Beauchesne
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Dans l'Église du Moyen Âge central, l'inspiration charismatique n'est pas antinomique de la bureaucratisation : elle en est la condition nécessaire. Après un volume consacré à la question spécifique de la caritas, c'est ce que montre cette étude des mobilisations ecclésiologiques de la référence à l'Esprit. Loin d'oublier l'Esprit dans la routine d'une bureaucratie sans âme, les agents de l'institution de l'appareil ecclésial sont les premiers à y faire référence pour opérer, à partir du milieu du xie siècle, une centralisation pontificale des différentes tendances réformatrices. La monopolisation pontificale de la référence légitime à l'Esprit permet à la fois d'affirmer l'autonomie - la théonomie - de l'appareil ecclésial et d'en suspendre les règles ordinaires. L'appropriation de ce discours ecclésiologique par les chroniqueurs et réformateurs du xiie siècle va conduire à une nouvelle perception de l'histoire, fondée sur l'idée d'un progrès inspiré et mené par des hommes spirituels. Moines charismatiques et administrateurs peuvent ainsi s'associer autour du fragile malentendu d'une institution spirituelle. Lorsque celui-ci se délite, les discours prophétiques en font l'aune à laquelle juger le présent ou un projet d'avenir. Au cours des xiiie et xive siècles, ce modèle d'une bureaucratie charismatique se dissocie en conceptions antagonistes de la référence à l'Esprit : un usage intégré dans les rouages de l'administration, qui n'apparaît explicitement que dans les périodes de crise, et une référence de plus en plus eschatologique visant à condamner tous ceux qui persécutent les « spirituels ». Agrégé et docteur en histoire, Alexis Fontbonne est actuellement titulaire d'une bourse post-doctorale Marie Curie (MSCA) à l'université de Namur. Ses recherches portent sur l'économie symbolique ecclésiale durant le Moyen Âge central.
Au début de l'époque moderne, le « platonisme des Pères » a fait l'objet, dans la culture européenne, d'un débat intellectuel long et intense. Enrico Peroli s'attache ici à proposer une reconstruction historique de ce débat crucial. Il montre l'importance de la tradition platonicienne dans l'élaboration et le développement de certains motifs centraux de la réflexion chrétienne. L'anthropologie et la théologie spirituelle, la conception du fondement divin de la réalité et la doctrine trinitaire, l'idée de personne et la notion de liberté sont les thèmes abordés dans ce livre, afin de retracer le dialogue que la théologie chrétienne des premiers siècles a conduit avec la tradition platonicienne, par une dialectique de réception et de transformation de la philosophie grecque. Cette dialectique a représenté l'un des processus culturels les plus importants de l'histoire spirituelle de l'Occident.
L'écriture a bouleversé le monde. Elle a transformé les modes de pensée, modifié les formes culturelles, fait naître des expressions esthétiques. Cet ouvrage examine les conséquences du passage à l'écrit en explorant Homère, Ésope, la Bible et bien d'autres. L'écriture a bouleversé le monde. Elle a transformé les modes de pensée et de communication et aidé à donner jour à de nouvelles formes artistiques. Cette étude décisive examine les conséquences du lent passage de l'expression orale à la culture écrite. De l'Antiquité au xixe siècle, des épopées homériques à La Boétie, en passant, entre autres, par les fables d'Ésope, la Bible, Chrétien de Troyes ou Marie de France, les auteurs montrent comment culture orale et culture écrite sont complémentaires plutôt qu'exclusives et combien la mise par écrit a souvent été l'occasion d'altérations et de manipulations. Ils s'intéressent au rôle de l'écrit dans l'émergence de nouvelles formes littéraires et musicales, par exemple lors de la naissance du roman en Occident ou lors de l'apparition de la notation musicale dans le contexte de la réforme liturgique carolingienne. Ils prolongent leur réflexion par une étude inclusive des effets esthétiques et culturels de la matérialité du support et s'intéressent aux transformations induites par le passage du manuscrit à l'imprimé, aux rapports complexes et délicats entre un texte et son auteur et à l'usage qui a pu être fait du support écrit pour développer des pratiques destinées à apprendre à lire et à écrire aux aveugles.
Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.
Lorsqu'un événement survient dans le quotidien de l'histoire, il vient toujours bousculer l'ordre des choses. Pendant un temps, le monde semble vaciller. La société fait face à une possible rupture puis finit par trouver un nouvel équilibre. Confronté à l'événement, les historiens, sociologues et anthropologues tentent d'en percer les secrets. Ils fouillent dans son passé pour découvrir les raisons de son surgissement ou analysent les conséquences du bouleversement qu'il a généré. Mais l'événement lui-même, qu'est-il ? Comment est-il produit et comment se déroule-t-il ? Comment la société se recompose-t-elle après une rupture ? Comment l'événement est-il vécu, appréhendé, interprété par celles et ceux qui l'éprouvent ? Comment les acteurs, dans l'immédiateté angoissante du désordre que semble produire l'événement, élaborent-ils des alliances et des compromis pour réélaborer un nouvel ordre social ? C'est entre autres à ces questions que ce livre entend donner des réponses, en proposant de nouveaux outils conceptuels issus de la philosophie, de la sociologie et de l'anthropologie politique. Analysant les événements sous le prisme du politique et du religieux, les auteur-e-s appliquent leurs réflexions théoriques à des cas concrets. Entre crises sociales, rassemblements religieux, cérémonies mobilisatrices ou incidents politico-religieux, l'événement est au centre de l'analyse, à la fois prévisible et imprévisible, mais toujours aussi difficile à saisir dans son immédiateté.