Éditions de la Sorbonne
Comment s’écrit l’histoire de la photographie ? La photographie et ses mythes modernes retrace trente ans de débats, d’institutions et de revirements qui ont façonné une discipline à part entière.
À l'heure où la défense des « éducations à l'égalité » semble plus audible et plus urgente et où les polémiques autour de la « théorie du genre » à l'école dramatisent la nécessité de se positionner en tant que féministe sur le terrain éducatif, cet ouvrage constitue une rupture épistémologique avec des impératifs tactiques qui semblent s'imposer d'eux-mêmes.En refusant de considérer qu'il va de soi que l'éducation est une modalité de la lutte féministe, l'autrice se propose de faire un pas de côté afin de mener un travail de clarification conceptuelle. Il s'agit ici de suspendre le postulat selon lequel l'éducation serait une évidence féministe pour laquelle les seules questions qui persistent seraient d'ordre technique, et se réduiraient au « comment faire ? », afin de revenir à une interrogation plus fondamentale, celle du « pourquoi faire ? ». En effet, si l'éducation est bien omniprésente historiquement dans les revendications féministes, sa place mérite d'être problématisée philosophiquement. Alors même que le féminisme connaît de nombreuses transformations et variations, l'éducation en est une constante historique, et c'est précisément pour cela qu'elle mérite d'être étudiée de façon critique : la forte persistance de cette tradition jette en effet un soupçon sur sa consistance théorique et politique.De l'éducation conçue comme un droit auquel les femmes devraient également avoir accès jusqu'aux institutions éducatives utopiques qui subvertissent la frontière entre privé et public, en passant par la coéducation, la sororité émancipatrice et les pédagogies féministes, cette recherche vise à mettre en lumière les partis-pris épistémologiques, les dialectiques et les tensions qui traversent la conceptualisation de l'éducation au prisme des féminismes.
À la fin du xixe siècle, sur le littoral de l'actuel Kenya, une cité-État swahili tente de survivre aux bouleversements politiques et aux appétits impériaux. Fondée en 1862 par des é
1936, Espagne : près de 40 000 volontaires étrangers débarquent pour défendre la République face au fascisme. L’illusion lyrique retrace cette épopée méconnue, entre idéalisme, désillusions et combats fratricides.
La documentation dite « magique » de l'Antiquité gréco-romaine recouvre une grande diversité de sources sur des pratiques rituelles qui, notamment sous l'Empire romain, témoignent de l'ampleur des échanges entre les cultures du bassin méditerranéen. Dans les rites guérisseurs, les malédictions ou diverses requêtes adressées aux divinités, au carrefour entre la religion et d'autres registres de savoirs, des animaux aussi divers et merveilleux que la hyène, le caméléon, la huppe ou le poisson nommé echenêis, aussi connus que le coq, le pigeon, le chien ou le serpent, ou encore aussi sacrés que le chat, le faucon, l'ibis ou le scarabée, sont mis à contribution pour leurs pouvoirs et leurs forces vitales.Cet ouvrage explore des bestiaires et leurs auteurs, à travers l'encyclopédie romaine de Pline l'Ancien, les recettes de papyrus gréco-égyptiens ou le grimoire des Cyranides, et met au jour la fabrique d'une puissance, animale, humaine ou divine, qui apparaît comme un horizon de transformation des savoirs à l'époque impériale.
Défini comme l'opposition systématique à l'institution militaire, mais bien distinct du pacifisme, l'antimilitarisme naît avec les mutations de la guerre, le renforcement de l'État, le resserrement des liens qui pèsent sur la société. Idéologie militante pour certains, qui le revendiquent jusqu'à l'engagement insurrectionnel, il n'est qu'une émotion mineure pour d'autres, dégoûtés par la caserne ou l'uniforme. Il désigne en tout cas un continuum de pratiques variées dont ce livre analyse les formes et les enjeux, les développements et les reflux, afin d'éclairer d'un jour nouveau l'envers de la construction de l'État. Car l'étude de l'antimilitarisme révèle l'existence de différentes conceptions de la modernité politique et culturelle et permet d'en questionner les confrontations.Souvent étudié dans une perspective militante, l'antimilitarisme n'est plus aujourd'hui au centre du débat public, il est donc temps d'en écrire l'histoire. Fruit de recherches pionnières et discutées collectivement, ce livre offre la première synthèse scientifique sur la question, sans équivalent international. Mobilisant trente-cinq spécialistes des xixe et xxe siècles, il articule un récit d'ensemble continu et rythmé avec des éclairages détaillés mettant en valeur la diversité des acteurs, des événements et des espaces, prenant en compte la dimension impériale et ouvrant des pistes de comparaison internationale.
Qu'est devenu aujourd'hui le « métier d'historien » dont parlait Marc Bloch ? En suivant le fil d'une expérience individuelle, ce livre s'interroge sur le travail de l'histoire, entendu dans un double sens. C'est d'abord le travail sur l'histoire, comme matériau de recherche, qui pose des questions intellectuelles mais aussi pratiques. Comment devient-on chercheur en histoire ? Que signifie lire, écrire, éditer des textes quand on est historien ? Quels sont les enjeux de l'enseignement de l'histoire ? Pourquoi participer à l'évaluation ou à l'administration au sein des institutions universitaires ? Qu'implique le fait d'intervenir dans la sphère publique ? Ces questions font le quotidien de l'historien autant, voire plus, que la fréquentation des archives et des bibliothèques. Mais, en filigrane, le travail de l'histoire désigne aussi, dans un sens qui mêle les dimensions personnelle et professionnelle, l'histoire au travail. Non seulement l'histoire comme flux temporel, qui transforme les êtres et les choses, mais aussi comme discipline, qui produit des effets sur celui qui la pratique et qui est, en retour, travaillé par cette histoire.
En histoire de l'art, le décor de l'autel a longtemps été étudié au prisme de ses riches devants orfévrés ou des retables sculptés et peints. À la fin du Moyen Âge, néanmoins, une grande concentration de textiles entourent l'autel dans l'espace ecclésial : nappes, dossiers, antependia, dais, courtines et tapis. D'autres encore, comme le corporal ou la pale, nouvel objet élaboré au xve siècle, jouent un rôle de premier plan dans la manipulation et la mise en valeur des espèces consacrées, lieux de la présence réelle du Christ.Cet ouvrage interroge de concert ces différents parements et linges, dont certains n'ont que très rarement été intégrés à une réflexion plus générale sur le mobilier liturgique, et réévalue leur importance dans la définition visuelle de l'autel gothique en Europe occidentale, et particulièrement en France. L'approche dite « ritologique » vise à étudier ces textiles en croisant leur matérialité, leurs usages et le discours porté sur eux, en relation avec les acteurs qui les manipulent et les autres objets avec lesquels ils entrent en contact. Julie Glodt démontre ainsi la conception avant tout ornementale des textiles dans l'église médiévale qui, par leur amovibilité et leur diversité, contribuent à intensifier certains moments de l'année et du rituel ainsi qu'à construire un lieu propre à la célébration eucharistique.
Au XIIIe et au XIVe siècle, trois géographes arabes ont consacré une part de leurs dictionnaires aux territoires africains. Les villes, les montagnes, les fleuves et les mers y sont décrits au lecteur de façon très vivante, fournissant quantité de détails historiques, géographiques ou économiques, un nombre important de realia, des poèmes surprenants et tant de savoureuses anecdotes qui accroissaient l'horizon des lecteurs contemporains tout comme elles élargissent aujourd'hui le nôtre. Ces textes révèlent une société ouverte sur les mondes lointains. Les articles regroupés ici concernent le Maghreb, la Libye, l'Afrique occidentale et orientale, mais pas l'Égypte qui a déjà été traitée ailleurs. Ce vaste corpus, comptant plus de 800 articles, a été réuni jadis par Jacques Thiry (Université libre de Bruxelles) qui avait entrepris de l'étudier avant son décès en 2012. Il a été revu et abondamment commenté par deux de ses anciens étudiants pour lui rendre un chaleureux hommage.Ce volume permet de relire les grands épisodes de l'histoire du Maghreb et de découvrir de nombreuses précisions ethnographiques. Le lecteur y voyage de Fès au fleuve Niger, d'Alger au pays des Zang et jusqu'à la fameuse île de Waqwaq où l'or abonde à ce point que les habitants s'en servent pour fabriquer les chaînes de leurs chiens et les colliers de leurs singes.Cet ouvrage s'adresse aux africanistes, aux spécialistes du monde musulman, aux historiens médiévistes et à un vaste public curieux.
Alphonse Humbert (1844-1922) fut un ardent républicain. Signataire de la célèbre « Affiche rouge » qui proclame « Place à la Commune ! » dès janvier 1871, il s'engage par la plume, au Père Duchêne. Après la Semaine sanglante, Humbert est arrêté, traduit en conseil de guerre et condamné aux travaux forcés à perpétuité.Voici son récit. Trop longtemps oublié, il n'était paru qu'en feuilleton dans la presse radicale entre 1880 et 1881. Humbert y décrit de sa plume alerte et précise ses premières années de bagne (1872-1875) : d'abord Toulon, puis le convoi de la Virginie, à destination de la Nouvelle-Calédonie. Là-bas, aux antipodes, une toute-puissante administration pénitentiaire préside aux destins des « scélérats » dont la France souhaite se débarrasser, tout en s'abritant derrière un projet de colonisation basé sur leur réhabilitation.La jeune colonie pénale et ses installations sont abondamment décrites dans ce texte, qui constitue une source de premier plan pour l'histoire de cet archipel. Plus et mieux que les autres forçats qui nous ont laissé leurs mémoires, Alphonse Humbert se place en observateur du bagne. En décrire la noirceur, la lourdeur administrative, les paradoxes et les absurdités, dépeindre les forçats dans leur complexité, leur monstruosité, leur honneur ou la richesse de leur langue, évoquer les rires et les joies aussi - même fugaces -, sont autant de facettes d'un récit remarquable qui, trente ans avant celui d'Albert Londres, dresse un réquisitoire implacable contre l'effroyable châtiment de l'exil.
Ces dernières décennies, la prise de conscience des dérèglements climatiques, la menace de crises écologiques majeures et le débat sur le concept d'anthropocène ont renouvelé l'intérêt des sciences humaines et sociales pour l'étude des relations entre l'homme et son environnement. Les scientifiques anglo-saxons souvent mis en avant ne doivent pas faire oublier l'ancienneté et la vitalité de la recherche française en ce domaine. La Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public (SHMESP) a souhaité rendre compte du dynamisme et des recherches transdisciplinaires de ce champ lors de son 54e congrès dédié aux rapports entre « environnement et sociétés au Moyen Âge » dans les espaces occidentaux, byzantins et arabo-musulmans, mais aussi nordiques et slaves non chrétiens (Poitiers, 11-14 mai 2023).En moyen français du xiiie-xive siècle, le mot « environnement » désigne l'action d'entourer, mais aussi ce qui se trouve tout autour des êtres vivants. Passé dans la langue anglaise, il est d'abord réintroduit dans ce sens et utilisé en français moderne au xixe siècle. L'environnement a été défini par Robert Delort comme l'« ensemble des facteurs naturels, ou naturels modifiés par l'homme, voire artificiellement créés, qui conditionnent son existence (ou celle d'un autre organisme) ». Autrement dit, il résulte de la combinaison des facteurs physico-chimiques, biologiques et socio-économiques qui forment le cadre de vie des groupes humains.Les publications de ce congrès mettent en valeur la diversité des relations entre les sociétés médiévales et leur environnement permettant aux médiévistes, quel que soit leur espace d'étude, de se réapproprier et de reconsidérer sous un jour différent des thématiques anciennes, tout en faisant dialoguer les approches matérielles, textuelles et iconographiques afin de croiser les regards sur les représentations et les pratiques sociales médiévales.
À la différence de leurs coreligionnaires algériens devenus citoyens français en 1870 par le décret Crémieux, près de 90 % des juifs de Tunisie sont de nationalité tunisienne au début du XXe siècle. Ils sont à ce titre appelés « indigènes » par la puissance coloniale, et soumis aux lois du bey. Juifs en terre d'Islam, ils n'ont pas le droit de porter les armes, et ne peuvent combattre qu'en contractant un engagement volontaire. C'est ce que plusieurs centaines d'entre eux font en 1914, alors que la Tunisie, sous protectorat français (1881-1956), est entraînée dans la Première Guerre mondiale. À leurs côtés, les juifs de Tunisie de nationalités italienne et française sont mobilisables dans leur armée respective, jusqu'à ce qu'ils en soient exclus à la suite des lois fascistes en 1938 pour les premiers et du décret-loi de Vichy sur le statut des juifs d'octobre 1940 pour les seconds. Malgré les obstacles posés par l'autorité coloniale et la permanence des discriminations, plus de 1 200 juifs de Tunisie combattent dans l'armée française au cours des deux guerres mondiales. Dans l'entre-deux-guerres, la génération de 1914-1918 participe activement aux commémorations de la Grande Guerre, puis mène le combat pour l'amélioration de la situation des juifs de Tunisie et contre l'essor de l'antisémitisme en Afrique du Nord comme en Europe. Elle encourage même aux engagements volontaires en 1939. La douloureuse expérience du régime de Vichy et de l'occupation de la Tunisie par l'Axe (novembre 1942-mai 1943) ne les décourage pas : les Forces françaises libres recrutent des centaines de juifs tunisiens qui participent à la libération de l'Europe. Comment expliquer cette détermination à combattre pour la France - malgré les trahisons de l'État français ? Cette étude, appuyée sur une méthode prosopographique et sur de très nombreuses archives, s'approche au plus près de ces soldats, jusqu'ici oubliés de l'histoire.
Préoccupés par la conservation de leur collection de peintures, les amateurs d'art parisiens font appel, entre 1789 et 1870, aux restaurateurs de tableaux, une profession qui, à la même époque, se définit indépendamment de celles du marchand, de l'expert ou même du peintre. Si le restaurateur intervient sur les oeuvres, il joue aussi un rôle de guide auprès de ces amateurs dans leur connaissance, voire leur apprentissage, des procédés picturaux. Progressivement, cette prise en compte de la matérialité de l'oeuvre contribue à l'intégration de l'amateur de tableaux au sein des commissions muséales en tant que conseiller, avant qu'il acquière un statut privilégié au musée à partir des années 1860 par le legs de ses oeuvres. En abordant ainsi différents aspects de la collection privée au prisme des méthodes de restauration et des moyens de conservation des tableaux mis en oeuvre au xixe siècle, s'écrit ici une histoire des collections, de la restauration et de la conservation, mais aussi une histoire des pratiques, et avant tout une histoire de mouvement et de goût.
Depuis l'Antiquité tardive et le haut Moyen Âge, les évêques et les communautés religieuses, cléricales ou monastiques, font partie intégrante des élites sociales et politiques et se conçoivent difficilement les uns sans les autres. Les premiers, par leur ministère, sont les consécrateurs des églises et ceux qui les réconcilient, ils ordonnent les clercs et ont, au Moyen Âge, clairement fondé leur puissance sur leur emprise territoriale. Leur pouvoir d'ordre et de juridiction fait d'eux l'autorité ordinaire qui administre, contrôle et enseigne tous les membres du clergé d'un diocèse. Les seconds utilisent ou contestent la tutelle épiscopale pour asseoir et développer leur puissance. Sur une chronologie qui court de la réforme carolingienne au début du XVIe siècle, et privilégie donc l'intégration comparatiste de différents types de communautés religieuses, régulières et séculières, le propos de cet ouvrage est d'envisager différents aspects des relations entre ces deux pôles et d'examiner l'action épiscopale déployée dans les diocèses à destination particulière des établissements collectifs. En décloisonnant les catégories traditionnelles du séculier et du régulier, l'approche de ces communautés religieuses, définies comme communautés canoniales et monastiques, y compris au sein des ordres militaires, se veut ici résolument innovante pour mieux appréhender l'ensemble des interactions qui réunit deux des principaux acteurs de la société médiévale.
Découvrez le trésor cartographique du VIIIe siècle : La Mappa mundi d’Albi, l’une des plus anciennes représentations du monde en Occident, classée à l’UNESCO.
Quand la familiarité se brise et que le voisin devient un ennemi, comment survivre ? Les épreuves de la guerre civile explore, à travers les siècles et les continents.
30 % des émissions françaises viennent des transports. Mobilités et changement climatique : quelles politiques en France ? décrypte les défis concrets pour inverser cette trajectoire carbone.
Que dire encore aujourd'hui des Rois mages que nous reconnaissons sans difficulté en tête de caravanes chargées des richesses de l'Orient ? Et si ces Rois mages étaient en réalité venus d'Occident ? Si les Mages avaient été couronnés non dans leurs lointaines contrées, mais dans les royaumes de l'Europe féodale ? Le livre propose de suivre le voyage des Mages à travers une tradition plus que millénaire, jusque dans les sculptures, peintures murales et vitraux des églises des Xe-XIIe siècles. À une étape de ce voyage, les magiciens païens ont reçu le plus haut insigne qui soit, la couronne royale. C'est en tant que rois et mages qu'ils prennent corps dans les consciences et dans les arts. En scrutant toutes les modifications des images dans le temps, des plus remarquables aux plus inaperçues, et en les étudiant à la lumière des textes, du rituel et de la place des décors dans l'architecture, l'auteur invite à sonder l'imaginaire de la société féodale pour découvrir ce qui fascine les populations de ce temps chez ces trois hommes. La réponse ne se trouve ni en Orient ni dans les récits légendaires mais dans la signification de leur acte de charité : un don à un enfant qui est une offrande à Dieu.
Entre la philosophie et l'histoire, cet ouvrage étudie l'activité déployée par Marx au sein des structures militantes dans lesquelles il est successivement intervenu. Il interprète les différentes traces de cette activité, en particulier les procès-verbaux des réunions auxquelles Marx a participé et la correspondance qu'il a entretenue avec de nombreux dirigeants ouvriers. L'analyse de ces documents montre qu'à ses yeux les partis ne constituaient pas de simples caisses de résonance, dont la vocation première aurait été d'accroître la diffusion d'idées élaborées en amont, de façon solitaire, mais qu'ils faisaient au contraire figure de véritables laboratoires théoriques. Ainsi apparaît la distinction entre parti et secte, le premier étant compris comme une forme saine, la seconde comme une modalité pathologique de l'organisation de classe. Marx pense en effet le parti comme une structure démocratique dont le discours s'élabore de façon collective et en lien étroit avec la pratique réelle du mouvement ouvrier.De ce point de vue, la logique partisane s'oppose nécessairement à la pratique sectaire, vestige anachronique du temps des sociétés secrètes, qui se caractérise par sa croyance aux recettes miracles et sa tendance au culte du chef charismatique.
« La musique a-t-elle un genre ? » : la question soulève encore souvent indifférence polie, sinon hilarité, voire mépris. Et pourtant ! Comme la littérature et la peinture, la musique n'échappe pas aux catégorisations genrées et encore moins aux inégalités de genre qui relèguent dans l'ombre les femmes artistes. Ce volume examine sur la longue durée ce phénomène d'invisibilisation des musiciennes à l'oeuvre tant dans l'historiographie que dans l'imaginaire social, tant dans les discours que dans les pratiques de création et les programmations. Repérant les différentes voies de disqualification des talents féminins, les seize études réunies ici scrutent les indices de l'enfouissement des musiciennes dans les traités philosophiques et esthétiques, dans les manuels d'éducation, dans les témoignages du public, dans les récits de vie, comme dans les écrits savants et la critique musicale, y compris la plus récente. Surgissent ainsi autant de jalons pour débusquer et mieux déconstruire les stéréotypes de genre dans les écrits sur la musique et les pratiques musicales d'hier et d'aujourd'hui.
Histoire environnementale, anthropologie de la nature, sociologie de l'environnement... : on assiste, depuis une trentaine d'années, à la multiplication de sciences humaines et sociales qui prennent l'environnement pour objet, et revendiquent de voir ainsi leur épistémologie transformée. Le foisonnement de ces labels est tel que, aujourd'hui, certains souhaitent les rassembler sous une bannière commune, celle d'« humanités environnementales ».Plutôt qu'un manifeste, cet ouvrage propose une histoire des humanités environnementales au prisme des disciplines (anthropologie, histoire, philosophie, géographie, sociologie, études littéraires, sciences politiques, économie, droit). Il retrace pour la première fois l'émergence intellectuelle et institutionnelle de ces domaines d'étude. En prêtant attention à la pluralité des débats et des controverses passés, ce livre décrypte un paysage singulier de la recherche internationale contemporaine : celui des sciences humaines et sociales aux prises avec l'environnement.
La victime détroussée par un voleur ou les témoins qui assistaient au délit se mettaient à hurler « haro ». Le crieur public, installé aux carrefours ou en tout autre lieu « accoustumé à faire cry », introduisait à haute voix son information par « Oyé, bonnes gens, on vous fait savoir... » Les sujets du royaume de France qui assistaient à une entrée royale ou à la conclusion de la paix s'écriaient « Noël ». On pourrait sans peine allonger la liste de ces cris médiévaux régulateurs des liens sociaux. Le Moyen Âge était très bruyant et les cris, spontanés ou ritualisés, fréquents. Nous l'avions peut-être oublié. Cet ouvrage vient nous le rappeler. Résultat d'un véritable travail de groupe, les études rassemblées dans ce volume visent à montrer que le cri, forme particulière de la parole, représente, dans une société largement dominée par l'oralité, un « acte de langage », une expression spécifique des sentiments et des émotions, un outil fréquent de l'interaction et un enjeu crucial dans les systèmes de communication. Ce que nous entendons aujourd'hui comme un cri est-il perçu comme tel au Moyen Âge ? Quels sont les mots qui signalent le cri ? Quels sont les lieux, les temps, les groupes où cette parole bruyante et créatrice est souhaitée, autorisée, tolérée ou interdite ? Les auteurs insistent ainsi sur la forte présence du cri lors des rites de passage, politiques, guerriers, sociaux et familiaux. Ils étudient également les crieurs, saisis dans leurs pratiques : les cris des marchands ambulants qui résonnent et se répondent dans les rues ou ceux du crieur public, au rôle politique central. Pour le roi, le seigneur ou la ville, posséder le cri est en effet la manifestation de son pouvoir et de sa capacité à maîtriser l'espace. En contrepoint de ces études sur l'époque médiévale, la parole a été donnée à une historienne de l'Antiquité et un historien du temps présent pour ouvrir ce travail novateur à d'autres périodes de l'histoire, afin de montrer que le cri relève aussi d'une construction culturelle variant dans l'espace et dans le temps.
La médecine grecque antique n’a pas fini de nous surprendre. L’héritage d’Asklépios explore les gestes médicaux, entre technique et symbolique, à travers les textes et images de la Grèce archaïque et classique.
Comment les sociétés médiévales ont-elles géré la succession, entre héritage et innovation ? Succéder au Moyen Âge explore, du Ve au XVe siècle, les stratégies de continuité et de rupture mises en œuvre par les femmes.
Les listes constituent une forme d'écriture très présente dans les textes du Moyen Âge, quels que soient leur nature et leur genre. Cette forme syntaxique, graphique et sémantique singulière a été l'objet d'une enquête collective menée dans le cadre d'un programme interdisciplinaire de recherche intitulé « Pouvoir des listes au Moyen Âge » (Polima), qui a bénéficié du soutien de l'ANR. Trois volumes collectifs rassemblent les études de cas issus des ateliers organisés dans le cadre de ce programme. Ils explorent les usages sociaux de cette forme d'écriture dotée de pouvoirs pragmatiques, poétiques et cognitifs.Ce troisième volume rassemble les actes de deux rencontres scientifiques organisées à Madrid (Casa de Velázquez, 5-8 juillet 2017) et Paris (Institut de Recherche et d'Histoire des Textes, 9-10 janvier 2018). Consacré à l'articulation entre, d'une part, la production et l'usage des listes et, d'autre part, la spatialité et la temporalité de la société médiévale, il ferme ce faisant la boucle ouverte au début du programme Polima, parti d'une hypothèse centrale de Jack Goody qui considère à la fois la liste comme paradigme de la raison graphique, comme espace graphique multidirectionnel et bordé, enfin comme mode de décontextualisation/recontextualisation - puisque les données écrites deviennent utilisables ailleurs et/ou plus tard.Ce volume montre ainsi comment la liste non seulement s'inscrit dans le temps et l'espace médiévaux mais aussi et surtout produit de la temporalité et de la spatialité. Les listes ne sont en effet pas simplement produites chacune en un lieu et un moment spécifiques qui en déterminent la nature et la forme, et elles ne mobilisent pas seulement non plus des savoirs spatiaux et temporels qui leur préexistent, mais elles font partie des instruments par lesquels la société médiévale maîtrise les effets de distance spatiale et temporelle en donnant corps à et en actualisant, par l'écrit ou l'image, ses représentations spatiales et temporelles.Ont collaboré à cet ouvrage : Éléonore Andrieu, Franz-Josef Arlinghaus, Nathalie Bouloux, Pierre Chastang, Anne Chiama, Julie Claustre, Fabrice Delivré, Francis Gingras, Uta Kleine, Florian Mazel, Joseph Morsel, Valérie Theis, Jean-Yves Tilliette, Cécile Voyer.
Comment l’écrit a-t-il façonné l’économie du Moyen Âge à l’époque moderne ? Ce livre révèle le rôle central des documents — comptabilité, actes notariés, cadastres — dans la prise de décision, la gestion et la réussite des entreprises d’autrefois.
Au XIIIe siècle, un juge sicilien réinvente le mythe de Troie et marque toute l’Europe. Guido delle Colonne et la fortune de Troie dans l’Europe médiévale explore comment son Historia destructionis Troiae.
Dans le Paris de la Belle Époque, de plus en plus d'ouvriers, d'employés et de petits fonctionnaires accèdent à la consommation. Les garde-robes se diversifient, les intérieurs populaires se peuplent peu à peu de meubles, comme la très convoitée armoire à glace, et la décoration envahit le logement. Les plus aisés des ouvriers et des employés arrivent même à acheter une bicyclette ou une machine à coudre. Cette nouvelle culture matérielle émerge grâce au développement du crédit qui donne accès financièrement à la consommation et de la publicité qui donne envie d'acheter des biens nouveaux. Georges Dufayel, en pionnier de cette révolution commerciale, a bâti un empire économique à la fin du siècle. Ses magasins grandioses, installés boulevard Barbès, deviennent les temples de la consommation populaire parisienne.Ces objets et leurs usages témoignent également d'une culture populaire spécifique, encore marquée par la vulnérabilité économique et le recours à la débrouille. De la fréquentation du Mont-de-Piété à l'achat d'objets d'occasion chez les brocanteurs, en allant parfois jusqu'au vol, ces pratiques ressemblent bien souvent à des « consommations transitoires », non sans le risque, aussi, de la saisie des biens et de l'expulsion du logement. Touchant à l'histoire de la vie privée, des échanges économiques ordinaires et de la culture matérielle, cet ouvrage met en lumière à la fois les dominations multiples qui pèsent sur les classes populaires et les petits arrangements, les micro-résistances, qui traversent le peuple des choses et les choses du peuple.
Et si la science et la littérature pouvaient enfin dialoguer pour mieux comprendre les animaux ? Écrire du côté des animaux rassemble les réflexions d’éthologues, de linguistes et d’historiens pour repenser notre manière de décrire le vivant.
Tout en proposant une lecture critique de la modernité, les philosophes contemporains ont souvent nourri un dialogue serré avec les philosophes du Grand Siècle. Ce retour critique vers le siècle de la raison et du calcul a en réalité contribué à dessiner les contours d'une époque qui nous apparaît comme étrangement familière. Qu'il s'agisse des sciences humaines ou des sciences cognitives, cette période décisive de l'histoire de l'Europe, que Foucault désignait volontiers comme le « moment cartésien », n'apparaît pas seulement comme un moment de rupture, mais également comme une révolution dans l'ordre du savoir dont les échos et les effets sont encore perceptibles dans les débats contemporains sur les rapports entre l'âme et le corps, les mondes possibles, les fondements du droit et le pouvoir symbolique, ou encore l'usage de la notion de finalisme en biologie. Qu'il s'agisse de Schlick, Duhem et Lewis, de Heidegger, Horkheimer, Sartre et Deleuze, ou bien de Lacan, Bourdieu et Villey, les contemporains ont souvent cherché chez les modernes une source d'inspiration, un modèle à imiter et à réactiver, ou bien une figure à dépasser, à réfuter et à subvertir. Descartes, mais aussi Hobbes, Pascal, Leibniz, Spinoza ou Locke, apparaissent ainsi comme nos contemporains, c'est-à-dire comme des penseurs dont la philosophie est, dans notre présent, encore à l'oeuvre.
On le sait peu, mais près d'un litre sur dix de l'essence vendue aux automobilistes français provient du delta du Niger. Cette région, qui ne doit pas être confondue avec le delta intérieur du Niger au Mali, se trouve sur la côte atlantique du Nigeria anglophone, le pays le plus peuplé d'Afrique et l'un des principaux producteurs de pétrole du continent. Ce dédale de criques, immense, s'étale sur des centaines de kilomètres et constitue le plus vaste delta d'Afrique - le troisième au monde par son étendue. Une grande insécurité caractérise aussi la région, liée à des conflits qui mêlent groupes armés et contrebandiers en tous genres, trafiquants hier d'esclaves, aujourd'hui de fûts de pétrole.Pour beaucoup d'observateurs, la ruée vers l'or noir est à l'origine de ces troubles. Le pétrole serait une malédiction, et le Nigeria un exemple emblématique de gaspillage financier, de gâchis industriel, de corruption endémique, de mauvaise gouvernance, de criminalité violente. Or, à y regarder de plus près, les nombreux conflits qui secouent le delta du Niger ne peuvent être réduits à une simple opposition entre des pêcheurs, des militaires et les multinationales du pétrole. La production d'hydrocarbures ne constitue qu'un des éléments d'un problème dont les racines sociales et communautaires sont beaucoup plus profondes.
Incantatoire, le terme « réforme » oriente et sature discours et représentations politiques actuels, à l'opposé du Moyen Âge qui semble avoir fait un usage extrêmement limité de la forme longue du terme prévalant à l'époque : la reformatio. L'histoire du Moyen Âge occidental est pourtant tout entière narrée selon une trame « réformiste » : rois, papes ou évêques plus ou moins « réformateurs », réformes carolingienne, clunisienne, grégorienne, cabochienne, etc. sont autant de formules qui ont connu, ou connaissent encore, un vif succès, sans que le mot « réforme » ne soit toujours clairement défini et presque jamais historicisé. Que bon nombre de « réformateurs » médiévaux se soient définis comme des conservatores, des conservateurs, devrait pourtant nous interroger, d'une part, sur l'imaginaire politique que nous projetons sur leurs expériences institutionnelles, et, d'autre part, sur la direction et le sens que ces derniers entendaient originellement donner à leur entreprise.Régressive, la démarche qui sous-tend cet ouvrage collectif vise ainsi à retracer l'histoire d'un terme aujourd'hui à succès - la réforme - et à identifier un vocabulaire « réformateur » proprement médiéval. Sans verser dans l'écueil du nominalisme et en laissant sagement de côté la « réforme » comme phénomène historique, les contributions qu'il rassemble resteront plus résolument au ras des mots, et, partant, au plus près des représentations politiques médiévales, tout en interrogeant les usages (et les mésusages) de ce paradigme par les médiévistes.