Coédition NENA/Éditions Savane
J'en étais là, à me poser des questions sur l'avenir de la littérature béninoise écrite par les femmes, quand l'idée me vint de lancer une tontine. Au début, toutes n'y croyaient pas forcément, mais voilà! Quinze textes inédits de quinze Béninoises! C'est juste à saluer. Je revois, ici, des écrivaines à cheval sur deux générations. Je relis, ici, des auteures que j'avais connues dans d'autres genres. Je retrouve des auteures qui avaient fait parler d'elles, mais qui ont entretemps disparu. Et je fais aussi connaissance avec des guerrières dont je n'avais jamais entendu parler... Quel plaisir de lire ces belles plages concoctées et offertes par nos sours! Des formes variées. Des thèmes foisonnants tels des grains de sable sur une grève. C'est bien la preuve que les femmes béninoises n'ont pas encore dit leur dernier mot, et qu'elles nous réservent bien des surprises. Une vraie invite à un voyage qui ne saurait laisser personne indifférent. Rodrigue Atchaoué
Mon féal s'est rendu félon M'a enfoui dans un fenil Insufflé mal-être et suie Ce doit être cela, la poésie, ce bijou à la fois délicat et violent, ce bijou violent de délicatesse. Car la violence se vêt parfois du souffle pur de la délicatesse qui la porte et affole (...) Et moi je dis que le poète est voyant, Myrtille Akofa Haho l'atteste de sa belle jactance. Tiré de la préface de Carmen Toudonou Violence et rage, impétuosité et déchirement, vague à l'âme et désespoir, célébration du mal-être et supplication, désir ardent d'être apprivoisées et réclamation constante de liberté, tressaillements... Tiré de la postface de Tanguy Ago
J'ai entendu dire que vous pourriez faire démolir le chantier abandonné du siège de l'Assemblée Nationale qui gît, dans la boue de vos consciences, à l'entrée de la ville de Porto-Novo. Je voudrais vous prier, Messieurs, de vous garder de poser un tel acte, car ce cadavre qui repose dans le marécage rend témoignage de l'excellente qualité de votre propre gouvernance. Mais, avant tout, ce sombre amas de maçonnerie est aussi un mémorial, c'est-à-dire une chose pour se souvenir. Oui, un mémorial érigé à la gloire d'un dieu, le dieu de la corruption... Quand l'audace et la générosité se donnent rendez-vous sur le Net, quand la rigueur et la profondeur s'épaulent, quand une parole étincelante jaillit comme une mine d'or, quand la force des mots croise la vérité des faits, pour porter une nation désolée et l'extirper des confins ténébreux où elle gît, c'est une nuit qui s'évanouit, et derrière elle, un espoir s'épanouit.
L'intérêt du récit épistolaire de Robert Asdé n'est sans doute pas dans les interrogations et les accusations suscitées par la révolte de son héros contre l'ordre de la vie. Pas davantage dans les réponses compensatoires servies par l'intervention artificielle de la Divinité dans le règne humain. L'intérêt de ce texte découle des procédés de création qui l'organisent et lui confèrent son originalité. Tiré de la préface de Pierre Médéhouègnon Belle astuce littéraire que celle d'une lettre adressée à Dieu. Cette lettre passe en revue les grands problèmes, les bobos de tous ordres qui handicapent et paralysent nos sociétés en voie de déshumanisation rapide. Rien n'a été oublié, rien n'a été laissé dans l'ombre : nos mensonges et nos orgueils, nos présomptions et nos prétentions, nos petitesses et nos bassesses. Les questions philosophiques et métaphysiques ne sont pas occultées : la vie et la mort, la richesse et la pauvreté, le bien et le mal, le paradis et l'enfer... Tiré de la postface de Jérôme Carlos
Gandaho rougit. Ce qu'il désirait en ce moment-là, c'est qu'elle se livre entièrement, qu'elle montre ses fantasmes les plus impudiques. Tout d'un coup, emporté par un rythme dément, il hurla : - Merde, tu vas mourir, pétasse! Puis il claqua les doigts et ses gorilles vinrent. Deux gaillards bien costauds vêtus de noir. - Je ne voudrais pas qu'il y ait de traces. - Bien reçu, patron, répondirent-ils docilement. L'un d'entre eux caressait déjà son entrejambe et mordillait ses lèvres. Cruel destin que celui de Atchébi. Matérialiste jusqu'au bout des ongles. Mais tout, dans la vie, a un prix. Le lecteur est invité à découvrir, à travers ces pages, l'étrange destin d'une jeune femme qui, trop fière de ses atouts physiques, a voulu tout avoir.
Revendiquer sa culture, exiger son droit à la diversité culturelle ou proclamer son appartenance à un groupe de croyants et s'emparer du fanion de cette croyance pour perpétrer des actions dès lors qualifiées de « saintes », pour terroriser ses semblables en leur imposant sa vision des choses et sa loi, telles sont, à n'en pas douter, deux des caractéristiques les plus préoccupantes de l'entrée de nos sociétés dans ce vingt-et-unième siècle qui commence. C'est pourquoi les textes réunis ici ont été jugés aptes, à ouvrir une réflexion sérieuse et méthodique sur la religion et la culture en Afrique au seuil du 21ème siècle. Les contributions réunies dans ce volume s'ouvrent par une interrogation et, plutôt que de se fermer, elles se terminent par une ouverture sur des horizons de recherche. Il y a là de quoi ouvrir et alimenter les enquêtes que seuls ou en groupes structurés les spécialistes des sciences de l'homme sont invités à imaginer et conduire sur la religion et la culture de l'Afrique d'aujourd'hui.
À qui la faute : Lorsque le manque d'écoute et d'attention entraîne la descente progressive d'un adolescent dans les fers des enfers, à qui la faute? La toilette : Est une métaphore qui invite les dirigeants africains à prendre de graves décisions pour rebâtir l'Afrique.
La porte d'entrée était entrouverte et, pressée d'échapper à la pluie, j'ai posé le vélo contre un mur, puis ai couru pour me réfugier dans mon salon. Et sur quoi suis-je tombée à votre avis? Mon mari en pleins ébats sexuels avec ma bonne, âgée d'à peine quinze ans, dans mon canapé! Dagobert étant docker, a des horaires flexibles; et normalement, il devait se trouver au Port autonome de Cotonou, à faire des déchargements. Les deux amants étaient tellement transportés ailleurs qu'ils n'avaient même pas remarqué ma présence. Choquée, je sortis chercher un seau d'eau que je versai sur les traîtres enlacés. Ils se détachèrent précipitamment, ébaubis, outrés, évidemment en tenue d'Eve pour l'une et d'Adam pour l'autre. Loin d'avoir honte de leur trahison et de faire profil bas, ils se sont jetés sur moi avec une hargne mortelle. Un pur régal que ces quatre nouvelles, ces récits de vie où « ambianceurs » sont continuellement aux prises avec « Nanas benz » et « vagins invendus ». Les violences conjugales, thème commun à tous les textes, sont ici abordées sous diverses facettes, avec des intrigues que seule l'auteure du Plat qui se mange froid sait en tisser. On y retrouve ses légendaires commissaires Aza et Baroué.
Je retrouvai mon appartement. Vidé de son contenu, comme un bélier éventré le jour de la Tabaski. Il me restait juste le haut-parleur, qui ornait encore cette pauvre chambre, triste de mes désirs. C'était du moins l'image que je recevais. Mon lit, le matelas, tout le reste était parti dans des bradages commerciaux pour que je puisse prendre ce vol vers le Canada. J'avais dépensé tout l'argent qui m'avait été donné, en plus de ce que j'avais pu réunir de la vente de mes biens. Et là, je revenais bredouille, la tête assaillie par une marée de doutes. Tout homme porte un rêve. Celui du personnage est de s'expatrier pour un mieux-être. Mais entre soi et son aboutissement, les obstacles peuvent prendre plusieurs formes. Comme celle d'un meilleur ami malintentionné. Voilà une autobiographie qui se lit avec « deux larmes perlant au creux des yeux », comme Sophie Adonon, rédigeanst la préface.
« La fada! l'instruire? tu le dis, me défiant. Je n'investirai pas sur ce sort peu confiant. Je dénie de jeter des sous par la fenêtre. Pense plutôt aux fils ainsi qu'à leur bien-être » C'est un fait. Plusieurs sociétés - africaines en l'occurrence - préfèrent le garçon à la fille, considérée comme négligeable, voire indésirable, dont on se soucie très peu de l'éducation, du devenir. Or la femme peut réussir autant que l'homme, et même mieux. Sophie Adonon le prouve, et de fort belle manière. Alliant rudesses de la tradition africaine et caprices de la versification française, elle trace le parcours d'une fille, Assouka, délaissée par le père, qui réussit à « déplacer des montagnes », pendant que ses frères sur qui reposent les espoirs paternels, n'ont pu s'accomplir. La pièce Assouka est, au Bénin et en Afrique, pionnière du théâtre versifié.