Publications de l'École française de Rome
Entre 1400 et 1527, l’Italie n’est pas seulement le berceau de la Renaissance : c’est un carrefour politique où s’affrontent et se mêlent les influences européennes.
Partout dans Rome, les monuments sont couverts d'inscriptions, antiques ou modernes, qui ne rapportent pas uniquement le nom de leur constructeur, mais célèbrent leur restauration. Les empereurs romains, les dirigeants de la Commune au xiie siècle, les papes de la Renaissance ou encore Mussolini au xxe siècle se sont souvent présentés comme les protecteurs d'un patrimoine ancien et ont fait de la restauration urbaine l'un des fondements de leur légitimité, quand bien même ils modernisaient la ville. En effet, toute l'histoire de l'urbanisme romain peut être interrogée sous l'angle du lien qui unit reconstruction matérielle de la ville, identité romaine et restauration d'un ordre politique. Cet ouvrage collectif réunit ainsi seize contributions d'historien·ne·s, archéologues, spécialistes de la littérature latine et historien·ne·s de l'art, qui mettent en lumière l'impératif politique de la restauration à différentes époques et différentes échelles, du monument ou du quartier à l'espace urbain dans son ensemble. De l'Antiquité aux premières années du xxie siècle, les notions de restauration ou de reconstruction ont été à la fois un moteur de l'urbanisme romain, un programme politique des pouvoirs publics et un idéal partagé ou contesté par les différents acteurs de la ville.
Depuis plusieurs décennies, le rapport à la mort et aux morts connaît une véritable mutation dans la société occidentale. Transformations des rites funéraires, notamment sous l'effet de la déchristianisation de l'Occident, diffusion d'un pluralisme religieux, pratiques individuelles en sont les traits les plus marquants. Mais c'est davantage l'acte de mourir, voire la définition même de la mort, qui semblent aujourd'hui changer radicalement. Cette mutation, profonde, n'est pourtant pas un fait nouveau. Elle n'est que le prolongement d'une autre transformation, plus ancienne, qui a touché l'ensemble du monde occidental dès le XVIIIe siècle, où l'on a commencé à déplacer et éloigner les sépultures à la périphérie des villes. La « transition » - si ce n'est la rupture - qui s'est alors produite en seulement quelques générations est venue bouleverser un régime funéraire qui s'était imposé depuis la fin de l'Antiquité, articulant des espaces destinés aux morts aux lieux sacrés, et faisant cohabiter les vivants et les défunts. Cet ouvrage vient analyser la manière dont s'est mis en place cet effacement progressif à travers les siècles, en tentant de dresser une histoire longue des rapports entre les vivants et les morts.
Cet ouvrage confronte le concept wébérien de charisme aux pratiques politiques antiques. À quelles conditions peut-on parler du charisme de l'oligarque, du roi, du général, du consul, de l'empereur ? Quelles étaient, dans l'Antiquité grecque et romaine, les modalités concrètes de construction et de mise en scène du pouvoir charismatique ? Les contributions reviennent sur les réflexions de Weber en les mettant à l'épreuve d'études de cas contextualisées, s'inscrivant dans le temps court des crises ou sur la longue durée. En se gardant de (re)lire toute la vie politique antique au prisme du charisme, il s'agit de souligner l'utilité de ce concept pour saisir certains pouvoirs personnels et, en retour, d'évaluer l'intérêt de ces cas concrets pour ajuster le concept wébérien. L'ouvrage insiste ainsi sur l'importance de la rhétorique des émotions ou de la communauté émotionnelle, tout en soulignant la coexistence d'éléments charismatiques, légaux-rationnels et bureaucratiques. Il tente également de comprendre comment un pouvoir originairement révolutionnaire pouvait se « quotidienniser » sans pour autant disparaître.
Parmi les livres qui ont permis aux sociétés modernes et contemporaines d'élaborer une nouvelle compréhension du monde terrestre à la suite des entreprises de découverte et de conquête engagées par les puissances européennes, les atlas géographiques, dès leur apparition en Europe à la fin du XVIe siècle, ont occupé une place déterminante. À la fois espaces d'expérimentation graphique et produits de synthèses intellectuelles, mais aussi objets de prestige et de pouvoir, ils offraient à leurs utilisateurs l'image et le récit d'une maîtrise réelle et symbolique possible de l'espace. Le présent ouvrage a pour ambition d'étudier les atlas géographiques dans l'histoire de leurs productions, de leurs transformations, de leurs circulations, ainsi que de leurs effets sociaux et politiques. Il propose également d'envisager l'atlas, de manière générale, comme une forme éditoriale spécifique qui organise les conditions visuelles du savoir sur le monde. Les atlas géographiques sont, d'une part, étudiés dans leur fonction politique, c'est-à-dire dans le rôle qu'ils ont pu jouer dans l'exercice du pouvoir, dans la fabrication des territoires et dans le développement des imaginaires politiques. Ils sont, d'autre part, considérés dans leur portée cognitive, c'est-à-dire comme des dispositifs graphiques de construction, d'organisation, de conservation et de transport des connaissances géographiques. Ils sont, enfin, reconnus comme des objets matériels, qui relèvent de pratiques graphiques et éditoriales spécifiques et de métiers particuliers (le dessin, la gravure, l'imprimerie, la librairie).
Loin de se cantonner aux portraits des princes et des rois, des hommes de guerre ou des lettrés et artistes laïcs, la représentation en série des hommes illustres aux XIVe-XVIIe siècles pénètre aussi au coeur de l'institution ecclésiale : d'une part, les catalogues d'hommes illustres englobent des papes, évêques, frères et autres clercs ; d'autre part, l'Église romaine ou certains groupes en son sein - comme les ordres religieux - puis les différentes Églises réformées captent à leur profit les potentialités de cette nouvelle forme d'écriture biographique et historique, déployée dans toutes les déclinaisons de la rhétorique eulogique. En s'interrogeant sur les renouvellements de la biographie religieuse entre Renaissance et réformes, ce livre entend ouvrir deux pistes d'analyse, trop souvent oubliées dans l'historiographie : l'une relative à l'évolution des formes de représentation des mondes ecclésiaux et de leur histoire ; l'autre attentive à la promotion des nouvelles pratiques culturelles humanistes au service de la construction et de la promotion des identités religieuses, notamment sur fond de conflits entre l'Église romaine et les nouvelles Églises issues des réformes protestantes.
Ce volume propose un bilan et une prospective sur l'histoire des relations qu'entretiennent, du XVIe au XIXe siècle, l'Inquisition romaine et la France. Si l'ouverture de l'Archivio della Congregazione per la Dottrina della Fede (1998) a permis des progrès considérables, tant de l'histoire de l'Inquisition elle-même que de l'histoire intellectuelle du monde catholique, l'historiographie s'est jusqu'à présent surtout focalisée sur les territoires où le Saint-Office exerçait une pleine juridiction, et donc peu sur la France. Il s'agit dans cet ouvrage de réévaluer le rôle de la Congrégation dans la vie du catholicisme français, et inversement la place de la France dans l'histoire de la plus puissante des administrations pontificales. Quels furent les acteurs de la mise en place et du maintien de ces rapports ? Quels étaient leurs différents terrains d'intervention ? Suivant quelles modalités cette autorité sans juridiction s'est-elle construite ? Toutes ces questions sont abordées dans un temps long, pensé par Paolo Prodi comme une « époque de l'histoire de l'Église », caractérisée par la permanence d'un paradigme fonctionnel. Cette enquête place donc l'époque moderne au centre de son questionnement, mais entend aussi interroger la genèse et le devenir des logiques modernes, en essayant de penser les ruptures et continuités liées à ce même paradigme.
Au milieu du XIVe siècle, la commune de Florence, qui ne contrôlait jusqu'alors qu'un petit territoire au-delà des murs de la cité, le contado, réussit à assujettir les six principaux centres urbains voisins : Colle Valdelsa, San Gimignano, Prato, Pistoia, Volterra et San Miniato. Pour mener à bien cet assujettissement, le pouvoir florentin ne pouvait cependant se contenter d'une pure et simple conquête militaire : l'issue en aurait été non seulement incertaine mais surtout très difficile à consolider dans le temps. Car même s'ils n'avaient pas atteint l'importance démographique des grandes cités de la région, les centres convoités étaient parvenus à maintenir leur autonomie depuis plus d'un siècle. Ils avaient par conséquent développé une identité politique et culturelle propre, en vertu de laquelle ils auraient pu, une fois conquis, refuser la soumission et constituer partant des foyers permanents de révolte. D'où la nécessité pour les Florentins d'élaborer des instruments en mesure de légitimer leur domination et d'en assurer ainsi la pérennité. Quels furent les mécanismes explicites et implicites de cette entreprise de légitimation ? À partir d'une étude approfondie des actes juridiques qui formalisèrent la soumission et du discours produit sur celle-ci par les chroniques contemporaines, cet ouvrage en analyse les ressorts politiques et culturels. Il permet ainsi de comprendre comment et pourquoi cet assujettissement fut paradoxalement pensé comme la condition nécessaire au maintien de la libertas.
wostwos (Eustathe sous forme francisée) fut à l'origine de la fondation de plusieurs monastères dans le premier tiers du xive siècle au nord du royaume chrétien d'Éthiopie. Outre le plaidoyer pour l'indépendance des moines à l'égard des laïcs, wostwos prônait la stricte observance des deux sabbats, samedi et dimanche, une doctrine jugée hérétique par le souverain et le métropolite égyptien, qui dirigeait l'Église éthiopienne. Les disciples d'wostwos, les eustathéens, furent mis alors au ban de la société chrétienne dès la seconde moitié du XIVe siècle. Malgré les persécutions, les eustathéens multiplièrent les fondations au nord du royaume, contribuant à la diffusion de leurs idées et fragilisant l'unité de l'Église éthiopienne. Au milieu du XVe siècle, à la faveur du succès rencontré par le respect des deux sabbats, les eustathéens parvinrent à faire triompher leurs positions auprès du roi Zara Yeqob, et devinrent dès lors les précieux alliés du pouvoir royal. Comment expliquer la trajectoire étonnante du mouvement fondé par wostwos? Cet ouvrage cherche à la fois à comprendre l'expansion paradoxale des premières communautés eustathéennes et les significations de l'hétérodoxie dans la société de l'Éthiopie médiévale. En s'appuyant sur l'analyse des récits des origines et des archives croisée à des enquêtes de terrain, cette enquête démontre que les eustathéens ont su mobiliser de multiples stratégies pour s'implanter au nord du royaume. Ce livre s'attache à montrer comment ces moines ont fait de l'écrit un puissant instrument d'affirmation et de défense face aux différents pouvoirs.
Les ordres mendiants (Franciscains, Dominicains mais aussi Ermites de saint Augustin ou Carmes) ont joué un rôle majeur dans la production du savoir à la fin du Moyen Âge. Auteurs de nombreux ouvrages dans tous les domaines de la culture, ils ont aussi largement contribué à la diffusion des manuscrits et des idées ainsi qu'à l'approfondissement des disciplines, grâce aux lieux d'enseignement et de débat abrités dans les couvents. Or, si ces ordres ont été largement étudiés pour leurs apports en théologie, leur place dans le développement des savoirs dits profanes, c'est-à-dire non liés à leur vocation religieuse, a été moins souvent abordée. Tout autant producteurs que passeurs de savoirs, les Mendiants ont contribué de manière décisive à la redéfinition et à l'essor des disciplines enseignées dans les universités ou pratiquées dans les cours. En se concentrant sur l'Italie, laboratoire intellectuel et culturel de la fin du Moyen Âge et du début de la Renaissance, ce volume cherche à comprendre leur importance dans plusieurs domaines essentiels de la culture des débuts de la Modernité, notamment les arts libéraux, les sciences de la nature, la littérature, la rhétorique ou encore la géographie.
Ce livre est issu d'une série de trois colloques à l'École française de Rome qui entendait non pas revenir sur les représentations de la justice, mais s'interroger sur l'usage anthropologique des images juridiques, en partant du fondement antique jusqu'à la période récente où celui-ci est largement relu, commenté et exploité : que signifie avoir droit à l'image ? Comment les enjeux religieux fondent-ils une partie du droit des images depuis l'Antiquité jusqu'à la période moderne ? Quelle place ont les images non seulement dans la production juridique de l'époque moderne et contemporaine, mais également dans l'économie du texte juridique ? Les débats théologiques sur la licéité des images, qui occupent une place historique majeure dans cette réflexion, donnent-ils naissance à une jurisprudence particulière sur les usages ? Cet ouvrage a ainsi pour double vocation de faire dialoguer des spécialistes européens, principalement français, allemands et anglo-saxons issus de plusieurs disciplines, en associant les sciences humaines et les sciences juridiques, et de permettre une réflexion diachronique sur ledroit des images, des images qui créent du droit, des images objets du droit ou encore des fictions juridiques qu'elles soient anciennes ou actuelles. Il permet d'esquisser les contours d'un droit des images et d'un droit aux images qui demeurent encore aujourd'hui l'objet de luttes et de conflits.
En 1987, paraissaient dans la Collection de l'EFR les actes d'un colloque fondateur : L'Urbs,espace urbain et histoire. Parce qu'il mit en dialogue les potentialités offertes par les progrès de la topographie historique de la ville de Rome et l'histoire urbaine de celle-ci, ce livre bouleversa nos connaissances. L'année suivante, disparaissait un éminent représentant de la topographie historique : Ferdinando Castagnoli. S'il ne put participer au colloque de 1985, F. Castagnoli avait été l'un des acteurs majeurs des renouvellements qui avaient conduit à son organisation. À trente ans d'écart, le présent livre, lui-même le fruit d'un colloque tenu à Rome en 2018, analyse l'héritage laissé par chacun, mesure le chemin parcouru et ouvre de nouvelles voies à la recherche en archéologie et en histoire urbaine sur la ville éternelle.
Pourquoi arrive-t-il que, dans les inscriptions latines d'époque républicaine, le mot populus soit employé pour désigner l'Aerarium ? C'est de cette question qu'est né ce livre consacré au Trésor Public romain entre le Ve siècle av. n. è. et l'époque césarienne. L'enquête porte, d'une part, sur les rouages d'un service administratif indispensable au fonctionnement de la première puissance méditerranéenne. Les relations de la cité romaine avec les publicains, les mouvements de fonds publics, les procédures institutionnelles relatives à la prise de décision financière et à sa mise en oeuvre, les activités concrètes des questeurs urbains et de leurs appariteurs montrent la singularité d'une administration républicaine dont l'historiographie a souvent eu tendance à minorer l'importance. D'autre part, l'étude conduit à s'interroger sur le rôle, qu'au cours des siècles, l'idée de dépense publique légitime a joué dans la progressive structuration de la res publica, l'élaboration de la notion de biens communs et la définition de la place que le peuple devait occuper dans la cité.
À la croisée de l'histoire urbaine, de l'histoire de la colonisation et de l'histoire économique et sociale, cet ouvrage étudie la croissance de la ville de Tripoli en Libye pendant la colonisation italienne de 1911 à 1943. Fondé sur l'exploitation d'une importante masse archivistique et documentaire en grande partie inédite et conservée en Libye, il se propose d'analyser les facteurs économiques et politiques de cette évolution et d'en observer les effets sociaux et politiques. La transformation de Tripoli est en effet concomitante de son poids démographique croissant, faisant de la répartition de la population en fonction des catégories sociales et ethniques un des enjeux centraux du pouvoir colonial. À travers le cas de Tripoli, il s'agit ainsi de procéder à une analyse fine des modes de domination coloniale italiens et de contribuer à une nouvelle histoire de l'État italien par le biais de son outre-mer.
Aux XVIe et XVIIe siècles, l'île de Malte, propriété de l'Espagne et confiée en 1530 à l'ordre militaro-religieux des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, devient un lieu privilégié d'affrontements entre les rives chrétienne et musulmane de la Méditerranée. Après des épisodes militaires marquants (la razzia de 1551 et surtout le « Grand Siège » de 1565) ainsi que des fortifications intensives (notamment la construction de La Valette, cité utopique réputée imprenable), l'île incarne à la fin du XVIe siècle la frontière par excellence de la chrétienté face à l'Islam. Au siècle suivant, son épanouissement en tant qu'île-frontière est symbolisé par l'essor de la guerre de course, qui maintient l'affrontement avec les « Infidèles » tout en favorisant l'émergence, puis le développement de contacts commerciaux avec la rive ennemie pour l'écoulement des butins et des esclaves. Le développement multiforme des contacts humains et marchands est alors en permanence contrôlé et régulé par les autorités politiques et religieuses (l'Ordre, le Saint-Office, le clergé insulaire), soucieuses de maintenir intact le sentiment d'un contraste entre les civilisations que semblent effacer les associations commerciales qui transcendent les appartenances nationales ou confessionnelles. Ce singulier équilibre entre ouverture économique et clôture religieuse et mentale contribue alors à façonner une société originale, qui apparaît porteuse de la dualité inhérente aux frontières, c'est-à-dire à la fois ouverte, cosmopolite, et profondément hostile à toute différence religieuse.
L'histoire des circulations en Méditerranée ancienne s'est longtemps restreinte à celles des hommes et dans le cadre des milieux anthropisés, au détriment des circulations des animaux. L'essor des études animales amène désormais à les intégrer pleinement à cette histoire qui s'insère aussi dans celle des environnements et des sociétés qui les habitent.Au cours du Ier millénaire av. J.-C., des espèces ont régressé sous la pression humaine (lions, éléphants), voire disparu ; d'autres sont arrivées de mondes lointains, comme le paon ou le zébu, parfois introduites par les hommes indépendamment de leur volonté. Les déplacements de troupeaux ont fondé les élevages. Des espèces sauvages ont migré spontanément, comme les criquets. Les animaux se révèlent ainsi sujets autant qu'objets de l'histoire des faunes méditerranéennes.C'est cette variété de circulations animales et la façon dont elles reconfigurent la répartition géographique des espèces dans l'espace méditerranéen que cet ouvrage vient étudier, en proposant la première zoogéographie historique de la Méditerranée ancienne. En mêlant archéologie, archéozoologie, histoire, iconographie et philologie, l'étude des faunes, des bestiaires et des différentes formes de circulations permet d'interroger les phénomènes d'expansion ou de régression des espèces et l'impact de l'action humaine sur ces mutations.
Dès le IXe siècle av. J.-C. sont déposés dans les tombes de la région de Naples des objets importés, notamment à Pontecagnano et Capoue. Amphores de transport, vases à boire ou à parfums et ornements originaires de Grèce, du Levant, de Carthage, d'Italie adriatique ou d'Étrurie deviennent plus nombreux et diversifiés encore avec la fondation par des Grecs d'Eubée de Pithécusses puis de Cumes au milieu du VIIIe siècle av. J.-C. Comment expliquer leur présence et comment ces objets découverts en contexte funéraire peuvent-ils servir une enquête sur les échanges des vivants ? À partir d'un inventaire des objets importés et de la production de nombreuses cartes inédites, cet ouvrage entend non seulement réaliser une ethnographie économique de la distribution des objets allogènes dans les tombes, mais aussi proposer une histoire comparée des échanges des micro-régions campaniennes. Cette étude à plusieurs échelles montre les possibilités d'une histoire économique régionale à partir de sources archéologiques. Par l'étude conjointe des sociétés grecques, étrusque et osques, la Campanie se révèle ainsi un laboratoire exceptionnel pour retracer les échanges des sociétés méditerranéennes archaïques.
Au milieu du XIXe siècle, l'unification de l'Italie autour du royaume de Piémont-Sardaigne conduit à la disparition des États pontificaux. Cet événement a des répercussions dans toute l'Europe, et notamment en France. Le soutien apporté par Napoléon III à la cause italienne pousse en effet les catholiques, inquiets du sort du pape, à se détacher du régime impérial. Cet ouvrage met en lumière la mobilisation massive des catholiques français en faveur de la papauté au cours des années 1860 et montre comment le Saint-Siège a cherché à en tirer profit pour faire face aux difficultés causées par l'effondrement de son pouvoir temporel. À ce titre, une attention particulière est accordée aux aspects militaires (engagement au sein des zouaves pontificaux) et financiers (dons au denier de Saint-Pierre) du mouvement. L'ampleur de ce soutien et la diversité des formes qu'il prend montrent que, à rebours de certaines idées reçues, le XIXe siècle constitue pour la papauté et l'Église bien moins une période de déclin qu'un moment d'élaboration de nouveaux moyens d'action destinés à perpétuer leur influence.
Les fils de Pompée, Cnaeus et Sextus, sont deux acteurs majeurs des guerres civiles de la fin de la République romaine. Cette thèse propose de reconsidérer leur parcours politique et militaire durant les années 46 à 35 av. J.-C, en soulevant deux questions complémentaires : de quelle façon construisirent-ils leur légitimité et leur pouvoir ? Quelle était la composition de leur entourage et comment fonctionnait-il ? Pour en traiter, des sources littéraires sont à notre disposition - notamment Cicéron, Appien et Cassius Dion -, mais afin d'approfondir l'enquête il a fallu réaliser deux études préalables : d'abord, un examen des émissions monétaires des deux frères, pour analyser la représentation de leur pouvoir et de leur légitimité ; ensuite, une prosopographie de leur entourage afin d'identifier leurs partisans et de comprendre la façon dont se forme puis évolue ce groupe. Les acquis de ces deux études ont permis, outre une analyse plus approfondie de leur action en péninsule Ibérique et Sicile, d'apporter de nouveaux éléments aux réflexions en cours sur la nature et le fonctionnement des formations politiques à Rome à la fin de la République.
Comment Florence la guelfe, cité industrieuse et commerciale, peut-elle résoudre son problème portuaire en bénéficiant des infrastructures et de la flotte de Pise la gibeline au XIVe siècle ? Dépassant le campanilisme historiographique, cet ouvrage interroge les relations, tour à tour houleuses et cordiales, entre deux villes ennemies sur le plan politique mais aux économies complémentaires. Ne se contentant pas d'une histoire centrée sur les marchands et les compagnies commerciales, ce livre examine le rôle crucial des institutions - en particulier de la nation et des tribunaux marchands - dans la régulation et le dynamisme de l'économie florentine. Les nations marchandes restent mal connues dans le cas florentin. Or, le cas de Pise révèle plusieurs originalités : la certification de la citoyenneté, une direction bicéphale, une loggia dans le palais-même du seigneur. De plus, la connaissance fine des finances de la nation, qui permet de reconstituer le trafic florentin, prouve que la sécurisation des échanges importe davantage que la réduction des coûts. Cette nation est ainsi le prolongement à l'étranger du tribunal de la Mercanzia florentine, amenée à gérer les conflits sur les douanes, les faillites, les représailles et à aplanir les conflits par la voie judiciaire.
Cette recherche étudie les modalités d'approvisionnement de la ville de Venise en produits de la mer (poissons, crustacés et coquillages) au XVIIIe siècle, dans un système qui concerne à la fois des acteurs, des pratiques, des espaces et des modes de gouvernement. L'analyse prend comme point de départ les espèces, leurs lieux de croissance, les rythmes de production, puis l'exploitation du poisson qui devient une ressource alimentaire pour la ville. À Venise, l'ensemble des habitants, des patriciens aux membres du popolo les plus fragiles, consomme des produits de la mer quotidiennement et sous toutes leurs formes. Cette place remarquable du poisson dans l'alimentation a entraîné, chez les acteurs impliqués dans ce système, pêcheurs, marchands et gouvernants, d'intenses réflexions autour de la propriété, de la gestion, de l'exploitation et de la protection des espèces. L'étude se situe par conséquent à la croisée de plusieurs champs historiques (histoire environnementale, histoire sociale et histoire des institutions) et emprunte également certaines de ses approches à l'histoire économique et à l'histoire urbaine. L'enjeu est de déterminer comment se crée et se négocie un système de gestion et d'exploitation d'une ressource, impliquant des savoirs politiques, des savoirs techniques et des usages particuliers élaborés dans des milieux lagunaires et maritimes. Cette interaction est en pleine évolution au XVIIIe siècle, à une période où les mécanismes marchands et économiques sont soumis à des évolutions de conception profondes. Les ressources de la mer n'échappent pas à ces questionnements et la materia del pesce, expression utilisée par les magistrats vénitiens, devient un espace de négociation, mais également de lutte, entre les acteurs du système et les gouvernants dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.
Cicéron, en tant que maître d'éloquence, est l'un des auteurs classiques les plus copiés au Moyen Âge. Figure tutélaire de la rhétorique, il est aussi un modèle récurrent des pratiques vertueuses, christianisé par les Pères de l'Église. À ces influences, l'historiographie consacrée à l'Italie communale a ajouté une dimension politique, en notant, tout particulièrement dans le cadre florentin, l'application des normes cicéroniennes aux définitions du juste gouvernement et du bon citoyen. Or cette dette médiévale n'est pas datée avec précision par les historiens : à quand faire remonter les prémices de l'« humanisme civique » ? Ce livre vise à estimer le rôle formateur et légitimateur attribué à Cicéron quant aux normes civiques communales. Par le biais de l'auteur classique, il interroge l'unité et les spécificités des idéaux politiques de cet espace institutionnel en mobilisant un large corpus : sources normatives, florilèges, dictamina, traités de regimine, traductions invitent à reconsidérer le regard « républicain » qu'aurait porté le lecteur médiéval sur ce modèle antique.
Lors des fouilles archéologiques, c'est le plus souvent sous forme fragmentaire que l'on retrouve les décors peints du monde romain. Quant aux peintures découvertes en place, il était d'usage à certaines périodes de les démanteler pour en emporter ce qu'on estimait le plus digne d'intérêt. C'est à l'histoire de ces fragments que s'intéresse cet ouvrage, en interrogeant les transformations qu'ils subissent, dans leur statut comme dans leurs fonctions. Il était en effet courant, dans l'Antiquité, de remployer les revêtements détruits comme matériau de construction, pour combler des structures, réaliser des niveaux de préparation de sol ou encore servir dans le blocage - voire dans les parements - de murs. Ils perdaient alors leur fonction décorative, qu'ils retrouvent par la suite entre les mains de l'archéologue qui tente de les reconstituer. Si la recherche a beaucoup progressé aux cours des dernières décennies sur la reconstitution et l'étude des décors qui nous sont parvenus à l'état fragmentaire, elle a néanmoins prêté peu d'attention aux fragments en eux-mêmes, devenus un temps matériaux de remploi ou simples gravats. C'est précisément cette deuxième vie, tout aussi riche d'informations que la première sur les pratiques de la société romaine, qui est éclairée dans la première partie de l'ouvrage. Le statut, esthétique et symbolique, du fragment a également évolué au cours de l'histoire : témoignage du monde antique arraché à l'oeuvre de l'homme et du temps, son incomplétude peut grever l'intérêt qu'on lui porte ou au contraire lui donner un caractère d'autant plus précieux que menacé. La seconde partie s'intéresse ainsi à l'évolution du statut du fragment de décor et de son traitement aux époques moderne et contemporaine. L'ambition est ainsi de participer à une réflexion plus large sur les pratiques de construction anciennes et sur les méthodes de restauration et conservation modernes et contemporaines.
Les cardinaux sont connus du grand public comme des figures prestigieuses des Églises et des sociétés locales. Ils suscitent aussi l'intérêt des médias internationaux par leur rôle, majeur mais toujours mystérieux, dans l'élection du pape. Pourtant, la nature de leur charge et la réalité de leurs fonctions demeurent largement dans l'ombre. Les membres du Sacré Collège composent une élite qui ne ressemble à aucune autre : aristocratique au sens du choix des « meilleurs », et cependant non héréditaire, à fort ancrage local mais aussi très internationalisée, placée à partir des Lumières et de la Révolution face au défi de s'adapter à la modernité. Cet ouvrage est centré sur les aspects spécifiquement romains de l'activité multiforme des « porporati ». Ceux-ci sont saisis à la fois en tant que corps constitué, sede plena (consistoire) et sede vacante (conclave), qu'individuellement, comme responsables de dicastères de la Curie, acteurs majeurs de la diplomatie vaticane, mais aussi protecteurs de congrégations religieuses, dignitaires de la Cour pontificale et détenteurs d'un « titre » cardinalice symbolisant leur ancrage dans la Ville. Les vingt-cinq contributions réunies dans ce volume, accompagnées d'une bibliographie et de plusieurs index, sont le fruit d'un programme de recherches interdisciplinaires qui a rassemblé une équipe internationale d'historiens et d'historiens du droit, et qui a été conduit par l'École française de Rome, l'Institut catholique de Paris et l'Université Paris-Sud.
Comment ont émergé les royaumes numide et maure, dont l'existence nous est révélée dans le contexte des guerres puniques ? Quelles sont les dynasties en place et comment maintiennent-elles le pouvoir sur le nord du Maroc, de l'Algérie et le nord-ouest tunisien actuels ? Des territoires souvent dirigés par des rois belliqueux ou ambitieux, dont les limites évoluent au gré des alliances ou des rivalités entre peuples voisins, et composés de communautés urbaines et rurales qu'il fallait tolérer, voire contrôler. Comment ces royaumes évoluent-ils au contact des autres régions méditerranéennes ? Quel est l'impact de l'implication de leurs rois dans les guerres puniques et les guerres civiles républicaines ? Comment l'insertion de ces royaumes dans l'orbite de Rome conduit à la disparition du royaume numide (41 av. J.-C.) et l'intégration de la Maurétanie dans l'ager publicus (33 av. J.-C.) ? Voici quelques-unes des questions auxquelles cet ouvrage tente de répondre face à une documentation qui demeure fragmentaire et parfois déroutante mais qui offre une diversité de sources textuelles et archéologiques, dont la synthèse permet de proposer un regard novateur sur l'histoire de ces régions entre la 2e guerre punique et la mort du roi Bocchus II (201-33 av. J.-C.).
Ce livre reconstitue les mécanismes humoristiques de la vie politique romaine, entre la seconde moitié du IIIe s. a.C. et la fin du principat de Domitien, dans le but de montrer les adaptations du risum mouere face aux changements politiques et sociaux intervenus durant cette période. Il s'agit de dépasser une lecture centrée sur le rire de l'homo urbanus et du bon orateur, proposée par Cicéron et Quintilien, pour lui préférer une lecture historicisée et combinatoire qui considère les orateurs, les traits d'esprit, les auditoires et les causes politiques comme un tout à l'agencement variable de ce que les Modernes nomment l'« humour politique ». Scrutant les divers contextes politiques de cet humour, cette recherche souligne le passage, selon des rythmes syncopés résultant d'un repli de la causticité aristocratique face à César mais qui perdure à l'époque triumvirale, d'un « faire rire » frontal articulé autour du succès oratoire vers un humour fondé sur l'anonymat des correspondances, des graffitis ou des chants du triomphe. La dernière partie de l'ouvrage, centrée sur le Ier s. p. C., part de l'opposition établie par les sources entre les « bons princes » et les « tyrans » afin de montrer que, ne se limitant pas à refuser ou à accepter le rire politique selon son degré de dangerosité directe pour leur autorité, les princes l'utilisèrent à leur profit, entretenant une « inaccessible accessibilité » au fondement d'un charisme singulier qui permit l'aboutissement de la « Révolution romaine ».
Les cités romaines étaient tout sauf muettes. Chaque jour des musiciens les parcouraient lors de processions religieuses, d'appels au rassemblement, de procès, tandis que l'amphithéâtre résonnait aux sons d'instruments puissants. Sur le champ de bataille ou dans les camps militaires, il revenait à des soldats instrumentistes de transmettre les ordres et les informations. Omniprésentes, les sonorités musicales rythmaient donc le quotidien et creusaient peu à peu les sillons d'un substrat mémoriel collectif. En considérant la musique comme une pratique sociale plus qu'un art, le présent ouvrage propose de jeter un nouveau regard sur le sujet : le contenu musical importe moins que son écho social. Dans quelles circonstances jouait-on de la musique et avec quels effets ? pour et par qui ? L'existence de sonorités civiques, c'est-à-dire jouées au nom de la cité, lance l'étude sur les traces des interactions entre musique et politique. L'analyse du corpus épigraphique des musiciens professionnels de l'Occident romain, rassemblé pour la première fois, éclaire ce que signifiait alors jouer pour la cité. Les modalités de ce service musical, militaire comme civil, sont traquées au croisement des sources. Elles soulignent, à travers ses effets économiques et sociaux, la mise en place, dans les premières décennies du Principat, d'un dialogue dynamique entre les autorités romaines et les artisans du son. L'ouvrage apporte ainsi finalement un nouvel élément à la compréhension du principat d'Auguste : les sons y furent aussi des armes politiques.
Si le nom de Mécène ne recouvre plus guère aujourd'hui que l'activité de patronage des arts, il ne faut pas oublier que Caius Maecenas, le « Mécène historique » fut bien plus que le protecteur de Virgile, Horace, Properce. Bras droit d'Auguste, il joua un rôle politique déterminant dans la période troublée du Triumvirat, et sa trajectoire semble se confondre avec la création de ce que nous considérons comme un nouveau régime, pour lequel les Romains n'eurent, pendant longtemps, aucun nom. C'est ainsi que, aux côtés du futur Auguste, il fut chargé, pendant la période triumvirale de rôle fiscaux, policiers, diplomatiques avant de se retirer du devant de la scène politique sans perdre de son influence réelle au moment où Auguste prétendit restaurer la République. Au-delà des aspects institutionnels, cet ouvrage cherche aussi à décrire la place de l'individu Mécène dans la société de son temps, sans en faire un exemple, ni un modèle, sans l'isoler des cadres sociaux qui le déterminèrent, ni le fondre dans la masse confuse des mouvements du temps long. L'étude de la personnalité sociale construite par Mécène, principalement fondée sur une ascendance étrusque largement retravaillée, place l'individu dans un mouvement plus large de revalorisation des identités locales en Italie, encouragée par Auguste pour servir la Conjuratio Italiae sur laquelle il assit sa légitimité. Par ailleurs, l'ouvrage tente de redonner sa place à cet individu non pas au coeur d'un cercle - littéraire comme on le lit souvent - mais à l'intersection de nombreux réseaux (fondés sur des critères d'affinités intellectuelles, politiques, géographiques...). À travers l'étude de différentes facettes d'un personnage immergé dans les mouvements qui transformèrent profondément Rome, c'est une meilleure compréhension de la société impériale naissante que cet ouvrage cherche à atteindre.
Ce livre aborde l'art funéraire du XIIIe siècle par un biais original. Il s'intéresse à la manière dont les Frères Prêcheurs et Mineurs ont traité les sépultures de papes et de cardinaux dans leur discours, à la fois littéraire et monumental, entre 1250 et 1304. L'analyse des tombes de prélats situées dans des églises mendiantes, réparties entre l'Italie et la France, révèle une intervention des frères dans les choix d'emplacement, de forme et d'iconographie. Il ressort ainsi de l'enquête que les Frères Prêcheurs ont eu une politique de leur espace davantage planifiée que les Frères Mineurs, puisqu'ils n'acceptèrent dans le choeur de leurs églises que les sépultures de prélats appartenant à l'ordre, surmontées d'une plate-tombe. De leur côté, les Frères Mineurs ont construit un discours original sur leur rôle dans l'accompagnement des mourants, à la fois dans l'iconographie et dans la littérature homilétique. Enfin, ce livre accorde une place importante aux procédés mis en oeuvre par les mendiants pour « créer » des saints parmi les prélats qui étaient issus de l'ordre ou qui en étaient des bienfaiteurs.
La statue de Giordano Bruno dressée sur le Campo de Fiori, le procès de Galilée dont la mémoire est toujours présente à travers le théâtre ou les débats de l'Académie pontificale des sciences disent assez combien le destin de la Rome des XVIIe et XVIIIe siècles a été négativement associé à celui de la science moderne et de son avènement conflictuel. Les études réunies dans ce volume, résultat d'un programme collectif de recherche sur la genèse de la culture scientifique européenne, entendent apporter une nouvelle contribution non seulement au dossier de la révolution scientifique en milieu catholique, mais plus largement à celui des relations que chaque société entretient avec les acteurs et la production du savoir et de la science. La focale mise sur Rome, comme milieu social spécifique, comme capitale de la catholicité et comme centre d'une monarchie pontificale en profond renouvellement entre XVIe et XVIIIe siècle, permet de discuter les paradigmes classiques d'une historiographie qui a trop hâtivement relégué le milieu romain à la marge de toute forme d'innovation savante. Il s'agit aussi d'ouvrir de nouvelles pistes de réflexions et de nouveaux chantiers sur les diverses configurations socio-intellectuelles au sein desquelles le travail savant a continué à faire de Rome un centre actif de travail et de production de savoirs.
Inaugurée en 113 après J.-C., la colonne Trajane, seul élément intact du somptueux Forum de Trajan, est, depuis le XIXe siècle, au centre de débats quant à la lisibilité de ses deux cents mètres de bas-reliefs relatant les guerres daciques. Les qualificatifs à son endroit allant de « sommet de l'art romain » à « échec artistique », il a semblé nécessaire de faire le point historiographique sur ce monument, puis d'examiner la frise dans ses structures iconographiques (lecture horizontale, mais aussi lecture verticale appuyée sur un relevé photographique intégral), optiques (théorie de la vision antique) et idéologiques, puis de confronter ces analyses à l'environnement spatial et politique du monument. À partir des documents contemporains (textes, monnaies, archéologie, art, faits religieux, etc.), est proposée une synthèse qui dresse le portrait de Marcus Ulpius Trajanus, considéré par ses contemporains comme l'Optimus Princeps. Cette « Rhétorique de l'Excellence » s'appuyait sur des comparaisons délibérées avec les empereurs antérieurs (citations architecturales et statuaires aux Forums adjacents), établissait un lien privilégié avec Alexandre le Grand, César et Hercule, enfin affirmait la supériorité historique de Rome sur l'Empire : l'origine géographique des matériaux employés sur le Forum et leur disposition spatiale témoignaient ainsi de la maîtrise du monde et de la prospérité générale née des conquêtes. Trajan apparaît en définitive comme un Prince complexe, aussi soucieux de son image politique qu'Auguste et qui demeura pour les Romains son égal. « Plus heureux qu'Auguste, meilleur que Trajan », s'écriait le Sénat au 4è siècle lors de l'avènement d'un nouvel empereur...
De l histoire de Rome au XIXe siècle, on ne retient souvent que la prise de la ville en 1870 par les troupes italiennes et la construction controversée du Vittoriano, en hommage au roi Victor-Emmanuel II. L objet de ce livre est d étudier sous un angle différent la manière avec laquelle la ville a été intégrée, politiquement et dans sa forme de capitale, au royaume d Italie. Au lieu de se concentrer sur l affrontement des symboles du monde national et de la sphère catholique, la démarche ici est tournée vers l étude de chantiers de travaux publics et d aménagement urbain souvent moins exposés à la dimension symbolique, mais dont l étude est révélatrice des mécanismes à l oeuvre entre municipalité, État et monde catholique. Dans un contexte où la municipalité romaine a été tour à tour lieu de confluence entre noblesse locale et intérêt national puis laboratoire de la gauche garibaldienne et enfin bastion de la droite conservatrice catholique, des projets tels que la canalisation du cours du Tibre ou l extension de la ville en direction des quartiers adjacents au Vatican ont été l objet de vifs débats entre les années 1870 et la fin du siècle. Au tournant du XXe siècle, c est l extension de la ville hors de ses murs antiques qui suscite rivalités et convoitises, par l étude desquelles on voit combien la dimension technicienne a été à Rome soumise pendant de longues décennies à un biais politique et institutionnel. Égouts bouchés à dessein, projets bloqués, mauvaise foi technique contre mauvaise foi politique, rien n est épargné à la ville à cette époque. Mais c est également sur le terrain de ces conflits que se sont construites les modalités d un rapprochement entre camps antagonistes et que c est édifiée une véritable culture civique citadine nouvelle, en rupture avec l ancien régime romain et reflet tant des convergences de fait entre Monarchie savoyarde et noblesse catholique pour le camp conservateur qu à gauche des tournants pris par les héritiers de Garibaldi. C est sur cette base qu entre 1922 et 1925 les fascistes assoient leur emprise sur la ville, en liant discours nationaliste post-garibaldien sur le développement de la capitale et négociation avec la noblesse propriétaire héritière de l Ancien Régime pour la réalisation de leur programme.