écrivant autant en écrivain qu'en sociologue, il raconte la vie de sa famille avec douceur et émotion et décrit précisément la vie d'un quartier ouvrier dans les années 1920. Plutôt que d'accumuler des anecdotes et des détails insignifiants, il restitue les conditions et les étapes de production de sa « personne » à travers des descriptions toujours sociologiquement pertinentes. Né en 1914 dans un quartier ouvrier au Royaume-Uni, Richard Hoggart enseigne la littérature anglaise dès 1946. Il publie en 1957 La Culture du pauvre, traduit en français en 1970. Il fonde en 1964 le Centre d'études des cultures contemporaines, devenant ainsi l'un des fondateurs des cultural studies. En 1976, il prend la direction du Goldsmiths College à Londres, jusqu'en 1984. Il publie son autobiographie en 1988 et meurt en 2014, après avoir publié une trentaine d'essais.
De 2023 à 2025, trois journalistes de Marsactu, journal d'information indépendant ancré à Marseille, ont mené une série d'enquêtes sur la drogue à Marseille. Adoptant un point de vue à 360°, ils abordent aussi bien les vendeurs que les acheteurs, ceux qui arrêtent et ceux jugent, les détenus et les habitants dans la deuxième ville de France, qui fait désormais office de laboratoire, mais aussi d'épicentre du trafic. De plus en plus de personnes y participent de près ou de loin à ce commerce sans règles, de plus en plus brutal. Ce livre rassemble les dix-sept articles de la série et des textes inédits. Il montre à quel point le commerce de la drogue reflète et préfigure un monde où le néolibéralisme n'a plus aucune contrainte et où l'argent motive toutes les violences, jusqu'à la mort. Tous trois journalistes chez Marsactu,journal d'information fondé en 2010 et ancré à Marseille,Coralie Bonnefoy,Benoît Gilles etClara Martot Bacry y sont respectivement corédactrice en chef et responsable de lapolitique locale et des questions de société, corédacteur en chef et spécialisé sur lesquestions d'urbanisme et de logement, et responsable police-justice. De 2023 à 2025, ils ont enquêté ensemble sur la drogue à Marseille dans le cadre de la série «L'Emprise».
Marseille a toujours été en résistance, mais passive. C'est pour ça qu'en arrivant à Marseille, certains ont le sentiment que les Marseillais ne font rien. C'est une posture assez colonialiste, comme si avant eux il n'y avait pas eu de salut. Or, avant eux, il y a eu une histoire. Du MLAC au Drama Queer Football Club en passant par le Planning familial et les Cagoles de l'OM, trente-deux femmes racontent à Margaux Mazellier, journaliste, comment elles ont tenté de rendre Marseille plus vivable pour ses habitant·es. Des récits hauts en couleurs, en voix, en personnages... à l'image de la ville qui les abrite. Margaux Mazellier est journaliste, spécialisée dans les questions de genre et de migrations. De 2016 à 2018, elle couvre depuis Casablanca l'actualité marocaine et la question migratoire pour plusieurs médias (Tel quel, Jeune Afrique, Middle East Eye, Vice...). Fin 2019, elle rentre à Marseille où elle poursuit son activité en axant davantage sa réflexion sur les questions de genre.
Tout ce qui relève du champ lexical de l'employeur, du patron, du « management » ou du salariat est considéré comme libéral, apparenté à des valeurs de droite. Ce comportement est typique du patron de gauche : en rejetant ces mots, celui-ci se prive de - ou plutôt s'épargne - toute réflexion sur le sujet. L'expression « patron de gauche » souligne à elle seule le paradoxe de la situation : dans la pratique, « patron » ; dans le discours, « de gauche ». Né en 1993, diplômé de Sciences-Po, Arthur Brault Moreau a fait l'amère expérience du patronat de gauche dès sa première embauche. Forcé de constater que ce positionnement politique ne garantissait en rien le respect du droit du travail, il a mené une enquête auprès d'environ 70 personnes, dont beaucoup de salarié·es et quelques employeurs. Guide de développement collectif plus que personnel, ce manuel fournit des outils concrets pour comprendre et combattre ces patrons qui ne disent pas leur nom. Né en 1993 en banlieue parisienne, Arthur Brault Moreau a étudié la sociologie politique puis le droit du travail. Il a milité dans des mouvements sociaux et dans des syndicats avant de s'engager dans des collectifs queers. Ses expériences militantes et professionnelles l'ont amené à s'interroger sur la question du travail et du syndicalisme dans les milieux dits militants. Il travaille aujourd'hui comme conseiller pour les représentants des salarié·es.
Nous avons osé être libres, osons l'être par nous-mêmes et pour nous-mêmes ; imitons l'enfant qui grandit : son propre poids brise la lisière qui lui devient inutile et l'entrave dans sa marche. Quel peuple a combattu pour nous ! quel peuple voudrait recueillir les fruits de nos travaux ? Et quelle déshonorante absurdité que de vaincre pour être esclaves. Jean-Jacques Dessalines, « Indépendance, ou la mort... » (1804) Poèmes, pamphlets, lettres ouvertes, allocutions, récits de vie... dès la fin du xviiie siècle, aux États-Unis et en Haïti - les deux premières nations indépendantes de l'ère des révolutions -, nombre d'auteurs et autrices afro-descendantes ont, dans une grande variété de textes, dénoncé et théorisé l'esclavage, le colonialisme ou encore le racisme. Revendiquant notamment un universalisme qui tienne compte des discriminations raciales, ils ont fait circuler, bien avant W. E. B. Du Bois, l'exigence d'une égalité et d'une indépendance réelles. Qu'ils et elles s'appellent Sarah Parker Remond, Sojourner Truth, Frederick Douglass ou Toussaint Louverture, leurs noms, leur vie et leur pensée, injustement oubliés et effacés, sont de nouveau accessibles grâce à cette anthologie. Marlene L. Daut est professeure à l'université de Yale (études culturelles caribéennes et américaines, Haïti) ; Marie-Jeanne Rossignol est professeure à l'université de Paris (esclavage et abolition aux États-Unis de la Révolution américaine à 1830) ; Cécile Roudeau est professeure à l'université de Paris (littérature étatsunienne au XIXe siècle) ; Michaël Roy est maître de conférences à l'université Paris Nanterre (esclavage et abolition aux États-Unis de 1830 à 1865).
Quand on me demande « Comment vous accommodez-vous de la violence ? », je rétorque : « Et vous ? Quelles guerres légitimez-vous ? Quelle violence trouvez-vous juste ? » Qu'est-ce que c'est, la violence ? Il y a celle, aveugle, sans but, que les gens utilisent parce qu'ils n'ont plus d'autre solution. Et il y a celle qui provient de l'État, que beaucoup trouvent normale. Pour ma part, j'ai grandi dans une société violente, mais je ne suis pas quelqu'un qui aime en user. Ça ne me procure absolument aucun plaisir. À un moment de leur vie, neuf femmes, âgées aujourd'hui de 25 à 74 ans, ont participé à des luttes politiques impliquant des affrontements. Action directe, les Brigades rouges, la Rote Armee Fraktion mais aussi ETA, les Black blocs ou le Kurdistan : si les contextes et les époques diffèrent, elles ont toutes en commun d'avoir usé d'une violence politique qu'elles jugeaient nécessaire. Dans les entretiens ici rassemblés par Alexandra Frénod et Caroline Guibet Lafaye, elles racontent ce qui les a amenées à prendre cette décision, comment elles l'ont vécue et ce qu'implique le choix de cette violence quand on est une femme. Ingénieure d'études au CNRS, Alexandra Frénod a notamment codirigé, avec Caroline Guibet Lafaye, S'émanciper par les armes ? Sur la violence politique des femmes (Presses de l'Inalco, 2019). Caroline Guibet Lafaye est directrice de recherche au CNRS. Agrégée et docteure en philosophie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne, elle consacre ses recherches en sociologie et en philosophie politique aux processus d'engagement dans la violence politique clandestine.
À travers 24 portraits, Valérie Archeno dessine 24 trajectoires de femmes qui ont décidé de ne pas avoir d'enfant. Elles posent nues, comme pour se montrer à la fois franches et fragiles ; et elles racontent elles-mêmes, à travers des témoignages aussi déterminés que poétiques, les raisons de leur choix et ses implications. Issues d'univers différents, elles ont toutes en commun une décision anticonformiste, à rebours de la majorité et de ce qui est attendu d'elles en tant que femmes. Photographe et réalisatrice, Valérie Archeno vit à Paris. Elle a étudié à l'École photo et formation à la photographie (Efet). Elle a notamment réalisé des portraits de Dominique A., de Vanessa Paradis, de Jeanne Cherhal ou d'Izia. Elle a publié entre autres Till (avec Bertrand Belin, Actes Sud, 2014) et Guide du mariage homo (avec Océan et David Courtin, La Martinière, 2013). Elle est lauréate du prix SFR pour Paris photo 2012.
Le féminisme se construit sur des mouvements sociaux, mais aussi sur des textes : publiés l'un après l'autre, ils se répondent, se complètent, se contredisent et nous font avancer. Pour comprendre ce qu'est « la théorie féministe », Sara Ahmed revient sur l'aspect sensoriel des débuts d'un itinéraire féministe : le sentiment d'injustice, la sensation d'être (souvent malgré soi) à contre-courant des attentes de la famille et de la société, le fait d'être perçue comme têtue ou rabat-joie alors qu'on ne fait rien de plus qu'analyser et critiquer un rapport de forces. S'attachant aux liens indissociables que la théorie féministe entretient avec le quotidien, donc avec le fait de vivre une vie féministe, elle aborde aussi sa propre expérience. Née en 1969, Sara Ahmed est une écrivaine féministe et chercheuse indépendante de nationalité britannico-australienne. Elle travaille à l'intersection des études féministes, queer et raciales, notamment sur la façon dont le pouvoir est assuré et remis en question dans la vie quotidienne et les institutions.
Mes larmes étaient celles d'un désenchantement : un désenchantement féministe. J'avais échoué à trouver les mots qui auraient fait douter ces femmes de leur offensive contre d'autres femmes, de leur trahison d'un féminisme universel, de leur aveuglement par des biais racistes et islamophobes. Puisque l'islamisme était l'ennemi, celles qui affichaient leur adhésion à l'islam devenaient à leurs yeux l'incarnation de ce danger, et se retrouvaient exclues des luttes pour les droits des femmes. Mais les femmes musulmanes ne sont-elles pas des femmes ? Maîtresse de conférences en sociologie à l'université de Strasbourg, Hanane Karimi déploie ici une réflexion sur la « nouvelle laïcité », l'islamophobie et l'héritage colonial français pour montrer comment les femmes musulmanes, désignées comme des ennemies de l'intérieur, se voient refuser l'accès à une citoyenneté pleine et entière, à l'espace public et à l'arène politique voire, tout simplement, le fait d'être des femmes dignes d'avoir des droits. Hanane Karimi est maîtresse de conférences en sociologie à la faculté des sciences sociales de l'université de Strasbourg. Ses recherches portent sur le pouvoir d'agir de femmes musulmanes en France au regard de l'application de la "nouvelle laïcité". Dans une perspective intersectionnelle, elle analyse les conséquences, mais aussi les résistances à la disciplinarisation des corps à travers les trajectoires professionnelle, politique et religieuse de femmes musulmanes qui portent le foulard.
Par un impitoyable glissement sémantique, les mots d'ordre « Ne me libère pas, je m'en charge » ou « L'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux-mêmes » sont devenus « Prenez-vous donc en main : quand on veut on peut ». L'ambition d'émancipation et de transformation sociale est balayée par une injonction à se débrouiller, le pouvoir d'agir est devenu devoir d'agir. Dans la start-up nation, loin du vieux monde de l'État social et du syndicalisme, chacun est sommé de devenir entrepreneur de soi-même.De l'affaiblissement de l'emprise idéologique du capitalisme à la construction d'une culture d'émancipation, de la communication non-violente au regroupement entre premiers concernés, d'une action menée depuis l'intérieur du système à l'instauration d'un rapport de force, Adeline de Lépinay, spécialiste de l'éducation populaire et du community organizing, repose les bases de l'organisation collective. S'appuyant notamment sur les mouvements sociaux récents, elle propose des questionnements et des pistes concrètes au service d'une lutte à la fois efficace et démocratique, qui ne tombe pas dans le piège néolibéral. S'appuyant sur les méthodes de l'éducation populaire, Adeline de Lépinay a toujours vogué entre l'animation et le travail social. Elle s'est intéressée au community organizing, une méthode d'organisation utilisée pendant la campagne d'Obama aux États-Unis. Elle y a passé plusieurs mois grâce à une bourse Fulbright, ce qui lui a donné l'occasion d'observer de près ces nouvelles méthodes, en partie adaptées au néolibéralisme, mais dont il est possible de garder des principes stratégiques.
Née entre les années 1980 et 2000, la génération des Millenials a grandi dans un monde où le référentiel égalitaire prévaut : cela a des effets aussi sur le militantisme féminin nationaliste. En mai 2018, le Parti nationaliste français poste une vidéo intitulée « Nationalisme : militer avec féminité à la cuisine ». Après une première séquence où des jeunes femmes vêtues de jupes longues font la cuisine et la vaisselle en chantant des louanges religieux, on les voit en bermuda s'entraîner à courir dans un torrent boueux sous les instructions d'un militant, avec en fond sonore des guitares électriques au son saturé. La Manif pour tous, qui s'est violemment opposée en 2012-2013 à la loi portée par Christiane Taubira visant à ouvrir le mariage aux couples homosexuels, a été l'occasion pour de nombreux (futurs) acteurs de l'extrême droite de se rencontrer, de se former et de s'agréger. Quelques années plus tard, on voit éclore dans ce champ de multiples formations féminines, voire autoproclamées féministes, qui abordent la cause des femmes depuis une tradition nationaliste, réactionnaire ou identitaire. Qu'elles s'appellent les Caryatides, les Antigone ou le collectif Némésis, Eugénie Bastié, Marianne Durano ou la revue Limite, toutes contribuent à reconfigurer un champ médiatique et politique de plus en plus ancré à droite et de moins en moins lisible. Politiste et socio-historienne, Magali Della Sudda est chargée de recherche au CNRS et travaille au centre Émile Durkheim (CNRD/Sciences Po Bordeaux). Elle se consacre actuellement aux mobilisations contemporaines, par exemple à travers le projet Agence nationale de la recherche/Gilets jaunes, qu'elle coordonne sur quatre ans. Les recompositions autour des questions de genre à partir de la Manif pour tous ont fait l'objet de son habilitation à diriger des recherches.
« Que diriez-vous d'"ordinateur" ? C'est un mot correctement formé, qui se trouve même dans le Littré comme adjectif désignant Dieu qui met de l'ordre dans le monde. » Déjà au moment de choisir un mot français pour traduire l'anglais computer, Jacques Perret, alors président d'IBM France, faisait éclater toute la dimension mégalomane, démiurgique et patriarcale du secteur informatique. Or, si dans la tech peut-être encore plus qu'ailleurs, on ne cesse de glorifier des hommes seuls présentés comme des génies, nous devons ces inventions, comme tous les progrès scientifiques, à des collectifs dont la plupart étaient mixtes. Réparant cette injustice épistémique, ce livre se donne pour but de montrer combien la tech reproduit, amplifie, alimente et légitime le système patriarcal. Aujourd'hui professeure agrégée en civilisation américaine à l'université de Bretagne Sud, Marion Olharan Lagan a dirigé les équipes qui ont conçu les personnalités française, italienne et espagnole d'Alexa, l'assistant personnel d'Amazon. Aujourd'hui professeure agrégée en civilisation américaine à l'université de Bretagne Sud, Marion Olharan Lagan a dirigé les équipes qui ont conçu les personnalités française, italienne et espagnole d'Alexa, l'assistant personnel d'Amazon. Issue de la génération des Millenials, elle a connu l'avant Internet et réseaux sociaux.
Étant donnée l'hostilité ouverte, constante, déterminée, et même violente que Nietzsche a manifestée contre la démocratie, le socialisme, le progrès social, l'égalité - y compris, soit dit en passant, l'égalité entre les hommes et les femmes -, il n'aurait jamais dû, semble-t-il, y avoir un Nietzsche de gauche. Et pourtant il y en a bel et bien eu un, et c'est même celui-là qui a occupé dans la période récente le devant de la scène et est devenu plus ou moins le Nietzsche officiel. Il n'en demeure pas moins qu'entre ceux qui ont cherché à faire de lui un penseur nazi et ceux qui ont considéré comme allant au contraire à peu près de soi qu'il était un penseur de gauche, on se demande réellement à qui il faut décerner la palme dans l'art de ne pas lire un auteur. Depuis des décennies, Nietzsche est en France l'objet d'une double méprise : l'invention absurde mais tenace d'un Nietzsche de gauche (Deleuze) et son enrôlement dans une vaste entreprise de reformatage du concept de vérité (Foucault) que toute sa philosophie contredit. Lecteur assidu, resté longtemps discret, Jacques Bouveresse n'a jamais cru à ces fables. Poursuivant la réflexion engagée dans Nietzsche contre Foucault (Agone, 2016), et au terme d'une longue plongée dans les Fragments posthumes, dont il a tiré un trésor de citations, retraduites puis agencées avec soin, il offre ici un double portrait du philosophe : Nietzsche en chercheur de vérité, moraliste ironiste, lucide et passionné ; Nietzsche en penseur politique, défenseur d'un radicalisme aristocratique selon lequel la masse du peuple doit obéir, travailler et être asservie pour que l'élite puisse être libre, commander et créer. Né dans le Doubs en 1940, Jacques Bouveresse est un philosophe rationaliste dont les principales influences sont Ludwig Wittgenstein, le cercle de Vienne et la philosophie analytique. Élu au Collège de France en 1995, il en est professeur honoraire depuis 2010. Ses domaines d'étude sont la philosophie de la connaissance, des sciences, des mathématiques, de la logique et du langage ; il s'intéresse également à des auteurs comme Robert Musil et Karl Kraus.
Les femmes socialistes de tous les pays instaurent une journée des femmes. Elle aura lieu tous les ans et son objectif premier sera l'obtention du droit de vote, revendication à porter dans le contexte général de la condition féminine. La journée des femmes sera internationale et puissamment orchestrée.Fidèle amie de Rosa Luxemburg, Clara Zetkin (1857-1933) fut députée, journaliste et enseignante, et combattit notamment le patriarcat, le féminisme bourgeois, la Première guerre mondiale, Staline et le nazisme. Elle est l'initiatrice de la Journée internationale des femmes, qui continue de mobiliser chaque année, le 8 mars.À travers une courte biographie, des lettres, des discours de sa main et des textes de Rosa Luxemburg, Louis Aragon, Henri Barbusse ou encore Angela Davis, rassemblés par Florence Hervé, journaliste et spécialiste de l'histoire du féminisme en Allemagne et en France, se dessine le portrait d'une précurseure qui a durablement marqué le féminisme international. Née en France en 1944, Florence Hervé travaille comme journaliste indépendante à Düsseldorf, où elle a aussi été chargée de cours en histoire sociale. Cofondatrice de l'association féministe Demokratische Fraueninitiative (Initiative des femmes démocratique), elle est membre active de diverses initiatives féministes. Elle a publié des lexiques, des biographies et des beaux livres, notamment sur l'histoire du féminisme en Allemagne et en France, ainsi que le nazisme et la résistance.
Musil dit de la littérature qu'elle utilise des connaissances, mais n'en produit pas de spécifiques. Il admet en revanche que certaines philosophies réussissent à nous procurer une connaissance ; mais d'autres agissent sur l'esprit d'une façon bien différente, qui ressemble davantage à celle dont le font certaines oeuvres littéraires. Pourquoi Jacques Bouveresse s'est-il autant intéressé à Robert Musil (1880-1942), un écrivain bien éloigné de la philosophie traditionnelle ? Ils partageaient sans nul doute une grande indépendance, un attrait pour la philosophie des chemins de traverse, une profonde méfiance à l'égard des modes et une préoccupation pour les notions de vérité ou de croyance. Dans ce texte inédit, le philosophe mort en 2021 profite de son dialogue avec Musil pour opérer un retour critique sur sa propre discipline et s'interroger autant sur son sens que sur sa légitimité. Né en 1940, mort en 2021, Jacques Bouveresse est un philosophe rationaliste dont les principales influences sont Ludwig Wittgenstein, le cercle de Vienne et la philosophie analytique. Élu puis professeur honoraire au Collège de France, il s'est intéressé à la philosophie de la connaissance, des sciences, des mathématiques, de la logique et du langage. Florence Vatan est professeure à l'Université du Wisconsin à Madison ; elle est l'autrice d'une thèse et de deux livres sur Musil.
Pourtant je suis là et j'écris. Pour m'inscrire courageusement dans une lignée de fantômes et de cadavres qui m'ont appris la droiture et la dignité. Pour vous dire qu'ils ont existé, qu'ils ont souffert et qu'ils sont tous morts. Mais que je suis vivante et que je veux croire qu'on peut dénouer un peu la menace de l'hérédité, espérer ne plus être si seule, rêver malgré tout de justice, imaginer se sentir comprise, sans fausse pitié ni vraie condescendance. Jennifer Yezid est la nièce de Malika Yezid, tuée en 1973 par un gendarme alors qu'elle avait huit ans. C'est aussi la seule survivante de sa famille. Avec Asya Djoulaït, écrivaine, et Sami Ouchane, historien, elle raconte les répercussions de ce crime injuste et impuni sur sa famille, mais aussi le sens de la justice et de la vérité, la soif de vivre qui l'animent et l'amènent à parler aujourd'hui. Née en 1992, Jennifer Yezid est la nièce de Malika Yezid, morte en 1973, et la dernière survivante de la famille Yezid. Sami Ouchane, professeur agrégé et chargé d'enseignement à SciencesPo Paris, a accompagné Jennifer Yezid dans le traitement de ses archives personnelles ainsi que dans leur mise en contexte historique. Professeure de lettres dans le second degré, Asya Djoulaït a notamment écrit Noire précieuse (Gallimard, 2020) et s'est chargée de la mise en récit de ce témoignage.
Je crois que tout ce qu'on a fait à cette époque-là a permis de montrer plein de formes de militantisme et, du coup, de rajeunir l'image du féminisme. Il y a plein de meufs qui ne supportaient pas ce qu'elles croyaient être les féministes qui se sont dit d'un coup : « Mais ça peut être ça, le féminisme, c'est chanmé, en fait je suis féministe ! » En octobre 2017, dans le monde entier, des millions de femmes se mettent à écrire "moi aussi". Dénonçant ainsi les violences qui leur ont été imposées par des hommes, elles se rendent aussi visibles en tant que personnes partageant des expériences, des luttes et des espoirs communs. Ce moment marque un tournant dans l'histoire du féminisme, qui voit alors démarrer une nouvelle vague d'une grande ampleur, tout en expérimentant une nouvelle façon de s'organiser et de s'exprimer. Que s'est-il passé en France entre les mouvements féministes et Internet avant #metoo ? Qu'impliquent ces nouveaux canaux, quels en sont les enjeux et les limites ? Et surtout, comment éviter de s'en faire déposséder ? Elvire Duvelle-Charles est journaliste, réalisatrice et activiste féministe. Depuis ses débuts en 2012 chez Femen, elle a fait des happenings seins nus, une parodie de clip de rap, de l'affichage sauvage... Mais aussi Clit Révolution, un compte Instagram suivi par plus de 100 000 personnes dont est issue une série documentaire diffusée sur France TV Slash, mais aussi un livre, Le Manuel d'activisme féministe de Clit Révolution (Des femmmes, 2019).
Les significations attribuées au mot « communiste » sont plus diverses que jamais. Il renvoie à une histoire tragique pour les peuples et les communistes eux-mêmes, et est même associé, dans le cas de la Chine, à un acteur central de la mondialisation capitaliste. Mais il reste aussi, pour beaucoup de celles et ceux qui le revendiquent, associé à l'idée d'une alternative au capitalisme, visant à l'égalité sociale et à l'instauration d'un pouvoir politique effectivement exercé par le plus grand nombre, non monopolisé par les élites sociales. Au-delà de ceux qui l'ont pensé ou dirigé et dont on a retenu les noms, le Parti communiste français est aussi le fruit de l'engagement de nombreux anonymes, adhérents, sympathisants ou militants, femmes se revendiquant ou non du féminisme ou encore travailleurs immigrés engagés dans les luttes anticoloniales. Cette histoire, qui commence au congrès de Tours en 1920 et traverse un siècle en France, est aussi la leur. Entre immenses espoirs et profonds découragements, Julian Mischi, sociologue et politiste rattaché à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) et auteur notamment de Servir la classe ouvrière. Sociabilités militantes au PCF (PUR, 2010) et de Le Communisme désarmé. Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970 (Éditions Agone, 2014), relate ici une tentative unique de mettre au pouvoir les classes populaires, à renouveler. Né en 1974, Julian Mischi est sociologue et politiste, chercheur à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) à Dijon. Il a notamment publié Servir la classe ouvrière. Sociabilités militantes au PCF (PUR, 2010) et Le Communisme désarmé. Le PCF et les classes populaires depuis les années 1970 (Éditions Agone, 2014).
- Un livre sur nous ? Mais qui ça intéressera ? - Je ne sais pas. Qui sait, peut-être que beaucoup de gens voudraient savoir que tu ne fais jamais ton lit le matin, que sous ton matelas il y a des cookies et des chaussettes qui bavardent, ou que des fraises des bois grandissent dans notre jardin au milieu de vos mégots ? Sûrement des gens un peu fous, dis-je en souriant. À 25 ans, Louise Mottier fait partie de la génération "Y", qu'on dit moins dure à la tâche et plus irresponsable que ses aînées. Elle a pourtant passé ces deux dernières années à travailler auprès de jeunes qui ont franchi seuls les sommets alpins et les flots méditerranéens. Ensemble, ils ont traversé les saisons, appris, rêvé, regardé les étoiles, et se sont souvenu que tout conquérant était d'abord et avant tout un enfant. Née en 1995 à Paris, engagée dans l'aide aux personnes migrantes en France, notamment au sein d'une structure d'accueil du Secours catholique à Paris, Louise Mottier a ensuite travaillé pendant deux ans comme éducatrice auprès de mineurs isolés à Gênes, en Italie. Nageuse en eau libre, elle vit depuis peu à Marseille, où elle continue d'accompagner des jeunes exilés tout juste majeurs. Les Conquérants est son premier livre publié.
Avec son slogan « Faire du tort à un seul, c'est faire du tort à tous », l'IWW a donné au concept de solidarité une définition très concrète. Ce slogan, à l'image des Wobblies eux-mêmes, a voyagé aux quatre coins du monde. Les luttes d'il y a un siècle résonnent encore dans les pays du Sud en voie d'industrialisation comme dans ceux du Nord en voie de désindustrialisation. Que les ouvriers du monde entier fassent vivre l'internationalisme et l'esprit des Wobblies, et alors ils seront assez puissants pour défier le capitalisme mondial.En plein déclin des organisations de lutte au travail et de l'État-providence, cette histoire internationale et globale d'un des syndicats aux revendications les plus ambitieuses revient aux sources d'un mouvement qui a essaimé dans le monde entier et rappelle l'urgence d'explorer des formes alternatives de pratique politique et syndicale.Peter Cole, David M. Struthers et Kenyon Zimmer, historiens américains spécialistes du syndicalisme, dirigent vingt contributeurs internationaux rendant compte de contextes aussi variés que la France, l'Inde, le Mexique, l'Australie ou la Finlande. Peter Cole enseigne l'histoire à l'université Western Illinois et est chercheur associé au Society, Work and Development Institute à l'université de Witwatersrand. Il est l'auteur de Wobblies on the Waterfront (Université of Illinois Press, 2007).David M. Struthers est professeur assistant à l'université de Copenhague.Kenyon Zimmer est professeur associé à l'université de Texas at Arlington. Il est l'auteur de Immigrants Against the State (University of Illinois Press, 2015).