FeniXX réédition numérique (Loysel)
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Première maison de commerce et de banque à Rouen et à Paris, où elle rivalise avec les banques suisses Mallet et Thelusson-Necker, la maison Le Couteulx est à son apogée à la veille de la révolution. Strictement familiale, catholique, elle sert les Bourbons d'Espagne et est choisie comme partenaire par les jeunes États-Unis d'Amérique. À la Malmaison, cédée sous le Consulat au jeune Bonaparte, à Louveciennes ou dans le réseau serré de leurs châteaux, se croisent Mme Vigée-Lebrun, André Chénier, la jeune Teresa Cabarrus, Mme du Barry, Condorcet, La Pérouse, Lavoisier, Benjamin Constant, Choderlos de Laclos, Bernardin de Saint-Pierre, tout ce que le Paris de l'époque compte de gloires. Libéraux ils tentent, au péril de leur vie, de sauver Louis XVI et Marie-Antoinette de la guillotine à laquelle ils n'échappent eux-mêmes que de peu. Rescapés, mais brisés au lendemain de la tourmente, ils se survivent, en tant que banquiers, quelque temps encore ; ils donnent au pays la Banque de France et se retirent des affaires pour se consacrer, quelques décennies plus tard, à la vénerie.
Aux XVIe et XVIIe siècle la piraterie algérienne est un cauchemar permanent pour l'Europe. En Alger disparaissent bateaux, par centaines, équipages et voyageurs, par milliers, réduits en esclavage. Né de l'effroi, un mythe se développe, amplifié par les récits des captifs libérés ou des pères rédempteurs chargés de leur rachat. Il faut attendre l'affaiblissement de la ville corsaire, au début du XVIIIe siècle, et l'essor des « Lumières » en Europe pour que la curiosité triomphe de la peur. En 1724 paraît, à Amsterdam, l'« Histoire du Royaume d'Alger » de Laugier de Tassy. Ancien diplomate, responsable de la chancellerie du Consulat de France, il brosse du royaume et de sa capitale, où il vécut plusieurs années, un portrait scrupuleux, en rupture radicale avec l'imagerie qui confondait Barbaresques et barbarie. Ce disciple de La Bruyère assure par là l'immense succès qu'eut son ouvrage tout au long du siècle et en fait, pour nous, l'une des sources privilégiées de l'histoire de l'Algérie précoloniale.
Au lendemain des élections législatives, les généraux algériens constatent avec effroi que les islamistes (FIS) et les démocrates (FLN, FFS) sont d'accord pour fonder ensemble le parlement dans le cadre de la démocratie, que la société s'émancipe, que le pouvoir s'échappe de leurs griffes. Le 11 janvier 1992, ils se ruent sur les urnes, lacèrent la constitution, proclament la loi de la jungle. La nuit visite l'Algérie. Dépositaires de la légitimité nationale, les islamistes engagent la résistance. Le guide spirituel de l'islamisme, qui est aussi l'homme le plus populaire d'Algérie, est depuis trois ans prisonnier d'opinion : Ali Belhadj dispose seul du crédit moral qui lui permette d'obtenir le cessez-le-feu, à seulement lever l'index droit. Il demande le dialogue, mais les généraux ne veulent surtout pas l'entendre. Non parce qu'il est islamiste, mais parce qu'il énonce que les peuples musulmans ne peuvent plus tourner le dos à la modernité, et doivent intégrer à leur civilisation un concept tout neuf : le suffrage universel.