Vermillon
Un enseigne de vaisseau qui ne goûte pas les cérémonies militaires prend le commandement du Pégase, un navire de guerre qui part croiser vers un sud improbable. C'est un personnage mélancolique qui fuit une histoire d'amour et dont la vie ne semble plus bercée que par la houle. Il s'abandonne au rythme de la navigation, à la poésie des cartes marines. Le Pégase finit par toucher le Parador, pays qui n'est pas sans rappeler la Guyane, et par s'ancrer à Échouage, ville déchirée par une guerre civile. Là, l'enseigne de vaisseau s'abandonne à l'oisiveté, à une volupté corsetée par son uniforme blanc. Souvenirs d'anciennes campagnes navales, d'amitiés et d'amours perdues renaissent dans une moiteur équatoriale où la condition humaine est mise à nu. Rarement on aura parlé de la mer et de la navigation avec une connaissance si poétique et naturelle.
C'est un destin comme il en existe peu. Encouragé par sa mère, un gamin de Bayonne s'inscrit au conservatoire de piano. Il se révèle extrêmement doué, est embauché à treize ans par un orchestre de casino et monte à Paris à quinze. Gérard Daguerre va devenir le musicien des plus grandes vedettes de l'époque : Joe Dassin, Michel Delpech, Michel Sardou, Régine, Sylvie Vartan, Charles Aznavour ou Serge Lama... En 1981, il fait une rencontre qui le bouleversera à jamais, celle de Barbara, qu'il accompagne au piano pendant dix-sept ans. Il est l'un des rares à qui elle accorde sa confiance. Il devient son indispensable "G". D'elle, il apprend la meilleure des leçons, toujours entrer dans l'univers de ceux qu'il accompagne, être tout entier dans leurs chansons.
C'est un destin comme il en existe peu. Encouragé par sa mère, un gamin de Bayonne s'inscrit au conservatoire de piano. Il se révèle extrêmement doué, est embauché à treize ans par un orchestre de casino et monte à Paris à quinze. Gérard Daguerre va devenir le musicien des plus grandes vedettes de l'époque : Joe Dassin, Michel Delpech, Michel Sardou, Régine, Sylvie Vartan, Charles Aznavour ou Serge Lama... En 1981, il fait une rencontre qui le bouleversera à jamais, celle de Barbara, qu'il accompagne au piano pendant dix-sept ans. Il est l'un des rares à qui elle accorde sa confiance. Il devient son indispensable "G". D'elle, il apprend la meilleure des leçons, toujours entrer dans l'univers de ceux qu'il accompagne, être tout entier dans leurs chansons.
Paru dans ParisMatch en 1956 et longtemps attribué au reporter vedette du magazine, Jean-Pierre Pedrazzini, le portrait saisissant de deux insurgés est devenu une icône de la Révolution hongroise. En l'an 2000, Phil Casoar et Eszter Balázs se lançaient dans des recherches acharnées, menées sur trois continents, pour retracer le destin poignant des deux jeunes révoltés, découvrir la véritable identité du photographe et comprendre le sort paradoxal d'une image devenue, à l'Ouest, l'emblème de l'héroïsme révolutionnaire, érigeant les deux jeunes gens en Gavroches de Budapest bravant les chars de l'Armée Rouge, et à l'Est leur caricature en houligans. De cette enquête est né un livre paru en 2006, Les Héros de Budapest, qui racontait notamment les tribulations de Jutka, l'insurgée bravache et balafrée dont la vie fut bouleversée par cette photo. Mais le garçon posant à ses côtés demeurait inconnu. Vingt ans plus tard, Phil Casoar et Eszter Balázs sont enfin parvenus à mettre un nom sur son visage et à reconstituer les circonstances de sa mort. Le présent ouvrage, édition enrichie des Héros de Budapest, nous donne à lire, dans son intégralité, l'envers d'une photo.
Seamus Heaney nourrissait l'idée de rassembler des poèmes en un volume court mais suffisamment exhaustif pour pouvoir servir d'introduction aux néophytes. Il n'y est jamais parvenu lui-même, et aucune anthologie ne proposait à ce jour un si large spectre, allant du premier au dernier de ses recueils tant de fois récompensés. Mais ce projet a finalement repris vie, et donné forme à un ensemble intime de poèmes, choisis et présentés par la famille Heaney. Dans 100 poèmes, les lecteurs retrouveront les vers les plus célèbres et encensés, mais pourront aussi en découvrir de moins connus. Une anthologie singulière et à la portée intemporelle, qui puise loin sa richesse.
Seamus Heaney nourrissait l'idée de rassembler des poèmes en un volume court mais suffisamment exhaustif pour pouvoir servir d'introduction aux néophytes. Il n'y est jamais parvenu lui-même, et aucune anthologie ne proposait à ce jour un si large spectre, allant du premier au dernier de ses recueils tant de fois récompensés. Mais ce projet a finalement repris vie, et donné forme à un ensemble intime de poèmes, choisis et présentés par la famille Heaney. Dans 100 poèmes, les lecteurs retrouveront les vers les plus célèbres et encensés, mais pourront aussi en découvrir de moins connus. Une anthologie singulière et à la portée intemporelle, qui puise loin sa richesse.
Plongez dans l'échange épistolaire inédit entre Jacques-Émile Blanche, peintre emblématique de la Belle Époque, et Jean Cocteau, génie littéraire du XXe siècle.
Du peintre Jacques-Émile Blanche on connaît surtout son fameux portrait de Proust. Né en 1861, influencé par Monet, Manet et Corot, il deviendra le portraitiste de la société littéraire, artistique, mondaine de la Belle Époque et de l'entre-deux-guerres. Mais il fut aussi écrivain et auteur d'une trentaine de livres (critiques d'art, romans, souvenirs...). Dans son atelier se croisent Fantin-Latour, Valéry, Mallarmé, Morand, Claudel, Anna de Noailles, la princesse Bibesco, Ravel... Ami de Cocteau, Blanche deviendra son correspondant privilégié. Leur correspondance couvre la période 1912-1939 et comprend soixante-quinze lettres de Cocteau et trente et une de Blanche, toutes inédites. La première partie relate leurs voyages, leur vie mondaine et leurs projets. Cocteau sollicite alors les conseils du 'maître'. Survient la Première Guerre mondiale, Cocteau s'engage comme ambulancier et parle de son expérience du front. À la fin de la guerre, les deux amis peuvent se consacrer plus amplement à leur travail, mais n'oublient pas d'évoquer dans leurs lettres les scandales politiques et la vie artistique de Montparnasse. Enfin, les dernières lettres reflètent une douloureuse expérience : Cocteau vient de perdre son ami Raymond Radiguet. Blanche est le seul à qui il ose encore se confier. Cette correspondance croisée offre de multiples considérations sur le travail et la vie de ces deux peintres-écrivains d'exception.
Passage de témoin continu entre la petite dame (certainement pas petite d'âme) et Valérie, Valérie Rouzeau, ces poèmes sont un ballet où elles s'effleurent du bout des doigts avant de s'effacer et de céder la place à l'autre. C'est délicat, fluide, drôle (cet agent culturel en train de se sentir l'aisselle, on le voit !), déterminé même dans les passages plus durs (cocotte avion flèche papier - c'est plié), plein de trouvailles (bien vieillir ou vieillir bien...), de jeux avec l'anglais (entre le quai et le marchepied please mind the gap) et toujours avec les mots (persévérance - perce et révérence)...
Passage de témoin continu entre la petite dame (certainement pas petite d'âme) et Valérie, Valérie Rouzeau, ces poèmes sont un ballet où elles s'effleurent du bout des doigts avant de s'effacer et de céder la place à l'autre. C'est délicat, fluide, drôle (cet agent culturel en train de se sentir l'aisselle, on le voit !), déterminé même dans les passages plus durs (cocotte avion flèche papier - c'est plié), plein de trouvailles (bien vieillir ou vieillir bien...), de jeux avec l'anglais (entre le quai et le marchepied please mind the gap) et toujours avec les mots (persévérance - perce et révérence)...
JEUDI Aujourd´hui c´est Tsiknopempti Le fameux jeudi de la viande Allons-y gaiement les petits C´est moi qui passe la commande Pour chacun deux ou trois gyros Agrémentés de souvlakis De keftedes d´un plat en sauce D´un petit verre de raki Encore quelques côtelettes Qu´on tient comme un harmonica Pas de couteau pas de fourchette D´accord mangeons avec les doigts JÉRUSALEM, 1987 Tous les matins je prends mon café Dans une tasse palestinienne Je m´en vais assez loin me reviennent Notre maison Myriam qui fait Des falafels murs terre de Sienne Sur une photographie ancienne Tous les matins je prends mon café Dans une tasse palestinienne De la première Intifada des Jets de pierres entre les persiennes La faïence est un peu fissurée Est-ce l´anse qu´il faut que je tienne ? Tous les matins je prends mon café Né en 1985, Guillaume Decourt est poète. Il a passé son enfance en Israël, en Allemagne et en Belgique puis a vécu dans les monts du Forez, à Mayotte et en Nouvelle Calédonie. Il partage aujourd'hui son temps entre Paris et Athènes. Il a publié une douzaine de recueils, parmi lesquels Un gratte-ciel, des gratte-ciel (Lanskine, 2019), À 80 km de Monterey (Æthalidès, 2021) et Le Bonjour de Christopher Graham (Æthalidès, 2023). Ses recueils Lundi propre (2023, prix Max-Jacob et prix de l'Académie française Lucette Moreau) et Un Temps de fête (2024) ont tous deux paru à La Table Ronde. Prix Max-Jacob 2024 Prix de l'Académie française 2024 Prix Saint Lary de poésie 2026
JEUDI Aujourd´hui c´est Tsiknopempti Le fameux jeudi de la viande Allons-y gaiement les petits C´est moi qui passe la commande Pour chacun deux ou trois gyros Agrémentés de souvlakis De keftedes d´un plat en sauce D´un petit verre de raki Encore quelques côtelettes Qu´on tient comme un harmonica Pas de couteau pas de fourchette D´accord mangeons avec les doigts JÉRUSALEM, 1987 Tous les matins je prends mon café Dans une tasse palestinienne Je m´en vais assez loin me reviennent Notre maison Myriam qui fait Des falafels murs terre de Sienne Sur une photographie ancienne Tous les matins je prends mon café Dans une tasse palestinienne De la première Intifada des Jets de pierres entre les persiennes La faïence est un peu fissurée Est-ce l´anse qu´il faut que je tienne ? Tous les matins je prends mon café Né en 1985, Guillaume Decourt est poète. Il a passé son enfance en Israël, en Allemagne et en Belgique puis a vécu dans les monts du Forez, à Mayotte et en Nouvelle Calédonie. Il partage aujourd'hui son temps entre Paris et Athènes. Il a publié une douzaine de recueils, parmi lesquels Un gratte-ciel, des gratte-ciel (Lanskine, 2019), À 80 km de Monterey (Æthalidès, 2021) et Le Bonjour de Christopher Graham (Æthalidès, 2023). Ses recueils Lundi propre (2023, prix Max-Jacob et prix de l'Académie française Lucette Moreau) et Un Temps de fête (2024) ont tous deux paru à La Table Ronde. Prix Max-Jacob 2024 Prix de l'Académie française 2024 Prix Saint Lary de poésie 2026
Dans son Journal, Jean-Luc Lagarce évoquait avec ironie et superstition les ' camarades chercheurs de l'Idaho ', ces universitaires qui travailleraient sur ses archives quand il aurait obtenu la gloire. Trente ans après sa mort, Gus Idaho, documentariste américain, mène son enquête sur Lagarce, et fait défiler devant sa caméra les proches du dramaturge : la Mère, le Père ; les producteurs Lucien et Micheline Attoun ; la Comédienne ; l'Alter Ego ; le Romancier... Tour à tour, chacun fait revivre Lagarce - comédien, metteur en scène, mais aussi ami, frère, fils. De sa ville natale près de Montbéliard, où ses parents étaient ouvriers chez Peugeot, à l'intelligentsia parisienne et aux backrooms de la capitale, en passant par La Roulotte à Besançon et une résidence à Berlin, Lagarce aura pris un nombre incalculable de trains et connu une foule d'amants. Jusqu'à ce que le sida frappe à sa porte au milieu des années 1990, refermant le rideau sur une vie d'écriture et un inlassable amour des mots. Dans un portrait saisissant, Charles Salles rend hommage à l'un des auteurs contemporains les plus joués en France, surtout connu pour sa pièce Juste la fin du monde (portée à l'écran par Xavier Dolan en 2016), et parvient une nouvelle fois à entremêler fiction et réalité, personnage et être de chair.
Dans son Journal, Jean-Luc Lagarce évoquait avec ironie et superstition les ' camarades chercheurs de l'Idaho ', ces universitaires qui travailleraient sur ses archives quand il aurait obtenu la gloire. Trente ans après sa mort, Gus Idaho, documentariste américain, mène son enquête sur Lagarce, et fait défiler devant sa caméra les proches du dramaturge : la Mère, le Père ; les producteurs Lucien et Micheline Attoun ; la Comédienne ; l'Alter Ego ; le Romancier... Tour à tour, chacun fait revivre Lagarce - comédien, metteur en scène, mais aussi ami, frère, fils. De sa ville natale près de Montbéliard, où ses parents étaient ouvriers chez Peugeot, à l'intelligentsia parisienne et aux backrooms de la capitale, en passant par La Roulotte à Besançon et une résidence à Berlin, Lagarce aura pris un nombre incalculable de trains et connu une foule d'amants. Jusqu'à ce que le sida frappe à sa porte au milieu des années 1990, refermant le rideau sur une vie d'écriture et un inlassable amour des mots. Dans un portrait saisissant, Charles Salles rend hommage à l'un des auteurs contemporains les plus joués en France, surtout connu pour sa pièce Juste la fin du monde (portée à l'écran par Xavier Dolan en 2016), et parvient une nouvelle fois à entremêler fiction et réalité, personnage et être de chair.
À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C'est l'histoire d'un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c'est qu'il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d'Apollinaire et les chansons de Trenet. C'est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l'odeur de la mer. Par la magie d'une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de boeufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.
Je ne vais pas raconter d'histoire, pour une fois. À part des notes prises sur des petits carnets, je n'utilise plus de stylo. Le Montblanc de mon vingtième anniversaire est depuis longtemps comme un soldat abandonné dans le pot à crayons. Je bénis chaque jour l'existence du traitement de texte parce que j'ai un souvenir épouvantable du dernier roman, assez gros, que j'ai dû taper à la machine. C'était bruyant, abrutissant, décourageant. Les touches qui trahissent, le ruban qu'il faut changer et qui tache les doigts, les feuillets maculés de correction et de "blanco". Le manuscrit ressemblait à un bébé sale, mécontent. Tout ça, c'est fini et c'est tant mieux. Circonstance aggravante, depuis que j'ai un ordinateur portable, j'écris allongé, de préférence sur un canapé, la tête surélevée par un coussin. Le chat est bienvenu, ainsi que des écouteurs qui passent le plus souvent des compilations de soul et de rhythm and blues. Quand le chat a faim, je retire les écouteurs et la journée est terminée : je peux enfin me lever.
Je ne vais pas raconter d'histoire, pour une fois. À part des notes prises sur des petits carnets, je n'utilise plus de stylo. Le Montblanc de mon vingtième anniversaire est depuis longtemps comme un soldat abandonné dans le pot à crayons. Je bénis chaque jour l'existence du traitement de texte parce que j'ai un souvenir épouvantable du dernier roman, assez gros, que j'ai dû taper à la machine. C'était bruyant, abrutissant, décourageant. Les touches qui trahissent, le ruban qu'il faut changer et qui tache les doigts, les feuillets maculés de correction et de "blanco". Le manuscrit ressemblait à un bébé sale, mécontent. Tout ça, c'est fini et c'est tant mieux. Circonstance aggravante, depuis que j'ai un ordinateur portable, j'écris allongé, de préférence sur un canapé, la tête surélevée par un coussin. Le chat est bienvenu, ainsi que des écouteurs qui passent le plus souvent des compilations de soul et de rhythm and blues. Quand le chat a faim, je retire les écouteurs et la journée est terminée : je peux enfin me lever.
Que faire lorsque la fin du monde arrive ? Manger des pavés de saumon rôtis, des gâteaux chocolat-smarties, des fruits rouges, des vitamines à coenzymes et des pêches à peine mûres. Lire Homère, Yeats, Eliot, Freud, Woolf, Marie Kondo et Twitter. Porter un duffel-coat bleu, une robe de cocktail dos nu, un pantalon de grossesse. Regarder YouTube, La Pat' Patrouille, les infos, les chiffres, de vieilles photos et se regarder les uns les autres - de près. Emprunter de l'argent. Porter le deuil. Tomber amoureux de la charmante bouche de quelqu'un. Certains ont des enfants. Certains vieillissent. Dans ce deuxième recueil, Hannah Sullivan, lauréate du prix T. S. Eliot, traverse les terrasses et districts du Londres des années 80, les larges rues de Boston où les blocs de glace ressemblent à des Brancusi. Autant de lieux où rien n'est trop insignifiant ou disgracieux pour retenir son attention.
Correspondance rassemblée par Jean Guyon, Nicolas Le Flahec et Gilles Magniont. Préface de Richard Morgiève. Souvent reclus mais jamais indifférent, Jean-Patrick Manchette (1942-1995) cherche et trouve enfin dans sa correspondance la voie d'un renouvellement créatif ; dans une sorte d'art poétique en fragments, il cause, parfois avec humour et toujours avec énormément de soin, du style, du polar, de la traduction, de l'économie du livre, du cinéma, de l'art et de la marchandise... ; il s'entretient avec de grands auteurs - tels Pierre Siniac, Jean Echenoz, Robin Cook, ou les Américains qu'il aime et parfois traduit, de Donald Westlake à James Ellroy en passant par Ross Thomas - mais se montre aussi attentif et précis lorsqu'il s'agit de répondre à ses lecteurs, alors même qu'il refuse régulièrement (et parfois vertement !) contributions et invitations officielles. Ainsi, la correspondance laisse percevoir les voies singulières par où Manchette communiquait sa "fraternité contenue", en même temps qu'elle fait entendre les échos d'une époque, ses controverses politiques aussi bien que ses déflagrations violentes, des soubresauts du terrorisme aux premières émeutes de banlieue. Pour accompagner ces lettres, des notes permettent une rapide contextualisation biographique ou historique. Ou encore suggèrent un lien avec d'autres textes (critiques ou romanesques) de Manchette : activité d'écriture capitale à ses yeux, la Correspondance constitue en définitive un élément essentiel de son oeuvre, par quoi l'écrivain cherche et finit par trouver cette grande forme qu'il convoite. Jusqu'ici, n'ont été publiées, et de manière éparse, que quelques lettres de Jean-Patrick Manchette ; cet épais volume en rassemble plus de deux cents - dont un tiers traduites de l'anglais -, pour l'essentiel inédites. Elles couvrent les années 1977-95, du moment où Manchette commence à les archiver méthodiquement jusqu'à sa mort. Cette période, qui semblait coïncider avec un retrait progressif (plus de roman publié après La Position du tireur couché en 1981) est enfin rendue, grâce à ces lettres, dans tout son bouillonnement Elles sont le reflet de la vie littéraire et artistique des années 1970-80.
Il y a peut-être des moments dans la vie où il faut prendre de graves décisions. Celle, par exemple, de rester chez soi quand la nuit est tombée. Cette décision en entraîne d'autres : changer de canapé, lire, écouter de la musique, écrire des livres si on y tient, et même devenir un spécialiste du poulet rôti : on le regarde tourner à travers la vitre du four, le programme dure une heure, c'est plus intéressant que la télévision. Au moment de dîner, dans la cuisine (toujours dîner dans la cuisine), tous vos amis sont épatés. Ils se posent des questions, à leur tour. L'idée n'était pas si bête, après tout.
Il y a peut-être des moments dans la vie où il faut prendre de graves décisions. Celle, par exemple, de rester chez soi quand la nuit est tombée. Cette décision en entraîne d'autres : changer de canapé, lire, écouter de la musique, écrire des livres si on y tient, et même devenir un spécialiste du poulet rôti : on le regarde tourner à travers la vitre du four, le programme dure une heure, c'est plus intéressant que la télévision. Au moment de dîner, dans la cuisine (toujours dîner dans la cuisine), tous vos amis sont épatés. Ils se posent des questions, à leur tour. L'idée n'était pas si bête, après tout.
' Un morceau de Donna Summer l'électrise et le sort de sa rêverie. En bas, au fond de la scène, derrière les décors, il aperçoit Fabrice qui traverse la piste. Il se souvient de leur rencontre, quatre ans plus tôt, une nuit de réveillon, au Sept, un club chic et gay de la rue Sainte-Anne, ouvert par Fabrice en 68. Il avait fait l'effort de se raser et de se laver les cheveux, de passer une veste de smoking croisée blanche, très propre, sur un pantalon en cuir noir à peu près net - même s'il gardait au niveau de l'entrejambe le souvenir acide du vomi du bassiste d'un groupe punk gallois aimé une nuit au Gibus -, un oeillet rouge à la boutonnière, une chemise noire repassée et un noeud papillon blanc immaculé. ' Adolescent, Alain Pacadis se passionnait pour les batailles napoléoniennes. Comment ce timide fils d'immigrés, vivant seul avec sa mère rue de Charonne, est-il devenu l'icône glam-punk qui signait les chroniques gonzo de Libé depuis 1975 ? Comment le jeune Alain, peu après sa première manif en 68, a-t-il franchi les portes du Palace et des Bains Douches, escorté par une joyeuse bande de freaks ? Davantage que le journaliste, c'est un personnage de roman que nous révèle Charles Salles, soulevant pour nous ce rideau de paillettes et d'extravagance.
' Un morceau de Donna Summer l'électrise et le sort de sa rêverie. En bas, au fond de la scène, derrière les décors, il aperçoit Fabrice qui traverse la piste. Il se souvient de leur rencontre, quatre ans plus tôt, une nuit de réveillon, au Sept, un club chic et gay de la rue Sainte-Anne, ouvert par Fabrice en 68. Il avait fait l'effort de se raser et de se laver les cheveux, de passer une veste de smoking croisée blanche, très propre, sur un pantalon en cuir noir à peu près net - même s'il gardait au niveau de l'entrejambe le souvenir acide du vomi du bassiste d'un groupe punk gallois aimé une nuit au Gibus -, un oeillet rouge à la boutonnière, une chemise noire repassée et un noeud papillon blanc immaculé. ' Adolescent, Alain Pacadis se passionnait pour les batailles napoléoniennes. Comment ce timide fils d'immigrés, vivant seul avec sa mère rue de Charonne, est-il devenu l'icône glam-punk qui signait les chroniques gonzo de Libé depuis 1975 ? Comment le jeune Alain, peu après sa première manif en 68, a-t-il franchi les portes du Palace et des Bains Douches, escorté par une joyeuse bande de freaks ? Davantage que le journaliste, c'est un personnage de roman que nous révèle Charles Salles, soulevant pour nous ce rideau de paillettes et d'extravagance.
Connu pour ses polars concis et ses héros mutiques, Manchette aimait bavarder, et si, comme Guy Debord, il n'a jamais caché combien il seméfiait de la presse, il la lisait avec attention. En témoignent les vingt-huit entretiens qui composent ce recueil, animés d'un goût et d'un art de l'échange souvent teintés d'humour. Manchette ne se contente pas de répondre aux sollicitations de grands quotidiens ou d'une émission comme Apostrophes : il s'exprime aussi dans des revues plus confidentielles, où il se sent plus à son aise et nous offre certains secrets de fabrication de ses romans. La présente édition rassemble des entretiens publiés entre 1973 et 1993. Les lecteurs de Manchette y retrouveront tout ce qui fait le charme de son oeuvre ; les autres découvriront une voix qui les étonnera par sa liberté de ton.
Connu pour ses polars concis et ses héros mutiques, Manchette aimait bavarder, et si, comme Guy Debord, il n'a jamais caché combien il seméfiait de la presse, il la lisait avec attention. En témoignent les vingt-huit entretiens qui composent ce recueil, animés d'un goût et d'un art de l'échange souvent teintés d'humour. Manchette ne se contente pas de répondre aux sollicitations de grands quotidiens ou d'une émission comme Apostrophes : il s'exprime aussi dans des revues plus confidentielles, où il se sent plus à son aise et nous offre certains secrets de fabrication de ses romans. La présente édition rassemble des entretiens publiés entre 1973 et 1993. Les lecteurs de Manchette y retrouveront tout ce qui fait le charme de son oeuvre ; les autres découvriront une voix qui les étonnera par sa liberté de ton.
Zoo En ce temps-là nous lancions des cacahuètes aux petits singes du zoo de Vincennes. C'était un temps de fête. Il n'était pas interdit de nourrir les animaux sauvages. Nous n'avions que peu de décors pour la mise en scène. Les allers-retours du prêteur sur gage n'étaient pas difficiles à suivre. Qui n'a pas vécu dans les années voisines de celles-là ne sait pas ce que c'est que le plaisir de vivre.
Zoo En ce temps-là nous lancions des cacahuètes aux petits singes du zoo de Vincennes. C'était un temps de fête. Il n'était pas interdit de nourrir les animaux sauvages. Nous n'avions que peu de décors pour la mise en scène. Les allers-retours du prêteur sur gage n'étaient pas difficiles à suivre. Qui n'a pas vécu dans les années voisines de celles-là ne sait pas ce que c'est que le plaisir de vivre.
juste à la fin peut-être que juste à la fin il y aura pour toi moi nous ce passage ouvert un instant vers un éternel été loin très loin de la planète en flammes avec des plages et des chemins l'été de ton choix à l'année de ton choix avec qui tu aimes sur un transat au bord de l'eau mais où étais-tu donc passée nous serons bien incapables de répondre les pieds dans le sable à peine une vague sensation d'avoir échappé de justesse au pire et vite nous passerons à autre chose le bleu la mer le transistor sur la sortie de bain le tube d'huile solaire et des dizaines d'étés dorés encore à venir oui peut-être
juste à la fin peut-être que juste à la fin il y aura pour toi moi nous ce passage ouvert un instant vers un éternel été loin très loin de la planète en flammes avec des plages et des chemins l'été de ton choix à l'année de ton choix avec qui tu aimes sur un transat au bord de l'eau mais où étais-tu donc passée nous serons bien incapables de répondre les pieds dans le sable à peine une vague sensation d'avoir échappé de justesse au pire et vite nous passerons à autre chose le bleu la mer le transistor sur la sortie de bain le tube d'huile solaire et des dizaines d'étés dorés encore à venir oui peut-être
"À trente-quatre ans, j'ai éprouvé de nouveau l'empoignade d'une lecture d'enfance. Elle a duré deux nuits. Je relisais, bouleversé, Ceux de 14. [...] M'apprêtant à écrire sur les paysages du Barrois et de la Woëvre, j'avais pensé recevoir d'une nouvelle lecture de Genevoix la bénéfique influence. Sa réputation de paysagiste était solide et l'on disait qu'il n'était pas seulement le meilleur peintre de la Loire, mais aussi de la nature meusienne. Je pense maintenant que la cause était plus profonde."
"Je les regardai partir comme deux amis très anciens. Quatre-vingt-sept et quatre-vingt-cinq ans : ils étaient désormais frère et soeur, enfants royaux endormis côte à côte sur leur lit de marbre, dans la lumière hivernale d'une haute cathédrale. Rien ne me paraissait plus désirable que cette entrée dans la mort main dans la main, au terme d'un long compagnonnage. J'ignorais que ce destin nous serait sèchement refusé."
C'est un chemin ample, et parfaitement cadencé, que William Cliff nous propose d'emprunter avec lui dans ce nouveau livre des origines. Avec le sonnet comme exigeante charpente formelle, il transporte page après page la simplicité puissante de son univers au rythme tranquille de sa langue limpide, rocailleuse et charnue. Des destins commence par revenir sur son enfance dans la petite ville wallonne de Gembloux, brossant les portraits intimes, souvent caustiques, de quelques-uns de ses proches. Il y a sa marraine - « une femme despotique qui avait mal au foie et criait son malheur », son parrain - « mon oncle bien-aimé qui a cessé de respirer / et dont le corps est cadenassé dans un coffre bien fermé », et de sa bonne-Maman, lectrice de romans policiers et fumeuse de tabac égyptien. Chacun a nourri à sa façon le destin poétique de l'auteur. Puis, la généalogie familiale laisse place à l'évocation de premiers émois érotiques auprès des garçons du village et du pensionnat, bientôt entremêlées de récits amoureux de l'âge adulte. Portée par un allant méditatif et la grande souplesse du vers, une sagesse désabusée et amusée se glisse dans les interstices de sa poésie narrative, entre un hommage à Baudelaire et un autre à Walt Whitman. La conscience du temps qui file surgit dans la banalité de scènes quotidiennes - un retour de nuit arrosée, une méchante chute sur les pavés - tandis que le poète solitaire voit la vie et la mort se tenir main dans la main, partout, dans la texture étrange des rencontres et des choses. Ainsi « la putrescence des oignons quand vient l'été / est nécessaire pour la floraison des fleurs / lesquelles fécondées donneront la jetée / des semences perdues au fond des profondeurs ».