Bifrost
Asante part en hurlant. L'enfer est une chambre de réverbération pleine de cris, d'eau de mer et de chocs métalliques. Des ombres monstrueuses passent sur les cloisons, de la lumière verte ondule et s'entrecroise sur la moindre surface. Telles des créatures qui surgissent d'un lagon brillant, les Sahilites émergent du puits central en ouvrant le feu : le milieu du corps de Rashida explose en une brume sombre, sa moitié supérieure tombe sur le pont. Kito est toujours en train de se traîner vers le fusil à harpon sur le séchoir... comme si un vieil outil de pêche pouvait repousser ces monstres avec leurs flingues, leur air comprimé et leurs petites cartouches qui s'enfoncent loin dans votre chair avant de vous montrer l'effet sur vos intestins de la libération de cinq cents atmosphères. Asante a moins que ça. Il n'a que ses poings... Peter Watts ZeroS
Apres avoir consacre notre derniere numero a Stephen King, maitre inconteste des litteratures de genre outre-Atlantique, la logique voulait que nous retournions dans l'Hexagone pour aborder une oeuvre qui, par bien des aspects, pourrait etre le pendant francais de celle de l'auteur americain. En effet, les paralleles sont nombreux entre Pierre Pelot et Stephen King (outre le fait qu'ils appartiennent a la meme generation). Les deux oeuvres sont enormes de qualite et de quantite. Chacune s'inscrit dans une geographie physique tres delimitee (le Maine pour King, les Vosges pour Pelot). Elles ont longtemps ete meprisees par la critique avant d'etre portees au nu. Toutes deux, enfin, melangent les genres, font fi des classifications, sans jamais pour auteur que leur auteur respectif ne renie le terreau populaire sur lequel elles s'epanouissent...Pierre Pelot est ne le 13 novembre 1945. Il est l'auteur d'environ deux-cents romans qui visitent tous les genres ou presque (science-fiction surtout, mais aussi polar, western, fantastique, prehistorique - Sous le vent du monde, avec Yves Coppens). Ses dernieres annees, la plupart de ses romans sont parus hors genre dans des collections et chez des editeurs generalistes. Au rang de ses reussites les plus manifestes, on citera La Foret muette, C'est ainsi que les hommes vivent, La Guerre olympique, Delirum Circus, Brouillards, L'Ete en pente douce (adapte au cinema par Gerard Krawczyk en 1987), Transit ou Natural Killer...
Du plus loin qu'il m'en souvienne, je me rendais dans la maison jaune pour le compte de ma mère. Chaque mercredi matin vers neuf heures, j'ouvrais cette bâtisse défraichie avec une clé du trousseau qu'elle m'avait confié. A l'intérieur, il y avait un vestibule et deux portes, dont l'une, enfoncée, donnait sur un escalier branlant. Je déverrouillais l'autre et j'entrais dans l'appartement obscur. Le corridor, au lustre toujours éteint, sentait l'humidité et la vieillesse. Jamais je n'ai effectué ne serait-ce que deux pas dans ce petit couloir où la moisissure se mêlait aux ombres et qui semblait disparaître un peu plus loin. Comme la porte de la chambre de Mrs. Miller se trouvait juste devant moi, je me contentais de me pencher et de frapper au battant...China MiévilleLes Détails
NOUVELLES INÉDITESPluies sombres, de Thierry DI ROLLOLa Petite déesse, de Ian McDONALDRUBRIQUES ET MAGAZINEObjectif Runes : les bouquins, critiques & dossiersLe coin des revues, par Thomas DayA la chandelle de maître Doc'Stolze : du mordbide américain et du mystique nippon, par Pierre StolzeParoles de Libraire : Omerveilles ouvre son coffre par Hervé Le RouxPetite conversation avec Sébastien Doubinsky, par Xavier MauméjeanAU TRAVERS DU PRISME : IAN McDONALDIan McDonald : le nouvel ordre mondial de la SF, par Thomas DayA la source du Fleuve des dieux, par Patrice LajoyeFuturoscopie : cartographie critique de l'oeuvre de Ian McDonaldBibliographie de Ian McDonald, par Alains SprauelSCIENTIFICTIONA quoi sert le boson de Higgs ? par Roland LehoucqINFODÉFONCE ET VRACANEWSParoles de Nornes : pour quelques news de plus, par Org
Sa progression était particulièrement ardue. Son cheval vacillait en tentant de franchir les rigoles, glissant sur des pentes instables, heurtant des arbres dont les branches lacéraient le visage et les mains de son cavalier. On n'y voyait rien devant soi et les éclairs étaient plus une gêne qu'un avantage. Reynolds avançait à travers un enfer de feu et de fureur, aveuglé, étourdi et frappé par l'assaut cataclysmique des éléments déchaînés. La nature avait cédé à la folie, manifestations saturnales dans laquelle toute notion de lieu et de temps était devenue indistincte. Une langue blanche, aveuglante, darda depuis les cieux noirs avec un craquement retentissant. Un chêne noueux vola en éclats. Le cheval se cabra en hennissant, trébucha parmi les rochers et les buissons. Une branche heurta la tête de Reynolds, qui bascula sur son arçon de selle, sonné, et ne resta assis que par pur instinct... Robert E. Howard Les Eaux en furie
La fête foraine était arrivée comme un vent d'octobre, comme le vol noir d'une chauve-souris sur le lac glacial, dans un concert nocturne d'os entrechoqués, de plaintes, de soupirs et de murmures tout le long des toiles de tentes battues par une pluie sombre. Elle devait rester un mois durant au bord du lac aux eaux grises et agitées, sous un ciel de plomb traversé d'orages de plus en plus violents. C'était la troisième semaine, un jeudi, au crépuscule, et les deux garçonnets longeaient les berges du lac dans le vent froid.« Allez, tu vas pas me faire croire ça, disait Peter.- Viens, je vais te montrer », dit Hank.Soulevant des plumets d'eau pulvérisée dans le sable brun du rivage fouetté par les vagues, ils coururent jusqu'au champ de foire.Il avait plu. La fête foraine sommeillait, déserte, auprès du lac clapotant, sans personne pour acheter des tickets aux guichets noirs écaillés ou espérer gagner les jambons salés aux roues gémissantes de la loterie. Pas le moindre phénomène sur les grands tréteaux. L'allée centrale n'était occupée que par le vent qui faisait claquer les tentes grises comme de gigantesques ailes préhistoriques.Ray BradburyLa Grande roue
La fille était une Barbie, cela ne faisait aucun doute : elle en avait la chevelure et la tenue chic - très élimée mais qui avait dû engloutir une grande partie de son maigre budget. Le garçon, de dos, ne montrait qu'un imperméable et un chapeau. Un Marlowe ? Un Maigret ? En tout cas une de ces ids bon marché populaires dans les sleumes et qui, au bout du compte, condamnaient à y rester. Depuis quand n'y avait-il pas eu de Maigret sur le décapodium national, sans parler du pentapodium continental ? Des dizaines d'années.Il faudrait un joueur exceptionnel pour changer cela, et un joueur exceptionnel ne choisirait pas une id à la popularité trop locale pour atteindre un jour le podium mondial.Le garçon et la fille s'embrassaient au beau milieu de la rue. Ils avaient l'âge où l'on peut se permettre cela en se moquant du regard des autres et des nanocams. Qu'ils en profitent...Michel PagelCosplay
Le jeune homme se hissa dans le sas membraneux, puis il s'en extirpa et constata qu'on avait posé, à quelques mètres du véhicule, une main courante qu'il rejoignit tant bien que mal. La pente apparente à quarante-cinq degrés n'offrait pas la moindre prise et il lui semblait effectuer des gestes lents comme dans un rêve, ou sous l'eau. Bien cramponné à la main courante, il se retourna pour embrasser le Sucre du regard.Sous ses pieds, le versant évoquait du verre luisant. Des ombres plus vastes que des villes jouaient dans ses tréfonds. Il savait que la Face formait un carré de dix mille kilomètres de côté et il espérait voir les détails des Bords et des Coins éloignés depuis ce poste d'observation ; mais dans sa vision, au-delà de quelques centaines de kilomètres, la surface se réduisait à un trait lumineux.Le jeune homme se dévissa le cou.Un navire de guerre spline passait dans le ciel, à moins de vingt kilomètres du Bord. La sphère de chair, présentant des rides de la taille de canyons et des pustules au fond desquelles scintillaient des emplacements de canon, disparut derrière l'arête du monde en roulant majestueusement sur elle-même.Stephen BaxterDiagrammes du vide
NOUVELLES INÉDITESCabinessence ou la vie de Brian, de Jacques BARBÉRIWinnie l'ourson ne se pique pas, Stéphanie BENSONLe Manteau noir, de Daniel WALTHERLive At Budokan, de Alastair REYNOLDSIn the court of the Lizard King, de Jacques BARBÉRI (*)RUBRIQUES ET MAGAZINESObjectif Runes : les bouquins, critiques & dossiersLe coin des revues, par Thomas DayA la chandelle de maître Doc'Stolze : roulez jeunesse ! par Pierre Stolze Paroles de Libraire : imagine Imaginaute, par Hervé Le RouxUNIVERS CROISÉS : ROCK ET SCIENCE-FICTIONFreak of nature ou... libres variations sur le thème de jeux interdits à la guitare (électrique), par Eric HolsteinGravé sur Rock : un guide de lecture de la SF électrique et lysergiqueScience-fiction, drogue et rock and roll, par Norman SpinradLa SF est-elle soluble dans le rock ? par Jean-Marc LignyLes croisements de la SF, avec le rock psychédélique et sa descendance, par Philippe ThieyreVous avez dit... progressif ? par Richard ComballotRock & Write : interviews de David Calvo, Fabrice Colin, Thomas Day, Thierry Di Rollo, Jean-Marc Ligny, Michel Pagel, Francis Valéry (*)Rencontre avec Pink Floyd (*)Rencontre avec Genesis (*)100 albums rock et SF à écouter avant la fin du monde, par Richard ComballotSCIENTIFICTIONPrometheus : le massacre d'Alien ? par Roland Lehoucq & J. Sébastien SteyerINFODÉFONCE ET VRACANEWSParoles de Nornes : pour quelques news de plus, par OrgIn Memoriam : Boris Strougatski, par Viktoriya et Patrice LajoyeDans les poches, par Pierre-Paul Durastanti(*) Nouvelle et articles exclusifs à la version numérique aux formats ePub et Kindle, consultables également gratuitement sur le blog Bifrost.La cabine de bain était une navette spatiale, le ventre d'une géante. Il s'allongea. L'épais tapis de sol était moelleux comme un placenta. Il n'avait pas quitté cette cabine depuis deux jours... trois ? Il ne savait plus et ça n'avait guère d'importance. Bon, il n'avait plus de coke et l'héro touchait à sa fin, mais il lui restait encore un peu d'herbe et il venait de trouver un acide au fond de sa poche. Il le posa sur sa langue et éprouva une sensation bizarre. Comme s'il suçait une étoile. Il était en apesanteur. La cabine flottait dans l'espace.Il eut soudain un haut le coeur.La cabine s'était mise à tanguer.Brian mit une main devant sa bouche. Il était à deux doigts de vomir et se dit que l'espace était constitué de vide et d'étoiles. Il n'y avait pas de vagues. Pas de tempête. Il tomba à genoux. Son ventre rugissait. Bordel, Phil Spector, toujours planqué derrière son putain de mur du son, s'était débrouillé pour lui refiler un acide empoisonné !Jacques BarbériCabinessence ou la vie de Brian