Bibliothèque du Collège international
Le « dualisme cartésien », aujourd'hui combattu par le matérialisme des sciences cognitives, est devenu un mythe de la pensée moderne. On ne saurait pourtant comprendre la distinction que Descartes établit entre l'âme et le corps sans avoir examiné l'état de sa pensée sur leur union, et en particulier sa dernière oeuvre, le Traité des passions de l'âme. L'analyse minutieuse de ce texte difficile que Denis Kambouchner, professeur de philosophie à l'université de Clermont-Ferrand, a menée ne comble pas seulement une lacune de la tradition critique. En faisant surgir du Traité des paysages thématiques ignorés, elle rend au dualisme cartésien toute sa subtilité. La distinction de l'âme et du corps n'est pas un acte de fermeture dogmatique : elle s'inscrit dans le projet d'une réforme de l'entendement à partir de laquelle peuvent se déployer toute une science de l'homme et toute une éthique, dont les passions fournissent l'ultime articulation. Inversant la perspective habituelle sur l'oeuvre de Descartes, l'ouvrage de Denis Kambouchner rend à la pensée du « cavalier français » sa complexité et sa force intactes. En même temps qu'il témoigne du dynamisme des études cartésiennes, il est exemplaire d'une manière nouvelle d'aborder les textes classiques.
Le « dualisme cartésien », aujourd'hui combattu par le matérialisme des sciences cognitives, est devenu un mythe de la pensée moderne. On ne saurait pourtant comprendre la distinction que Descartes établit entre l'âme et le corps sans avoir examiné l'état de sa pensée sur leur union, et en particulier sa dernière oeuvre, le Traité des passions de l'âme. L'analyse minutieuse de ce texte difficile que Denis Kambouchner, professeur de philosophie à l'université de Clermont-Ferrand, a menée ne comble pas seulement une lacune de la tradition critique. En faisant surgir du Traité des paysages thématiques ignorés, elle rend au dualisme cartésien toute sa subtilité. La distinction de l'âme et du corps n'est pas un acte de fermeture dogmatique : elle s'inscrit dans le projet d'une réforme de l'entendement à partir de laquelle peuvent se déployer toute une science de l'homme et toute une éthique, dont les passions fournissent l'ultime articulation. Inversant la perspective habituelle sur l'oeuvre de Descartes, l'ouvrage de Denis Kambouchner rend à la pensée du « cavalier français » sa complexité et sa force intactes. En même temps qu'il témoigne du dynamisme des études cartésiennes, il est exemplaire d'une manière nouvelle d'aborder les textes classiques.
Ce livre a pour origine le désir d'unifier une double expérience, littéraire et philosophique, en une synthèse révélatrice de leurs enjeux actuels. Eric Clemens, qui enseigne la philosophie à Bruxelles et collabore depuis sa fondation à la revue littéraire TXT, montre à la fois comment, dans l'épreuve du langage, s'engendrent les fictions et comment la fiction, dans son mouvement d'apparaître, constitue notre rapport au monde. Après avoir dégagé les traits constitutifs d'une langue qui ouvre aux phénomènes, l'auteur tente de dépasser la conception subjective de la fiction et les différentes théories de l'imagination. Il esquisse alors une phénoménologie de la fiction où le sujet, entre la représentation et l'irreprésentable du réel, cherche à donner figure, rythme et narration au monde de la vie. Alors que les liens entre littérature et philosophie font l'objet d'une attention de plus en plus soutenue de la part des philosophes (Deleuze, Derrida, Ricoeur...), Eric Clemens apporte une contribution importante à la compréhension de l'expérience littéraire.
Un regain de la philosophie est-il en train de se produire ? Loin de s'éteindre sous la poussée des sciences humaines, la recherche est plus vivante et diverse que jamais ; la « mort de Dieu » et celle de la métaphysique n'ont point précipité la philosophie au tombeau ; les philosophes, pourtant de nature inquiète et portés à la mauvaise conscience, ont cessé de déserter. Retrouvant la rigueur spécifique de leur discours, ils s'attachent de nouveau à la défendre et à l'illustrer ; et même des scientifiques éminents, brisant une tradition de mépris, se tournent vers la réflexion philosophique. Toutes proportions gardées, on ne revient à la philosophie, comme à la démocratie, qu'à la mesure de la banqueroute des idéologies totalisantes et des systèmes prétendument salvateurs. Et si l'on s'enquiert des semences d'une nouvelle sagesse, c'est que s'étendent à l'horizon planétaire les dévastations culturelles et morales produites par d'incroyables régressions mentales ; fanatismes religieux, abrutissements télé-vidéo-médiatiques, intoxications activistes. L'enjeu philosophique n'est pas un lieu privilégié soustrait à l'intérêt de la communauté humaine tout entière : c'est bien le sort des hommes et l'inscription de quelque chose comme un sens dans le tumulte d'une histoire marquée par le destin de puissance de la rationalité.
Traquant ce qui traverse les cultures, Louis Marin chemine à la recherche d'une trace perdue dans la ville et dans les livres, sur l'asphalte et sur le papier, écho d'une symphonie des sens toujours à déchiffrer. Lectures traversières s'ordonne selon la flânerie de l'auteur parmi les signes observés rue Traversière à Paris. De l'illustration à la ponctuation, le monde des pages est scruté avec érudition et tendresse. Toute lecture n'est-elle pas un voyage vers l'utopie d'une compréhension pleine, une logique à la recherche d'un dire sans mystère ? Avec Perrault, Pascal, Corneille, Descartes, La Fontaine, Rousseau et Balzac, mais aussi Ovide, Augustin, More et Paul Klee, l'auteur articule les grands créateurs de la tradition française et européenne le long d'un fil subtil et spirituel. Philosophe, sémiologue et historien des représentations de l'âge moderne, directeur d'étude à l'E.H.E.S.S., Louis Marin s'est attaché dans une quinzaine d'ouvrages à la critique des signes des discours culturels depuis le XVIe siècle. Ses essais de philosophie et d'esthétique, dont La Critique du discours, Le récit est un piège, Portrait du roi, Études sémiologiques, écritures, peintures, témoignent d'une recherche parmi les plus originales de notre temps.
Ce livre, fruit d'un colloque international, rend justice à l'un des meilleurs philosophes de sa génération, Gilbert Simondon (1924-1989). Professeur à la Sorbonne, fondateur du Laboratoire de psychologie générale et de technologie, il est demeuré méconnu malgré le grand retentissement d'un livre qui fit date : Du mode d'existence des objets techniques (1958) et la publication partielle de sa thèse, L'Individu et sa genèse physico-biologique, en 1964 aux Presses Universitaires de France. Bon connaisseur des sciences physiques et biologiques, lui-même technicien, Gilbert Simondon a toujours refusé le conflit entre technique et culture ; il a tenté de penser ensemble le biologique, le psychologique et le technologique. Cet ouvrage, auquel ont contribué entre autres Gilbert Hottois, François Laruelle, Jean-François Marquet et René Thom, s'emploie à rendre compte de la richesse d'une réflexion et d'un système de pensée "nécessaires pour notre temps" selon les termes d'Hubert Curien.
La question du langage est l'un des enjeux essentiels de la philosophie aujourd'hui dans les débats qui agitent les relations entre le Vieux Continent et les États-Unis. Face à ce qu'il est convenu d'appeler la transformation pragmatique de la philosophie, c'est-à-dire la réduction de tout discours à ses effets de langage sur les partenaires sociaux, Jacques Poulain oppose une réhabilitation de la philosophie du jugement. Spécialiste des écoles de pensée anglo-saxonnes, américaines mais aussi allemandes, il montre les dangers d'aveuglement contenus dans l'abandon de toute logique philosophique. Affrontant le diagnostic porté par Wittgenstein sur la philosophie, il remet le jugement de critique philosophique au travail en le préservant des rêves scientistes ainsi que de toute rechute dans le pseudo-savoir des règles de langage. Dans cette polémique suscitée par l'essor croissant de la philosophie du langage et de la logique mathématique, ce livre est l'un des rares en France à entreprendre une discussion de fond avec la philosophie anglo-saxonne.
Médecin, philosophe, successeur de Gaston Bachelard à la tête de l'Institut d'histoire des sciences et techniques de l'université de Paris, Georges Canguilhem est l'un des fondateurs de la tradition épistémologique française. Penseur à la postérité déjà nombreuse, il a tiré de ses études médicales la matière d'une interrogation profonde sur les sciences du vivant qui s'avère d'une extraordinaire actualité. Ce livre, fruit d'un colloque international, s'emploie pour la première fois à déployer dans toutes ses dimensions, scientifique, philosophique, éthique et politique, la complexité de l'oeuvre de Canguilhem.