FeniXX réédition numérique (Éditions Nouvelles du Sud)
Dans son dernier ouvrage : « L'eau de feu », Auguste Armet - alias Auguste Macouba - nous conte la dérive d'un homme qui, affronté aux rigueurs du sort, sombre dans l'alcool. Tout commence avec la nuit. Dans le bourg de l'Anse Pilote, entre mer et mornes, un homme près d'une case hèle la foule. Il promet de raconter l'histoire de Paul Marianne-Rhum : un Nègre de misère, ayant "toute sa vie, travaillé dans la canne du Béké et sur la mer, jusqu'à Miquelon". Et la foule se presse autour de lui. Car, tous, savent l'histoire de ce temps de l'antan, où la vie des Nègres était une lutte quotidienne contre la malédiction, la souffrance, et la mort. Mais l'histoire de Paul est aussi une histoire de rhum. De ce tafia que les hommes boivent et reboivent, pour oublier les coups du sort, le soleil de carême les jours de récolte, et les menaces de la mer. À travers le récit de cette vie scélérate, Auguste Armet met en scène les espérances et les désillusions du petit peuple de l'Anse (Case) Pilote de jadis « gens simples et naturels, sans fracas ni démonstration (...), dont la vie fut, comme leur case, ouverte à deux battants ». C'est en outre un essai réussi de renouvellement du conte : la langue é
Les sociétés contemporaines semblent avoir réduit les sentiments des hommes à des illusions factices, ou même à des spectacles à sensations. Le thème de la passion amoureuse se réduit, souvent, à des stéréotypes pour des littératures éphémères. Le roman de Laure, sans s'arrêter à reconstruire indéfiniment les images fatales des Antilles idylliques, dépasse ces impressions immédiates, pour affronter la question de la rencontre entre deux êtres. Il cherche un itinéraire vers la totalité, au travers des forces qui menacent d'emporter les amants dans l'au-delà des limites du plaisir. Elle, elle subit l'épreuve de son corps, qu'elle découvre pris de peurs tenaces et de terreurs inexpliquées, pour ne pas s'emparer de l'esprit de l'autre, en voulant trop s'identifier à son propre rêve. Lui, il doit lutter contre sa violence intérieure, partagé qu'il est entre la révolte contre le milieu qui le rejette, et les appels multiples vers un idéal vraisemblablement lointain. Le miracle s'accomplit, parce que l'un et l'autre, ils ont la volonté de se dépasser, de s'assumer pleinement, et de transformer la société des hommes en prenant en charge leur propre destin. Un texte à la fois subtil et poignant, qui joint le tragique des passions subites à l'exaltation du sens de l'homme. Il restitue, à sa juste mesure, la poésie de l'amour avec la plénitude du désir.
Suivre un chemin, longer des pistes, franchir des étapes, la poésie est aussi l'acte de partir, jusqu'au bout du rêve. Jusqu'à l'infini. Cependant, les itinéraires ne mènent pas toujours au point d'attache. Alors, les pieds s'enlisent ou trébuchent, les mains frissonnent et le coeur s'emballe sur des images fortes, à travers la schize latérale de la Swan. Sion Hamou a ressenti cette envie folle de descendre les avenues. Il a erré au hasard des visages entrevus, endurés sous la ville rase. À travers les choses écrites, il aurait voulu partir à la quête de la mémoire. Mais l'avenue qu'il avait empruntée, s'appelle Downtown. La cité qu'il parcourt est encombrée de phone booths et de malheurs inaudibles. Il n'a rencontré rien d'autre que les sargasses du rêve américain, et l'orphéon californien en perdition finale. Au-delà de ce tohu-bohu qui préfigure le chaos de la matière, le poète reconstruit patiemment le songe ultime. Alors, la nature se recompose, le soleil, les pelouses mortes, les murs ivy league, l'indolente accolade d'un cliché végétal. Gigantesque et fantasmagorique comme un vaisseau à la dérive, Los Angeles tangue et chavire sur ses exaltations précaires, la nuit, le jour. Et, dans ses caniveaux sulfureux, s'ouvrait tout soudain le ciel doré de la Nouvelle Jérusalem.
Stendhal donnait rendez-vous aux lecteurs de 1935. Ils sont venus, sans s'écraser ; Schubert a laissé d'innombrables posthumes, dont certains attendirent un demi-siècle pour être interprétés, et Van Gogh n'a vendu qu'un tableau dans sa vie, alors que les amateurs s'arracheraient à prix d'or, aujourd'hui, sa moindre esquisse. L'échec apparent de leur oeuvre n'a empêché aucun de ces créateurs de la mener à bien. L'indifférence des contemporains est une constante en art. Ce n'est jamais en pensant à leur plaire, qu'un écrivain doit prendre sa plume, un peintre ses pinceaux, un compositeur son papier à musique. Seul, son propre jugement importe.
Ces chroniques sont le résultat de cent neuf coups de sang, répartis sur vingt-six années. Elles ont été écrites à chaud. En les lisant à froid, le lecteur en concluera peut-être que leur auteur a perdu des occasions de garder son calme, et s'est fourré le doigt dans l'oeil, plus d'une fois. Je le lui accorde, mais je n'ai pas réagi en historien, ni même en mémorialiste, simplement en témoin. La gifle est partie, elle n'aurait pas dû, tant pis, j'étais soulagé. La sagesse voudrait qu'on avance en fermant les yeux, et en se bouchant les oreilles. Vivre, c'est regarder, écouter, frémir de plaisir ou d'indignation. « Laissez ça à l'adolescence » me conseillera-t-on. Mais j'ai toujours dix-sept ans !
S'appuyant sur l'une des propositions de Césaire sur la poésie, l'auteur élabore une lecture de l'oeuvre : « La poésie », écrit Césaire, « est cette démarche qui par le mot, l'image, le mythe, l'amour et l'humour, m'installe au coeur vivant de moi-même et du monde ». Chacun de ces termes - mot, image, mythe, amour, humour - donne forme à l'un des chapitres de cette étude. B. Cailler essaie d'enraciner sa lecture dans la théorie poétique de Césaire, et dans le contexte socio-historique de l'oeuvre, sans prétendre ni saisir cette oeuvre de l'intérieur d'une conscience productrice, ni la confronter à la vie politique de l'écrivain : on réclame ici le droit de lire le poète dans l'absolu de son poème, un poème considéré comme pratique. Ceci n'est pas retirer au poème sa force politique, sa condition d'acte engagé ; c'est vouloir l'étudier comme langage et action hautement spécifiques, produit fini, distinct du discours et de démarches du politicien. Un examen des textes de Césaire et de leurs métaphores donne au célèbre "Black is Beautiful" la place du rite : l'acte d'écrire, conjuration à l'informe, devient proprement le rite de passage à la Terre natale, à soi, à l'autre. La Négritude/Poésie de Césaire est le mot, l'image, le mythe, l'amour, l'humour, par où le poète s'installera au coeur vivant de lui-même et du monde.
Aux innocents les mains pleines, entend-on dire. La fortune favorise-t-elle vraiment les vertueux ? La formule est employée si fréquemment sur un ton ironique, que chacun sait à quoi s'en tenir. La plupart des expressions, dictons et proverbes peuvent être énoncés à l'envers, sans qu'on s'en émeuve. Ainsi, a-t-on vraiment souvent besoin d'un plus petit que soi, ou n'est-ce pas le contraire ? Quoi qu'il en soit, les héros de cet ouvrage ne sont pas la démonstration, mais l'illustration de ce que, à valeur égale ou non, les chançards occupent la place qui reviendrait plus équitablement à d'autres, et dont il n'est pas sûr que la postérité les délogera.
Francophones contre Francophones ? Telle est la thèse iconoclaste de ce livre. La francophonie à l'estomac n'est guère un pamphlet de plus sur cet enjeu géoculturel planétaire qu'est la francophonie. Cet essai incisif bouleverse la perspective sur le rôle et la place de la langue française. Dans ce livre stimulant, Hédi Bouraoui oeuvre pour une francophonie "plurielle". Loin des propos convenus, loin des poncifs éculés, qui ponctuent le discours dominant - mais archaïque - sur la réalité de millions de Francophones de la planète. Ce livre, solidement argumenté, exprime ce sentiment diffus, que partagent aujourd'hui nombre de créateurs et acteurs de la langue française. La francophonie à l'estomac propose des pistes originales, et un projet francophone "moderne, absolument moderne", pour tous les "parlants français". Sans distinctions. Sans discrimination. Tracer les lignes d'horizon. Couper les lignes de fuite. Colmater les lignes de fracture. Telle est l'ambition ultime de cet essai hors-norme et corrosif. Pour en finir avec La francophonie à l'estomac... au propre et au figuré.
Une grande ville de province ; quatre frères qui s'estiment sinon d'une race supérieure, du moins à part. Deux sont mariés, deux célibataires. Le scandale qui frappe l'un d'eux les jette dans le désarroi. Pourront-ils évoquer encore l'honneur du nom qui compte plus que tout à leurs yeux, sans faire rire ? Ils s'y raccrochent pourtant, comme à un bien patrimonial dont rien ne pourrait les déposséder, en même temps que la renaissance d'un amour renforce des liens à moitié rompus.
Ce surnom de Terre-neuve, Thérèse le doit à son bon coeur et à son dévouement. Cette femme gentille, fidèle, effacée, vit une vie heureuse jusqu'au jour où son univers vacille. Elle révèle alors une détermination que personne ne lui soupçonnait, et qui l'entraînera à un acte de vengeance dont les péripéties se découvriront à l'intérieur de ce livre, qui mêle la tendresse à l'humour.