Présence Africaine
Découvrez la vie et l’héritage de Walter Rodney, figure majeure du panafricanisme et de la lutte anti-coloniale.
Après le grand débat sur « la philosophie africaine » des années 1960-1970, il était nécessaire de faire le point sur les thématiques et les enjeux qui mobilisent les philosophes africains en ce début de XXIème siècle. Et ce d'autant plus que les enseignements en philosophie dite Africana se sont considérablement développés, dans les universités américaines principalement. Séverine Kodjo-Grandvaux, qui connaît autant les études francophones que la riche production anglophone dans ce domaine, nous fait comprendre, à travers Philosophies africaines que la philosophie n'est pas enfermement dans la culture ou la langue, mais rencontre et traduction.
« Nos fûmes huit ans au pouvoir. Nous avons construit des écoles, créé des institutions de bienfaisance, édifié et entretenu le système pénitentiaire, financé l'instruction des sourds-muets, reconstruit les bacs. En résumé, nous avons reconstruit l'État et l'avons placé sur la voie de la prospérité. » Ces paroles ont été prononcées en 1895 par Thomas Miller, un élu de Caroline du Sud, alors que l'expérience de démocratie multiraciale aux États-Unis s'y achevait par le retour au pouvoir de la suprématie blanche. Dans cette importante collection d'essais, précédés de notes éclairantes rédigées après coup, Ta-Nehisi Coates fait retentir les échos tragiques de ce passé dans les événements actuels : l'élection sans précédent d'un président noir, Barack Obama, suivie d'un contrecoup haineux et de l'élection de l'homme qui selon Coates, est « le premier président blanc ». Mais le livre ne porte pas seulement sur la présidence des États-Unis, bien que celle-ci demeure en filigrane du début à la fin. Il examine aussi le temps présent à la lumière d'évènements historiques comme la guerre de Sécession, de personnalités emblématiques comme Malcom X, de programmes politiques comme l'incarcération de masse, qui ont profondément marqué la société américaine. Ta-Nehisi Coates est correspondant du mensuel américain The Atlantic. Son livre Between The World and Me (Une colère noire, lettre à mon fils, Autrement) a été récompensé par le National Book Award en 2015. Il est également lauréat du Prix MacArthur. Il habite à New York avec sa femme et son fils.
« Me demandant comment introduire au mieux une réflexion sur le devenir décolonial, il m'a semblé qu'un témoignage était sans doute la meilleure entrée en matière. Ce que vivent les gens, ce qu'ils portent en eux mais aussi entre eux, quoique souvent imperceptible, n'est pas toutefois inaccessible. Les troubles coloniaux, les issues postcoloniales, les devenirs décoloniaux ne sont pas seulement des événements historiques, des phénomènes politiques. Ils sont, également, des perturbations ou des améliorations de la communication, en soi et entre soi. » Seloua Luste Boulbina introduit ainsi son texte qu'Achille Mbembe commente de la façon suivante dans la préface qu'il en donne : « L'histoire, la langue et la colonie sont, dans ce texte sobre et incisif, mis en relation avec l'architecture (intérieure), la politique (interne), l'espace sexué et le genre dévoilé. Seloua Luste Boulbina se démarque de toute une tradition de la critique aussi bien anglo-saxonne que francophone (...) Elle inscrit son effort théorique et méthodologique dans la logique de la vieille injonction de se connaître soi-même, qui implique la reconnaissance de l'émergence du sujet comme expérience d'émergence à la parole et au langage, et par ricochet à la voix. (...) Plus qu'une doctrine, c'est donc une démarche qui est proposée. Cette démarche fait une large place à l'indétermination, à l'instabilité, à l'hésitation et au mouvement. Mais elle postule également que la postcolonie est, avant tout, un "entre mondes", une relation non seulement externe et objective, mais aussi interne et subjective. »
Partant de ce fait que la philosophie africaine connaît aujourd'hui un important développement et fait l'objet de nombreuses publications, l'auteur examine le champ de questions et l'espace de débat que constitue l'activité philosophique en Afrique, pour présenter ici à la fois un « précis » de cette activité et un exposé de ses propres réflexions sur les thèmes les plus importants autour desquels elle s'organise . L'on peut considérer en effet, constate-til, que pour l'essentiel quatre grandes questions constituent les enjeux majeurs de la réflexion philosophique africaine : premièrement celle de l'ontologie en relation avec les religions et l'esthétique, deuxièmement celle du temps - plus particulièrement de l'avenir et de la prospective -, troisièmement celle de l'oralité et des implications de sa transcription/traduction, quatrièmement enfin celle, politique, des socialismes. Ces grandes questions posent aussi celle, fondamentale, et qui les traverse, des langues et de la traduction.
Six siècles d’histoire des peuples noirs, de 1400 à nos jours : voici l’ambitieuse fresque que propose Patrick Manning, spécialiste mondialement reconnu de la diaspora africaine.
Redécouvrez l’héritage intellectuel d’Yves Person, pionnier d’une histoire africaine par les Africains, à travers des textes rares et des analyses inédites.
Abdoulaye Bathily, figure majeure de la politique et de l’histoire africaine, retrace dans Passion de liberté le combat d’une génération pour l’émancipation du continent.
Lorsque le président Léopold Sédar Senghor décida de donner à la seconde université du Sénégal, à Saint-Louis, le nom de Gaston Berger, il ne le fit pas seulement parce que celui-ci était natif de cette ville et d'origine sénégalaise par sa grand-mère, mais surtout parce qu'il reconnaissait dans la pensée du philosophe la conception d'un avenir ouvert qu'il souhaitait pour son pays. L'attitude prospective est en effet, dans la définition qu'en donne Gaston Berger, à partir d'une lecture méticuleuse de la phénoménologie de Husserl dont il est un éminent introducteur en France, la reconnaissance de l'exigence humaine universelle d'émancipation, c'est à dire de valeur. « Être prospectif » c'est répondre à cette exigence en en renouvelant sans cesse la réflexion, le vocabulaire et les images. Ce renouvellement est création et il est l'oeuvre des poètes, des philosophes, des artistes, tout autant que celle des inventeurs et des ingénieurs. Car, nous dit Gaston Berger « Toute culture est prospective ». Mais être prospectif c'est plus précisément, à partir d'une exploration rigoureuse du présent, penser, agir, connaître, décider à partir de l'avenir. Ce qui commande de se détourner du mythe d'un temps linéaire et aliénant qui invite à ne construire que des futurs sans avenir. Or le présent n'est autre que le témoignage de la présence humaine au monde. Cette présence est mouvement. Elle s'inscrit dans « un monde mobile et sans cesse renouvelé où il faut inventer sa propre vie ». En cela consiste l'aventure humaine qui est aventure de l'humanité universelle de l'humain et quête d'une sagesse d'agir non pas seulement pour l'avenir mais à partir de lui.
Le philosophe Anton Wilhelm Amo (c.1703-c.1759), qui a grandi en Allemagne où il a enseigné sa discipline dans les universités de Halle et d'Iena avant de retourner en Afrique et de mourir en sa terre natale du Ghana, a très tôt été célébré comme un exemple. Ou plutôt un contre-exemple portant un démenti au préjugé que la philosophie, cette manifestation par excellence d'une humanité accomplie, ne pouvait concerner les Africains. C'est ainsi que l'Abbé Grégoire parle de lui au début du XIXe siècle tandis qu'aujourd'hui le philosophe ghanéen Kwasi Wiredu invite à voir en lui un auteur qui a apporté une perspective africaine au problème philosophique de la relation du corps à l'esprit. Il s'imposait, pour celui qui est devenu une figure majeure de la philosophie africaine, de revenir à son principal ouvrage pour étudier avec soin la relation que sa réflexion entretient avec les philosophes mais aussi et surtout les médecins de son temps. Car montrer que sa pensée s'inscrit dans le climat intellectuel allemand de son époque et l'éclaire est un préalable nécessaire à l'étude du sens qu'elle donne à l'expression « philosophie africaine ». C'est ce que réalise ici Daniel Dauvois, un historien de la philosophie en France et en Allemagne aux XVIIe et XVIIIe siècles, avec la précision et la minutie requises.